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Pratiques de responsabilité sociale des entreprises industrielles au Cameroun

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par Joseph Herman TIONA WAMBA
Université de Douala Cameroun -  Diplôme de professeur d'enseignement technique grade 2 ( DIPET II ) 2009
  

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Pour trouver une convergence entre les intérêts dissonants de ses multiples parties prenantes, l'entreprise doit définir ses performances économiques, sociales et environnementales comme une contribution à un bien commun. Une telle vision de l'entreprise a été développée pour la première fois en 1953 aux États Unis par H. BOWEN dans son ouvrage « Social Responsibilities of the Businessman », auteur à qui on attribue la paternité du thème sur la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Le thème sur la RSE a été véritablement développé entre les décennies 1960 et 1970. C'est ainsi que W. FREDERICK (1960) affirmait que les moyens de production devaient être utilisés de telle façon qu'ils améliorent le bien être socioéconomique global. Mc GUIRE (1963) a mis en évidence les obligations sociétales qui incombent à la firme (obligations qui dépassent le cadre économique et légal). Pour ce dernier, l'entreprise doit agir équitablement comme devrait le faire tout citoyen. DAVIS (1967) quant à lui, souligne la dimension éthique de la responsabilité sociétale ; pour lui, l'entreprise doit considérer les conséquences de ses actions sur le système social dans son ensemble.

La responsabilité sociale présente des spécificités lorsqu'on va d'un milieu à un autre. En effet, aux États Unis, la RSE s'inscrit dans un registre de culture d'entreprise. Les entreprises y posent des actes socialement responsables par volonté et non par obligation. Leurs motivations à poser des actes sociaux ne sont ni imposées par l'État, ni exigées par la loi, et le plus souvent, ni même attendues par la société civile (A. B. CARROL, 1979). On peut regrouper les activités sociales volontaires qui y ont été menées et qui continuent de l'être, dans les actions telles que les contributions philanthropiques la réintégration des enfants abandonnés dans la société, des programmes de formation des travailleurs ou non travailleurs entre autres. L'approche de la RSE aux États Unis est de ce fait, qualifiée d'approche normative. Ce qui n'est pas le cas ailleurs.

En effet, en Europe, les actes de RSE posées par les entreprises sont plus ou moins régis par des lois. L'entreprise est comme un citoyen qui a des droits et devoirs envers la société dont elle fait partie. En Europe, le comportement de la firme est une réponse aux forces du marché et aux contraintes légales (E. PERSAIS, 2007). En d'autres termes, la responsabilité sociale de la firme implique que celle-ci soit en phase avec les normes, les valeurs et les attentes de performance sociétale. L'actualité européenne témoigne de la richesse du débat quant à la prise en compte des données environnementales. C'est ainsi que la Directive N° 2004-35 du 21 Avril 2004 sur la responsabilité environnementale en ce qui concerne la prévention et la réparation des dommages environnementaux, impose des nouvelles obligations pesant sur les entreprises. Les dommages environnementaux couverts par le texte européen doivent répondre à un certain nombre de conditions : être mesurable, consister à une modification négative d'une ressource naturelle, survenir de manière directe ou indirecte, être d'une gravité significative sur l'environnement (I. TCHOTOURIAN, 2006). C'est pourquoi l'approche européenne de la RSE est qualifiée d'approche légale.

En Afrique en général et au Cameroun en particulier, compte tenu du respect des normes environnementales, il existe une légère hésitation quant à la fixation des entreprises camerounaises dans l'une ou l'autre approche de la RSE. On note quand même la présence d'actions philanthropiques de la part de quelques multinationales opérant au Cameroun ; à l'instar du Pari Mutuel Urbain Camerounais (PMUC) qui, en plus des emplois qu'il offre aux citoyens camerounais, fait des dons de toute nature notamment dans les communes urbaines et aux clubs sportifs. On peut aussi énumérer le cas de MTN qui est le sponsor officiel du championnat camerounais de football des première et deuxième divisions (« MTN elite one » & « MTN elite two », respectivement) et qui sponsorise massivement les grands évènements tels que les jeux universitaires, les foires et concerts entre autres. Toutefois, au niveau des entreprises nationales et au sein des multinationales de fabrication, on est un tout petit peu confus quant au respect des normes environnementales et des valeurs des populations riveraines qui sont pourtant des stakeholders à part entière. On peut citer en guise d'exemple le cas de Sic CACAO qui, de par sa situation géographique, pollue les populations environnantes sur plus de dix kilomètres de diamètre. On peut aussi citer le cas de HYSACAM dont les bacs à ordures empestent les populations des sous-quartiers, par ce que toujours débordant d'ordures ménagères.

