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Savoirs et savoir- faire locaux face aux politiques agraires: diagnostic d'un système agraire dans un village Khamou ou du Nord Laos

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par Pierre- Yves Heurtier
Université Aix-Marseille 1 - Master 2 anthropologie sociale et culturelle 2006
  

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1.2.3. Économie : Un pays sous développé :

En 1999, l'agriculture rapportait au Laos (pour les résidents de plus d'un an au Laos), la somme de 556.199.000.000 kips par an (environ 55.620.000 dollars)31. Les produits de la forêt rapportaient 52.582.000.000 kips, l'élevage rapportait 197.498.000.000 kips et les plantations de bois commerciaux 306.119.000.000 kips.

Les prix ont eu tendance à augmenter depuis 1995 mais malgré tout, trop sensiblement.

En 1995, l'agriculture rapportait 453.684.000.000 kips, les produits de la forêt 216.031.000.000 kips, l'élevage 178.961.000.000 kips et les plantations 216.031.000.000 kips.

En 1997, l'agriculture rapportait alors 498.683.000.000 kips, les produits forestiers 56.939.000.000 kips, l'élevage 188.325.000.000 kips et les plantations 253.419.000.000 kips.

En 1999, les ressources forestières représentent 34 % des recettes de l'Etat et atteignent 50 % certaines années. Près de 80 % de laotiens utilisent quotidiennement des produits forestiers pour leurs subsistances.

Les produits forestiers non-ligneux32 comme la cardamome, le rotin, les résines, le miel, les champignons, pousses de bambou, poissons, légumes, représentent quant à eux 55% du revenu des villageois33.

31 1 dollar = 10.000 kips.

32 NTFP : Non Timber Forest Products.

33 UNDP, 2001 : 78.

Les paysans qui représentent 85 % de la population rapportent plus de la moitié du PIB national.

Le PIB laotien serait en 2002 de 370 dollars par habitant avec une croissance de 2,1 % par an34. Les prix d'achats moyens nationaux en kips (monnaie laotienne) :

 

1996

1999

1 kg de riz collant

338

1.535

1 kg de riz normal

434

2.521

1 L d'essence

525

1.807

1 kg de tabac

2.052

10.275

1 kg de porc

2.152

13.699

1 poulet

1.938

12.857

Les investissements au Laos

Ils rapportèrent entre 1999 et 2000 1.463.000.000.000 kips.

Les investissements les plus importants furent dans les domaines de la communication avec 948.000.000.000 kips, de la santé avec 109.000.000.000 kips et de l'agriculture avec 103.000.000.000 kips.

Le total des investissements pour l'année 1994-1995 furent de 182.000.000..000 kips et de 590.000.000.000 kips pour l'année 1997-1998.

Les investissements étrangers entre 1994 et 1995 atteignirent 145.000.000.000 kips et 436.000.000 .000 kips entre 1997 et 1998.

Les investissements nationaux atteignirent 37.000.000.000 kips entre 1994 et 1995 et 154.000.000.000 kips entre 1997 et 1998.

Les investissements étrangers se portèrent plus volontiers dans les domaines de la communication durant les années 1994-1995, 1997-1998 et 1999-2000.

Les investissements locaux se reportèrent dans la communication pour l'année 1994-1995, l'agriculture pour l'année 1997-1998 et de nouveau sur la communication entre 1999 et 2000.

L'industrie du bois a pratiquement cessé toutes ses activités depuis 1999 et la chute des investissements accompagnés de l'absence de projets dans ce domaine.

Le Laos est désigné comme un Etat éponge sur lequel coule l'aide internationale à haut débit puisque plus de 250 millions de dollars lui sont versés chaque année depuis 1990, ce qui représente 20 % du PIB et 50 dollars par habitant par an, montant le plus élevé de l'Asie du Sud-Est35.

Le nombre de projet en faveur de l'agriculture et des forêts passa du nombre de 3 en 1990 avec 435.000 dollars investis à 10 en 1997 avec 4.333.000 dollars investis à 12 projets en 2000 avec 87.859.000 dollars investis.

