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Organisation du dispositif RMI et impact sur le parcours d'insertion professionnelle des allocataires RMI. Quels sont les freins institutionnels qui influent sur les parcours d'insertion ?

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par Dominique BOURIEZ
Université de Lille III - Master Sciences Humaines et Sociales, option Conseil en développement des compétences et valorisation des acquis ( CDVA) 2007
  

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C - Pourquoi est-il compliqué de s'insérer lorsqu'on est au RMI ?

Nous l'avons vu précédemment, la stigmatisation entraîne une altération de l'identité de la personne. Dans le cas de l'allocataire du RMI, cette stigmatisation a pour conséquence une perte de la confiance en soi et de son autonomie, les assimilant à de « simples assistés ». Pourtant, si certains arrivent à garder et à tisser un réseau social, nombre d'entre eux glissent lentement vers l'exclusion, et ce, au vue de la durée d'entrée dans le dispositif.

Nous pouvons alors revenir sur le dispositif RMI qui accompagne les personnes dans leur projet d'insertion et se poser la question de savoir si l'organisation de ce dispositif ne tend pas à considérer l'allocataire comme en incapacité de se prendre en charge, entrainant une mise sous tutelle quasi-systématique : L'allocataire se laisse t-il envahir par le sentiment d'exclusion, où le système lui retire t-il sa liberté d'agir et de penser, au nom de sa « déviance sociale » ?

La pression exercée sur les chômeurs et les Rmistes, au travers de l'injonction de travailler, n'entraîne telle pas un sentiment de soumission, un sentiment de dû en échange de l'aide sociale qui lui est accordée ?

Finalement, l'allocataire du RMI n'est-il pas poussé vers la trappe à inactivité par le système qui ne propose que des solutions à court terme, inefficaces en termes de retour à l'emploi ?

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1 - Les trappes : piège ou refuge ?

Des auteurs comme F. Dubet, L'Horty, Guillemot ou Y. Benarrosh se sont penchés sur ce concept de trappe, et posent la question de savoir si ces trappes sont provoquées par les individus eux même ou par le système tel qu'il est proposé aujourd'hui.

Dans son article les trappes d'inactivité : chômage volontaire ou chômage de résistance (Revue Travail et emploi, p73, Juillet 2003), Y. Benarrosh part de l'hypothèse que « une situation de trappe potentielle existe lorsqu'il n'y a pas de différence significative entre salaire et revenu de remplacement (...) lorsque les individus sans emploi n'ont pas financièrement intérêt à accepter les emplois auxquels ils peuvent prétendre ». De part cette hypothèse, on peut se positionner sous deux angles : soit l'individu est calculateur, soit le système l'enferme dans le dispositif.

C'est ainsi qu'en traitant de la question du rapport de l'individu au travail, Benarrosh montre que le refus de travailler de certaines personnes n'est pas nécessairement en corrélation avec la question économique : il existerait une résistance à une forme de travail précaire n'améliorant pas les conditions d'existence des personnes potentiellement employables.

Un autre facteur entre en jeu : la situation familiale, qui permet de comprendre les attitudes vis-à-vis de la reprise d'une activité salariée. Les femmes, et plus particulièrement les femmes seules connaissent de vraies difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale ; leur employabilité est en corrélation avec leur flexibilité.

Aussi, Benarrosh décèle deux types de public enfermés dans ces trappes : les résistants que nous venons d'évoquer et les inemployables, victimes de leur âge jugé trop élevé.

Benarrosh évoque alors que « si ce n'est pas le comportement des intéressés qui les fait tomber dans la trappe...alors c'est leur état qui est en cause : car ils n'ont pas de place sur le marché actuel du travail » (id, p 76).

Le système considère que l'individu est enfermé dans une trappe à partir du moment où il y a refus ou impossibilité d'accepter les propositions d'emploi : c'est alors présager de la mauvaise foi de celui-ci à ne pas vouloir répondre « positivement » à la charité collective.

a- Le sens du travail :

Benarrosh met en évidence que les individus acteurs de leur parcours d'insertion considèrent le RMI comme une étape transitoire durant laquelle ils mettent en oeuvre des stratégies d'insertion (formation, création d'entreprise...) ne leur permettant pas d'accepter des emplois considérés comme précaires. Le niveau d'exigence de ce public peut alors s'appuyer sur la dynamique de parcours qu'il a engagé ; de ce point de vue, il serait donc prémédité de considérer cette situation comme une trappe de précarité.

