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Twingo, Vuitton, Lexomil, Carambar et Roudoudou... étude de l'utilisation des marques de publicité dans les romans contemporain

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par Laetitia van de Walle
Université Libre de Bruxelles - Licence en Langues et Littératures Romanes 2005
  

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2.3. Les marques, indices de réalité.

Si nous suivons les théories qu'expose Jean-Paul Sartre dans « Qu'est-ce que la littérature ? » : « L'écrivain parle à ses contemporains, à ses frères de race ou de classe [...], les gens d'une même époque et d'une même collectivité, qui ont vécu les mêmes événements [...] ils ont les uns avec les autres une même complicité [...] c'est pourquoi, il ne faut pas tant écrire : il y a des mots-clés. »42

Les marques de publicité pourraient en effet être des repères pour le lecteur. Comme le dit
Grégoire Polet, écrivain, notre monde est « marqué ». « Nous affichons un nombre
incalculable de marques : les logos de nos vêtements, notre voiture... le vocabulaire commun

38 Denis Pernot, « Réel », Le dictionnaire du littéraire, PUF, 2002.

39 Denis Pernot, « Référent, référence », Le dictionnaire du littéraire, PUF, 2002.

40 Ibidem

41 Constanze Baethge, «Réalisme », Le dictionnaire du littéraire, Baethge Constanze, « Réalisme »

42 Jean-Paul Sartre « Qu'est-ce que la littérature ? », Gallimard, 1948, p 76.

est devenu trop flou. En citant une Mercedes ou un t-shirt Lacoste, le lecteur peut tout de suite se figurer le niveau social du personnage.43

Pour le Professeur Olivier Soutet, linguiste, les auteurs qui enfilent des marques comme des
perles, répondent à « un pur effet de mode, indéfiniment utilisable. C'est un tic de langage. »44

Le Professeur Vincent Nyckees, linguiste et spécialiste de la sémantique, nuance ce propos : « En utilisant des noms de marque, l'écrivain se réfère à une expérience partagée avec le lecteur. C'est aussi une manière de positionner son oeuvre dans la littérature du futur. Il donne immédiatement une patine à celle-ci. »45

Par souci de réalité, « certains écrivains peuvent souhaiter intégrer dans leurs écrits, et tout particulièrement dans leurs romans, des signes de leur temps, signes de la vie humaine de leur époque, pour en faire une des composantes de la «poésie» de leur oeuvre, la nôtre, comme chacun sait, étant particulièrement marquée par la prolifération des marchandises et des appels de toutes sortes à la consommation. »46

Cette opinion est relayée par certains auteurs, comme Xavier Deutch qui déclare : « Si j'utilise des marques, dans mes romans, c'est sans raison particulière. Au moment d'évoquer une réalité, la situation d'un personnage dans un environnement donné, les marques viennent toutes seules, comme des éléments de la réalité. »47 Sophie Jabes renchérit : « Il m'arrive d'utiliser des marques dans mes romans, c'est souvent par souci de précision, et dans le contexte d'un quotidien, ici et maintenant. »48

Cependant, le Professeur Vincent Nykees nuance : « Je ne voulais pas dire pour autant que l'infiltration du roman par les noms de marque représente un pari toujours gagnant, car il faut aussi faire la part des tics et des connivences trop faciles.» Il ajoute que l'écrivain s'expose aussi, par cette pratique, à créer « une oeuvre qui peut devenir hermétique pour les générations

4 3 Grégoire Polet, entretien à la Foire du Livre de Bruxelles le 5 février 2005.

4 4 Olivier Soutet, propos recueillis par Marie Gobin dans Lire « les écrivains corrompus par la pub », novembre 2001, numéro 300, p 49.

4 5 Vincent Nykees, propos recueillis par Marie Gobin dans Lire « les écrivains corrompus par la pub », novembre 2001, numéro 300, p 49.

46 Vicent Nyckees, correspondance internet.

47 Xavier Deutch, réponse au questionnaire distribué à la Foire du Livre de Bruxelles, mars 2005.

48 Sophie Jabes, réponse au questionnaire distribué à la Foire du Livre de Bruxelles, mars 2005.

ultérieures. »49 Or, en tant qu'artiste, l'auteur ne peut ignorer que son oeuvre, idéalement, s'inscrit à la fois dans une époque et dans le long terme, sinon dans l'éternité, et ne saurait perdurer si elle n'est pas apte à «bien vieillir» tel un grand millésime.

En effet, il ne faut pas oublier que de nos jours l'actualité des marques peut parfois être très éphémère.

49 Vincent Nykees, propos recueillis par Marie Gobin dans Lire « les écrivains corrompus par la pub », Novembre 2001, numéro 300, p 50.

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