34 Lao People D.R.Papper, ministère du transport laotien, 2002.

35 Banque Mondiale, Lao Logistics Development and Trade Facilitations in Lao P.D.R., working paper, 2002.

Les ventes nationales en 1995 :

85,5 % pour les produits de l'agriculture et la pêche. 4 % pour le tertiaire.

2,9 % pour les techniques et associations professionnelles. 2,6 % pour l'artisanat.

Les productions laotiennes36:

Les récoltes culturales (milliers par ha) en 2000 :

 

Produits manufacturés (tabac, coton, café, thé, canne à sucre...)

71.600

Riz

690.000

Riz pluvial

500.000

Riz en rizière irriguée

110.000

Riz de montagne

80.000

Maïs

10.000

Racines (pommes de terres...)

8.000

Légumes

40.000

Céréales

708.000

Les semences (milliers par ha) en 2000 :

 

Produits manufacturés

246,9

Riz

2.230

Riz pluvial

1635

Riz irrigué

465

Riz de montagne

130

Maïs

23,6

Racines (pommes de terres...)

51,9

Légumes

255,9

Céréales

2.305.500

Productions de la province de Phongsaly en 2000 :

 

Hectares

Tonnes

Moyenne de la province

moyenne du pays

Riz pluvial

7.000

22.500

 
 

Riz irrigué

200

500

 
 

Riz de montagne

9.000

14.400

 
 

Maïs

4.421

10.206

2.310 tonnes par ha

3.360 tonnes /ha

Racines

200

1.204

6.020 tonnes /ha

6.180 tonnes /ha

Légumes

350

1.106

3.160 tonnes / ha

5.750 tonnes /ha

Phongsaly est la 3e province la plus pauvre au Laos en terme de production (hectares et tonnes)

36 MAF, 2000.

de riz pluvial.

Elle est la plus démunie du Laos en terme de production (hectares et tonnes) de riz irrigué. L'importation de riz dans la province de Phongsaly : 45.000 tonnes en 1976, 26.731 tonnes en 1996 et 4.707 tonnes en 1999.

Consommation des habitants de la province de Phongsaly en 1997-1998 :

Pour une valeur de 64.222 kips par an, voici les consommations des produits originaires de leur province par les habitants de la province de Phongsaly :

Riz

20.8 %

Sésame

0,1

%

Viande

2.9

%

Poisson

5.2

%

Fruits

0,2

%

Légumes

3.3

%

Total

32,5 % des consommations de la province proviennent de la province.

Consommation de riz en gramme par jour selon l'âge pour l'année 1997-1998 dans la province de Phongsaly :

De 0 à 4 ans

299 g

De 15 à 19 ans

597 g

Plus de 50 ans

634 g

Si les indices de l'économie semble se redresser depuis quelques années et montrent un pays autosuffisant depuis 2000, il ne faut tout de même pas négliger la 135e place mondiale sur 175 en matière de développement humain37 et sa catégorisation dans les Pays les moins avancés (PMA) du monde. Le Laos a de nombreux symptômes du sous développement : Forte croissance démographique, un niveau sanitaire médiocre, des infrastructures économiques et sociales très réduites, un secteur agricole38 vitale pour le pays.

De plus, les indicateurs statistiques produis par le gouvernement laotien sont très peu fiables. La collecte statistique laisse à désirer et elle ne prend pas en compte la perméabilité des frontières, l'incidence de grands projets hydroélectriques qui masquent les flux réels d'importations et d'exportations, les quantités de bois illégalement coupées. Il faut savoir manier les statistiques laotiennes avec précaution39.

La comparaison économique et sociale est assez éloquente entre les données nationales,
provinciales et celles du district de la zone d'étude qui suivent. Elles montrent toutes les points
forts agricoles et les points faibles industriels et tertiaires. Les données illustrent aussi les

37 Le développement humain inclus : l'espérance de vie à la naissance, le taux d'alphabétisation des plus de 15 ans : 65 % en 2001 selon PNUD 2003, le taux brut de scolarisation combiné de la primaire au supérieur et le PIB/ habitant. Source : Rapport mondial sur le développement humain 2003, Economica.

