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Les relations inter claniques chez les peuples Suundi de la République du Congo : héritage de Koongo dya Ntotila

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par Samuel KIDIBA
Université Marien Ngouabi - Doctorant en anthropologie culturelle 2006
  

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Introduction

Mesdames et messieurs, chers soeurs et frères, lorsque j'ai reçu l'invitation de participation à cette table, un sentiment de retour aux sources m'a traversé. Sentiment de retour aux sources simplement parce qu'il y a une phrase très récurrente revient chez les Suundi et tous le Koongo : Yeeto ku Koongo dya Ntotila ku Angola tafuma/tuuka, ku Mbanza Koongo Kwa bwiila maambu littéralement, cette phrase veut dire : nous nous venons de Koongo dya Ntotila en Angola, à Mbanza Koongo où s'étaient produits des grands événements, ou mieux, nous sommes originaires de Koongo dya Ntotila en Angola, à Mbanza Koongo où se produisirent des grands événements.

Une phrase très récurrente qui revient dans le discours et même dans certaines créations musicales des hommes, des femmes et mêmes des jeunes enfants du grand groupe Koongo :

« hééé éyaya lubaanza é yaya

hééé éyaya lubaanza é yaya (refrain)

é yeto kuna Kongo dya Ntotila dya Angola kwa tutuka

hééé yaya lubaanza é yaaya lubaanza»1(*).

Cette phrase, mesdames et messieurs, revient souvent, chez les Koongo, elle rappelle cette appartenance, cette nostalgie de la souche, la terre mère génitrice des peuples Koongo.

Une phrase quelque peu banale et nostalgique qui rallume « Le feu des origines »2(*). En effet, ils sont conscients d'être originaires de Mbanza Koongo.

Mais dans la dernière partie de cette phrase, il y a la particule Ku Mbanza Koongo Kwa bwiila maambu. Dans nos contacts avec les détenteurs de l'oralité, les historiens et historiennes du verbe, les littéraires de l'oralité3(*), il s'est révélé que les grands événements dont il est question ici sont : la Bataille d'Ambwila en 1665, la désacralisation du prestigieux Royaume, notamment sa christianisation en 1491 avec l'arrivée des Portugais au XVè siècle  avec Diego Câo en 1485. Ayant constaté l'organisation du Royaume, jamais rencontrée nulle part au monde, ces derniers ont vite fait de le déstabiliser et le massacrer à la fin XVIIè siècle et ils le nommèrent San Salvador dès le XVIè siècle. Ils le firent pour le trafic des esclaves dont 15.000 âmes partaient de l'Angola pour l'Amérique toutes les années.

En gros, cette particule de phrase fait allusion au déclin du Royaume qui reste connu par les Koongo, la terne dislocation du groupe, la défection des provinces périphériques du Royaume dont celle de Nsuundi qui était peuplée par l'ethnie Suundi.

Le nom Ambwila, d'après nos sources orales, vient du verbe kubwiila, kubwa, attraper, tomber, chuter, (se) produire; et donc Ambwila signifierait le lieu où s'était produit un événement ou Bataille dya bwiila, mieux bataille de la chute ou de la défection4(*). D'où la particule kwa bwiila maambu, l'événement de la défection du Royaume.

Défection assez regrettable dont le Roi de Kongo, Garcia II, au milieu du XVIIIè siècle, fit une analyse lucide :

« Au lieu de l'or, l'argent et des autres biens qui servent

de monnaie ailleurs, ici la monnaie est faite de personnes,

qui ne sont ni en or, ni en tissu mais qui sont des créatures.

C'est notre honte à nous et à nos prédécesseurs d'avoir,

dans notre simplicité, ouvert la porte à tous ces maux et,

surtout, permis qu'il y eut des gens pour prétendre que nous

n'avons jamais été des seigneurs de l'Angola et de Matamba.»5(*)

Elle explique aussi leur présence en ces terres quelque peu étrangères sur l'actuel territoire des deux Congo, la République du Congo et la République démocratique du Congo.

Et donc, nous avons vite fait d'aller à la recherche des éléments culturels liés à l'organisation sociale des Suundi de la République du Congo. Des éléments culturels, véritable pan ou héritage venu des ruines de Mbanza Koongo. Nous avons porté notre choix sur le clan, kaanda au singulier et makaanda au pluriel.

