WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Opinion publique et géopolitique

( Télécharger le fichier original )
par Daouda GUEYE
Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) - Diplome d'Etude Approfondie (D.E.A) 2004
  

sommaire suivant

INTRODUCTION

« Le monde, écrivait Brzezinski en 1992, ressemble plutôt à un avion qui navigue au pilote automatique, à une vitesse de plus en plus rapide, mais sans destination précise. »1(*)Voilà une image qui, selon nous, rend vraiment compte de la situation actuelle du monde, et, qui, comme dans les autres contextes historiques, doit nous convaincre de la nécessité d'une mobilisation dépassant le cadre des frontières nationales pour arborer une forme internationale, ou, mieux encore, transnationale. Cette impératif de mobilisation n'est certes pas chose nouvelle, dans la mesure où l'enjeu a toujours été le même ; en effet, que le monde soit assimilable à un avion avec plusieurs pilotes(les différentes nations souveraines), essayant chacun de mener celui-ci là où se trouvent ses intérêts, ou qu'ils soient assimilable à un appareil avec deux pilotes aux intérêts idéologiques différents, comme ce fut le cas dans le contexte de la guerre froide, il s'est toujours agi, il s'agit aujourd'hui encore d'oeuvrer à avoir un contrôle effectif sur cette appareil à bord duquel nous sommes tous embarqués. Mais cet impératif se présente aujourd'hui avec une acuité telle qu'il est possible de dire qu'elle est quasi-inédite.

Ce qui caractérise l'ère dans laquelle nous vivons aujourd'hui, et qui la rend différente des autres époques qui l'ont précédée, c'est le fait que contrairement à ce que certains comme Francis Fukuyama ont pensé, à savoir que l'histoire avait atteint son terme, comme l'écrivait Brzezinski dans le même ouvrage cité plus haut, dont il dit « qu'il ne s'agit point d'une prédiction mais bien d'un avertissement urgent », « l'histoire n'est pas finie, mais elle est devenue compressée »2(*). Les évènements se succèdent à une vitesse de plus en plus rapide, avant qu'on ait le temps de les analyser, de les décrypter, d'autres événements ont déjà fini de les ensevelir, ainsi de suite, sans que l'on puisse ne serait-ce que soupçonner où est-ce que tout cela va nous mener.

Par ailleurs, si du point de vue du temps l'histoire paraît compressée, du point de vue de l'espace également il est possible d'affirmer que le monde est rétréci, qu'il est de plus en plus petit. Pour peu on allait penser que les propos de Victor Hugo sont en phase de se réaliser. Il écrivait en effet en 1849 : « Comme les peuples se touchent ! Comme les distances se rapprochent ! Et le rapprochement, c'est le commencement de la fraternité...Avant peu, l'homme parcourra la terre comme les dieux d'Homère parcouraient le ciel, en trois pas. Encore quelques années, et le fil électrique de la concorde entourera la globe et étreindra le monde »3(*). Les peuples se touchent effectivement aujourd'hui et les distances sont presque annihilées avec le processus en cours, caractéristique de notre époque, et qu'on désigne par le terme « mondialisation ». Phénomène multidimensionnel, la mondialisation, bien que insaisissable par une définition quelconque, n'en n'est pas moins réel comme contexte historique. L'amphibologie, de sens que présente ce terme, et qui reste liée à son caractère pluridimensionnel que nous venons de souligner, fait qu'on risque d'être dans l'embarras en voulant lui donner une définition. En dépit de ce constat, il est clair que « si rien ou presque rien n'est purement mondial, tout l'est ne serait-ce qu'un peu. Le monde est devenu l'environnement systémique de tout ce qui est social un méta-espace qui englobe tous les autres niveaux spatiaux »4(*). L'interconnexion de tous les produits et secteurs de la vie sociale est devenue une réalité en construction, après que le processus qui devait y conduire ait été enclenché dès les premières heures de l'histoire. Le politique, l'économie, la culture, l'éthique bref tous les aspects de la vie de l'homme représentent autant de niveau spatiaux qui trouvent dans le monde devenu système-monde, selon l'expression d'Olivier Dollfuss, un méta-espace où s'effectue leur interconnexion. Le monde aujourd'hui pourrait être apparenté à un oeuf à l'intérieur duquel ce qui se produit à un point a aussitôt des répercussions sur l'ensemble.