38 Sylviculture, élevage, pêche, plantations, pisciculture, cueillette, agricultures.

39 Pholsena et Banomyong, 2004.

importantes sommes d'argents qui transitent dans l'économie nationale sans que la majorité des laotiens ne puissent en profiter. Cette situation n'est pas sans rappeler la majorité des pays du Sud qui manquent essentiellement de personnes sachant manier des gestions équitables et une meilleure répartition des richesses.

1.2.3.1. La situation économique du village40 :

Ce sous chapitre n'est pas le lieux d'exposition des raisons de la situation économique de Bouamphanh mais uniquement un portrait économique du village accompagné de critiques à l'égard de la construction statistique.

Les chiffres ont été calculés sur les bases d'un accès à la nourriture avec un minimum fixé a 16 kg de riz par mois par famille41 ; d'une possession de vêtements non abîmés ou neufs ; d'une salubrité de l'habitation ; d'un accès aux soins et d'un accès à l'éducation pour les enfants. Si les familles manquent d'un de ces éléments de référence, elles sont désignées comme étant «pauvres ». C'est pourquoi l'addition du nombre de familles manquant de riz, de vêtements, d'habitations salubres, de soins et d'accès à l'éducation aboutit à la somme des familles pauvres dans chaque village.

1.2.3.1.1. Les statistiques :

En 2001, les statistiques comptabilisaient 11 familles possédant moins de 16 kilogrammes de riz par mois par famille, 2 familles manquant de vêtements,10 familles manquant d'habitations salubres, 3 familles manquant de soins et 7 familles manquant d'accès à l'éducation. 33 familles étaient donc considérées par les autorités comme étant pauvres.

Le village de Bouamphanh est à la septième place des villages les plus pauvres du district avec 33 familles dites «pauvres » car manquant soit de riz, de vêtement, d'une habitation salubre, de soins ou d'accès à l'éducation.

Malgré ce rang, les 33 familles ne représentaient que 13 % de la population du village en 2001, ce qui laisse à penser que les conditions de vie au village de Bouamphanh sont majoritairement au dessus des limites fixées pour considérer les villageois en crise humanitaire.

Aujourd'hui, il semble que les conditions de vie ne se soient pas améliorées, mais aucune statistiques prenant en compte le village entier n'a pu être réalisé depuis 2001.

Selon les autorités, le village de Bouamphanh comptabiliserait 74 porcs (0,8 porc par famille en moyenne42), 70 boeufs, 60 buffles, 161 volailles (1,75 poule par famille en moyenne43) et 7 chèvres. Ces chiffres sont le reflet d'une volonté politique de développer ce chef lieu du canton numéro sept. Tous ces animaux ne sont pas l'héritage des générations précédentes mais un don d'une ONG américaine (Quaker) venue après demande du gouvernement laotien pour rendre

40 Sources du bureau au plan et à l'investissement de Phongsaly : Données sur la pauvreté dans le district de Khoua, 2001/2002.

41 Limite officielle pour être considéré en déficit alimentaire.

42 74 porcs / 92 familles = 0,8 porcs par famille.

43 161 poules / 92 familles = 1,75 poule par famille.

attractif ce village de bord de piste. Malgré ces dons les villageois ne possèdent pas autant d'animaux d'élevage que la moyenne provinciale qui comptabiliserait 7 porcs et 9 poules par famille.

La situation économique de Bouamphanh reste donc aléatoire, voire à la limite de la crise alimentaire. La consommation moyenne villageoise de riz serait de 300 à 700 g par jour et par personne. Elle reste au dessus des limites fixées pour être considéré « pauvre »44 (bien que ces limites soient très basses). Cependant elle ne dépassent pas la moyenne de consommation de riz de la province45, ce qui peut expliquer le septième rang du village dans l'échelle de pauvreté de 2001 et qui pourrait encore aujourd'hui laissé penser à une situation très délicate pour les ressources alimentaires villageoises.

1.2.3.1.2. La ville comme modèle ? Deux analyses :

Malgré un effort du gouvernement pour cerner statistiquement les problèmes économiques et sociaux de sa population, nous pouvons nous demander si ces chiffres correspondent bien à la situation locale comme il est courant de faire à chaque fois que des statistiques sont publiées dans le monde.