Face à ces deux situations extrêmes, il serait difficile de statuer sur les habitudes réelles des entreprises camerounaises en termes de responsabilité sociale ou sociétale. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes intéressés au thème intitulé « pratique de responsabilité sociale des entreprises au Cameroun »

Dans son ouvrage « Social Responsibilities of the Businessman », H. Bowen analyse les facteurs expliquant l'émergence de la RSE : « Pourquoi est-ce que les hommes d'affaires d'aujourd'hui se sentent concernés par leurs responsabilités sociales ? [...] Il est possible de diviser la réponse à cette question en trois parties : (1) parce qu'ils ont été forcés de se sentir plus concernés ; (2) parce qu'ils ont été persuadés de la nécessité de se sentir plus concernés et (3) parce que la séparation entre propriété et contrôle a créé des conditions qui ont été favorables à la prise en compte de ces responsabilités » (p. 103), (J. P. GOND, 2006).

Si au cours des années 1980 les chercheurs tels que A. Carroll, Jones, Wartick & Cochran, Epstein, Mc Guire et J. PASQUERO entre autres, s'attèlent plus à montrer le lien ou l'absence de lien entre CSR (Corporate Social Responsibility) et performance économique, c'est au cours de la décennie 1990 que le concept de CSR a servi de point d'ancrage à de nombreux courants de pensée partageant la même philosophie : existence d'une responsabilité extra économique de l'entreprise (Eric PERSAIS, 2007). En effet, la place de l'entreprise dans la société a été véritablement une préoccupation depuis le début des années 1990, avec « les comportements opportunistes des firmes privées mais aussi parfois publiques, qui ont conduit à des mises en cause sérieuses de la légitimité des entreprises et de l'éthique de leurs dirigeants qui se sont rendus coupables d'errements divers, à cause d'une gestion exclusivement financière » (AMADIEU in LE DUFF, 1999). C'est ainsi que dans la deuxième moitié de la décennie 1990, de nouvelles théories du management sociétal ont progressivement vu le jour. Il s'agit notamment des: stakeholder theory, business ethics, corporate citizenship.

Au niveau mondial, le mouvement autour de la RSE n'a pris de véritable ampleur qu'au milieu de la décennie 1990 pour se généraliser au début du troisième millénaire (E. PERSAIS, 2007). Le thème sur la Responsabilité Sociale de l'Entreprise (RSE) constitue l'un des sujets phares de la recherche en sciences de gestion en ce début de troisième millénaire (A. BENSEBAA et A. BÉJI-BÉCHEUR, 2008). Aujourd'hui en Europe, Elle se caractérise ainsi par : une démarche volontaire visant à aller au-delà des obligations légales et des conventions collectives ; un souci d'intégrer durablement les vues des différentes parties prenantes de l'entreprise ; et un engagement à une certaine transparence (Commission européenne, 2001). Mais une telle vision de la RSE concilie mal avec la perception que les managers d'entreprises se font du libéralisme économique.

En effet, outre ses avantages commerciaux indéniables, le libéralisme économique a contribué à certaines déviances au niveau du comportement des firmes (exemple : recherche de la rentabilité à tout prix au détriment du bien être des parties prenantes). Un tel comportement associé aux pratiques de corruption et aux trafics d'influence ont accru la demande pour une moralisation des activités économiques. La publication en 2001 du livre vert sur la RSE par la Commission Européenne atteste la volonté de faire de cette problématique, un élément central de la politique économique de l'union.

Toutefois, les contraintes économiques qui se traduisent par des compressions de personnel et des délocalisations concilient mal avec l'ambition affichée par certaines grandes entreprises de pratiquer un management responsable. C'est ainsi qu'en France par exemple, des entreprises telles ST Micro ou Hewlett Packard peuvent-elles à la fois revendiquer leur statut d'entreprise socialement responsable et fermer certains de leurs sites en France pour développer leurs activités dans de pays où la main d'oeuvre bénéficie de moins d'avantages sociaux (Bénédicte .D & Christine .N, 2006). C'est également le cas de DELL cette année.

La RSE est un concept flou par nature ; puisqu'il est difficile de dire où commence et où s'arrête cette responsabilité (E. Persais, 2004b). Le fait de s'interroger sur la nature même de la RSE permet de mieux comprendre ce qui touche à sa mise en oeuvre dans les pratiques d'entreprises.