Le refus du travail précaire est alors un refus de l'instabilité et de la précarité doublé d'une volonté d'assurer un revenu continu et exempt de toutes contraintes de temps et de rentabilité. « Le rapport au travail détermine le refus aux emplois accessibles » (id, p77).

Un autre public refuse la précarité au travail : ceux qui n'ont connu que les petits boulot et les emplois aidés ; Ceux-là même qui aspirent à fonder une famille et à s'installer, et qui résistent à la précarité de l'emploi en refusant tout contrat ne leur permettant pas de se stabiliser professionnellement. Pourtant, Benarrosh rappelle que ce public qui n'a connu que le travail précaire, et qui refuse aujourd'hui cette précarité, risque de s'enfermer dans une spirale, en misant tout sur le CDI.

Quant à l'individu « calculateur », il est évident que l'acceptation d'un emploi à temps partiel fait perdre des droits qu'il est très difficile de recouvrer, mettant en balance une situation matérielle et financière très difficile, et fragilisant le projet d'insertion. La projection dans l'avenir est alors interrompue de part le déséquilibre familial et financier que l'acceptation d'un travail entraîne. Aussi, Y. L'Horty, in les gains du retour à l'emploi, p6, appuie cette théorie en affirmant que les gains immédiats d'un retour à l'emploi ne sont pas les plus déterminants. Il évoque ainsi trois autres facteurs : l'accessibilité des « bons emplois », la sécurité de l'emploi et la carrière salariale.

Accepter la précarité de l'emploi, c'est accepter de s'enfermer ou d'être enfermé dans une trappe. Mais pour le système, refuser l'emploi, c'est s'enfermer dans la trappe à inactivité, de part le temps consacré au projet d'insertion.

Nous avons ici deux poids, deux mesures : le concept de trappe diffère que l'on soit du côté du public ou de l'institution.

La logique « politique » voulant permettre aux individus d'élaborer un parcours d'insertion est contrecarrée par une logique économique qui voudrait limiter fortement le temps consacré à ce parcours.

Aussi, dès que l'individu reste « trop longtemps » dans une logique de parcours, il est classé par le système comme enfermé dans la trappe à inactivité.

En réalité, il ne l'est pas, puisqu'il élabore une stratégie d'insertion.

Le système libéral s'appuie sur la notion de trappe de deux façons : la trappe à inactivité qui reçoit les mauvais chômeurs (ceux qui refusent les emplois précaires), et la trappe à précarité, qui reçoit les bons chômeurs qui travaillent à n'importe quel prix.

Benarrosh évoque plusieurs types de trappes : la trappe d'inactivité motivée par le non emploi, et la trappe de pauvreté, qui elle n'a rien à voir avec le fait que l'on accepte ou que

l'on refuse les emplois proposés (accepter un emploi précaire ne sort pas, loin de là, de la pauvreté...voire même l'accentue).

On a alors deux visions du rapport au travail : la vision politique et la vision du public. La vision politique ne voit dans le travail qu'une fonction instrumentale de ressources financières, alors que le public voit dans le travail avant tout une stabilisation de la vie familiale et sociale qui permet d'avoir sa place dans la société.

L'Horthy évoque par ailleurs le bon et le mauvais emploi : le bon emploi étant celui que l'on souhaite occuper (c'est alors une activité professionnelle), alors que le mauvais emploi est celui que l'on occupe « faute de mieux » (c'est alors un travail de subsistance) (id, p 10). Pourtant Y. Benarrosh rappelle à juste titre, que le choix de l'emploi que l'on occupe n'est réservé qu'à l'élite de la société, mais que celui-ci est très présent chez les personnes sans emploi.

L'individu étiqueté comme RMIste choisit, lui aussi « de dire non à un emploi » (p74). Comme le note Benarrosh, « ce qui est refusé (...) ce n'est pas le travail comme tel, ce sont les différentes caractéristiques afférentes tantôt au contenu du travail, tantôt à ses conditions d'exercices ou encore à ses deux aspects » (p74).Le refus de l'emploi à ce niveau est donc un refus de l'enfermement dans la précarité et une revendication à la stabilité professionnelle. D'autre part, ce droit au refus dépend des ressources des individus en termes d'expériences professionnelles et de compétences et ne serait pas, pour Benarrosh, un enfermement dans une trappe.

Si l'institution les considèrent comme enfermés, les individus, (qui eux, considère le RMI comme une période de remise à niveau, d'élaboration d'une stratégie de remis à l'emploi selon leurs besoins et leurs aspirations) font valoir leur droit de refus de part l'incohérence de ce qu'il leur est proposé et de ce à quoi ils aspirent.