Selon le tableau statistique, les villes de Khoua et de Natoun n'auraient aucun habitant pauvre, aucun manque. Les 11 villes du district auraient proportionnellement moins de familles pauvres que dans les villages. Les villes seraient donc, selon les statistiques, moins pauvres que les villages. Leurs habitants auraient plus d'accès aux éléments de bases. Les villes seraient donc des exemples de réussites alors que les villages seraient des illustrations d'une vie faite de manques, une vie de pauvreté.

Après plusieurs entretiens dans le village de Bouamphanh, une autre analyse s'était pourtant révélée différente. Les paysans déclaraient la vie des familles parentes et amies plus difficile en ville, à Muang Khoua, que chez eux, par manque de rizières irriguées, d'essarts accessibles et par trop de pression foncière.

Il semble d'ailleurs que la ville de Khoua se soit désormais tournée vers le tourisme et non l'agriculture. Malheureusement, les touristes affluent selon la saison entre octobre et mai, après la saison des pluies. Contrairement aux statistiques, on retrouve en ville beaucoup plus d'alcooliques, de drogués et de mendiants, de violences que dans les villages. La dépendance avec l'extérieur est beaucoup plus marquée. Est-ce un modèle de réussite ?

1.2.3.1.3. Des manques dans l'étude statistique :

Il est intéressant de constater qu'aucun chiffre n'est présenté pour désigner le revenu moyen par famille et par mois, le revenu par personne et par mois et le nombre de famille qui ont un revenu inférieur à 82.000 kips par mois, par personne. Ces données relatives au revenu qui étaient a priori prévues pour caractériser la pauvreté sont restées vierges.

Nous pouvons ainsi penser que les enquêteurs n'ont, soit pas eu le temps et / ou les moyens de
référencer ces trois données, soit qu'ils ont présenté volontairement un tableau statistique ne

44 16 kg de riz par mois et par famille, c'est à dire 89 g de riz par jour et par personne (pour une famille de 6 membres).

45 600 g par personne par jour.

chiffrant pas les revenus familiaux pour ne pas les rendre publiques et / ou pour ne pas rendre les analyses complexes et ambiguës en comparant les chiffres des revenus et les données sur la nourriture, les vêtements, la vétusté de l'habitation, l'accès aux soins et à l'éducation.

Il est vraisemblable que des données statistiques en milieu rural basées uniquement sur des revenus pour caractériser la pauvreté ne seraient pas fiables. Il est probable qu'en milieu rural la pauvreté se manifeste autrement que par les revenus du fait d'un accès plus facile à la collecte, à la pêche, à la chasse et à l'entraide. Un tableau présentant des données sur l'accès à 16 kg de riz par mois, à des vêtements, à une habitation convenable, à l'accès aux soins et à l'éducation paraît plus juste.

Nous ne connaissons rien des critères statistiques pour décider qu'une habitation est vétuste et à partir de quoi les enquêteurs ont pu décider que les villageois manquaient de vêtements ou que les vêtements n'étaient pas << propres >>.

L'analyse officielle qui veut que les villes soient moins sujets à la pauvreté par rapport aux village ne nous dit pas non plus qui ont été les personnes enregistrées officiellement comme habitants des villes du district puis sujets des enquêtes. Les plus pauvres des habitants de ces villes ne sont peut être pas pris en compte comme << habitants >> et donc non enregistrés par les statistiques.

Les manques statistiques et la fiabilité réduite des études sont des problèmes trop importants pour analyser la pauvreté dans le district de Khoua. Nous ne pouvons qu'être très relatifs dans l'utilisation de ces données pour nos conclusions.

1.2.3.1.4. Illustrations de situations économiques familiales : Trois familles. 1.2.3.1.4.1. Première famille :

L'interviewé est un jeune marié de 22 ans, père de famille de deux enfants âgés de moins d'un an. Il vit avec sa femme, ses enfants, son frère et ses deux parents, soit un nombre de sept membres dans le foyer familial.

Lors de son mariage, quelques semaines plus tôt.

Il est installé dans la maison de ses parents depuis huit ans, depuis 1998, date à laquelle ils ont emménagé dans le village. Ils sont originaires de la ville de Khoua.

