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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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2.2.2. La perte du contact vital avec la réalité ou le délire

Minkowski est le premier à décrire la perte ou plus exactement la rupture du contact vital avec la réalité, position qui prive le sujet d'une dynamique adéquate avec le monde et la réalité et qui le prive du sens du monde.

Tatossian, en reprenant cette approche Minkowskienne, perçoit 2 pôles distincts lors de l'aliénation schizophrénique. En ce qui concerne le premier pôle, il s'agit de la compréhension qui « coupe les ponts » avec le sentiment de la situation et ainsi privée de ce sentiment, qui est son support naturel, elle devient compréhension sans sentiment de la situation, source du rationnalisme morbide. C'est ce qu'il nomme absence de l'évidence naturelle ainsi que du sens commun, et qui aboutit à des actes sans sens, en court circuit, inadaptés à la situation. Quant au second pôle, la compréhension est totalement absorbée dans le sentiment altéré de la situation, qui correspond d'un point de vue clinique à l'indifférence schizophrénique, aliénation non réflexive. Le Soi ne disposerait plus d'un espace de compréhension avec le monde, et ne pourrait y installer ne serait-ce qu'un essai d'ordre. L'harmonie entre le milieu dans lequel il vit (l'ambiance), et dont découlent les événements et le Moi, est rompue, les vibrations entre eux ne sont plus à l'unisson et il s'instaure un décalage entre la marche du monde et sa propre vie. C'est entre ces deux pôles que se placent les formes délirantes de schizophrénie, entre déréliction et projet ou entre sentiment de la situation et compréhension de la situation.

de percevoir ce vécu non-naturel avant même la constatation de symptômes cliniques, et de poser un diagnostic par intuition. (Kimura, 2000).

« Un schizophrène peut m'être sympathique comme personne, mais néanmoins du fond du coeur, je prends mes distances et ressens toujours l'existence d'une barrière empêchant un accord intérieur avec lui » (Binswanger cité par Kimura, 2000, p.139).

Binswanger nomme cette situation de vécu non-naturel dissolution de la cohérence naturelle du vécu, que Blankenburg reconnaît comme perte de l'évidence naturelle.

Lors du processus créatif, il y a transformation du rapport du Soi au Monde, le Soi habituel étant mis hors-jeu par un appel à un autre Soi, à un autre projet, à une autre organisation transcendantale. Or, chez la personne schizophrène, la transformation du Soi est irréversible et totalement passive. « Chez le poète, la transformation n'est pas donnée comme un événement purement subi mais comme une tâche : elle est aufgegeben, donnée à réaliser et non vorgegeben, donnée-par-avance. » (Tatossian, 2000, p.171). Le poète garde les capacités d'élaborer et d'assimiler son vécu et de le restituer, de le communiquer. Cette spontanéité et cette dynamique est présente chez l'homme sain, alors que les liens entre la spontanéité et la réceptivité, l'activité et la passivité sont rompus chez la personne schizophrène. De même si l'on sait prendre la part du possible dans le réel, la personne délirante affranchit cette capacité jusqu'au point où, pour des raisons qui lui sont intrinsèques, elle recrée une réalité de ce qui devient pour elle une nécessaire possibilité.

L'être schizophrène se trouve parasité et paralysé par le délire, aussi bien dans ses choix et orientations que dans son mode et projet de vie. Ainsi, ses rapports à l'espace et au temps en sont abîmés et rendus difficilement accessibles.

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