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Conversion des lieux de culte à  Alger du XVIIIème au XXème siècle. Cas de la mosquée/ cathédrale Ketchaoua

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par Samir NEDJARI
Université Paris I Panthéon- Sorbonne - Master recherche patrimoine et conservation- restauration 2012
  

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C- la transformation architecturale :

La transformation architecturale d'un édifice de culte, est une intervention majeure sur le corps du batiment, une intervention qui implique un remaniement de l'édifice dans un souci d'adapter le lieu de culte à sa nouvelle confession. Ce besoin de transformer l'édifice apparait quelque temps après la conversion cultuelle, suite aux confusions crée par l'illisibilité de l'objet architectural et l'inadéquation entre la forme, l'apparence du batiment et sa fonction ; En plus de l'atténuation de la notion de trophée qui devienne désuète avec le temps.

Si la conversion cultuelle de l'édifice obéit à un rituel codifié par les autorités religieuses, la
transformation architecturale doit prendre en compte plusieurs autres éléments influents sur
cette opération, en parallèle des impératifs religieux liés à la fonction du lieu, cette

95 Chanoine Norbert HENNIQUE, Colloque "églises des villes, églises rurales, un héritage en partage ? », Op.cit.

96 BURESI Pascal, op.cit.

intervention doit concilier ses impératifs avec la volonté politique, la disponibilité financière et l'expression architecturale et artistique à donner à ce lieu de culte.

Les interventions architecturales en milieu urbain posent beaucoup plus de contraintes au concepteur qu'en terrain isolé, mais dans le cas d'une conversion suivi d'une transformation architecturale, il s'agit en plus d'intervenir sur un bâtiment existant, qui a acquis à travers le temps plusieurs valeurs, dont la valeur religieuse qui reste en conflit entre le nouveau et l'ancien culte.

Tous ces contraintes qui pèsent sur le projet de transformation font qu'il n'existe pas un model général d'adaptation d'un bâtiment mosquée à une église ou le contraire, ces interventions s'adaptent au contexte spatial et temporel dans lequel elles se déroulent, et le projet peut aller de la solution catégorique de la démolition/reconstruction aux interventions ciblées sur des parties du bâtiment dans le but de changer sa morphologie.

Dans le cas de la mosquée Ketchoua qui a vu son architecture transformé à partir de 1845, et cela 13 ans après sa conversion cultuelle, suite à une période ultérieur où des voies se sont levées pour signaler l'inadéquation de l'édifice architectural avec la fonction et l'image que doit donner la première cathédrale d'Algérie, plusieurs solutions pouvaient être préconisées, comme la construction d'une nouvelle cathédrale tel que suggérait pat l'évêque d'Alger Monseigneur Dupuch, mais d'autres éléments rentraient en causes, comme l'aspect financier d'une transformation qui va s'avérer à la fin beaucoup plus couteuse qu'une nouvelle construction97, l'aspect symbolique de la prise de la « plus belle »98 mosquée de la ville et son affectation au culte de la nouvelle communauté dominante dans le pays, celle des colons européens ; mais aussi l'aspect urbain, avec les grands aménagements urbains de la ville dans le but d'en faire une ville aux normes européennes, et seul la Casbah constituait un obstacle à ce projet, construite dans un style vernaculaire qui ne permettait pas son absorption par la nouvelle ville, ce qui laisser aux aménageurs la solution de remanier cette partie de la ville petit à petit par les bords de la cité en pénétrant jusqu'au coeur.

Le projet de transformation architecturale de la mosquée de Ketchaoua, rentrait dans le grand
projet de remaniement urbain de la basse Casbah qui été déjà entamé avec l'aménagement du
front de mer et de la place du gouvernement, les urbanistes ne voulants pas construire une

97 OULEBSIR Nabila, op.cit.

98 Le duc de Rovigo cité dans JULIEN Charles André, op.cit.

ville européen à côté de la ville autochtone suivaient une logique de pénétration urbaine dans l'ancienne cité.

Les travaux de transformation entraient dans la nouvelle logique de colonisation en Algérie, avec la pacification Nord algérien et l'installation de colons européens à travers le pays, ce qui engendre un nouvel état d'esprit qu'ai celui de l'installation durable dans le pays ; Ainsi, après la phase de conquête vient la phase d'établissement, et cette transformation architecturale peut se lire comme une nouvelle conversion99 qui consacre une nouvelle phase dans la présence française en Algérie.

Dans cette logique, et par un projet de transformation qui s'éternisait dans le temps, en dépassant largement ses délais initiaux, l'ancienne mosquée fut tour à tour, transformée de l'intérieur, agrandit des côtés Est puis Ouest, métamorphosée de l'extérieur avec une façade qui n'a pris son aspect définitif qu'à la fin du XIXème siècle. L'ancienne mosquée a été englobée dans la nouvelle cathédrale, tout en étant démontée de l'intérieur, et certains de ces éléments architecturaux réutilisés sur place ; ce mécanisme de construction/destruction n'a pas laissé dans l'histoire, ni dans la mémoire collective le souvenir d'une destruction totale de l'ancienne mosquée, pourtant au regard des plans anciens et de l'édifice dans son état actuel, il ne subsiste que de rares éléments de l'ancienne mosquée.