Leur chef de village actuel leur aurait demandé de s'installer au village de Bouamphanh pour le développer.

Son expérience de jeune agriculteur récemment installé dans un village recomposé est caractéristique d'un nombre important de jeunes couples khamou venus avec les parents du marié pour « développer Bouamphanh ». Très peu d'entre eux connaissent les langues des autres groupes ethniques habitant leur village. L'interrogé ne peut parler seulement que deux langues, sa langue vernaculaire, le khamou, et la langue nationale, le lao.

A la différence des anciens ils ne côtoient pas beaucoup les Akha ou les Pala. Ils restent entre jeunes khamou et n'hésitent pas à critiquer les pratiques fantaisistes des groupes montagnards.

N'étant pas originaire du village, il n'a pas pu hériter d'une rizière irriguée et a donc l'acheter 500.000 kips par hectare pour finalement posséder 1,5 ha.

Ils n'ont pas pu non plus acheter de parcelles lors de l'allocation foncière. Aussi chaque année ils ont un droit d'usure sur 0,8 ha d'essart-jardin de maïs et 0,7 ha d'essart pluvial, tous situés à 50 minutes du foyer à l'intérieur du finage de Bouamphanh. Chaque année ils exploitent donc environ 3 ha de rizière irriguée, essart de riz pluvial et essart-jardin de maïs.

Ils doivent attendre à chaque fin de saison des pluies, les décisions du conseil des anciens distribuant les parcelles à chaque famille. Depuis leur installation, ils ont toujours utilisé une seule fois la plupart de leurs parcelles de riz pluvial car elles sont en rotation sur 6 années et ils ont emménagé à Bouamphanh il y a 8 ans. Les parcelles de maïs qu'il exploite sont en rotation sur 4 années. Ils possèdent en complément un animal de trait, un buffle46, 8 poules et des poussins.

Le terrain de sa maison (15m x 40m environ) leur a coûté 50.000 kips et il doit s'acquitter des impôts à hauteur de 15.000 kips par an.

Ils ne commercent pas d'herbes à teinture que les Chinois pourraient pourtant leur acheter. Ces herbes poussent sur les bas côtés des routes et des pistes désherbées. Ils ne désherbent pas souvent les bas côtés de la piste ce qui ne leur permet pas de commercialiser ces herbes.

Ses enfants n'étant pas encore en age d'être scolarisés, il n'a pas de frais scolaire.

Selon l'interrogé, personne n'aide sa famille pour les travaux des champs et ils ne peuvent avoir de salariés n'ayant pas suffisamment de revenu pour payer des salaires.

Il avoue que les femmes travaillent plus que les hommes, que se soit aux champs ou au foyer. Il considère qu'elles font des travaux de résistances, de longue haleine, comme le désherbage ou le débardage alors que les hommes s'occupent des travaux dangereux, techniques et de force, abattant les arbres, s'occupant des grands brûlis, débardant de lourds volumes de bois, construisant les cabanes et barrières des champs.

Ils n'ont pas «besoin » d'engrais ou de désherbants pour leurs cultures car ils préfèrent
travailler leurs cultures par eux-mêmes. Selon eux, respecter les dates traditionnelles du

46 to couai en langue lao.

calendrier agraire, participer aux cérémonies animistes avec le chamane, attendre qu'il plante le premier pour planter ensuite, être respectueux des esprits du village et des défunts, <<sont les meilleurs engrais ».

Il faut ajouter qu'ils n'ont pas accès à des fertilisants et désherbants peu chers et proches. Il faut aller les acheter au Viêt-nam et les utiliser sans connaissances. De plus des histoires circulent sur les voisins akha qui en auraient utilisé et en seraient décédés.

Ils ne plantent rien en saison sèche et ont donc des difficultés alimentaires en période de soudure.

Ils doivent acheter du riz de mai à septembre car ils n'en produisent pas suffisamment pour sept personnes et n'ont pas de stock alimentaire.