Le concept de trappe serait alors un concept politico-économique, classant les publics et les stigmatisant par un pointage de leur « mauvaise foi » à accepter un emploi à n'importe quelles conditions. La pression exercée par les politiques « en faveur de l'emploi » peut être très forte (par exemple le suivi mensuel des demandeurs d'emploi, les positionnements sur des emplois aidés...) engendrant une stigmatisation importante.

Notons le décalage important qui existe entre le comportement attendu et le comportement réel : la société voudrait imposer à chaque chômeur et Rmiste un retour à l'emploi dans n'importe quelles conditions, avec l'idée charitable de donner du travail comme on offre un morceau de pain dont il faut se contenter.

Pourtant c'est sans compter sur le sens que donne l'individu à son existence, aux valeurs qui gèrent sa vie. L'Horthy précise d'ailleurs que le projet professionnel existe toujours chez les allocataires, ce qui a le mérite de leur apporter motivation et sens à leurs recherches d'emplois.

Malgré tout, cette capacité de choix se réduit selon plusieurs critères, en particulier celui de la configuration familiale, qui peut provoquer un enfermement dans l'inactivité par l'impossibilité des individus à équilibrer leur vie professionnelle et familiale. Marc Gurgand appuie cette idée en affirmant que la composition familiale est un élément important du comportement sur le marché du travail (p3). Pour lui, les personnes seules seraient d'ailleurs plus motivées à la reprise d'un emploi (p3), sous entendant ainsi que la famille pourrait être un frein à l'insertion professionnelle.

Lorsque Y. L'Horty se penche sur le retour à l'emploi des allocataires RMI, il fait le constat que ceux-ci finissent par accepter un travail à plus où moins long terme ; les raisons évoquées sont de « penser à demain, à se sortir du RMI » et les difficultés de gestion du RMI. (p 17 et 18).

Cette remise au travail souvent impulsée par les emplois précaires (Contrat d'Avenir, Contrat d'Accès à l'Emploi) augmenterait, d'après l'auteur, les chances d'accession aux « bons emplois », sécuriserait les revenus (contrairement aux affirmations de Benarrosh) et permettrait une progression salariale. (p19).

Comment expliquer le positionnement différent de Benarrosh et de l'Horty sur la sécurisation des revenus ?

Alors que Benarrosh se positionne sur le temps présent, l'Horty choisit de voir les effets de la reprise d'une activité sur le long terme. En effet, si la perte de droits en termes de reprise d'activité est évidente dans l'immédiat, elle est, selon l'Horty, compensée dans le temps (il parle de « gains différés », p 19).

L'Horty appuie par ailleurs son argumentation sur les conséquences positives de l'emploi sur le réseau de l'individu et balaye d'un revers de la manche l'idée qu'un travail peut être dévalorisant, affirmant que c'est le fait d'être actif et non le travail en lui-même qui est important.

Par ce fait, l'Horty apporte un élément nouveau sur le rapport au travail et l'importance sociale de celui-ci : pour lui, l'individu s'épanouit par l'activité travail et non par les activités effectuées dans le travail. (p20).Aussi, « le mauvais emploi doit pouvoir garantir une évolution de la situation financière et professionnelle à plus long terme » (p33) même si cela relève aussi de la prise de risque, d'un « hasard de circonstances » (Dubet)

F. Dubet et A. Vérétout précisent cette pensée en écrivant que « les individus ne choisissent pas seulement un emploi et des revenus : ils choisissent aussi un travail » (F. Dubet et A. Vérétout, une « réduction » de la rationalité de l'acteur. Pourquoi sortir du RMI ?, revue française de sociologie, 42-3, 2001, pp 407-436).

b - Un travail pour sortir de la précarité ?

La réalité met en avant l'existence de la trappe à pauvreté grâce au retour à l'emploi du public RMI : le retour à l'emploi ne fait pas sortir de la pauvreté ;

En effet, 1/3 des allocataires du RMI en reprise d'emploi n'ont aucun gain financier, ce qui infirme l'hypothèse disant que c'est le comportement des individus face à l'emploi qui entraine l'inactivité.

A l'inverse, la recherche d'un travail coûte cher et accroît les difficultés financières de l'individu, avec « les limites financières auxquelles ils se heurtent » (Dubet, p 413).