Toutefois, cette transformation architecturale de l'édifice n'a pas fait l'unanimité au sein de la communauté chrétienne, son but étant de concilier son apparence architecturale avec sa nouvelle fonction de cathédrale, la superficie de l'édifice terminé et le choix du style architectural ont laissé perplexes une grande partie de la communauté chrétienne de la ville ; en 1858 déjà l'architecte Charles Frédéric Chassériau déclarait que « la cathédrale, quand elle sera terminée, n'égalera pas en dimension l'une des chapelle de Saint-Pierre »100, et les urbanistes de la ville qui signalaient son « insuffisance à chaque réunion officielle et surtout aux jours de grandes fêtes »101.

Le projet de conversion architectural a été critiqué sur les maladresses des actions menées, et
qui ont conduit à des remplacements fréquents des architectes en charge des travaux, et après

99 BURESI Pascal, op.cit.

100 CHASSERIAU Charles Frédéric, 1858, Etude pour l'avant-projet d'une cité Napoléon ville à établir sur la plage du Mustapha à Alger, Alger, Dubos frères : 5, dans OULEBSIR Nabila, op.cit.

101 VIGOUREUX, CAILLAT, « Alger, projet d'une nouvelle ville », op.cit.

une vingtaine d'année d'usage du lieu, un constat négatif en a été fait, ce qui conduit à une seconde intervention, entamée dans les années 1890 par Albert Ballu architecte des monuments historiques et architecte et qui donnera à l'édifice sa façade actuelle.

Pendant cette période de la fin du XIXème et début du XXème siècle, où l'autorité coloniale en Algérie cherchait à se démarquée du pouvoir de la métropole, on voit la naissance du style architecturale Néo-Mauresque, qui puise ces références dans l'histoire de la région et surtout dans les références de l'architecture islamique en Andalousie ; c'est dans le contexte qui a abouti à l'apparition du Néo-Mauresque que la cathédrale Saint-Philippe est construite dans un style hybride qui associe l'architecture romano-byzantine à l'architecture arabo-islamique, ce choix d'une architecture qualifiée péjorativement de style bâtard, n'allez pas dans la direction de la conciliation du bâtiment avec son statut de cathédrale, et n'a pas été bien reçu par les fidèles.

Toutefois l'église Saint-Philippe garda son statut de cathédrale de la ville jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962, ou elle fut reconvertie en mosquée, et cinquante ans après, elle garde toujours son aspect architectural de la fin du XIXème siècle qui n'a été que légèrement modifié, ce qui amène cette question : Pourquoi cinquante ans après la reconversion cultuelle de l'édifice, on ne ressent pas toujours l'envie de le transformer architecturalement ?

Après cinquante ans, et avec une population algérienne qui n'a pas en sa grande majorité vécu la période de colonisation française, garder un édifice comme trophée n'a plus aucun sens ; et le principe de la conversion cultuel dans la période conflictuelle qui suit une conquête et la transformation architectural à l'établissement du nouveau pouvoir, ne peut s'appliquer sur le cas de la mosquée Ketchaoua, puisque le pouvoir postindépendance est bien établi dans le pays depuis plusieurs décennies.

Dans ce cas, comment expliquer la longévité de cet édifice, malgré sa conversion cultuelle au lendemain de l'indépendance ? L'ancrage de la mosquée de Ketchaoua dans la mémoire collective des habitant de la ville est une des raisons de cette longévité, le souvenir de la mosquée qui fait abstraction de l'objet architectural renvoie directement à l'époque Ottomane.

Mais le style architectural dans lequel a été construite la cathédrale Saint-Philippe a contribué
en grande partie à l'appropriation de cet édifice comme mosquée, cette architecture avec des
inspirations arabo-islamique continue a créé la confusion, et suggère aux fidèles l'existence

d'une continuité entre la mosquée du XVIIème siècle et celle d'aujourd'hui, malgré que du point de vue architectural cette continuité a été rompu et malgré l'aménagement intérieur particulier de la mosquée actuelle, comme expliqué dans la dernière partie du deuxième chapitre.

On peut aussi évoquer l'évolution de la notion du patrimoine et de la règlementation en la matière, en Algérie et dans le monde, comme raison de cette pérennité de l'édifice ; Classé en tant que monument historique en 1908, l'actuelle mosquée Ketchaoua est toujours classé en tant que patrimoine national et fait partie de la zone de la casbah classé patrimoine mondial de l'UNESCO. Ça serait difficile d'imaginer en nous jours une opération de restauration de la mosquée, qui prendra les mémes proportions que la transformation de l'édifice dans la deuxième moitié du XIXème siècle, c'est méme contraire à la règlementation en vigueur en Algérie --signataire de la charte du patrimoine mondial de 1972- en matière de protection des biens culturels qu'est la loi 98/08, et qui reprend les principes de l'UNESCO en la matière. Ainsi les opérations de restauration en cours se résument à des actions de consolidations et de confortements, après quelques libertés prise par les autorités religieuse dans le pays qui ont construit dans la hate un espace d'ablution accolé à l'édifice et un `Mihrab' à l'intérieur de la mosquée.

Tous ces éléments peuvent expliquer l'absence de volonté de transformation architecturale d'un édifice qui a été construit pour être la cathédrale de la ville et qui remplit actuellement la fonction de grande mosquée.

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote