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Une Algérie fracturée, un enfant en danger

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par Lounis Oukaci
Université Mentouri de Constantine - Doctorat d'état en sciences de l'éducation 2007
  

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Conclusion :

Toutes les mères, de notre enquête, se sentent coupables de ne pas prendre leurs responsabilités au moment voulu. Aujourd'hui, ces mères sont unanimes, elles sont toutes convaincues qu'elles auraient pu fuir, elles et leurs enfants de cette atmosphère de terreur et de haine, et éviter à leurs enfants tout contact avec leurs pères et avec les groupes armés.

Ces femmes sont unanimes quant à leurs responsabilités et à ce qui arrive à leurs enfants : « Notre égoïsme, notre opportunisme, et non la peur, ont fait que nous sommes restées et soutenues nos maris, pire à encourager leurs actes, et à initier nos enfants aux idées fondamentalistes destructives... . Aujourd'hui, voilà que nous récoltons la tempête et, ce qui est désolant dans toute cette tragédie, c'est que nous sommes toutes seules, après un semblant de solidarité de la part des « amis » de nos maris et quelques groupes, qui s'empressaient à l'époque de nous prêter de l'aide. Maintenant, nous sentons que nous «sommes conjuguées au passé ». Voilà le sentiment de ces femmes délaissées, avec leurs progénitures, aux abois sans aucune aide, ni ressources.

Où est la société civile ? Où sont les politiciens de tous bords ?... Sur terrain, on a remarqué que l'Etat, malgré le retard enregistré, suppléait à tout ce «beau monde». Une prise en charge totale de ces enfants, ayant des parents terroristes, exige de nous, non pas de la pitié, mais une aide, tant sur le plan matériel que psychologique.

Ces enfants, à l'instar des enfants victimes du terrorisme, vivent les mêmes problèmes psychosociologiques et psychiatriques. Ils ne demandent pas de la compassion, ni de la compréhension, ni de l'amour. Ils demandent leurs droits inaliénables tels que prévu pour la convention des droits de l'enfant, ni plus ni moins.

7-C- Les enfants victimes du terrorisme.

Combien sont-ils ? Dix milles... trente milles... 40.000 milles. Le chiffre importe peu. Ce qu'il importe de savoir, c'est que ces enfants ont droit à une prise en charge totale, ainsi que leur environnement, où ils vivent.

Cette revendication de leurs droits, dans sa formulation lapidaire semble à la société toute entière inutile, car évidente. Mais la réalité semble contredire ce droit qui est évident. La majorité de ces enfants sont livrés à eux-mêmes, sans aucune assistance.

Est-ce que nous pouvons juger cette société sévèrement, sans aucunes circonstances atténuantes ? Ou, essayons-nous de lui donner un alibi, en disant que son oubli est du à cette culture orale où nous sommes entrain d'évolués ?

A notre humble avis, aucune circonstance atténuante n'est permise, surtout quand il s'agit des enfants, toute la société a failli à sa mission. L'échec est total. Chaque Algérien, digne de ce nom, et qui se respecte, doit savoir qu'il a participé, qui par son silence, qui, par peur, qui, par lâcheté, qui, par sa fuite à l'étranger, qui, par son égoïsme. À l'éclatement de l'Algérie. Sauf les personnes, qui ont payé de leur vie, pour crier leur indignation, leur désaccord, quant à là planification machiavélique perpétrée depuis l'année 1976. A ces personnes, nous rendons un grand hommage... .

Cette catastrophe, que nous avons vu venir depuis les années 80, que nous avons berné, que nous avons encouragé par notre silence, a entraîné chez les enfants des séquelles physiques et psychologiques indélébiles, qui seront dramatiques à leur épanouissement et aussi pour l'avenir de la Nation. Ceci dit, et malgré cette tragédie, la société ne cesse de démontrer son incapacité quant à la prise en charge des ces enfants et de leur environnement.