Ce monde nouveau n'a cependant pas généré un nouvel adam. Et les problèmes traditionnels qui l'ont à moult reprises conduit au bord du gouffre ne se sont pas dissipés, au contraire. Nous voulons parler des conflits géopolitiques qui ont jalonné son histoire et qui ont été causes de tant de souffrances et de malheurs aux masses. Certes, avec les progrès enregistrés dans le domaine de la techno-science et particulièrement de la technologie militaire, le risque d'un embrasement général du genre de ceux que l'on a connus à deux reprises n'est pas envisagé (bien que cela ne sort de l'ordre du possible ; tout dépend...). Mais la guerre, dit Von Clausewitz, est un caméléon ; et comme tel, elle se présente aujourd'hui sous d'autres formes, géoéconomique et ethnopolitique notamment. Ajouté à cela, il y a les guerres sociales générées par-ci par-là par le gap, aussi bien au sein des sociétés opulentes qu'à l'intérieur des pays pauvres, entre une minorité nantie au point de verser dans l'hédonisme social, et une grande masse d'individus privée des jouissances les plus élémentaires. Ces trois logiques, économique, identitaire et géopolitique, avec la dialectique qui leur est inhérente, ont fini par mettre l'humanité dans une situation explosive.

Il ne se passe de jour sans que l'on ne voie défiler en boucle sur les écrans de télévisions le massacre de femmes, d'enfants de vieillards, et surtout d'hommes valides qui constituent la force vive de l'humanité. A qui la faute ? Certainement à des dirigeants politiques qui prétendent agir et parler au nom de leur opinion publique, alors qu'en réalité, il n'en est en général rien. En vérité, ils ne sont mus que par la volonté de puissance, par la libido dominandi et la recherche de la gloire et d'un rayonnement international. Pendant ce temps que fait la masse des citoyens ? Elle subit.

Il ne se passe de jour sans que l'on fasse le contact Ô combien révoltant du fossé entre le nord et le sud, entre les riches et les pauvres ; situation que nous savons résultant des dysfonctionnements inhérents au système économique mondial basé sur un capitalisme sauvage, inhumain, évoluant sans critères éthiques. A qui la faute ? Aux dirigeants politiques, une fois de plus, qui, trop plongés dans la logique de la guerre économique, et trop affaiblis au point de faire perdre à l'Etat sa substance spirituelle, à telle enseigne que la société civile, au sens hégélien du terme, a fini par prendre le dessus sur l'Etat, l'universel dont, désormais, elle fait sa servante pour arriver à ses fins. Nous pensons à ce que l'on pourrait définir comme les nouveaux acteurs de la vie internationale : les firmes transnationales, les multinationales, ... La circulation des capitaux s'effectuent dans ce contexte sans autres règles que la rentabilité, le profit. Nous assistons à l'émergence d'un monde primitif, celui de la finance et de l'investissement, dans lequel les membres de ce que Friedman appelle « la horde électronique » se déplacent vers les verts pâturages qu'ils transforment en désert avant de les fuir, laissant après eux la pauvreté, la désolation, la désillusion ..., des tensions sociales.

« `' On aura les conséquences `', avait dit le sage d'Israël, rassasié de voir les dirigeants reconduire les mêmes fautes et les foules confier leur vie et leurs destins aux mêmes dirigeants. Les conséquences viennent toujours. »5(*) Face aux périls qui la guettent, seule une conversion éthique peut sauver l'humanité de l'apocalypse. Or il n'est pas évident que cette conversion soit effectuée par les politiques. Cependant l'humanité n'est point composée que des hommes politiques ; et la force dont disposent ces derniers, et qui leur permet d'apparaître sur la scène mondiale, émane de la masse de leurs citoyens. C'est de ces masses que Jaspers voyait surgir des raisons d'espérer. Il écrit qu'il n'est aujourd'hui de secours que par une transformation de l'homme, dont l'effet s'élargira ; si elle ne touche d'abord qu'un petit nombre d'hommes, par la suite elle en atteindra beaucoup et, pour finir, peut-être la majorité. Car ce qui est préparé aujourd'hui par la technique ne peut être dirigé vers le salut qu'à travers les flots de la volonté de la raison, qui trouve dans la foule son appui, et non par les hommes politiques traditionnellement liés à la puissance et au maintien de la puissance. Ce qu'on appelle aujourd'hui l'opinion publique, ce qui se montre brouillon, versatile, sensible aux directives de la propagande, est, malgré le peu de confiance qu'on peut lui accorder, portée cependant par des forces obscures et cachées qui peuvent faire irruption subitement. Cette transformation, si elle est animée par la raison, porterait celle-ci au dessus de tout, s'emparerait aussi des hommes qui ont les armes en main et qui servent les bombes. Elle produirait les hommes politiques qui correspondent à cette évolution ou les contraindrait, en raison de sa propre puissance, à suivre cette volonté. De la bombe atomique, de la guerre, de la prétention à la souveraineté absolue et à tout ce qui ne fait qu'un avec cette prétention, les hommes d'Etat de nos jours ne seront plus maîtres, si les masses de l'Est à l'Ouest, éclairées et animées par la raison, au milieu du changement du mode de pensée et de l'homme lui-même, parviennent à leur imposer ce revirement... 

