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Une Algérie fracturée, un enfant en danger

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par Lounis Oukaci
Université Mentouri de Constantine - Doctorat d'état en sciences de l'éducation 2007
  

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Résumé de l'entretien.

De l'entretien, il apparaît que la famille vit le marasme économique au quotidien, ceci a eu une influence négative sur le coté relationnel. En plus de la vie dure qu'avait subit le père pendant les années de prison, laissant sa famille sans aucune prise en charge. S'il y'avait des centres spécialisés qui s'occupaient de ces prisonniers, qui passent un nombre d'années en prison en vue de leur réinsertion, ou du moins l'existence d'une assistance psychologique à l'intérieur de ces prisons, peut être que l'intensité de cette agressivité caractérisée serait diminuée et qu'elle n'aurait pas à resurgir aujourd'hui. Pour ce qui est de l'enfant, les répercussions de cette agressivité sont :

a. l'enfant est introverti

b. il est angoissé, traumatisé

c. son rendement scolaire est très faible

d. la représentation de l'image du père est négative.

Conclusion

Cette étude psychologique, démontre clairement l'impact de l'agressivité paternelle sur le développement psychosociologique, affectif et cognitif de l'enfant. Il apparaît clairement que les comportements nuisibles des parents « inconscients », laisseront des séquelles indélébiles, généralement dramatiques, sur l'avenir de l'enfant. Encore faudrait-il rappeler qu'il s'agit d'aider son environnement familial, afin que celui-ci lui permette de vivre et d'appréhender l'avenir avec sérénité.

5-6- Les enfants désavantagés : enfants handicapés.

La convention des droits de l'enfant stipule que « les enfants, ont droit à un traitement, une éducation et des soins spéciaux et bénéficient d'une aide à chaque fois que possible compte tenu des mesures financières de leur parents » (article 23). D'emblée, on peut déduire le caractère diversifié de l'aide à apporter à ces enfants en fonction de la situation financière de leurs parents. C'est à dire : point de place à l'uniformisation de l'aide et de financement. « Le peu d'argent », dont dispose, l'Etat devra être acheminé vers les familles les plus vulnérables, ayant des enfants désavantagés, handicapés.

Dans la législation Algérienne, on peut lire à travers le décret n° 80-59 du 08 mars 1980 portant création, organisation et fonctionnement des centres médico- pédagogiques et des centres d'enseignements spécialisés pour l'enfance handicapée. Ce décret a favorisé la mise en place de structures de prise en charge psychologique et médicale des différents handicaps.

Un dispositif législatif et réglementaire de soutien aux enfants a été mise en place et consiste en :

- l'exonération de IRG (Impôt sur revenu globale)

- la gratuité et les réductions sur les tarifs de transport

- l'attribution d'une pension pour handicapés lourds.

- L'attribution d'une allocation forfaitaire de la solidarité (AFS)

- l'exonération des taxes de douanes sur les importations de matériels, véhicules aménagés, appareillage destinés aux invalides.

- L'exonération de TVA (taxes sur la valeur ajoutée).

- Mise en place d'un dispositif en facteur de l'insertion professionnelle des handicapés.

La réalité sur terrain.

Dans les années fastes, la famille n'avait guère besoin de l'aide de l'Etat, mais le passage brusque d'une économie dirigée vers une « économie de marché » a eu des conséquences néfastes sur les couches défavorisées. « Estimée à 1989 à quelque 800.000 nécessiteux, cette catégorie est passée en 1999 à plus de 1.900.000 personnes. Dans dix ans, ce chiffre sera revu à la hausse et atteindra 3.600.000 personnes, demandeurs de protection sociale.

Estimé à quelque 02 millions, la population handicapée vit dans une situation déplorable, plus de 1.200.000 infirmes sont délaissés par l'Etat. Ce dernier ne peut prendre en charge que 800.000 handicapés. Quelques 210.000 handicapés bénéficient d'une aide directe de l'Etat, dont 8600 enfants» (34).