Nos investigations démontrent qu'à coté de la dynamique familiale et des aspects psychosociologiques dans l'inadaptation des enfants, le conflit intérieur des catastrophes vécues paraissent essentielles. Cela nous rappelle que l'amour ne suffit pas, dans bien des cas, à créer pour les enfants un équilibre de vie.

Ces enfants ne peuvent prendre conscience de ces « connexions de la crise », qui ont fait basculer leur vie d'une manière radicale, et de leur place tant qu'ils ignorent ce qui s'est passé réellement. C'est-à-dire le comment et le pourquoi de

cette violence, de cette guerre, de cette tragédie ? Ne connaissant rien, ils ne peuvent se connaître eux-mêmes et s'établissent dans une longue crise d'identité. Outre ces problèmes, il faut faire une place importante à ces enfants déracinés.

Cette tragédie a déclenché d'immenses paniques dans les populations rurales, surtout, qui se jetaient dans de tragiques transhumances : les exodes, le nombre de ces fuyards n'a jamais été aussi élevé qu'au cours des années 93-97. Ils se compteraient par dizaines de milliers. Ces personnes déplacées, devenues encombrants à la suite de cette tragédie pleine de violence, d'atrocité et de barbarie indescriptible, attendent encore d'être prises en charge par les pouvoirs publics...

Ces personnes déracinées, ne sont pas prêtes à revenir sur les lieux d'horreur. Ce pouvoir en place n'a rien trouvé de mieux à leur offrir que la concorde. Beaucoup sont installées dans les bidonvilles et les taudis, autour des villes déjà asphyxiées et où leurs enfants grandissent dans un environnement indescriptible sauf si on les compare à ceux qui existaient au moyen âge. Au nord à l'Est ou à l'ouest, la cohorte de ces réfugiés vient grossir le prolétariat misérable des villes. Aucun travaille possible pour eux, ils vivent dans des conditions moralement et socialement inadmissible, et leur nombre ne cesse de croître.

Parmi ces enfants, victimes du conflit armé, provoqué par le fondamentalisme orchestré, planifié, et généré par le biais de l'école, que je qualifie de dogmatique et sanctuaire des années 80. Combien sont proches de nous, ceux de Bentalha, de Rais, de Jijel, de Relizane, de Médéa, de Sidi Belabes, de Oum-El-Bouaghi , de Bechar, de Boumerdes, de Bouira, de Tizi-Ouzou et ... tant d'autres régions d'Algérie.

« Moi, raconte Salah, je suis venu de mon propre gré avec ma femme et mes quatre enfants. Je ne suis pas de la région d'Alger, mais de Jijel (El Aouana). J'avais vécu le calvaire pendant les premières années de la tragédie 92-93. J'en avais assez. Mes enfants, Chétifs et mal nourris, n'en pouvaient plus. Aujourd'hui, je suis là, dans ce taudis. Ils (les terroristes) ne m'ont jamais rien dit, rien fait. La région où j'habitais, était paralysée (on l'appelait zone libre). Après un long silence, il dit... vous pensez que le chômage n'est pas une raison suffisante pour fuir la région ? Je n'ai aucune qualification, je vivait de mes bras... je suis avec celui qui me nourrit, qui me procure un logement, un travail... quand on a commencé à avoir

faim, quand on voit ses enfants s'éteindre sous ses yeux, à petit feu, on cesse d'être nationaliste. On oublie l'Algérie

C'est mon cas, et je l'avoue humblement. La faim et l'humiliation sont les pires ennemies de l'homme. Je sais ce que vous devez pensez. Il est toujours facile de jeter la pierre quand on n'est pas soi-même éprouvé». Voilà donc le calvaire de ce monsieur et tant d'autres, malgré, qu'il n'a pas subi les affres du terrorisme, se trouve touché de plein fouet par cette crise. Que dire alors des familles victimes du terrorisme !...

En Novembre 1995, Bentalha et Rais à l'Est d'Alger. Après la tragédie, qui a fait énormément de victimes et qui a traumatisé l'ensemble de la population des deux localités, avec une très grande intensité chez les couches vulnérables, les enfants et les femmes (...) En somme cette tragédie a laissé une population exsangue. Nous nous sommes déplacés sur ces lieux, le but de notre visite est de relater avec objectivité le vécu psychosociologique de ces enfants martyrs, et, que nous sommes convaincus, qu'après le passage de «la tempête» la société oubliera... mais pour ces milliers d'enfants, le calvaire continue. Ecoutons la petite Narimane :

Q : Tu étais ici quand les terroristes sont venus ?

R : Narimane secoue la tête, signe de peur et de l'affirmative.

Q : Tu veux nous raconter ?

R : Nous nous sommes enfuis en direction des vergers, mon papa, lui, est resté pour défendre nos bien ... nous nous sommes cachés toute la nuit ... un lourd silence ... ensuite elle continua. J'entendais des cris des personnes que j 'ai tout de suite reconnu.

Q : Tu n'étais pas loin ?

R : Si, mais ... tout le monde criait, il y'avait énormément de personnes qui sont restés là bas... comment voulez vous qu'on n'entende pas... impossible ... Impossible.

Q : Quoi Narimane ? Qu'est ce que tu veux dire par impossible ?

R : Un regard furtif. Puis c'est le silence... on pourrait nous entendre de la CHINE ! ... même avec une nuit dense, les terroristes nous ont vu. Ils nous disaient restez ou vous êtes, nous allons venir vous tuer tous... mais ils ne sont pas venus.

Q : Tu es resté toute la nuit dans les champs ?

R : Ce n'est qu'au matin, que nous sommes revenus. Il n'y avait plus rien. Toutes nos maisons étaient saccagées... c'est normal ils étaient nombreux...

ils avaient beaucoup d'armes... et ils sont restés presque toute la nuit. Narimane, aussi jeune soit-elle, raconte l'histoire -à bon entendant - comme s'il s'agissait du récit de la vie de tous les jours.

Q : Et ton père Narimane ? On a tout de suite compris et remarqué notre indécence. Cette question a rendu son visage terne, elle nous fixa longuement ... ces beaux yeux bleus étaient pleins de larmes ... avec une très grande humilité. Elle se retint.

R : maman l'a trouvé devant la porte couvert de sang... on l'a assassiné avec un sabre ... ici nous sommes une très grande famille... j'appelle Salim (fils de notre voisin) mon frère... son père Taher (Ami) (mon oncle)... nous sommes tous frères et soeurs, cousins et cousines. Vous comprenez... nous avons tous perdus des frères, des cousins... puis silence total.

En visitant les différents endroits, où la mort et la destruction étaient visibles, nous avons été attiré par ces enfants, qui souffrent de malnutrition, notre attention s'est dirigée vers cette association, malheureusement, il n'y en a pas beaucoup, les autres, apparaîtront lors des prochaines élections électorales.

Nous avons constaté aussi, chez ces enfants, l'immense désire de vivre et d'oublier cette tragédie. Dans le calme et la sérénité nous avons senti que quelque part, il y `avait dans cette région de la «Mitidja» un « sentiment de culpabilité ». Aujourd'hui, ces personnes rêvent et espèrent que la violence appartiendra un jour au passé et demandent, qu'avant de les juger, il faudra les comprendre. C'est exactement ce que disent les grands magistrats «avant de juger, il faut comprendre et quand on comprend, il sera difficile de juger ». Nous allons suivre ce conseil et éviter de les jugées.

La responsabilité de l'Etat : De la Rancoeur à la rupture.

« Rescapée du massacre de Bentalha. Nabila garde encore des séquelles indélébiles. Un manège dans le couloir avait attiré notre attention. Des curieux se bousculaient pour voir le bout de chaire de 8 ans endormi sur son lit et qui est devenu une « attraction » du fait que ses parents sont des terroristes... lors des massacres de Bentalha et Rais, beaucoup de gens traversent ce couloir, juste pour voir, les enfants de l'AIS, comme ils disent ». Toute cette solidarité, dont on bénéficiée les habitants rescapés des massacres collectifs ont dévoilé un peu cet état d'esprit.

