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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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2/ La télévision : un amplificateur de débat

a) La mission éducative de la télévision

Cette amplification des polémiques est largement entretenue et provoquée par la télévision dont on a déjà montré le poids de l'audience et donc son influence. C'est Claude Sarraute qui a hérité de la rubrique « Vu » consacrée à l'actualité télévisée. On ne peut que constater la récurrence de thématiques en rapport avec la guerre d'Algérie dans cette rubrique. En octobre et novembre 1980, est diffusée, par exemple la première fiction ayant pour cadre et pour thème la guerre d'Algérie : c'est l'adaption des Cheveaux du soleil de Jules Roy. Le rôle concédé alors à la télévision est de premier ordre : c'est d'une mission éducative dont elle se sent chargée.

Claude Sarraute rapporte en effet cet anecdote173:

« « La guerre d'Algérie, vous en avez entendu parler ? », demandait il y a peu un reporter d'un poste périphérique à des élèves de quatrième. « Non. » « Enfin, c'était contre qui ? » « Ben c'était l'Algérie contre... aucune idée. » A présent, terminé. Pour peu qu'ils regardent le télé, l'Algérie, nos enfants savent ce que c'est. »

L'Ecole, dont la tâche est entravée par la politique du silence, ne remplissant plus son

rôle éducatif, ce serait la télévision qui comblerait les lacunes de l'ensignement en se soumettant à un devoir de mémoire. Si la réflexion de Claude Sarraute est schématique, elle n'exprime pas moins un fond de vérité : la télévision consacre de nombreuses heures d'antenne à la guerre d'Algérie sous la forme de fictions, de reportages ou de débats à l'heure

même où le conflit est passé sous silence dans les manuels scolaires. C'est alors à la télévision que revient le devoir de forger une mémoire collective sur la guerre d'Algérie. Mémoire qui n'est pas encore totalement apaisée comme l'attestent, lors des débats, les échanges verbaux et les oppositions radicales : « Chacun, de part et d'autre de l'écran, est resté sur ses

positions »174.

b) Les Dossiers de l 'écran et la guerre d'Algérie

Ce sont encore Les Dossiers de l 'écran qui nourris sent les débats sur la guerre d'Algérie. Entre 1980 et 1982, cinq émissions sont ainsi consacrées à la guerre d'Algérie : deux à travers Les Cheveaux du soleil, une sur l'O.A.S., une sur les procès contre les membres du F.L.N. pendant le conflit, enfin une posant la question « la guerre d'Algérie aurait-elle pu s'arrêter plus tôt ? ». A chaque fois, Le Monde commente l'émission. Une seule des rubriques « Vu » dédiées à la guerre d'Algérie n'était pas en rapport avec Les Dossiers de l'écran mais avec Apostrophes.

La spécificité d'une telle émission de débats est de présenter les différentes opinions, les différentes mémoires de la guerre sans en atténuer les oppositions. On peut alors se demander si l'émission favorise vraiment la constitution d'une mémoire collective de la guerre dans laquelle chacun y retrouverait ce qu'il a vécu. Une confusion de points de vue risque de laisser le téléspectateur dans un état de perplexité. Toutefois, l'apport de l'émission est de taille pour les témoignages de première main qu'elle offre au public :

« Le débat aura néanmoins donné lieu à quelques révélations et contribué à préciser plusieurs points d'histoire. Il aura mis en évidence comment s'opposaient deux logiques : celle de la victoire par les armes - ses partisans croyaient avoir décapité la rébellion - et celle de la négociation, dont les tenants voyaient s'éloigner la paix »175

Le fait que les acteurs du conflit défendent eux-même leur prise de position passée,

assure que leur opinion n'est pas trahie par une interprétation. Le plus dur alors pour le téléspectateur est de prendre une certaine distance par rapport à la radicalité des querelles pour y discerner une part de vérité et comprendre l'évolution du conflit, ses raisons et ses répercussions. Mais, visiblement, ces émissions suscitent la réflexion. Après chaque diffusion, les journalistes du Monde, Paul Balta et Claude Sarraute, développent une pensée personnelle sur le conflit. Bref, sur le long terme, ils semblent en tirer des leçons :

« Cependant, quand est venue l'heure d'aller se coucher, la tête encore pleine d'images et d'émotions, on se disait [...] que les Français d'Algérie n'avaient peut-être pas tout fait

174 idem

175 « La guerre d'Algérie aurait-elle pu s'arrêter plus tôt ? », par P. Balta, 6 mai 1982

[...] pour établir, outre-mer, la devise de liberté, de fraternité et d'égalité inscrite au fronton de la République »176

Si ce genre d'émission amène le spectateur à analyser les ressorts de la guerre, il ne fait aucun doute qu'il contribue grandement à la maturation d'une mémoire collective du conflit.

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