Prenant le dernier chiffre, puisque c'est de l'enfant dont il s'agit. D'après le ministère de la solidarité en 1999, le nombre d'enfants handicapés entre (0-15 ans) est de 140.000 soit 1.2% de la population globale. Répartie comme suit :

- le taux des non - voyants est de 16.5%

- la taux des mal - entendants et de 47.1%

- le nombre d'enfants en danger moral est de 12.000

- le nombre d'enfants illégitime est de 3000

A en croire ces chiffres, il se trouve qu'il y'a [140.000 (chiffre officiel) - 8600 (chiffre donné par l'organe de presse Liberté)] donc, on a 131 '400 enfants, qui ne sont pas pris en charge et oubliés par l'Etat.

Actuellement, on peut avancer que la société pour diverses raisons, dont l'effondrement des valeurs ancestrales est certainement le facteur le plus déterminant, est caractérisée par le rejet pur et simple de l'enfant handicapé. Cette attitude, on l'a trouve chez les sociétés du moyen âge et dans la politique du troisième REICH.

De telles pratiques n'ont surgi que récemment. L'attitude humanitaire et solidaire, qui caractérisait la société traditionnelle, s'est transformée en une attitude individualiste, laissant à l'Etat le soin de s'occuper des handicapes mentaux et physiques et, de les prendre en charge.

Or l'Etat dans toute sa majesté, d'après les officiels, n'a plus les moyens de faire face à cette catégorie d'handicapés d'une manière particulière, et celle des enfants d'une manière particulière.

Nous ne cherchons nullement à incriminer, ni l'Etat, ni les élus du peuple, nous tenons simplement, en termes simples, à démontrer que les moyens qu'on pourrait mettre à la disposition de ces 140.000 enfants handicapés, ne sont pas du tout impossible à trouver.

Les représentants du peuple, savent très bien, que le budget alloué pour les festivités par les communes et les wilayas, se chiffre en milliards de dinars. Ils savent aussi, que les assemblées populaires communales et les assemblées wilayales, et pour des calculs purement politiciens, déboursent annuellement des milliards de centimes pour soutenir et financer des clubs de football. Et enfin, ils savent très bien que cet argent est utilisé dans des transactions et transferts douteux.

Il serait juste de mettre cet argent au service des centres spécialisés et au service des familles, ayant des enfants handicapés, afin de subvenir à leur besoin. Aussi, nous tenons à lancer un appels aux âmes charitables, aux institutions privées, qui ont énormément d'argent, d'investir dans ces centres, avec un contrôle rigoureux de leur part, et pourquoi pas devenir un membre d'honneur au sein de l'administration de ces centres. Au lieu de sponsoriser un gala, il serait mieux de collaborer à l'éclosion sur les visages de ces enfants du sourire et du bonheur, de la santé et de la paix.

Nous ne sommes pas du tout contre les activités sportives, artistiques ou culturelles, mais nous estimons qu'il faudrait d'abord assurer le mangé et la santé à ces milliers d'enfants. Plus tard, on pourra réfléchir sérieusement à l'art, au sport et à l'éducation.

Ce qu'il faudra savoir, c'est que l'enfant handicapé n'a pas besoin de notre pitié, qui n'a d'autre effet que de le blesser au plus profond de lui même et de le décourager. Aussi, « si l'enfant paralysé se sent constamment objet de curiosité, il peut développer un complexe d'infériorité avec les séquences psychologiques qu'il entraîne : angoisse, perte de confiance en soi, repli sur soi, attitudes. Antisociales »

(35).

Ce que l'enfant handicapé attend de la société, c'est tout juste sa place, ni plus ni moins, c'est à dire de la considération de la même manière que les autres enfants, avec le peu de droits dont ils disposent. Il ne demande rien d'autre que sa dignité soit respectée. La collectivité, ainsi que l'Etat, ont le devoir de prendre en charge l'enfant handicapé pour qu'il cesse d'être un paria de la société. En terme simple, il réclame le droit de cité, le droit à la citoyenneté. C'est exactement ce que ressentent les enfants victimes des conflits armés.

5-7- Les enfants victimes du conflit armé.

7-A- L'héritage de la guerre.

L'article 38/4 de la convention stipule que « les Etats parties sont tenus de prendre toutes les mesures possibles pour que les enfants touchés par un conflit armé bénéficient d'une protection et de soins ».

La législation Algérienne stipule que « les enfants victimes d'actes terroristes sont régulièrement et immédiatement prise en charge par les pouvoirs publics au double plan physique et psychologique au niveau des centres conçus à cet effet ».

A ce sujet, nous ne cherchons pas à faire le procès des pouvoirs publics caractérisés par leur lenteur remarquée quant à la prise en charge de ces milliers d'enfants, ayant étaient témoins des scènes d'horreurs et de barbarie indescriptible. Ces scènes d'horreurs ont dépassé, de par leurs atrocités et leur intensité, ce qu'avait enduré le peuple algérien à travers toutes les conquêtes.

Ces scènes atroces ont laissé des traces indélébiles et pour longtemps, sur les enfants. Ce conflit armé nous a légué une très lourde tribu. Environ 7000 enfants orphelins, dont les parents ou le père est terroristes, plus de 40.000 enfants victimes du terrorisme, plus de 3000 femmes ou jeunes filles violées, et 20 milliards de dollars de dégâts matériels.

Ces milliers d'enfants sont en réalité une « bombe à retardement » prête à exploser si les pouvoirs publics et la « société civile » ne redoublent pas d'efforts quant à la prise en charge de ces enfants, car cela relève de leurs droits.

7-B- Les enfants des terroristes.

Comment se sentent-ils ? Comment se représentent-ils l'image de la société ? Comment la société les perçoit-elle ? Quelle perspective pour ces milliers d'enfants ? Tant de questions, qui trouvent des réponses explicites, dans l'attitude de la société elle- même.

« Gênés par le regard de la société, les enfants issus de familles des terroristes, vivent au quotidien le mépris et la haine. Sont-ils responsables des actes de leurs parents ? Méritent-ils ce sort du «bannissement» ?

Montrés du doigts. Ils s'en vont sous un poids lourd à porter sur des chemins qui n'augurent rien de bon. Un avenir bâti sur la haine, le mépris, la Hogra engendrera à coup sûr une ère de violence et de terrorisme, s'ils ne sont pas pris en charge. Ne dit-on pas que l'histoire à tendance à se répéter. Après l'indépendance, on n'a rien fait pour canaliser la haine et la rancoeur nourries, par un discours démagogique développé envers les enfants des Harkis. Pire, on leur a collé l'étiquette de l'enfant du traître à qui il ne faut pas faire confiance, le résultat : ces enfants, se sont mis sur la défensive jusqu'au jour où cette rancoeur envers le peuple, et grâce au climat politique des années 90, a réapparu au grand jour. Eh bien ! Là Aussi nous sommes entrain de refaire la même erreur. Ils sont oubliés dans leur détresse et leur tristesse. Mais qui se rappellent que ces enfants existent ? Qui a prévu dans son programme une place pour eux ?

« Saddek 14 ans, courbe l'échine sous le poids du cageot de pommes de terre qu'il transporte sur son dos. Il courbera l'échine, quand ses camarades lui rappelleront sans cesse que son père est terroriste. Son histoire commence en Juin 1991 quand son père est élu sur la liste des candidats du front islamique du salut (FIS) dans une circonscription de l'Est Algérien, depuis la vie de cet enfant, âgé de 07 ans et bon élève à l'école, prend une nouvelle dimension. Petit à petit, il voit le milieu dans lequel il grandit se métamorphoser. Sa mère opte pour le «Djelbab» (voile islamique) et commence à lui corriger son vocabulaire,

ainsi «El Machina» (le train) devient «Et Quitar », et « tomobile » (la voiture) devient «Essayara». Sa soeur, plus jeune que lui de quatre ans, est ficelée comme dans un paquet dans un semblant de hidjab gris.

Saddek regarde ce drôle de père qui laisse pousser sa barbe et ne met désormais plus que des pantalons qui s'arrêtent au mollet sur des chaussettes de Nylon et une sorte de tunique du même ton que le pantalon.

L'enfant a conscience que ses parents attirent l'attention dans la rue par leur accoutrement, mais il est loin de se douter qu'un jour ils vont être traquées (...).

Saddek ne dit rien de la mort de son père. Mais, au désespoir de sa mère, il quitte l'école. Par ailleurs, cette famille, s'est retrouvée dans une situation délicate, sa mère n'a jamais travaillé et ne peut pas subvenir aux besoins de ses enfants. Son mari ne lui a rien laissé, sauf une lourde charge.