Le père de FK a été tué par les forces de l'ordre. Le reste de sa famille a péri dans le massacre de RAIS. Le garçon âgé de 9 ans est conscient du drame. Il sait que son père était terroriste. Il sait que désormais, il est seul, juste avec sa soeur et une vieille tante sans aucune ressource ni aide pour survivre.

Les deux associations, qui activent dans cette région, ont refusé toute aide à cette famille, et aux autres familles, sous prétextes que leur père, oncle ou frère était terroriste... Mais qui donne le droit à des associations à caractère social de juger et de condamner ? Est-ce que F.K, est responsable des actes de son père, pour être privé de ses droits ? Pour être affamé, écarté et marginalisé ? N'a t-il pas payé un lourd tribut en voyant sa mère et ses autres frères engorgés sous ses yeux ?...

Moloud craintif et fragile refuse de rejoindre l'école. Il est montré du doigt, car ses oncles et son père, qui ont basculé dans le camp des terroristes ont été tués par les forces de l'ordre. Ces enfants ne veulent plus jouer. Ils n'ont jamais été pris en charge, ni participé aux nombreuses sorties en plein aire ou festivités organisées par les associations. Plus grave, certains voisins affligent à ces enfants un traitement sévère : « par sa faute, les nôtres sont morts » disent-ils.

Mais ce qu'ils n'arrivent pas à admettre, c'est que à un moment donné, tout les villageois, qui habitaient dans les fiefs de l'AIS (Armé Islamique du Salut) ont soutenu, par peur ou par conviction, les terroristes dans leur folie meurtrière. N'oublions pas, que pendant l'année 90-9 1, le FIS a raflé la majorité des sièges, lors des élections municipales. N'oublions pas que pendant les années 9 1-92 et 92-93 les

majorités des personnes, de l'intellectuel à l'ignorant, appelait ces terroristes des Moudjahiddines. N'oubliant pas, que beaucoup de personnes servaient de « logistique » au vu et au su de tout le monde. N'oublions pas, que la majorité des va-nu-pieds, les voyous, les souteneurs, les bandits, qui soutenaient ces groupes armés, sont aujourd'hui riches et respectables. N'oublions pas que des énergumènes font la pluie et le beaux temps, chacun dans son douar, son village, sa commune, sa Daïra et sa Wilaya. Tout le monde les connaît. Ces va-nu-pieds, qui étaient pauvres, n'ayant aucun sou en 1990, se retrouvent aujourd'hui, en l'an 2000, comme par miracle, à la tête de sommes faramineuses. Qui de nous ne connaît pas cette vérité ... ces individus, qui ont aidé les terroristes, n'ont jamais été inquiétés, ni par les services de sécurité, ni par les groupes armés.