Seuls 10% des allocataires ont refusé un travail en 1996, selon Guillemot, avec comme motifs évoqués l'inadéquation du travail proposé par rapport à l'expérience et aux compétences, ou encore l'éloignement du domicile. Sur ces 10%, seuls 13% ont refusé l'emploi pour cause de faiblesse de revenu. En fait, Guillemot pose ici un problème de taille et relativement tabou : si les allocataires du RMI ne trouvent pas de travail, c'est parce qu'on ne leur en offre pas (p15, Guillemot)

La trappe à chômage serait provoquée par une dés-incitation financière et le manque d'offre d'emploi en direction de ce public, marquée d'une certaine discrimination. L'individu ne trouve pas de travail, même à tout prix et le public RMI reste celui le plus touché par la

pénurie de l'emploi, malgré un niveau d'exigences de leur part assez peu élevé sur les rémunérations. D'ailleurs, selon Guillemot, cette pénurie augmenterait au fur et à mesure que la « valeur » de l'individu baisse...

Constat est alors fait que la reprise d'emploi se fait via les contrats précaires, enfermant les personnes dans la pauvreté dont 1/3 en emploi aidés, 1/4 en CDD, 15% en indépendants, et 15% en CDI. D'autre part, 60% des personnes en reprise d'emploi sont à temps partiel et sur un smic horaire... (p18).

Pour Guillemot, la trappe à pauvreté est le plus grand risque de l'allocataire RMI, à cause de la précarité des emplois occupés.

Nous voyons ici le phénomène de déplacement de statut social face au retour à l'emploi des allocataires RMI : de celui « d'assisté », on passe à celui de travailleur pauvre.

Il est alors intéressant de s'interroger sur les causes de cet enfermement dans cette situation de précarité, engendrées par une restriction des solutions de sortie du statut de RMIste.

La stigmatisation par le statut est réelle et entraine une discrimination sociale et institutionnelle.

Aussi, nous allons nous intéresser particulièrement à l'inemployabilité supposée des allocataires du RMI et des conséquences de cette représentation sur la sortie du dispositif RMI.

2 - L'inemployabilité présumée des allocataires du RMI : un stigmate récurrent.

Cette partie permet de comprendre les représentations engendrées par le stigmate à travers le statut social du RMIste et les conséquences qui en découlent.

Constat est fait par les professionnels de l'insertion qu'il existe un problème de discrimination à l'embauche des personnes au RMI, souvent considérées comme très éloignées de l'emploi, avec des représentations négatives sur leurs compétences, leurs capacités « l'emploi précaire est utilisé comme une épreuve probatoire par les employeurs doutant des capacités des Rmistes » (Dubet, p 409), entrainé par « la dégénérescence du capital humain » (p 409).

Les emplois précaires deviennent alors la norme pour ce public.

Nous pourrions argumenter que la précarité de l'emploi est devenue une norme pour tous les publics, et qu'elle touche, entre autre, le public RMI.

Toutefois, il est important de remarquer qu'il existe des constantes dans le processus de précarisation de la trajectoire professionnelle de la personne au RMI : Dubet note que la durée du RMI est un indicateur majeur négatif de l'employabilité des personnes, expliquant les difficultés du retour à l'emploi. En effet, la durée d'inscription dans le dispositif pèse très lourdement sur les probabilités de sortie de celui-ci (p 413), beaucoup plus que les gains financiers de retour à l'emploi (p 413).

D'autre part Dubet met l'accent sur le fait que le public RMI est très hétérogène avec un seul point commun : celui d'être éloigné du monde du travail et d'avoir un « parcours marqué par le chômage ».

Aussi la stigmatisation commence par la désignation administrative et institutionnelle des personnes au RMI, considérés comme faisant partir d'un groupe homogène, avec des pratiques pensées de façon collective pour une application individuelle, pensée paradoxale face à des politiques publiques qui poussent à l'individualisation des parcours. La question est : dans quelles conditions ?

Si l'institution suggère à l'individu de trouver sa voie dans un temps limité, les pratiques professionnelles et institutionnelles peuvent être un frein à la sortie du dispositif, comme l'indique Dubet, « c'est la mauvaise volonté des services sociaux qui enferme les clients ne voulant pas affronter les humiliations des guichets, les stages bidons, les réunions de rmistes organisées par la commission locale d'insertion, et les forcent à s'identifier à un groupe déchu » (p 420).

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"Soit réservé sans ostentation pour éviter de t'attirer l'incompréhension haineuse des ignorants"   Pythagore