Les gens se sont détournés d'eux et seul un ami de son père et voisin a offert un petit travail à saddek « tu dois faire attention à ton fils ! Fais en sorte qu'il ne suive pas les traces de son père !» dit le voisin à la mère. Mais comment peut on protéger un enfant si tout lui est refusé ? » (36).

Saddek fait partie de ces milliers d'enfant, dont les parents sont des terroristes, que le sort n'a pas gâté. Leurs seules erreurs c'est d'être né sous une mauvaise étoile. Le sort en a décidé ainsi. Mais est-ce juste de les rendre coupables des crimes commis par leurs parents. Est-ce juste de les condamner dans le mépris et l'ignorance ? N'ont-ils pas assez bavé, durant ces dix dernières années de guerre, pour que cette « société civile » en rajoute, à leur malheur et à leur marasme ? Ce mépris et cette brutalité poussés à l'excès créeraient en leur «intérieur » un fatalisme qui les dirigerait tout droit vers l'exaspération. Une autre étincelle dans un futur proche embrasera de nouveaux cette Algérie, fracturée de bout en bout, et ces enfants seront les premiers à faire le maquis.

« L'histoire qui va suivre s'est passée, lors d'une réunion d'association d'enfants dans un milieu hospitalisé :

Les discussions allaient bon train sur la façon et les moyens d'aider efficacement les enfants victimes du terrorisme, un membre d'une association prend la parole : « je suis prêt à apporter ma contribution à vos projets, mais il est hors de question que j'aide les enfants des terroristes ». Une assistante sociale se lève, et quitte la salle, pour revenir plus tard, dans ses bras un enfant, elle le hisse dans les aires, et lui dit en colère « bouffe-là, si tu veux ou si tu peux » (37).

Comment peut-on qualifier ce qui s'est passé dans cette réunion. Tout simplement, et évitant de prendre partie prie, nous disons simplement que c'est de l'invraisemblable

B-1- Le vécu psychologique des enfants des terroristes (38).

Du point de vue méthodologique, nous avons utilisé l'entretien semi directif, l'analyse du contenu logico sémantique afin de répondre à la problématique suivante : quel est le vécu psychologique de ces enfants ? Comment se représentent- ils l'image de la société ? Il ressort de l'enquête effectuée sur 40 enfants (20 enfants dont les parents sont terroristes, et 20 enfants dont, les parents sont victimes du terrorisme), et par le biais de l'analyse du contenu de l'entretien, (04) concepts caractérisent la personnalité de ces enfants : l'angoisse de mort 100%, l'angoisse de l'avenir 100%, l'envie de se venger 75%, la haine envers la société 100%.

Cela démontre clairement, à travers l'enquête, que d'une part l'enfant vit un traumatisme intense, et d'autre part, que la société tout entière, inconsciente de ce qui se passe en son intérieur, est entrain de couver une «autre génération » d'un autre temps et d'une autre ère et, qu'elle serait prête, quand tout les «ingrédients » seront réunis, pour se soulever encore une fois. Mais à la différence de la première crise, le second soulèvement sera plus violent, plus intense. Pire, il touchera cette fois-ci toute la société. Vu le nombre élevé d'enfants, dans notre enquête, nous prenons quelques exemples :

Cas n°1

Prénom : Chihab

Age : 8 ans

Entretien :

Question : qu'est ce qu'il fait ton père ?

Réponse : il est dans le maquis.

Q : Où ?

R : A Collo

Q : La date à laquelle il a rejoint le maquis ?

R : 1990.

Q : Comment est-il mort ton père ?

R : Mort assassiné ... l'armée l'a assassiné.

Q : Où ?

R : Ils l'ont assassiné au « HAOUCH »

Q : Cela remonte à combien ?

R : Cela fait trois ans.

Q : Tu veux nous raconter ?

R : Moment d'hésitation - j'étais présent, quand ils l'ont amené à la maison. Il était enchaîné, puis ils l'ont assassiné devant nous... puis ils ont insulté ma mère ... et ils l'ont emmené en prison.