Tout est parti d'un constat, les clans de Mbanza Koongo sont restés les mêmes chez les Suundi de la République du Congo. L'autre fait de constatation : c'est le pouvoir qui se transmet de l'oncle, ngudi nkasi au neveu, mwaana nkasi ou d'un aîné, kihuunda au cadet, kilesi. C'est le système social basé sur le régime matrilinéaire, mode de filiation dans lequel seule l'ascendance par les femmes est prise en compte pour toute transmission des statuts et autres attributs de chefferie.

Et selon toute vraisemblance, le fondateur du royaume Koongo, NIMI A LUKENI aurait bâti la trame du commandement sur cette base matrilinéaire. Et dans l'imaginaire suundi, on explique l'origine des peuples suundi sur « ...la construction de la maison de yongi, nzo ya yongi qui se construisait au coeur même de l'ancien royaume Koongo. Elle représentait le symbole de l'unité Koongo6(*)».

De plus, les Suundi sont l'un des peuples bâtisseurs du Royaume de Koongo. La province Nsuundi était la plus proche de la Capitale du royaume de Koongo, Mbanza Koongo. La province elle-même avait pour capitale, Mbanza Nsuundi. Du fait de sa situation géographique, la province gardait l'armure, d'après la tradition orale. La province était une myriade ethnique au Koongo dya Ntotila7(*).

Certaines traditions orales soutiennent que l'ancienne province de Nsuundi a été un immense territoire qui englobait l'actuelle région de Minduli, en passant par Boko-Songho et toue la vallée du Niari.

Autant de raisons qui ont milité en faveur du choix de notre thème. Il s'agit, en effet, de montrer, tout le long de ce travail, les restes des souvenances culturelles que les Suundi de la République du Congo ont gardées de leur point de départ Mbanza Koongo.

Les peuples Suundi qui appartiennent ainsi au grand ensemble Koongo, sont présents dans trois départements de la République du Congo : la Bouenza au sud ouest du district de Boko-Songho, le Niari dans les districts de Londela Kayes et Kimongo et le Pool dans les districts de Lwiingi, Minduli, Kindaamba, Kinkala, et Mayama.

Et Proyart a vu juste, le kongo de Mbanza Kongo (San Salvador), le yombe (Iomba), le vili (Loango, Ngoyo, Cabinda) sont, en effet, les divers parlers de la langue bantu parlée par les Kongo (Nord -Ouest de l'Angola, le sud de la République Démocratique Congo, la République du Congo méridional), soit le kikongo8(*).

Les peuples suundi du Congo cohabitent avec les Yombe, Laadi ou Laari, Téké, Kuni, Doondo Kaamba, Manyaanga (en République Démocratique du Congo), etc. Des peuples voisins avec qui ils ont en partage bien d'aspects culturels pour les mêmes raisons des origines communes, Mbanza Koongo.

Nous sommes donc obligés de suivre ce que DOUTRELOUX a souhaité « ...susciter les chercheurs Koongo qui seuls, sans doute, mèneront à son terme ultime l'étude de la culture Koongo. »9(*)

* 1 Chant du griot Bavoueza Dino, ancien présentateur de l'émission Les Salceros de Brazzaville, à Radio Congo

* 2 Titre d'une célèbre oeuvre littéraire d'un écrivain congolais Emmanuel BOUNDZEKI DONGALA, qui rappelle les origines Koongo de l'Angola.

* 3 Entretien avec la vieille NKENGUE Marie, âgée de 89ans, du village Kabadisu, District de Boko-Songho, République du Congo, le 19 décembre 2006.

* 4 Oscar MILANDU, Enquête orale du 02 septembre 2007.

* 5 Elikia MBOKOLO, cité par J.F. YEKOKA, Essai d'ethnogenèse des suundi : cas Suundi du district de Boko-Songho (XVIIè - XX siècles), Mémoire pour l'obtention du diplôme de maîtrise ès Lettres, option : Histoire précoloniale, année académique 2002- 2003.

* 6 J.F. YEKOKA, op. cit.

* 7 J.F. YEKOKA op. cit.

* 8 Théophile OBENGA, Les Bantu, Langues - Peuples - Civilisations ; Présence Africaine, 1985

* 9 Cite par Dominique NGOIE NGALLA, Les Kongo de la vallée du Niari, Origines et migrations XIII - XIX siècles

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