Le but de ce travail, c'est de montrer l'influence que peut avoir l'opinion publique internationale par rapport à l'éradication ou, au moins, à l'atténuation des difficultés souffrances et autres, dans lesquelles la dialectique des conflits géopolitiques, géoéconomiques et civilisationnels pourraient plonger l'humanité.

Pour ce faire, nous pensons qu'il est nécessaire de procéder méthodiquement en commençant par exposer les caractéristiques de la situation réelle à laquelle nous sommes aujourd'hui confrontés, en nous efforçant de faire voir ce qui, par rapport à cette situation, rend indispensable, voire vitale, la mobilisation de l'opinion publique internationale. Cette situation, nous nous proposons ici de l'analyser autour de trois axes : politique, économique, et civilisationnel.

Nous tenterons ensuite d'étudier la nature de l'opinion publique, en montrant comment elle a été prise en charge comme objet de réflexion par quelques penseurs au cours de l'histoire. Est-ce que l'opinion publique internationale est aujourd'hui assez bien outillée pour effectuer la mobilisation qui lui est nécessaire pour être à même de jouer le rôle de contrepoids à l'action des politiques, des démagogues, et autres spécialistes de la propagande ? C'est là également une question à laquelle nous tenterons de répondre.

Ces deux points vont constituer la première partie de ce travail. Nous l'avons intitulée nécessité d'une conversion morale de l'humanité.

Déjà dans le deuxième point de la première partie, l'on verra que cette opinion publique recèle une force que personne ne peut nier ; et que cela étant, elle est objet de beaucoup de convoitises parmi lesquelles nous évoquerons celles des politiques et des médias. En termes clairs, nous nous proposons dans cette deuxième partie d'examiner les risques de manipulation qui guettent l'opinion publique et qui proviennent de deux sources. Il sera ainsi question dans un premier temps de la propagande politique, et, dans un second moment du risque de manipulation de l'opinion publique par les médias.

L'on verra, après l'analyse de ces questions que l'intérêt d'une réflexion sur le rôle que pourrait jouer l'opinion publique dans la recherche d'une paix perpétuelle empreinte de justice sociale, de tolérance - disons plutôt de respect - des uns et des autres dans leurs différences, est plus qu'évident. En effet on verra que, mis à part le fait qu'elle permet de montrer qu'il existe réellement une alternative à l'action des politiques dans le cadre de la quête d'une existence paisible et heureuse - des politiques qui n'ont en réalité fait rien de mieux que de rendre les choses sinon pires, du poins stagnantes - , cette réflexion participera à formuler quelques idées modestes qui vont dans le sens de pousser cette opinion publique à prendre conscience des défis qui l'interpellent, des tâches qui l'attendent, mais aussi des risques qui la guettent.

* 1 Zbiniew Brzezinski, Out of control, Global Turmoil on the Eve of the Twenty-First Century, Maxwell Macmillan international, Introduction, p. xiv.

* 2 Op.cit, p. ix.

* 3 Cité par A. Mattelard, La mondialisation de la communication, Que sais-je ?, PUF,1996, p. 3.

* 4 GEMDEV, Groupe mondialisation, Mondialisation, Les mots et les choses, Karthala, 1999, p. 82

* 5 J. M. Keynes, J. Bainville, Les conséquences économiques de la paix, Les conséquences politiques de la paix, trad. David Todd, Tel, Gallimard, 2002, p. 301.

sommaire suivant