Les sept membres de la famille consomment plus de trois kilogrammes de riz glutineux chaque jour ce qui revient à plus de 428 g de riz glutineux consommé par jour et par personne, juste au dessous de la moyenne provinciale47 car les deux enfants en bas âge ne mangent pas autant que leurs aînés.

Dans leur ancien essart de la ville de Khoua ils réutilisaient le paddy non consommé pour le replanté l'année d'après. A Bouamphanh, ils n'arrivent pas encore à être autosuffisants et ne peuvent donc pas replanter le paddy de l'année précédente. Ils espèrent bien arriver à être autosuffisants dans les prochaines années et replanter chaque année le surplus de paddy stocké qui est considéré traditionnellement comme une richesse familiale dont un jeune marié peut avoir besoin pour épouser une femme et vivre avec elle.

Le riz glutineux est selon lui relativement plus cher mais de manières coutumières et gustatives, ils ne peuvent pas manger du riz normal.

Au village, un kilogramme de riz glutineux serait vendu d'environ 2700 kips à 3000 kips et le riz normal serait vendu d'environ 2500 kips à 2700 kips.

Les prix varient selon les vendeurs, selon la qualité du riz vendu, selon l'origine intra ou extravillageoise.

Le riz normal est ainsi plus cher que le riz gluant en ville alors qu'il est moins cher que le riz gluant au village.

1.2.3.1.4.2. Seconde famille :

Monsieur Paeng, 39 ans, habite Bouamphanh avec sa famille depuis 2001.

Il a quitté le village de Salongxay, dans le district de Khoua.

Il était alors gradé dans la police et a abandonné cette profession pour devenir agriculteur comme ses parents.

Il ne connaît parfaitement aucune langue étrangère au lao hormis le khamou, sa langue natale et quelques mots de vietnamien.

Sa femme, lui même et ses 4 enfants disaient être athées même si ses parents pensaient que des âmes habitaient les animaux, les objets naturels et les phénomènes.

Leurs dépenses annuelles comprennent majoritairement les frais de scolarité et l'achat de nourriture pour une valeur approximative de 3.500.000 kips.

47 Environ 600 g par jour et par personne. Voir le chapitre << Economie un pays sous-développé ».

Ils consomment généralement 3 repas par jour dont 3,6 kg de riz48, 300g de poissons et des légumes de son essart et de la collecte (pousses de bambou et légumes-feuilles au quotidien) ce qui les placent bien au dessus des consommations moyennes provinciales en riz.

Ils consomment moins de viande49 que de poisson n'allant pas chasser, se réservant ses animaux domestiques (poules et cochons) pour certaines occasions et n'ayant pas beaucoup d'offres de viande au village.

Il doit acheter toute l'année du riz au marché du village ou chez les voisins, parents et amis. Parfois il achète aussi du poisson en conserve ou pêché par les autres lorsqu'ils n'ont pas pu en pêcher eux-mêmes, ainsi que la viande de la chasse si les voisins, parents et amis ne leur offrent pas.

Il doit aussi acheter des légumes s'il y a des invités en nombres importants à nourrir. Ces moments là (généralement les jours où des personnes viennent l'aider aux champs et lorsque des officiers du gouvernement viennent loger au village...) ne sont pas des jours de fête et ils ne consomment pas forcément de viande, mais uniquement du riz et des légumes (très fréquemment des pousses de bambous) qui sont les bases de leur alimentation.

Durant l'année, il achète des légumes au village pendant deux mois.

Il doit payer entre 15.000 kips par jour pour la consommation alimentaire et 25.000 kips par jour si l'on prend en compte les frais alimentaires et extra-alimentaires (payes des salariés, la valeur des investissements que sont par exemple les transports commerciaux de ses semences et récoltes, les outils agricoles et du foyer, les frais de scolarité, les frais médicaux...). Cette année il du par exemple payer une forte somme d'argent pour aider son frère à se faire hospitaliser et opérer.

Il est le seul de la famille à travailler quotidiennement dans ses champs. Sa femme, ses enfants et quelques villageois lui portent assistance quelques jours dans l'année et il salarie chaque année 250 villageois, payés chacun 10.000 kips par jour, pour certains travaux.

Il travail en moyenne une demi-journée par jour.