Ecoutons le témoignage de cet adolescent rencontré, par une journaliste, lors d'un reportage à Ouled Allel « tout les habitants de Ouled Allel avaient à un moment donné soutenu les groupes armés. Certains ont donné de l'argent, de l'or, des armes d'autres ont été indicateurs. D'autres n'ont rien dit. Ils savaient, mais n'ont rien dit. Se rendant ainsi complices qu'ils le veulent ou pas (...) pourquoi s'en prendre aux enfants maintenant ? » (33). La plupart d'entre eux ont vu leurs parents, ou pères tués par les militaires lors de l'opération Ouled Allel. Ils ont alors fui avec leur familles. C'est à se demander parfois ce que sont devenus ces dizaines d'enfants, qui vivaient ici. Se sont des déracinés qui vivent dans l'anonymat total... les enfants de RAIS et de Bentalha, de Ouled Allel ont cette « chance » d'appartenir à la région Algéroise, où toutes, ou presque la majorité des associations activent - politique oblige-, et surtout quand on sait que cette région a fait l'objet d'une visite de son excellence l'ambassadeur des Etats Unis d'Amérique SVP ! Que dire des enfants, qui vivent en fin fond de l'Algérie ? Cette Algérie profonde, que les pouvoirs successifs ont toujours reléguée au second plan, et ne s'intéressent à elle, ne la sollicitent, que pendant les périodes électorales. Nous citerons les enfants de la région de Rélizane, de Bel Abbés, de Laghouat, de Constantine, de Jijel, d' Oum El Bouaké, de Bechar, de Médéa... ces régions, qui ont vécu le terrorisme, avec toute sa barbarie laissant, derrière elle, « une masse d'enfants » oubliée, marginalisée. La déprime, l'angoisse, la peur sont les seuls facteurs qui «nourrissent » leur «ego». Ces êtres fragiles meurtris dans leurs chairs ne rêvent que d'une seule «chose», la

vengeance. La rancoeur dans toute son intensité nourrie par le mépris, les poussera dans un futur proche à se venger de toute la société.

Où est l'état ?

La marginalisation existe déjà dans l'entourage immédiat de l'enfant. Mais, pire encore, il est au sein de l'administration chargée pourtant d'aider ces enfants.

Devant ce constat de faillite de la « société civile ». L'enfant est moins souvent protégé que le plus modeste des sujets algériens. Peut-on admettre que même dans la société qui revendique et valorise la Rahma et la concorde, la condition de l'enfant reste inchangée ? L'Etat devrait se substituer à cette « société civile » défaillante pour apporter tous les soins et protection à l'enfant.

Au risque de nous répéter, cela relève du droit de l'enfant. L'Etat doit, aussi collaborer avec les instances internationales l'UNICEF, l'UNESCO et écouter les spécialistes algériens et non les associations. Les subventions allouées à ces dernières devront être distribuées aux équipes de recherches en sciences humaines et sociales. Les résultats auxquels vont aboutir ces recherches aideront l'Etat à planifier des stratégies et contrecarré d'autres fléaux sociaux, que les 10 années de guerre, ont laissés...

Un lourd tribu nous a été légué, une fois cette guerre terminée, le plus difficile est à craindre : la pauvreté, le chômage, la prostitution avec son lot de problèmes, la toxicomanie, le banditisme, l'aliénation etc. C'est-à-dire que dans un futur proche, si l'Etat ne prend pas ses responsabilités, ces enfants se sentiront marginalisés, trahis et oubliés, et pourront, par haine recréer une autre forme de terrorisme : le banditisme et le crime organisé.

C-1- Le vécu psychologique des enfants victimes du terrorisme.

Cas n° 1 : Sophiane

Age : 13 ans

Niveau scolaire : 5me année fondamentale

L'entretien clinique.

Q : Tu habites où maintenant ?

R : Dans le centre.

Q : Pourquoi on t'a ramené au centre ?

R : Maman est en prison, mes frères aussi, mes soeurs sont dans un autre centre (le Chalet / Constantine) !

Q : Pourquoi ta mère et tes frères sont en prison ?

R : Ma mère préparait la nourriture pour les terroristes .... Ils ont trouvé les armes sur eux (mes frères).

Q : Et ton père, où est-il ?

R : Mort... Ils l'ont assassiné.

Q : Tu veux nous raconter comment ?

R : Il s'est pendu au tronc d'un arbre.

Q : pourquoi s'est-il suicidé ? Un très long silence, il se noie dans son monde. Il semble perdu. Sofiane veux-tu qu'on arrête ?

R : Ils sont venus, ils l'ont engorgé, ils l'ont suspendu à l'arbre.

Q : Qui on ?

R : Les terroristes... ils sont venus pour l'emmener avec eux aux maquis (Djebel). Il a refusé. Ils l'ont menacé... puis ils l'ont égorgé avec un sabre.... Ils l'ont traîné et l'ont suspendu à l'arbre de notre jardin « Haouch ».

