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Participation des populations au développement local: cas de la commune rurale de Koumban, préfecture de Kankan (Guinée)

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par Ahmadou Lamarana DIALLO
Université Julius N'yéréré de Kankan - Master 1- Sociologie 2008
  

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I.2. Problématique spécifique

La Guinée à sa sortie de la colonisation française en 1958, s'est placée dans une logique particulière de développement pour améliorer les conditions de vie des citoyens. Le jeune Etat, manquait de moyens pour construire des infrastructures de base, de stratégies politiques et d'institutions adéquates qui peuvent répondre efficacement aux besoins de la population qualitativement et quantitativement. Celles héritées de la colonisation ne pouvaient s'adapter durablement aux conditions changeantes du nouvel Etat indépendant. La Guinée opta alors, pour un régime socialiste révolutionnaire, où l'essentiel des forces économiques étaient basées sur la production collective des biens et services. La politique de développement en général, et celui local en particulier, était dictée par l'administration centrale au sommet pour être exécutée à la base.

Dans sa politique de développement socio-économique, le PDG a accordé une place prioritaire à l'agriculture qui a été considérée comme la pierre angulaire de la croissance. C'est ainsi qu'une place centrale a été accordée aux organisations paysannes. Ce faisant en 1975, furent créées les fermes agropastorales d'arrondissement (FAPA). Il est vrai qu'il existait des organisations paysannes mais les FAPA constituaient une innovation qui faisait d'elles des entreprises agricoles devant absorber la masse d'étudiants formés dans les facultés d'agronomie ouvertes dans toutes les préfectures. En effet, l'administration était devenue pléthorique et avait du mal à absorber les nouveaux diplômés. Les FAPA constituaient alors un cadre d'absorption de ces diplômés qui devaient en rapport avec les populations rurales, assurer le développement agricole en vue de l'autosuffisance alimentaire. L'Etat a alors mis à la disposition des FAPA les moyens matériels et humains pour l'accomplissement de leurs objectifs. Malheureusement, les résultats tant souhaités par l'Etat ne furent pas atteints. Les FAPA s'acheminèrent vers un échec.

Cette situation était due, contrairement à ce que certains perçoivent comme un manque de patriotisme des acteurs impliqués, au fait que le projet a été conçu par le gouvernement alors que les populations à la base n'avaient pas été associées. C'est ce que les sociologues appellent « participation-acceptation » ce qui veut dire que le projet est conçu là-haut et on demande de l'exécuter en bas. Il y a alors acceptation mais ce n'est pas une véritable participation (DIOUBATE, 2011).

La contribution de la population pour le développement se limitait à la CDL (contribution au développement local) et la norme de décapitation. Toutefois, la population à la base était associée à la gestion du territoire à travers les pouvoirs locaux : les PRL (pouvoir révolutionnaire local) et les arrondissements. Mais contrairement à ce que les mots font entendre, ces pouvoirs, ne disposant pas d'autonomie de gestion, constituaient des moyens voire des outils à la disposition du pouvoir central pour l'exécution des décisions prises au sommet de l'Etat. Après l'avènement du 3 Avril 1984, les nouvelles autorités se sont lancées dans un programme de développement général avec un nouveau régime libéral. Mais dans un contexte international qui a caractérisé les années 1980 de l'histoire africaine, où selon BAJEDDI, (2002) « les avancés de la démocratie et la généralisation dans tous les pays en voie de développement de politiques de stabilisation macro-économique et d'ajustement structurel, ont mis à l'ordre du jour un retrait massif de l'Etat, qui prend trois formes principales: privatisation, dérégulation et décentralisation ».

La Guinée, à l'instar des autres pays africains, s'est pliée aux exigences des institutions de Brettons Woods et a mis en place des reformes dont le Plan d'Ajustement Structurel (PAS), qui transforme la politique économique par la privatisation des entreprise de l'Etat et la réduction des dépenses publiques, notamment par la réduction des effectifs de la fonction publique. Parmi ces programmes, celui qui concerne directement le milieu rural est la décentralisation, qui consiste à partager les pouvoirs entre le niveau central (l'Etat) et les niveaux territoriaux de base : les collectivités territoriales décentralisées à savoir les communes urbaines et les communautés rurales de développement qui seront dotées de personnalité morale et de l'autonomie financière. Ce processus a commencé en 1986 et s'est consolidé en 1992 avec la mise en place de toutes les collectivités décentralisées ou locales. Soit trente et huit CU (communes urbaines) et trois cents quatre CRD (communautés rurales de développement (devenues aujourd'hui communes rurales), 270 quartiers et 1700 districts (SOUARE et al, 2010) dont celle de Koumban et ses 5 districts.

Cette politique a pour objectif de faire participer les populations à la base à la prise des décisions, la conception et l'exécution des programmes de développement de leurs localités. C'est le principe du développement local participatif ou communautaire qui est selon PASQUERO, cité par (SOUARE et al, 2010), un processus par lequel les membres d'une communauté locale prennent progressivement, la responsabilité de la croissance et du devenir de leur communauté et entreprennent, de façon planifiée et concertée, diverses activités facilitant l'atteinte de leurs objectifs.

L'Etat guinéen a initié des programmes comme le PACV pour assister les communautés villageoises dans leur stratégie de développement. Depuis 2000 (date de sa création), le PACV appuie les communes rurales dans la prise en charge de leur développement local en améliorant la compréhension des textes législatifs et réglementaires sur la décentralisation, ensuite en fournissant des outils méthodologiques facilitant l'action des communautés décentralisées et enfin, en procurant des fonds pour le financement des microréalisations des CR ciblées. Au cours de la première phase d'intervention (2000-2007), un peu plus de 1000 micros projets, majoritairement dans le secteur de la santé, de l'approvisionnement en eau et de l'éducation, ont été réalisés par les 159 CR impliquées dans le programme (PACV, 2009).

La Phase II du PACV se veut maintenant un moyen d'accroître la couverture géographique du programme sur toute l'étendue du territoire national, et d'améliorer les opportunités de financement dont les CR peuvent bénéficier. Dans ce cadre, le Fonds pour l'Environnement Mondial - FEM [Global Enviroment Facility - GEM], a conçu deux projets, le Projet de Gestion Côtière et Maritime de la Biodiversité (PGCMB) et le Projet de Gestion Communautaire des Terres (PGCT), qui visent à soutenir les actions des CR en matière de conservation de la biodiversité et des écosystèmes. Au cours des prochaines années, ces deux programmes seront donc exécutés à titre expérimental (phase pilote) dans un certain nombre de CR visées. (PACV, 2011).

Cependant, après plus deux décennies d'expérience, la politique guinéenne de décentralisation pour un développement participatif semble être confrontée à un certain nombre de problèmes au rang desquels, nous avons la faible participation des populations au processus de développement local. Cette faible participation est observable chez les jeunes tout comme chez les femmes. Elle est remarquable notamment dans la prise de décisions et la gestion des affaires locales. La contribution des communautés au processus du développement en Guinée est limitée en raison d'une diversité d'obstacles sociaux, économiques, culturels, juridiques.... Par exemple, il est maintenant admis que le fait d'avoir négligé le rôle de la femme dans le secteur agricole est en partie, à l'origine des difficultés de production alimentaire en Guinée'' (DIOUBATE, 2003).

De ce fait, malgré les résultats positifs enregistrés, force est de constater que la politique guinéenne de décentralisation et de participation des populations au développement est loin d'atteindre les objectifs assignés surtout en matière de développement local. Cet état de fait maintient encore le pays dans une situation de pauvreté. La Haute et la Moyenne Guinée en sont les régions les plus affectées, aussi bien en terme monétaire qu'en termes d'indice de développement humain (IDH). Les conditions économiques, sociales et sanitaires y sont des plus préoccupantes (Banque Mondiale, 1997). Et cette pauvreté est en grande partie un phénomène rural.

Le profil de la pauvreté dressé à l'issu de l'EIBC avait classé la Haute Guinée, constituée de la région administrative de Kankan et des préfectures de Faranah, Dabola et Dinguiraye, comme la plus pauvre du pays, avec 62% des populations vivant en dessous du seuil de pauvreté absolue et près de 23% dans l'extrême pauvreté. 21% de la population rurale de la région se trouvent dans le quintile des plus pauvres, contre 27% à Faranah et 14% à Mamou. L'état de la pauvreté dans la région est surtout marqué par l'étendue et la persistance des problèmes alimentaires. Plus de 40% des ménages ont souvent, sinon toujours, des difficultés à satisfaire leurs besoins alimentaires. A cela il faut ajouter que 85% sont dans des conditions d'urbanisation et d'habitat dérisoires, à l'image même de la ville de Kankan, chef-lieu de la région administrative. (MEFP, 2006).

Située au coeur de la région de la Haute Guinée, la préfecture de Kankan compte douze Communes rurales dont celle de Koumban, une localité proche du centre ville à environ 36 Km. Cette CR regorge d'importantes potentialités humaines et naturelles de par sa position géographique et stratégique, favorables pour une communauté épanouie et un développement réussi. Cependant, après plus de deux décennies d'expériences dans la politique de décentralisation, la CR de Koumban reste confrontée aux problèmes de développement bien que disposant d'un potentiel important de ressources naturelles et d'une population exerçant diverses activités socio-économiques. En dépit de la présence de projets et d'ONG de développement opérant dans la localité, Koumban reste l'une des plus pauvres de la région administrative de Kankan.

Le manque de transparence et le phénomène d'exclusion dans la gestion des affaires administratives plus précisément la gestion des ressources financières, l'analphabétisme qui frappe une frange importante de la population, l'insuffisance des appuis techniques aux structures décentralisées et le manque d'informations sont autant de facettes du problème de développement de la CR .

Ainsi, si on parle dans les discours politiques de la faible participation des populations au développement local, il faut reconnaître qu'aucune étude systématique n'a été menée pour diagnostiquer cette situation. Les données qualitatives et quantitatives manquent sur les perceptions, les représentations et le niveau de participation des différentes catégories sociales (hommes, femmes et jeunes) dans l'élaboration des plans de développement, leur mise en oeuvre et le suivi-évaluation.

C'est pour combler ce vide et comprendre le processus du développement que nous entendons mener cette étude. C'est ce qui nous amène à nous poser la question de recherche suivante : Quelle est la participation de la population de la CR de Koumban à son développement local ?

Pour répondre à cette question, la théorie de la décentralisation et celle du développement local participatif nous ont servi de sources d'inspiration. La théorie de la décentralisation part du principe que pour amorcer un développement local participatif, il faut accorder un certain pouvoir aux collectivités locales reconnues par la constitution ou par la loi (DIENG, cité par Camara 2007). Dans la même trajectoire, la théorie du développement local participatif insiste sur l'importance de la participation et de la responsabilisation effective des populations dans toutes les actions de développement.

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