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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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2.2. Trois processus de la schizophrénie sous l'angle de la psychopathologie phénoménologique

Afin d'étudier au plus près les situations cliniques qui seront exposées lors du prochain chapitre, il convient de s'intéresser, de manière méthodologique, à l'expérience schizophrénique :

1. primo au niveau ce qui modifie la perception humaine de sa propre réalité et condition d'être

2. secundo quant à ce qui détermine et crée le délire

3. tertio aux spécificités liées au temps vécu et à l'espace.

2.2.1. L'être-soi, l'être-au-monde et l'être-avec-autrui

En 1950, lors du tout premier congrès international de psychiatrie, Binswanger propose une nouvelle approche de la compréhension et du suivi des personnes souffrant de maladies mentales. Il se fonde sur le passé et le vécu de ses patients pour tenter d'expliquer les troubles de la conscience de leur propre perception d'individualité et d'identité. Il s'agit de l'être-soi, de l'être-au-monde et de l'être-avec-autrui qui déterminent : la qualité et la compréhension de sa propre perception d'Etre, la qualité et la compréhension de sa participation au monde et la qualité et la compréhension de ses relations à autrui. Pour rappel, lors du processus de schizophrénie, la relation à soi et la relation au monde sont altérées. L'ambivalence dont fait preuve la personne schizophrène l'amène à une confusion de l'identité. Ressentir deux émotions contradictoires de manière simultanée, émettre une opinion et son contraire à la fois, sont sources de violentes souffrances psychiques. La personnalité, afin de se protéger, opère alors un repli sur soi (syndrome autistique) pour tenter de maintenir son unité égologique. La coupure avec le monde extérieur amène à se concentrer davantage sur l'expérience intérieure, laquelle prend par la suite toute la place et se confond avec le monde réel. La personne schizophrène, vivant dans l'introspection, s'éloigne de l'extérieur, devenu incompréhensible, et se sépare affectivement de son entourage, lequel se voit contraint de faire face à des changements d'attitude.

Lors de l'expérience schizophrénique, la perception du monde extérieur se modifie et les choses ne revêtent plus la même valeur qu'auparavant. On remarque alors une labilité émotionnelle, une ambivalence affective qui tend à dérouter l'entourage. Une froideur affective rend tout contact encore plus complexe, et une discordance entre les mots et les mimiques, par exemple, impressionne et inquiète les autres (l'annonce du décès d'un proche en affichant un sourire radieux). Ce processus aboutit à des dissociations des sphères émotionnelle, cognitive et comportementale. Ces modifications sont généralement accompagnées d'hallucinations visuelles ou auditives. Les sens sont exacerbés, et l'agitation motrice et cognitive qui peut en résulter est impressionnante. Le désordre est tel que l'on ne peut y retrouver la moindre trace d'une structure.

En art thérapie, on relève que les patients en état de crise exécutent des griffonnages désordonnés et non figuratifs et divers symboles en guise d'écriture ou simplement d'expression (Prinzhorn, 1922).

Il convient aussi de parler des notions de Soi et de subjectivité. Selon Tatossian, la subjectivité est ce qui permet le Sujet. Elle intègre les notions de temps, d'espace, du corps et de l'autre. Elle constitue le temps comme présent vivant, l'espace comme lieu commun, le corps comme chair et l'autre en tant qu'altérité mais la subjectivité n'est jamais donnée par avance et se construit en permanence pour permettre la constitution du Soi et du Sujet. Le Sujet, quant à lui, intègre les domaines du Moi, de la conscience, de l'intériorité psychique dans lesquels la subjectivité s'exprime et s'aliène. Un des paramètres de la condition humaine consiste à être Soi tout en restant une subjectivité. La problématique de la personne schizophrène consiste à être une subjectivité sans Soi car les disproportions anthropologiques de la temporalité, la spatialité, la corporéité de la mondanéité et l'altérité de la subjectivité ne permettent plus la construction du Soi (Pringuey, 2009).

A la base de l'oeuvre de Jaspers, on trouve la dichotomie sujet/objet, Psyché/Soma, Moi/Monde. Il est question d'un homme intérieur placé dans un monde objectif, indépendant de lui et dont il ignore tout. La dichotomie ainsi décrite par Jaspers fait appel à la notion d'un psychisme clos sur lui-même et isolé. Dans cette conception, le Monde se construit en fonction de la propre perception et des représentations que le sujet se fait de l'extérieur.

De manière différente, l'être-au-monde (Dasein) selon Heidegger consiste en la relation que la personne entretient avec le Monde comme notion non pas de Monde réel (Descartes) mais comme rencontre avec l'Etre (Sein) en général, et donc l'être en soimême de l'être-au-monde. Il ne s'agit pas de révéler la concordance ou non avec la réalité extérieure, mais de nommer la manière dont l'homme peut rencontrer ce qu'il rencontre. La vérité et la réalité d'un monde se confondent : c'est l'incorrigibilité délirante (Blankenburg cité par Tatossian, 2002, p.178). Ainsi, le Monde ne se définit pas par le « quoi » mais par le « comment » de la rencontre.

exemple la pudeur, se transforme en honte sous le regard des autres, et Autrui devient alors juge ou persécuteur.

Le sujet, en régression narcissique profonde, va mettre en place des mécanismes de défense. Pour éprouver la non-familiarité du Monde, il convient que la notion du familier soit encore un peu préservée. « Quand l'aliénation augmente, un passage de l'étrangeté à l'hostilité se produit ; à la place de la dépersonnalisation, s'installe le délire » (Minkowski, 1966).

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