Q : Tu étais présent quand ils sont venus ?

R : Oui.

Q : tu peux nous raconter ?

R : On était tous à la maison, les terroristes, nous ont fait sortir de la maison, mon père, mes frères, mes soeurs, et maman dans le jardin, puis ils l'ont ligoté, lui ont bandé les yeux et avec un sabre, ils lui ont coupé la gorge, puis suspendu à l'arbre.

Q : Et après que s'est-il passé ?

R : Ils ont dit à mes frères Djamel et Mouloud, la prochaine fois sa sera votre tour.

Q : Qu'est ce que vous avez fait, une fois qu'ils sont partis ?

R : Rien, on pleurait.

Q : Comment ta mère et tes frères ont été arrêtés par les services de sécurité ?

R : sous la menace, ma mère a commencé à préparer les repas aux terroristes, quand l'armée a pris connaissance, ils sont venus et ils l'ont emmené. Mes frères aussi ont été arrêtés parce qu'ils cachaient des armes. Ensuite ils ont brûlé notre maison.

Q : Toi et tes soeurs vous êtes resté où ?

R : On est resté chez mes grands parents. Puis ils nous ont ramenés aux centres.

Q : Sofiane. Qu'est ce que tu veux faire, une fois grande ?

R : Rien, je ne sais pas.

Q : Est ce que tu as un souhait ?

R : Rien je veux rentrer chez moi... moi, mes soeurs mes frères et ma mère. C'est-elle qui m'a dit qu'elle a construit pour nous une nouvelle maison.... Mais j 'ai peur que les terroristes reviennent pour nous assassiner... comme ils l'ont fait avec mon père.

Commentaire de l'entretien.

Cet enfant a été témoin de l'assassinat de son père par les terroristes. Notre première impression est que cet enfant souffre, suite à ce traumatisme. On perçoit clairement l'impact de cet événement sur l'aspect psychologique : son silence perçant lors de l'entretien, introverti très timide et surtout méfiant. Car malgré, le climat convivial que nous avons créé, cet enfant ne nous a jamais dévoilé le viol collectif subit par ses soeurs, perpétré par les terroristes, et surtout l'inceste commis sur ses soeurs par ses frères. Tout ces événements aussi catastrophiques les uns que les autres ont laissé des traces indélébiles sur sa personnalité fragile : il aime l'isolement, très timide et parle peu.

Cet enfant est très angoissé, il a peur de la réaction de la société... il sait qu'autour de lui l'environnement est toujours hostile, qu'il y'a de la haine, de la rancoeur, de la vengeance, du mépris. C'est pour cette raison qu'il est méfiant. Il cache la vérité, il ne veut pas que l'ont sache que son père a été assassiné par les terroristes, il ne veut pas qu'on sache qu'il est une victime... Il a peur de tout le monde. Il y'a une crise de confiance qui s'est cristallisée à « l'intérieur » de tous les enfants de notre enquête et la société. Les enfants des terroristes craignent la société et les services de sécurité. Les enfants victimes du terrorisme craignent les terroristes et disent répugner des mesquineries de la société.

L'un comme l'autre, ont un sentiment commun. La crise de confiance s'est installée entre eux et la société. Cette crise de confiance est apparente chez Sofiane : il essaye de cacher la vérité sur la mort de son père par peur des terroristes, symbole de l'horreur et, évite de parler de sa mère par crainte des services de sécurité : symbole de l'autorité. Pour lui les terroristes ont assassiné son père. Et l'armée a brûler leur maison et mis sa mère et ses frères en prison. Cette crise de confiance le rend méfiant, de tous ce qui l'entoure, et a entraîné chez cet enfant la perte de confiance, la perte de l'espoir, le futur pour lui, ne signifie rien. Son souhait c'est de retrouver cette affection maternelle perdu il y'a 3 ans. Tout en gardant en son « intérieur » cette peur, une fois rentré chez lui, les terroristes débarqueront et les assassineront. Ceci prouve que l'angoisse de mort, la terreur, la peur sont « le pain quotidien de Sofiane »

Résultats et commentaires.