Cependant, une telle responsabilité ne saurait être simplement vécue comme une obligation légale ou réglementaire. Elle se manifeste au contraire par des actes libres et volontaires, susceptibles justement d'aller au delà des définitions qu'en donnent les juristes (Cornu .G, 2004) : « une obligation de répondre d'un dommage devant la justice et d'en assumer les conséquences civiles, pénales, disciplinaires, etc. (soit envers la victime, soit envers la société). La suggestion de Carroll (1991) d'aborder la RSE au travers du concept de partie prenante est intéressante. Ainsi, dans le contexte camerounais actuel, la problématique apparaît beaucoup plus complexe dans une conception extensive où, la RSE confronte le management à toutes les parties prenantes dont les intérêts sont concernés par les résultats et le développement de l'entreprise.

Dans un contexte d'internationalisation de l'économie, la question de la RSE prend une importance croissante. Face aux critiques formulées par les groupes de pressions vis-à-vis de comportements opportunistes, les entreprises sont désormais tenues de démontrer qu'elles inscrivent leurs actions dans le cadre d'une économie responsable. En général, l'éthique de l'entreprise est surtout un moyen d'entretenir une image positive de celle-ci, aux yeux de ses différents publics, internes et externes. Son développement est incontestablement lié à l'importance croissante de l'opinion des différents publics de l'entreprise : actionnaires, salariés, clients, partenaires économiques, pouvoirs publics (G. Bressy & C. Konkuyt, 2000). Elle est un des moyens récents utilisés par les firmes pour tenter de maîtriser leur image. Ceci dit, si la question de la RSE reste au centre des préoccupations liées à l'entreprise et à son rôle dans la société, tel n'est pas le cas dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique.

Dans les pays africains, les réglementations ne sont pas pour encourager la mise en oeuvre de la RSE. En effet, le sous-développement, la misère et la pauvreté poussent les États et les politiques gouvernementales à s'intéresser uniquement à la rentabilité des entreprises.

Au Cameroun, on assiste dans les entreprises spécialisées dans la fabrication des matériaux de construction, à une mise en chômage technique qui se transforme progressivement en chômage définitif (cas vécu par deux employés de la SOBAF que nous avons rencontré). Que dira t-on des employés à temps partiel embauchés par les sociétés de construction des routes, qui sont remis au chômage en fin de travaux ? L'incidence des contraintes économiques sur la RSE a aussi été observée en Janvier 2009 à la SCR MAYA (entreprise spécialisée dans la fabrication des matières grasses) où les employés ont dû observer deux semaines de congé non payant, le temps d'écouler la surproduction réalisée pendant les périodes des fêtes de fin d'année 2008.

Par contre au Cameroun, le comportement des entreprises à l'égard des exigences de RSE est surprenant. En effet, il est de coutume de retrouver, des entreprises qui se veulent citoyennes de par certaines oeuvres sociales et qui, en même temps nuisent aux populations qui leur sont riveraines. C'est le cas par exemple de la société Sic CACAO qui a mis à la disposition des populations environnantes, un forage (oeuvre sociale) et qui en même temps, pollue l'atmosphère sur plus de dix kilomètres à la ronde. Le cas des « Brasseries du Cameroun » qui, en dépit des évènements sportifs pour jeunes qu'elle organise (coupe top), pollue la zone de Koumassi où elle brasse du vin. Ou encore la Guinness qui, elle aussi, pollue l'environnement des populations environnantes malgré le puits d'eau potable qu'elle met à la disposition de ces mêmes populations.

Face à cet état des choses, on est enclin de se demander : quelles sont les réalités de la RSE au Cameroun ? En d'autres termes, les préoccupations et les pratiques réelles des entreprises camerounaises correspondent-elles véritablement aux valeurs véhiculées par le concept de RSE ?

Cette question principale suscite les sous-questionnements suivants :

- Peut-on caractériser la RSE au Cameroun ?

- Quelle est la spécificité de la RSE dans les entreprises au Cameroun ?

- Vers quel modèle la RSE tend-t-elle au Cameroun ?

L'importance majeure de ce thème sur la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) est qu'il constitue l'un des sujets phares de la recherche en sciences de gestion en ce début de troisième millénaire.

