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La mission du représentant Albitte dans l'Ain

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par Jérôme Croyet
Université Lumière Lyon II - Maîtrise d'histoire 1996
  

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B : pouvoir et rôle du représentant en mission

"Le corps des représentants en mission constitue l'élément distinct majeur de la structure de la Terreur en province" 361(*).

Cette définition de C.Lucas, correspond tout à fait la réalité des conventionnels envoyés dans les départements. Au fur et à mesure que les problèmes s'accroissent en 1793, la Convention, délègue certains de ses membres, (toujours des jacobins convaincus 362(*)) dans la République, afin d'assurer une certaine coordination entre Paris et les départements. Mais ces représentants, par leur liberté d'action, tendent à devenir un corps, une faction, au coeur de la Montagne à coté de leurs collègues restés dans le sein de la Convention.

Par le décret du 9 mars 1793 (voir annexe), la Convention précise les attributions des conventionnels envoyés dans les départements. Ce décret leur donne aussi des attributions militaires. Ils ont les pleins pouvoirs en ce qui concerne le recrutement, mais aussi, suivant l'article 8, des pouvoirs de Salut Public :

"les commissaires de la Convention Nationale. . .auront le droit de prendre toutes les mesures qui leur paraîtraient nécessaire pour rétablir l'ordre partout où il serait troublé" 363(*). Mais les représentants en mission n'en demeurent pas moins responsables devant la Convention.

La période du 9 mars 1793 au 9 nivôse an II (29 décembre) marque une période d'anarchie dans les attributions des représentants en mission 364(*). En effet, les pouvoirs des uns contrecarrent les pouvoirs des autres. La période allant de la présence de Javogues dans l'Ain à la contestation des pouvoirs de Gouly, par les représentants à Commune-Affranchie (C.f page 20) en est l'illustration parfaite. Mais à partir du 9 nivôse an II (29 décembre), le Comité de Salut Public ressert ses liens avec les représentants en mission. Désormais, les conventionnels en mission sont "rigoureusement circonscrits dans les départements qui leur sont désignés. Ils sont revêtus de pouvoirs illimités. . .ils sont réputés sans pouvoir dans les autres départements" 365(*).

Avec le décret du 7 septembre 1793 qui donne aux arrêtés des représentants en mission force de loi "tant que le Comité de Salut Public ne les a pas dénoncés comme contraires aux principes" 366(*), les représentants en mission deviennent de véritables "Convention" en province 367(*), dépositaires du pouvoir de celle-ci et agissant au nom du peuple souverain. A ce titre, ils sont les seuls à pouvoir intituler " Au nom du peuple Français"368(*) leurs arrêtés, proclamations, ou toute autre acte et donc de revetir leurs décisions la légitimité nationale.

Relais de la politique centrale de Paris, les représentants en mission deviennent le 9 nivôse an II (29 décembre) des autorités constituées au même titre qu'une municipalité ou un directoire de district 369(*). Albitte vient dans l'Ain avec la mission d'établir le Gouvernement révolutionnaire c'est à dire mettre en marche un gouvernement, une "autorité publique (qui) ne tire pas sa légitimité d'une Constitution et de la Loi, mais de sa conformité à la Révolution" 370(*), et ceci jusqu'à la paix.

Lorsque Albitte arrive dans l'Ain, les sans-culottes pensent qu'il est ici pour finir le travail que Javogues371(*) avait commencé mais que Gouly a stoppé. A son arrivée à Bourg, les sans-culottes s'empressent de lui faire connaitre leurs intentions à son égard. Reydellet lui écrit le 1er pluviôse an II (20 janvier) : "Tu es envoyé dans un département pour y faire exécuter le gouvernement révolutionnaire et exercer des mesures de Salut Public. Les habitants de ce district attendent de ta justice la punition des traîtres" 372(*).

Quelques jours avant l'arrivée d'Albitte, Alban, le maire de Bourg n'hésite pas à dire à la tribune de la société populaire "qu'Albitte venait pour purger les détenus qui ne tarderaient pas à porter leur tête sur l'échafaud" 373(*).