De l'entretien, en remarque clairement que Sofiane vit le calvaire dans son « intérieur », malgré les trois années passées loin du lieu du drame. Et cela malgré les efforts louables de l'équipe psychopédagogique du centre. Cela est dû à l'intensité de cette « somme » d'événements aussi catastrophiques les uns que les autres. L'assassinat de son père, sa mère ses frères en prison, ses soeurs violées par les groupes armés, puis par ses frères. Ce qui provoque en lui, une perte d'identification, de régression et développe une personnalité mélancolique, d'où une personnalité suicidaire. Sofiane donne l'impression d'être calme, mais à travers le dessin, on voit clairement le côté caché de sa personnalité.

En conclusion : on peut dire que Sofiane et tant d'autres enfants ayant vécu un double événements, doit bénéficier d'une prise en charge spéciale. Ces enfants tout comme Sofiane éprouvent de la haine envers les groupes armés et les services de sécurité.

Cas n°2 : Amina

Agé : 10 ans.

Le contenu de l'entretien.

Q : Qu'est ce qu'il faisait ton père ?

R : policier.

Q : Il exerçait où ?

R : A Ziadia.

Q : Comment est-il mort ?

R : Ils l'ont assassiné, alors qu'il rentrait à la maison.

Q : Tu l'as vu, quand ils l'ont assassiné ?

R : Oui, je l'ai vu, ils l'ont assassiné devant notre bâtiment. On était au balcon. Chaque soir, ma mère et moi, faisant le gué. On voit, et on inspecte les lieux pour voir s'il n'y a pas quelqu'un, étranger à la cité... Mais ce jour là, ils étaient cachés derrière un mur. Quand mon père est arrivé, avec son collègue... ils ont tiré sur lui et son collègue... ils étaient trois... ils ont pris les armes et ils sont partis.

Q : Qu'est ce que tu as fait ?

R : Je suis descendu avec ma maman et mes frères en bas, j'ai vu mon père couvert de sang, lui et son collègue.

Q : Quand tu vois les terroristes, à la télévision, qu'est ce que tu fais ?

R : J'ai peur... je n'aime pas les voir.... Si je vois un terroriste je le tuerais.

Q : Est-ce que tu penses à ton père ?

R : Oui chaque jour... je pleure à chaque Aïd El Kabîr.

Q : Quant tu seras grande, qu'est ce que tu feras ?

R : Devenir policière comme mon père... je veux tuer tous les terroristes.... Mais, ma maman tient à ce que je fasse des études à l'université ... elle veut me voir médecin ou avocate. Avant je voulais bien être médecin, mais.... Maintenant je m'engagerai dans la police... je dois être comme mon père.

Q : Qu'est ce que tu espères du futur ?

R : Rien ... l'Algérie sortira vainqueur de cette guerre.... Que mes frères et ma mère ne soient pas assassinés par les terroristes.... Je veux plus entendre parler d'eux.

Commentaire de l'entretien.

Le sujet âgé de 10ans, dont le père a été assassiné par les terroristes, vit un état traumatique, malgré les 03 années passées. Le sujet semble affecté et très marqué par cet événement. Elle relatais l'assassinat avec des détails (voir le dessin), que même un professionnel en criminologie ne pourrait égaliser, malgré son âge précoce (elle avait 7 ans le jour de l'assassina).

De l'entretien, on peut tirer les conclusions suivantes : la haine et le mépris envers les terroristes, le besoin d'identification, la peur et l'angoisse à l'idée de perdre ses frères, surtout sa mère.

Il se trouve aussi que cet assassinat a fait basculer ses projets d'avenir d'une extrémité à une autre. L'envie de devenir médecin à l'envie de devenir policière.

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