Afin de pouvoir acheter du riz toute l'année, Monsieur Paeng cultive et commercialise essentiellement du maïs, à hauteur de 800 kg qui lui reviennent à 150.000 kips. Il achète les semences de maïs au Viêt-nam qu'il revend à de nombreuses familles appartenant à 5 villages voisins dont Bouamphanh. Différents types de semences lui ont été proposé lors de l'achat des semences à Dien Bien Phu. Il à préféré choisir les semences à prix moyens (17 500 kips / 5 kg) qui permettent d'avoir deux grands épis au lieu d'un seul ou de deux petits pour des prix légèrement plus bas. Il ne pouvait acheter les semences plus cher qu'il ne l'a fait car les villageois n'auraient pas eu l'argent pour les lui racheter.

Les villageois cultivent le maïs vietnamien puis Monsieur Paeng leur rachète les récoltes qu'il revend en Chine et à un laotien. Depuis trois années, il est le premier villageois de la localité à avoir commencer un commerce important de maïs entre le Viêt-nam, le Laos et la Chine. Selon des responsables agroforestiers, ce commerce de maïs du Viêt-Nam à la Chine en passant par la

48 600 g par jour et par personne.

49 Plus fréquemment leurs poules et leurs oeufs, du cochon domestique pour les événements familiaux et villageois, du boeuf et du buffle lorsqu'ils ne sont plus utiles aux travaux, des écureuils, des oiseaux, des cervidés et des cochons de la forêt.

province, est de plus en plus pratiqué. Il semble que Monsieur Paeng soit l'un des premiers de la région à avoir eu cette idée.

Il vend aussi du bois aux chinois selon les besoins du marché. Il va jusqu'à la province de Sayaburi pour couper des espèces recherchées. Lors de son dernier voyage, il avait couper 274 arbres50 de 50 à 200 cm de diamètre allant de 15 à 40 m de hauteur. Dans la région, il n'y aurait plus d'anciens arbres rentables et les autorités ne seraient pas conciliantes avec les arrangements.

Il vend parfois un peu de légumes, parfois du poisson, des pousses de bambous, les quelques poules et les deux ou trois cochons qu'il élève.

Les voisins doivent le payer 10.000 kips par an pour son travail de responsable de l'adduction de l'eau au village. Cependant ils préfèrent souvent convertir ces 10.000 kips en une journée d'aide au champ.

Le repas du midi durant la journée de travail collectif.

Son commerce de rente de maïs est selon lui plus lucratif et plus sécurisant que de s'auto alimenter en riz comme le font traditionnellement bons nombres de familles au village.

Monsieur Paeng possède en 2006 deux essart-jardins d'un hectare chacun et une rizières irriguée de 0,9 hectare qui lui permettent d'avoir une surface totale d'exploitation de 2,9 hectares. Il cultive sa rizière plane en saison sèche pour le maïs et en saison des pluies pour le riz. Une partie de son champ est pour la première fois occupée par deux bassins de pisciculture qui contiennent des poissons entre le mois de juillet et le mois de novembre. Ses essart-jardins sont exploités en saison des pluies uniquement principalement pour le maïs.

Il possède aussi un emplacement pour une plantation de mai sak (Teck) de 0,6 ha qu'il exploite pour une parente de sa famille habitant dans un autre village. Il doit attendre 15 ans après avoir planter le teck, pour pouvoir le vendre car les troncs doivent être de 30 cm de diamètre maximum. Ils sont vendus 13.000 bath le mètre cube.

Le soucis de sa plantation est qu'elle se trouve sur le trajet des villageois qui se rendent dans

50 Uniquement les espèces maï doù et maï kràa (en langue lao) recherchées pour la construction de maisons.

leurs champs. En passant, les adultes comme les enfants testent les lames de leurs machettes sur les troncs et abîment ainsi beaucoup d'arbres de la plantation.

Monsieur Paeng à rationaliser ses productions. Son système de production agraire s'est développé, mais son inexpérience lui fait défaut.

Les deux premières années d'installation à Bouamphanh, il n'avait rien semé.

La troisième, quatrième et cinquième année, il planta uniquement du maïs et des légumes.