Q : Toi et tes frères qu'êtes vous devenus ?

R : On est resté là sans dire un mot... sauf que mon petit frère de 3 ans pleurait... quand ils sont parties, les voisins sont venus et ils nous ont emmenés avec eux... ils ont contacté nos grand parents, qui sont venus aussitôt et nous sommes partis avec eux.

Q : Et ta mère pourquoi ils l'ont arrêtée ?

R : Ils lui reprochent de ne pas dénoncer mon père.

Q : Combien de temps ta mère est restée en prison ?

R : Une année et demie.

Q : Chihab, qu'est ce que tu veux faire, quand tu sera grand ?

R : Comme mon père .... Un moudjahid... et je me vengerais de l'armée.

Q : Pourquoi ?

R : Notre père nous a conseillé de suivre ce chemin... et il nous a dit que ce chemin est juste... maman aussi. Parce que l'armé est impie.

Q : Qu'espère tu devenir ?

R : Je veux devenir docteur

Q : Quoi encore ?

R : Que mon père revient et que nous vivions comme nous étions avant.

Q : Penses-tu à ton père ?

R : Je le vois dans mes rêves... j'ai peur... je me réveille chaque nuit et je pleurs.

Analyse de l'entretien

Il ressort de l'entretien, que cet enfant a vécu dans un environnement caractérisé par les idées fondamentalistes. Il a été emmitouflé et enrôlé par une éducation qui le rend fataliste et lui procure une assurance, que les idées et les actes commis par son père sont justes et justifiés. Il va jusqu'à qualifié son père de Moudjahid sans aucune hésitation, ni peur. Au contraire, il est très fière de son père et il a envie qu'il revienne.

Il ressort de l'entretien, que l'enfant a un sentiment d'ambivalence. L'envie de suivre les conseils de son père, et l'envie d'une indépendance, devenir médecin, symbole de l'aide et de la solidarité. Etre tout simplement au service de la société.

Ce coté humanitaire réapparaît clairement et surplombe ce côté masochiste. Ce message est destiné à cette «société civile » et les pouvoirs publics. Ce message se veut comme un cri d'alarme. En des termes simples, Chihab représente deux personnalités : Celui d'une machine de guerre prête à faire «table rase », si l'on ne canalise pas cette énergie destructive due au traumatisme. Et celle d'une énergie constructive, prête à service la société, qui a besoin de tous ces enfants, pour se relever au rang des Nations civilisées respectueuses des valeurs humanitaires et universelles.

Commentaire de l'entretien.

La conclusion que nous pouvons tirer, est que cet enfant a vécu un drame d'une intensité violente, surtout quand on sait que cet enfant a été « convié » a participer, malgré lui, à l'exécution de son père, c'est ce qui lui a donné une certaine confiance en soi, et une autorité et une assurance de ce que faisait son père est juste. C'est ce que lui donne le courage de se venger quand ils sera grand.

Sa vie est alimentée par le scepticisme, et le mépris envers l'autorité, et l'esprit de vengeance grandit en lui de jour en jour.

Cet enfant a peur, il est angoissé, il est convaincu qu'un jour l'armée, impie d'après les dires de son père, l'exécutera comme elle l'a fait avec son père.

Cas n°2

Prénom : Taki Eddine

Age : 12 ans

Entretien :

Question : Que faisait ton père ?

Réponse : Il travaillait chez « El houkouma » (l'Etat)

Q : Quand est-ce qu'il est mort ?

R : Il y a 3 ans

Q : Il est mort où ?

R : Il est mort devant nous.... l'armée l'a assassiné !

Q : Raconte nous comment il est mort ?

R : J'ai rien vu ...

Q : Pourtant tu étais présent ?

R : J'ai oublié.

Q : L'armée, est-elle venue chez vous ?

R : Un jour, ils sont venus tôt le matin,... on est sortie moi, mes frères et ma mère... mon père est resté à l'intérieur... il y a eue un échange de coups de feu ... et il est mort. Il a blessé trois de ces gens...

Q : Où étiez- vous ?

R : Nous ... dans le jardin... ils ont fait sortir mon père... mort... couvert de sang... ils tiraient des coups de feu... et rigolaient... puis ils ont fait exploser une bouteille de gaz à l'intérieur de la maison... ils ont pris les affaires de mon père.

Q : Qu'est ce qui te fais peur ?

R : J'ai peur de l'armée... j'ai peur qu'ils reviennent pour nous assassiner... je ne peux pas rester seul à la maison... je rêve de mon père... je crie et je pleure.

Q : Quand tu seras grand, qu'est ce que tu feras ?

R : Je veux devenir « T'bib » (médecin)

Lors de notre entretien avec la mère, il ressort que son fils Tarek s'est métamorphosé. Avant la mort de son père, Tarek était ouvert et épanoui. Mais après, il s'est subitement introverti, il est devenu silencieux, on a l'impression qu'il vit dans son «monde» à lui. Il était très attaché à son père... il est devenu instable, angoissé en l'absence de son père. Il ne peut plus resté seul, et si on frappe à la porte, il vient tout de suie se mettre derrière sa mère.

Elle essaye, tant bien que mal, à ne pas relater les événements qui sont à l'origine de l'éclatement de la famille. Et elle tient à ce que ses enfants ne se remémorent pas le calvaire vécu il y a 3 ans. Mais cet événement, est en « eux ». Il est dans leur « intérieur ».

A travers leurs jeux. On remarque qu'ils «s'identifient» aux rôles des services de sécurité, et celui de leurs pères. Ils fabriquent les armes, des fois, avec la galette. La mère est angoissée à l'idée que ses enfants développent un esprit de haine et de vengeance. Elle a perdu son mari, et elle ne veut pas perdre ses enfants.

A la question, quant à leurs réactions, quand ils retournent sur les lieux du drame. Elle répond, quand on retourne là-bas, ils vont directement près de l'endroit où le corps de leur père a été déposé. Ils se penchent jusqu'à sentir son sang, qui n'a pas encore disparu.

Cette femme sous le poids de la responsabilité, sans ressource aucune, essaye, tant bien que mal, a élever ses enfants dans cette esprit de paix et de concorde. Et son intention tel que nous l'avons vu et suivi et vraiment sincère. Sauf que, elle seul, ne pourra élever ses enfants sans l'aide immédiate des pouvoirs publics.

L'analyse de l'entretien.

Cet enfant a vécu dans ses moindres détails l'assaut donné par les services de sécurité pour mettre hors d'état de nuire le père. Cet événement traumatisant a laissé des traces indélébiles, qui sont dramatiques pour son avenir.

La fragilité, tant physique que morale, qui caractérise cet enfant nous incite à l'entourer de la meilleure protection possible.

Tarek est introverti, il a fallu plusieurs séances pour qu'il ait accepté de parler. L'impact de l'événement est apparent, (j 'ai oublié). Cette expression explique son envie de fuir. En plus, il est angoissé à l'idée que les services de sécurité reviennent un jour pour le tuer, lui, et sa famille.

Il manifeste une grande peur, quand on frappe à la porte et n'aime pas rester seul. Ce comportement démontre clairement l'intensité du traumatisme, marqué par des cauchemars, où il voit son père couvert de sang. Cette image atroce est bien ancrée dans son « intérieur », malgré les efforts de sa mère et de l'équipe psychopédagogique. Cet enfant n'est pas encore arrivé à sortir du «gouffre».

Ce sujet éprouve une haine et une vengeance d'une très grande intensité, qu'il faudra canaliser et verser dans des activités sportives et artistiques, seul moyen d'éviter que l'enfant, verse dans le terrorisme.

Résultats et commentaires.

Il ressort de l'entretien , que le vécu psychologique de Taki est caractérisé par la peur, l'angoisse de mort, la haine et la vengeance, la régression et l'inadaptation affective. Ces traits de sa personnalité ne sont que les résultats de ce traumatisme, auquel il a été soumis.

Pour ce qui est de la représentation de l'avenir, on peut remarquer qu'il y a une ambivalence : l'envie de devenir médecin et l'envie de se venger. Comme on peut le remarquer. Ce traumatisme a fait basculé ses rêves et ses projets d'une extrémité à l'autre : du médecin à celui de l'assassin.

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"Le doute est le commencement de la sagesse"   Aristote