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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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2.2.3. Les notions de temps et d'espace modifiés

Janet étudie le temps, non pas celui de la physique, mesurable et quantifiable, mais faisant référence à ce que l'on ressent au plus profond de soi et qui caractérise le sentiment que, du point de vue du langage usuel, « le temps passe vite » ou que « l'ennui s'installe ». Selon Janet, les conduites temporelles sont postérieures aux conduites spatiales, l'être vivant ayant appris tout d'abord à exécuter des mouvements

afin de se mouvoir dans l'espace et en vue d'apprivoiser la distance. Cet acte primitif ne connaissait aucune hiérarchie temporelle, il s'agissait d'un acte purement spatial, sans organisation concevant un commencement, une fin, une durée. Selon Minkowski, (1966), ce type d'organisation interne se retrouve lors de certaines pathologies telles que manifestations épileptiques ou raptus (coups de folie) mélancoliques.

Différents principes sociaux obligent ensuite les êtres vivants à organiser progressivement leurs conduites dans le temps. L'espace étant la forme la plus simple à laquelle nous sommes obligés de nous adapter, par extrapolation, elle se réfère à des notions plus complexes tel le fait de vieillir et de mourir, et qui ne peuvent être modifiées par un simple déplacement. Ces notions exigent des conduites différentes : les conduites temporelles viendront se superposer aux conduites spatiales et serviront de régulateurs d'actions.

Dès lors, les conduites temporelles peuvent être ordonnées de la manière suivante : 1. La durée. 2. La mémoire élémentaire (devenir soi). 3. L'organisation du temps.

La durée naît de la persévération dans le temps d'un acte, par exemple un animal qui fait une découverte. A l'acte explosif et éphémère de la découverte, il ajoute l'effort de continuation et exécute ainsi le pas initial à vaincre les difficultés que le temps véhicule.

L'homme prend conscience de ces conduites temporelles et les intellectualise, laissant apparaître la notion de durée. Avec elle naît la compréhension des notions de changements et de stabilité, introduisant dans l'éternel changement l'idée de stabilité. Cette idée contribue à former les concepts d'objet et de sujet, d'intérieur et d'extérieur, et permet la valorisation de la personne par l'intermédiaire de la reconnaissance d'un caractère qui lui est propre : la permanence d'un caractère qui force à chercher une conduite appropriée à chaque personne particulière. Alors, on peut être amené à comprendre que l'amoindrissement de l'effort produit par une personne puisse être lié à son rapport au temps. Là est peut être l'origine du sentiment de vide dont souffrent les personnes schizophrènes pour lesquelles le temps n'existe plus. Elles n'éprouvent aucune sensation d'ennui, le temps n'existant pas. Il leur devient alors impossible d'harmoniser leur temps interne et externe, et de faire preuve de persévérance dans la vie quotidienne.

L'altération du temps vécu selon Tatossian relève, en ce qui concerne les personnes schizophrènes, non pas du temps éprouvé mais du rythme même du déroulement vital, l'échéance-du-vivre. La stagnation du temps vécu, la sensation de vide et l'inhibition forment le « syndrome du temps figé », qui n'est pas la spécificité de la schizophrénie mais qui peut apparaître au sein de la schizophrénie et que l'on retrouve lors de mélancolie, de délire chronique et de névrose obsessionnelle.

Le Japonais Bin Kimura s'attache également plus au temps vécu noétique qu'à la conscience du temps noématique. Le temps conscient n'est jamais que passé ou futur. Selon Kimura, dès que nous prenons conscience du temps, il apparaît sous forme spatialisée comme linéaire, allant du plus lointain passé au futur le plus éloigné, en passant par le passé et le futur proches. Ce temps spatialisé est un temps noématique, révélant des images intérieures, à l'inverse de l'émergence du temps dans le présent qui est d'ordre noétique. Cette émergence n'est pas nourrie d'images, elle n'est pas vécue en tant que telle, et pourtant on ne peut concevoir une idée du temps sans en tenir compte (Kimura, 2000).

« L'homologie entre le noématique de la musique avec le temps noétique nous permet de comprendre que la musique est un « art du temps » (Kimura, 2000, p.36).

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