L'intérêt de travail apparait principalement à deux niveaux :

- Vu sous un angle purement académique, ce travail va contribuer au renforcement de la recherche sur les thématiques de la RSE, particulièrement dans le contexte camerounais. En effet, la littérature abonde ailleurs sur le thème de la RSE, mais au niveau camerounais, il y a un vide à combler ;

- Pour les entreprises, ce travail s'inscrit dans le cadre de la recherche par celles-ci, d'objectifs extra économiques (environnementaux et sociaux) à moyen et long terme. En plus, ce travail servira d'outil de positionnement stratégique aux entreprises, par rapport à leur environnement endogène et exogène.

Pour répondre aux questions posées plus haut, nous nous sommes fixés un certain nombre d'objectifs. De manière générale, ce travail vise à caractériser la Responsabilité Sociale des Entreprises au Cameroun. Pour y arriver, il faudra spécifiquement :

- Découvrir la réalité de la RS au sein des entreprises ;

- Ressortir la spécificité et la logique de la RSE dans les entreprises camerounaises ;

- Déterminer un modèle de RSE convenable aux entreprises camerounaises.

Si les problèmes d'ordre sociaux concernent aussi bien les entreprises commerciales qu'industrielles, il va de soi que les problèmes d'ordre environnementaux (la pollution par exemple) font majoritairement recours aux entreprises de fabrication. C'est dans cette perspective que nous avons mené une étude exploratoire sur une population majoritairement constituée d'entreprises du secteur industriel.

Après avoir parcouru la littérature sur la RSE, nous avons effectué une première descente sur le terrain (dans les zones industrielles de Ndobo-Bonaberi, MAGZI de Bonaberi et MAGZI Douala Bassa) où nous avons constaté que les pratiques des entreprises en matière de responsabilité sociale étaient ambigües et prêtaient à confusion. Aussi avons-nous décidé d'appliquer à la fois les méthodes qualitatives et quantitatives de la recherche. Le volet qualitatif ayant pour objectif de comprendre le phénomène étudié, consiste en une approche constructiviste appliquée à quatre entreprises de la place (par voie d'entretiens semi-directifs). Le volet quantitatif ayant un objectif de généralisation, consiste à analyser vingt-huit questionnaires administrés à autant d'entreprise, pour confirmer ou infirmer les résultats de la recherche exploratoire. Nous nous sommes limités uniquement à la ville de Douala, parce que, non seulement Douala est la capitale économique, mais aussi, la principale ville industrielle du Cameroun.

Nous avons donc procédé par voix d'enquête sur un échantillon d'entreprises qui opèrent dans les domaines d'activités suivants : matériaux de construction, parfums et produits de toilettes, imprimeries, entreprises brassicoles, industries agro-alimentaires, industries textiles, savonneries, matières plastiques, peintures, câbles électriques, incinération des déchets. La sélection au sein de chaque sous secteur s'est faite de manière probabiliste.

Notre recherche étant exploratoire, la collecte des données s'est faite par voie d'entretiens avec les responsables de la mise en oeuvre de la RSE. Nous avons nous-mêmes effectué ces entretiens (observation participante) afin d'éviter l'introduction des biais dans les résultats de recherche.

Enfin, les données collectées ont été analysées à l'aide de deux outils d'analyse pour une bonne lisibilité du phénomène. Nous avons premièrement procédé par analyse du contenu, ensuite, pour répondre aux objectifs de spécificité et de modélisation de la RSE au Cameroun, nous avons procédé par tri-croisé, notamment les tableaux et coefficients de contingence.

L'ensemble du travail rapporté dans ce mémoire s'articule autour de deux parties :

La première partie reprend de manière dynamique, les appuis théoriques existants sur la thématique de la responsabilité sociale d'entreprise. Elle est subdivisée en deux chapitres : le premier explore et retrace la genèse et l'évolution du concept de responsabilité sociale à travers les théories modernes existantes à cet effet, et aborde les différents domaines d'application et instruments de mise en oeuvre de responsabilité sociale. Le second chapitre est consacré aux enjeux, aux risques et à l'importance croissante de la responsabilité sociale dans un contexte de mondialisation.

La deuxième partie, la phase empirique de notre travail, comprend elle aussi deux chapitres. L'un s'intéresse à la démarche adoptée, tout en revenant sur la population étudiée, et l'échantillon de notre recherche. L'autre chapitre (le dernier), présente les résultats obtenus, en fait une analyse détaillée, les interprète et propose un modèle de responsabilité sociale propre aux entreprises situées au Cameroun.

PREMIÈRE PARTIE :

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.