Il sema 11 kg de maïs sur 0.6 ha en rizière sèche en vallon la troisième année pour récolter 3,3 tonnes. Il sema 18 kg de maïs sur 1 ha d'essart-jardin la quatrième année pour récolter 5,4 tonnes et 55 kg de maïs sur 2.5 ha d'essart-jardin la cinquième année pour récolter 16,5 tonnes. La sixième année il sema du maïs, des légumes, du riz glutineux et planta des arbres pour le commerce du bois. Il sema 50 kg de maïs sur 2.2 ha d'essart-jardin pour récolter environ 15 tonnes. Il sema aussi 30 kg de riz irrigué sur 0.75 ha.

La valeur des quantités de légumes ne lui était pas connue.

Manquant de terre à cultiver, c'est dans ce dernier 0.75 ha de rizière irriguée qu'il avait préalablement déterré de la forêt-cimetière, les corps de deux enfants décédés. Les parents encore habitants de Bouamphanh ne firent aucun commentaire...

L'évolution de ses semences sur six années montre bien que Monsieur Paeng cherche la rentabilité. Il a fait diminuer ses surfaces et ses quantités de semences de maïs pour pouvoir augmenter celles vouées au riz et aux légumes. Ses productions se sont donc complexifiées et diversifiées. Il a désormais plus de chance de vendre ses produits différents et de diversifier son régime alimentaire. Après ses deux premières années infructueuses, il pense maintenant aux débouchés qu'il voudrait nombreux pour pouvoir exploiter plus intensivement ses terres «sous exploitées » selon lui. Il voudrait bien vendre des surplus de légume et beaucoup plus de maïs qu'à l'heure actuelle. Selon lui, il faudrait pour cela, plus d'accessibilité aux marchés importants.

Cette augmentation de la production s'explique aussi par le changement d'essart-jardin entre la cinquième et la sixième année. Il pu ainsi acquérir en prime une rizière irriguée au pied du nouvel essart-jardin, tout proche de la rivière. Les premières années de culture, son champ était limitrophe d'un champ de riz colonisateur réduisant ses cultures de maïs.

1.2.3.1.4.3. Troisième famille :

Monsieur Thon à 28 ans. Il est célibataire et habite toujours chez ses parents qui sont voisins de monsieur Leng et de Monsieur Paeng.

Sa famille tire ses revenus de l'exploitation agricole et de la collecte mais aussi de la préparation des outils villageois. Il semble qu'ils ne soient pas les forgerons attitrés du village mais ils retravaillent souvent les outils des voisins.

Ils possèdent 1 ha d'essart-jardin et d'assrt pluvial ainsi qu'une petite plantation de Teck (moins de un hectare).

Ils ne plantent pas de maïs et ne possèdent pas de rizière de vallon.

1.2.3.1.4.4. Conclusion :

A Bouamphanh, 10 familles au village vivent correctement grâce à leur rizières irriguées et

leurs essarts. Toutes les autres familles (environ 82), comme celles de Monsieur thon et du jeune marié, n'auraient pas toutes un hectare de rizière irriguée en vallons et cultiveraient un hectare en abatiis-brûlis pour cultiver du riz ou du maïs sans qu'elles puissent vivre correctement de leur exploitation. Elles doivent acheter du riz de deux à plusieurs mois dans l'année.

Le finage de Bouamphanh disposerait de 5 hectares par habitant51 (comprennent les surfaces habitées, de collectes et cultivées) et sa population permettrait de comptabiliser 1,54 habitant par hectare cultivé52 ce qui laisserait penser que les habitants ont un potentiel de ressources forestières et agricoles tout juste suffisant.

En revanche, la pression démographique de 19 habitants par km2 et la quantité de travail par actif de 0,9 ha cultivés par an et par actif53 semblent avoir atteins les limites du raisonnable puisqu'ils ne devraient théoriquement54 pas dépasser 0,9 ha par actif et 20 habitant par km255. Cette quantité importante de travail à fournir associée à l'assolement dispersé et à la réduction de l'entraide villageoise56 au profit du développement d'un salariat intra-villageois57 ne permettent pas aux exploitant de se sortir aisément de leurs obligations agricoles.

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"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery