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L'édition de manga : acteurs, enjeux, difficultés

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par Adeline Fontaine
Université Paris VII Denis Diderot - Maîtrise de Lettres Modernes 2005
  

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3. LA FRANCE, TERRE D'ACCUEIL DU MANGA

3.1. Glénat et Tonkam : les débuts du manga en France

Avant de commencer à retracer les prémices du manga en France, il nous semble nécessaire de signaler que l'Hexagone va à contre-courant du Japon. En effet, au pays du Soleil Levant, le succès rencontré par un manga engendre la création du dessin animé, produit dérivé de la série papier.

Au contraire, en France, le succès phénoménal rencontré par les dessins animés japonais à la télévision a conduit à l'émergence d'un nouveau genre de bande dessinée pour le pays, le manga.

3.1.1. Histoire du manga en France

Comme le dessin animé est à l'origine du manga en France, nous retracerons ses débuts à la télévision française et sa réception pour pouvoir poser les bases du développement de l'édition des manga en France.

3.1.1.1. 1er stade : les dessins animés japonais et leur réception en France

Après la dissolution de l'ORTF (Office de Radio Télévision Française) en 1974 se créent trois nouvelles chaînes distinctes : TF1, Antenne 2 et FR3, qui vont développer des unités indépendantes de programmes pour la jeunesse.

Ces nouveaux moyens mis en place pour proposer plus de programmes et plus de choix aux enfants doivent trouver matière et contenus pour nourrir leurs ambitions. Mais la France et l'Europe en produisent peu, il faut donc les importer de l'étranger. Deux sources apparaissent alors riches et séduisantes : les Etats-Unis, à qui l'on faisait déjà beaucoup appel (en témoignent la diffusion et rediffusion des cartoons), et le Japon.

Les deux pays proposent une production de dessins animés sur le principe du plus grand nombre d'heures possibles pour le coût le plus faible. Pour les chaînes françaises, le rapport entre le coût et l'audience recueillie de ces programmes est plus intéressant.

Les dessins animés venus d'Orient sont une découverte bouleversante pour les Français. C'est un nouveau ton, des scénarii soutenus et un graphisme innovant. Mickey et Casimir doivent désormais affronter Goldorak, Candy et bien d'autres à venir.

En 1972, la télévision française diffuse pour la première fois un court-métrage d'animation nippon. Il s'agit d'un dessin animé en noir et blanc intitulé «Le Roi Léo» et produit par Osamu TEZUKA. Le succès n'est pas au rendez-vous mais une nouvelle tentative est lancée deux ans plus tard avec la diffusion de «Prince Saphir» produit également par TEZUKA.

Cependant, le tournant décisif dans l'histoire de la «japanimation» se produit le 3 juillet 1978. L'émission pour la jeunesse Récré A2 (diffusée sur Antenne 2) programme «Goldorak», puis «Candy» en septembre de la même année. Presque immédiatement, le jeune public est fasciné. C'est le début de l'âge d'or du dessin animé japonais en France.

En 1979, TF1 riposte en diffusant «La Bataille des planètes» dans l'émission des Visiteurs du mercredi. En parallèle, Antenne 2 retransmet «Albator 78».

Au début des années 1980, «Capitaine Flam», «Ulysse 31» (fruit d'une collaboration franco-japonaise) et «Cobra» viendront rejoindre le quatuor, fer de lance de toute une série de dessins animés japonais.

Les séries diffusées se multiplient alors à la télévision, principalement sur TF1 et sur La Cinq. C'est la fameuse époque des «Chevaliers du Zodiaque», «Ken le survivant», «Juliette je t'aime», «Nicky Larson», «Olive et Tom», «Jeanne et Serge», «Max et compagnie», «Creamy merveilleuse Creamy», «Emi magique», «Embrasse-moi Lucille», «Lady Oscar», pour ne citer que les plus célèbres.

Néanmoins, très peu de dessins animés arrivent à obtenir une réelle longévité télévisuelle. Il en existe un cependant qui a su évoluer en même temps que son public : «Dragon Ball». L'oeuvre d'Akira TORIYAMA épouse à merveille l'évolution des téléspectateurs. Là où la première série s'adresse avant tout à des jeunes, «Dragon Ball Z» touche les adolescents et les adultes. Pour preuve de sa réussite, le dessin animé reste près de dix ans sur les écrans français.

De «Goldorak» à «Jeanne et Serge», l'animation japonaise domine, en plein milieu des années 1980, le panorama des émissions destinées à la jeunesse. Les critiques, le mépris ou la défense qu'elle génère soulignent sa présence, son existence, mais aussi l'influence qu'elle peut exercer sur le jeune public.

A cause d'un engouement de plus en plus important pour les séries japonaises, des parents outrés par le contenu de ces dessins animés étrangers commencent à faire entendre leurs voix. Des associations de familles critiquent ce qu'elles jugent violent, véhiculant des valeurs qu'elles ne partagent pas et responsable d'un «abrutissement» de leurs enfants. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) intervient sous la pression et menace les chaînes de représailles si elles ne répondent pas aux exigences du grand public. Dès lors, des séries comme «Ken le Survivant», «Nicky Larson» ou «Les Chevaliers du Zodiaque» subissent la censure.

Les chaînes considéraient que ces oeuvres s'adressaient avant tout à des enfants, alors qu'en fait, leurs qualités graphiques et scénaristiques les destinaient à un public adulte. Un problème que soulève Benoît Huot, secrétaire d'édition chez Tonkam :

« Une équation caractérisait les dessins animés en France : dessin animé = enfant. En effet, le bouillon culturel dans lequel baignait notre pays était en grande partie hérité des Etats-Unis et, par voie de conséquence, de leur conception des dessins animés. En d'autres termes, il existait deux types de dessins animés : les Tex Avery, destinés à un public adulte (quoique pouvant être vus par n'importe qui en raison de la dérision qui accompagne chaque cartoon) et les Disney, destinés aux enfants. En dehors de ces deux catégories, il n'existe point de salut. ».

Les coupures et les censures dénaturent complètement les histoires et l'ordre des séries, qui désertent progressivement les chaînes hertziennes. Car si le CSA n'a pas légalement interdit la diffusion des séries japonaises, ses directives restent des menaces pour le monde de l'animation nippone. La chaîne Mangas (qui appartient au bouquet satellite du groupe AB) s'est ainsi vue menacée de devoir payer une amende de 150.000€ pour ne pas avoir respecté le quota de diffusion d'oeuvres européennes et françaises. Un comble pour une chaîne nommée Mangas ! Notre législation ne fait rien pour aider l'apparition de nouveautés, à cause d'un protectionnisme non avoué.

L'engouement pour les manga en France a principalement été le fait des dessins animés japonais. Ceux-ci s'étant implantés dans notre pays bien avant la parution des premières bandes dessinées nippones, ils ont essaimé, devenant au fur et à mesure des références culturelles.

3.1.1.2. 2ème stade : l'éclosion du manga - bases et limites

La première apparition du manga en France est liée à un homme d'origine japonaise résidant en Suisse dans les années 1970, Atoss TAKEMOTO. Passionné par les échanges internationaux et interculturels, il décide de faire découvrir le manga aux lecteurs français par le biais d'un magazine de sa création, Le Cri qui tue. Financé sur ses propres deniers, ce journal paraît au début de l'année 1978 à un rythme trimestriel et un tirage ambitieux de 40.000 exemplaires. Dans ses pages paraîtront notamment une oeuvre d'Osamu TEZUKA, Le Système des Super Oiseaux.

La volonté première, assez ambitieuse dans un pays où la bande dessinée est alors plus orientée vers un lectorat de jeunes enfants, est de cibler un public d'adultes, tout en tenant compte des goûts européens. L'aventure prend fin en 1982 avec un bilan plus que mitigé.

Atoss TAKEMOTO a été notamment confronté à des problèmes liés à la Commission paritaire. Pour distribuer un périodique en France, il faut en effet que la Commission lui attribue un numéro. Comme Atoss TAKEMOTO était basé en Suisse, elle lui a refusé cette attribution. De plus, le fondateur du Cri qui tue n'avait aucun contrôle sur les ventes, les invendus étaient détruits ou ne lui étaient pas retournés. Et la dévaluation du franc français en 1981 a rendu encore plus difficile l'exportation de la revue suisse dans l'Hexagone.

En parallèle, Atoss TAKEMOTO, en collaboration avec un libraire suisse nommé Rolf Kesselring, fait paraître, dès 1979, le premier de bande dessinée japonaise traduite en français, Le Vent du nord est comme le hennissement d'un cheval noir, une intrigue médiévale signée ISHIMORI. Il est publié en grand format par crainte d'un rejet du format de poche par le lectorat français mais ne rencontre pas le succès.

Il faudra attendre 1990 pour voir naître le premier véritable succès du manga en France grâce à l'initiative de Jacques Glénat (à la tête de la maison d'édition du même nom) qui fait publier Akira de Katsuhiro OTOMO. Sa première édition est de format classique (c'est-à-dire en format A4), dans le sens de lecture occidental et en couleurs. Quatre ans de publication sont nécessaires pour éditer les 2.200 planches du manga, sur quatorze volumes.

A partir de 1993 commence la déferlante des manga dont l'adaptation animée est en train d'être diffusée ou a été diffusée sur les petits écrans français.

Glénat lance l'offensive avec Dragon Ball, bande dessinée la plus vendue de son catalogue, toutes séries et toutes origines confondues, avec plusieurs millions d'exemplaires vendus. L'apport financier est tel qu'il permettra à l'éditeur de lancer de nombreux titres.

Le manga commence alors à pénétrer dans les cours d'école. Après la parution de Dragon Ball suivront Candy, Ranma 1/2, Sailor Moon, Dr Slump, Nicky Larson, Fly, Ken le survivant, Olive & Tom, Cat's eyes, Kimagure Orange Road (diffusée en France sous le nom de Max et compagnie), Cobra, Goldorak, Les Chevaliers du Zodiaque, Albator, Juliette je t'aime...

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