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Amoralité et immoralité chez Aristote et Guyau. Une herméneutique du sujet anéthique


par Hans EMANE
Université Omar Bongo - Maitrise 2009
  

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III.3.9. L'IMMORALITE RELATIVE, IMMORALITE PONCTUELLE ET IMMORALITE ABSOLUE

Quant on examine scrupuleusement comment la philosophie questionne l'immoralité on se rend compte qu'il faut distinguer trois sphères ou plus exactement trois niveaux d'immoralité.

D'emblée, il faut rappeler qu'il y a une position qui assume le choix du rejet de toute éthique, quelle qu'elle soit : c'est le nihilisme. Ce n'est pas un simple rejet des moeurs comme chez Calliclès ou encore comme chez Diogène le Cynique qui choisirent de se conformer à la nature ou détriment des normes convenues, conventionnelles ou sociales. Le nihilisme c'est le choix de n'accepter aucune valeur sans exception. Or, la vie étant la plus haute, la suprême valeur (la préférence de la vie par rapport à la mort), on o conclut que la thèse nihiliste conduit nécessairement, au suicide, à la mort.

Il n'en demeure pas moins que l'immoralité est en son essence une forme de nihilisme. Elle est aussi et surtout poursuite de valeurs négatives ou contraire à la morale courante. Or, il apparaît que cette forme d'immoralité n'est en fait qu'une autres sorte moralité. C'est ce que nous appellerons l'immoralité relative qui consiste à un rejet intentionnel, délibéré de certaines valeurs au bénéfice ou au profit d'autres valeurs qu'on estime meilleur.

On définit l'immoralité absolue comme une tentative délibérée de suivre, de vouloir et de faire le mal, selon ou en fonction de valeurs elles-mêmes jugées absolument négatives. Mais on peut se demander s'il n'y a pas là un paradoxe : le choix est toujours préférentiel si bien qu'en choisissant quelque chose que l'on sait mal, foncièrement abject ou nuisible, on lui donnerait sa préférence et on la changerait en une valeur positive.

Mais qu'à cela ne tienne, on peut choisir le mal en soi. Le sujet peut choisir le mal pur lui-même. Choisir le mal en soi, est possible seulement si l'individu remplit les conditions formelles de du mal, à savoir, le renversement des maximes fondamentales de la morale, universellement définis par Kant. La maxime de l'immoralité selon Schopenhauer est « Omnes quantum potes, loede ».

L'immoralité relative et l'immoralité absolue peuvent être des phénomènes ponctuels. En ce sens, on parle d'immoralité ponctuelle lorsque j'intervertis périodiquement l'ordre de mes préférences, de mes valeurs, ou lorsque j'agis ponctuellement contre ou à l'encontre des valeurs que je reconnais positives. Alors, l'immoralité ponctuelle peut être définie comme « un rejet temporaire des valeurs morales ».

En somme, qu'elle soit, relative, absolue ou ponctuelle, l'immoralité se présente à nous comme une zone d'indifférence où cesse, à cause de la perte, du rejet du sentiment (sens) moral ou de la conscience morale, la lutte entre l'humain et l'inhumain. La souffrance, la misère, la guerre, la mort sont par essence immorales parce qu'elles contiennent et provoquent le désordre, l'abaissement et la dégradation de l'être humain. Elles sont immorales parce qu'elles aliènent l'imprescriptible dignité humaine.

A quoi d'autres Guyau appliquent-ils le qualificatif d'immoral ? La question se pose lorsqu'on connaît l'importance de cette notion pour le philosophe français.

Chez un individu moralement constitué, l'immoralité ou plus exactement le comportement immoral entraîne un sentiment d'inconfort364(*). En d'autres termes, lorsqu'on agit de manière immorale on est a priori, sujet au remord de notre conscience, qui nous tourmente comme le daimon de Socrate. De plus, on peut éprouver devant un comportement immoral un sentiment d'indignation très marqué365(*). Cependant, « il y a des cas où l'individu éprouve un sentiment d'obligation à rebours, d'obligation à ce qu'on regarde d'habitude comme des actes immoraux366(*) ». Mais bien entendu, ce sont des cas isolés. Comment alors expliquer ce sentiment d'indignation que l'on éprouve face à des brigands ? La meilleure explication de l'indignation, de la répugnance que l'on éprouve face à l'acte des brigands et du jugement d'immoralité qui l'accompagne fait donc référence à un sens moral  qui résulte entièrement des états psychologiques de l'évolution sociale du sujet de l'expérience. Ce n'est pas la réalisation d'une propriété de méchanceté ou d'immoralité qui cause l'expérience morale367(*) . C'est plutôt la projection de nos croyances et nos dispositions acquises dans le milieu culturel auquel nous appartenons à qui nous devons notre conscience morale.

* 364 Raymond BOUDON, Le Juste et le Vrai. Etude sur l'objectivité des valeurs et de la connaissance, Paris, Fayard, 1995, p. 255.

* 365 Le Juste et le Vrai. Etude sur l'objectivité des valeurs et de la connaissance, op.cit., p. 196.

* 366 Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction, op.cit., p. 48.

* 367 Stélios VIRVIDAKIS, La Robustesse du bien. Essai sur le réalisme moral, op.cit., p. 100.

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