Dotés de tels pouvoirs, les représentants sont des autorités autonomes qui font de leurs agents des commissaires aux fonctions étendues. Cette autonomie de pouvoir amène les représentants du peuple à être un moteur du Gouvernement Révolutionnaire (comme Javogues) dans les départements, ou à servir les espoirs de militants locaux. En effet, durant toute la durée de sa mission, Albitte est vu par les Sans-Culottes, comme le moyen ultime de détruire le clergé, l'aristocratie et tous les contre-révolutionnaires374(*). Pour les Sans-Culottes, Albitte est le fer de lance d'une politique qui verra le triomphe des sans-culottes. Ainsi, le 4 ventôse an II (22 février), dans une adresse à la Convention Nationale, les Sans-Culottes de Bourg glorifient la présence d'Albitte dans l'Ain : "Le nom d'Albitte sera éternellement gravé dans le coeur des citoyens de ce département, à qui la République est chère"375(*) .

Albitte est l'homme par qui les idées lancées dans les "Principes Républicains et Révolutionnaires pour les vrais sans-culottes" de Rollet-Marat vont être appliqués. A ce titre, les sans-culottes considèrent Albitte comme un être supérieur, faisant de lui une personne unique et désirée376(*). Albitte, très rapidement succombe aux flatteries des sans-culottes et endosse avec une gande facilité le rôle que veulent lui faire jouer les Sans-Culottes377(*).

Les sans-culottes ne voient pas en lui qu'un représentant en mission, une fonction, mais un homme avec ses défauts, sa maladie : "Je te souhaite meilleur santé et t'invite à te ménager pour le bonheur des patriotes" 378(*). Pour certains Sans-Culottes, comme Rollet-Marat, Albitte peut sembler devenir un proche, un ami. Lorsqu'il est à Bourg, Albitte est reçu dans le cercle familial de certains sans-culottes, et autour de lui se nouent des liens fraternels entre commissaires civils et Sans-Culottes 379(*).

Le peuple, quant à lui, ne voit en Albitte qu'un personnage aux pouvoirs étendus dont les attributions et compétences en font le successeur des intendants ou des sous-intendants d'Ancien-Régime 380(*). Il est vu, aussi, comme un homme dont le travail est "fait pour faire le bien" 381(*) mais qui peut devenir terrible : "le glaive d'une main et la balance de l'autre, il fait trembler les coupables et rassure l'innocent. . .envoyé. . .pour mettre l'ordre et le calme" 382(*). Pour les personnes qui tombent sous le coup de ces arrêtés, Albitte n'a plus la dimension d'un être humain, mais celui d'une fonction aveugle et sans coeur, à l'instar du citoyen Ruffin de Pont-de-Vaux (voir annexe), qui lui écrit alors qu'il doit se rendre en prison, conformément à l'arrêté du 23 ventôse an II (13 mars) : "je viens de lire ton arrêté, tu sommes tous les ci-devants de se rendre en prison, j'en suis un, je n'ajoute ni restrictions, ni modifications. Je n'ai pas assisté au moment de ma naissance, cela doit te suffire.. . .ou tu es un homme ou tu es un tigre. Si tu es un homme, je te somme toi-même au tribunal de la Raison, au tribunal de la Justice, au tribunal de l'Humanité. . . Si tu es marié, si tu es époux, si tu es père, as-tu pu rendre de sang froid un pareil arrêté." 383(*).

Albitte est pour les Sans-Culottes l'homme par qui ils pourront affirmer et assurer leurs supériotité face à leurs ennemis politiques et sociaux.

La présence d'Albitte a aussi le pouvoir de stimuler l'ardeur révolutionnaire des sans-culottes de Bourg. Quand il quitte Bourg pour Chambéry le 8 ventôse an II (26 février), en compagnie du général Lajolais, Alban et Gay lui font part de leur volonté :

"Représentant, général, vous partez tous les deux mais soyez tranquilles, ça ira ou le diable m'emportera. La Terreur est à l'ordre du jour. Tu peux partir quand tu voudras, je la ferai éxecuter et à ton retour ça ira mieux que tu ne crois."384(*)

* 361C.Lucas Op.cit page 183.

* 362Tout les représentants issu de la Convention, sont membres du club des Jacobins de Paris, et tous ( à l'exeption de Gouly, par exemple), ont votés la mort de Louis XVI.

* 363Décret de la Convention National du 9 mars 1793, "portant nomination des commissaires chargés d'accélerer le recrutement dans les départements". 4 pages format in 4°, imprimerie national d'Hoener à Epinal. Collection de l'auteur.

* 364 C.Lucas, Ibid page 185.

* 365"éxtrait des registres du Comité de Salut Public de la Convention national du 9 ième jour de nivôse l'an deuxième de la République française une et indivisible". A.D.A série L fonds non classé.

* 366"Décret de la Convention National du 7 septembre 1793 "relatif aux arrêtés des représentants du peuple près les armées et les départements". 4 pages format in 4°, imprimerie national d'Hoener à Epinal. Collection de l'auteur.

* 367C.Lucas, Ibid page 184.

* 368Décret de la Convention Nationale du 5 jour du 2 mois de l'aun second de la République "relatif à l'intitulé des arrêtés et actes des autorités constituées". 2 pages in 4°. De l'imprimerie Bouchard à Chaumont. Collection de l'auteur..

* 369Dans son décret du 9 nivôse, le Comité de Salut Public agit "en éxécution de l'article 1er section 4ième du décret du 14 frimaire an II, qui autorise le Comité de Salut Public à prendre toutes les mesures nécessaire pour procéder au changement des autorités constitués". Extrait des registres du Comité de salut Public, Op.cit.

* 370F.Furet "Gouvernement Révolutionnaire" in Dictionnaire critique de la Révolution Française. Institutions et créations. Editions Flammarion, collection champs, 1992. Page 240.

* 371"il fallait exécuter sous Albitte, ce qui avait échoué sous Javogues". Tableau Analithyque . . . Op.cit, page 22

* 372Mémoire de Reydellet pour que Blanc-Désisles, Rollet et Convers ses amis soient mis en liberté. 1er pluviôse an II. A.D.A 2L56

* 373Témoignage du citoyen Favélas, secrétaire de Gouly. Cahier numéro 1 page 75.

* 374Baron-Chalier voit Albitte comme l'impuslion qui manquait "au char révolutionnaire". A.D.A 1L98

* 375Adresse de la Société des Sans-Culottes de Bourg à le Convention nationale, du 4 ventôse an II, citée par E.Dubois in la Société populaire. . ., Op.cit, page 53.

* 376"je désire bien te voir le plutôt possible, il me tarde de jouir de ce plaisir" Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 germinal an II. A.D.A 2L49.

"Je ne te rappelle pas le besoin indispensable de ta présence auprès de nous; tu es Républicain, tu connais l'esprit de noter cité et les patriotes te réclament avec instance, au nom de l'amitié dont tu nous a donné des preuves." Lettre de Gallien à Albitte du 24 germinal an II. A.D.A 2L28.

* 377Le 18 ventôse an II, Albitte dans une lettre à Blanc-Désisles, lui annonce qu'il peut "compter sur l'ami des vrais patriotes". Lettre d'Albitte à Blanc-Désisles, A.D.A série L fonds non classé.

* 378Lettre de Blanc-Désisles à Albitte, du 26 germinal an II. A.D.A 2L56.

* 379Dans ses correspondances avec Albitte, Rollet-Marat lui donne le bonjour de sa femme, comme il demande au représentant, dans certaines de ces lettres, d'embrasser pour lui Dorfeuille, Millet et Darasse.

* 380"les représentants sont les pères du peuple". Dénonciation contre Désisles, Alban, Laymant, Gallien et autres scélérats. Op.cit.

* 381Lettre anonyme du 11 germinal an II, Op.cit.

* 382Lettre du 8 avril 1794, du citoyen Michelli de genève. A.D.A L278.

* 383Lettre de Ruffin fils de Pont-de-Vaux à Albitte, du 17 germinal an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 384Témoignage page 25 du cahier de témoignage A. Op.cit.

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