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La problématique de la gestion post conflit au Niger. Analyse de la politique de réinsertion des ex-combattants Touaregs

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par Abdoul Karim SAIDOU
Université de Ouagadougou (Burkina Faso) - Diplôme d'études approfondies en droit public et science politique 2009
  

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B. L'ambivalence de la politique touarègue du pouvoir colonial

Deux attitudes ont marqué la politique du pouvoir colonial envers les Touaregs. La première a consisté en une violente répression de la résistance touarègue et une politique de déstructuration du système social et économique de cette communauté. Par la seconde attitude, le pouvoir colonial s'est montré conciliant envers la communauté touarègue. Dès les premiers instants de la conquête coloniale, les Français affichaient une attitude hostile à l'égard de certaines communautés ethniques jugées indésirables. Ce fut le cas des Touaregs.

En 1895, le Commandant Toutée résuma la stratégie ethnique du système colonial français en ces termes : « Je résume mon impression en disant que la vallée depuis Say est une petite Egypte. La seule erreur que je puisse commettre, c'est de dire «petite ». Peut -- être est-ce une grande Egypte... Si nous voulons nous établir sur les bords du fleuve, il faudra tenir compte de l'organisation sociale de la région qui est assez compliquée. Trois races se juxtaposent ou se superposent dans un état d'équilibre instable qui dure pourtant depuis une trentaine d'années. Cette situation est exactement celle où Bonaparte trouve l'Egypte à la fin du siècle dernier. Des Fellah constituant la masse laborieuse, des Turcs sans autorité réelle, administrant le pays par habitude, des Mamlouks jouissant d'une liberté et d'une autorité acceptée à regret par les deux autres fractions de la population. Sur le Niger, les Fellah sont remplacés par les Touaregs... on trouvera des éléments très suffisants pour l'administration indigène chez les Sonrays qui fournissent dé jà dans la plupart des villages le second chef. ,Quand aux Touaregs qui sont à hauteur de Sinder leurprincipal centre de puissance, on ne peut que les combattre et les expulser2. A leurfanatisme musulman, ils joignent en effet contre nous une animosité tout àfait laïque. Seuls Blancs établis dans le pays, exploitant le prestige de leur race pour obtenir par la terreur tout ce qu'ils désirent des habitants du pays, ils comprennent depuis longtemps que ce système d'exploitation disparaîtra le lendemain de notre installation dans le pays. Ce sont des méconciliables »3.

Ces propos sont assez révélateurs de la méfiance des Français contre les Touaregs et les populations nomades en général. En effet, de par leur mode de vie caractérisé par les razzias, le nomadisme, l'élevage itinérant et leur forte hiérarchisation sociale, les Touaregs étaient les mal aimés de l'Etat de type occidental que les Français voulaient installer. Le processus d'importation d'un Etat de facture wébérienne exigeait une conception rationnelle de la vie sociale qui tranche avec le modèle nomade d'organisation so ciopolitique.4

Sous un regard sociologique, l'Etat libéral se conçoit avec Max Weber comme « une entreprise politique de caractère institutionnel dont la direction administrative revendique avec succès dans l'application des règlements, le monopole de la contrainte physique »S. Indépendamment de la centralisation du pouvoir politique, l'Etat moderne libéral est la seule catégorie politique qui se réclame de l'universel. En d'autres termes, il se définit par rapport à la raison et se démarque de tout particularisme6.

1 André Bourgeot, « Le lion et la gazelle : Etats et Touaregs » in Politique africaine, n°34, juin 1989, p. 19.

2 Passage souligné par nous.

3 Archives Nationales de France, Paris, Microfilm, IG185, 200 Mi 664, Mission Toutée. Note pour le Gouverneur Général de l'AOF, Paris, le 18 septembre 1895, cité par Kimba Idrissa, op cit, p. 58.

4 Hélène Claudot-Hawad, « Nomades et Etat : L'impensé juridique » in Droit et Société, n°15, 1990, pp. 229-242.

5 Guy Hermet et al, Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Paris, Armand Colin, 2001, p. 108.

6 Bertrand Badie, l'Etat importé : l'occidentalisation de l'ordre politique, op cit, pp. 65-121.

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Aofit 2009

Dans cette perspective, la notion de territorialité que seul l'Etat moderne sacralise se trouve contredite par le système politique touareg qui repose sur un système lâche de type confédéral. En effet, jusqu'à 1900, ces confédérations touarègues indépendantes les unes des autres constituaient le mode de gestion du pouvoir dans le monde touareg. Pour André Salifou, «tout prédisposait mal les Français vis-à-vis des Touaregs, dont la société féodale était fondée sur un système d'exploitation «esclavagiste »1. C'est ainsi que les Français qui s'accommodaient mal d'un tel système engagèrent un processus de libération d'esclaves détenus par les Touaregs qu'ils regroupèrent dans des «villages de liberté ».

Cette politique procédait d'une « vision coloniale du monde touareg» qui selon Hélène Claudot-Hawad, « repose sur plusieurs postulats appliqués à « l'autre » : l'absence d'une organisation politique véritable ; le poids des valeurs féodales qui entravent le développement social et entraînant la « revanche » des anciens opprimés ; enfin, l'inefficacité de l'économie nomade et son inaptitude à faire face aux périodes de sécheresses, d'où la nécessité d'activités prédatrices »2. Il était évident que pour les Français, il n'était pas envisageable de laisser intact le pouvoir et le prestige des Touaregs sous peine de compromettre leur propre hégémonie. Avec l'extermination dès 1881, de la mission Flatters par les Touaregs, la confrontation était devenue inévitable. Pour affaiblir la caste guerrière touarègue, les Français vont intensifier les libérations d'esclaves et renforcer la politique de sédentarisation forcée.

Pendant des années, les révoltes touarègues menées par des combattants célèbres comme Fihroun Ag-El-Insar et Kaocen se soldèrent par des massacres des populations touarègues. Pour réduire la résistance touarègue, les militaires Français durent commettre un véritable génocide contre cette communauté suite aux révoltes des années 1916-1917. Après cette purge, un changement de politique intervint. En effet, à la méthode forte va se substituer une politique plus conciliante. Celle-ci consistera en la réduction drastique des effectifs militaires dans la zone pastorale et à l'arrêt de la politique anti-esclavagiste. Carte blanche fut ainsi donnée aux Ima jerens de poursuivre leur domination féodale sur les castes inférieures.

Dans son analyse des réactions des élites touarègues au phénomène colonial, le sociologue Souley Adji écrit : « la "situation coloniale" selon le mot de Balandier est tellement particulière que nombre de couches aristocratiques nouèrent elles-mêmes des relations avec l'administration, coopérèrent, collaborèrent pour préserver certains de leurs privilèges traditionnels, notamment celui de continuer à exploiter les captifs, les Iklans. C'est en cela qu'on peut dire que l'attitude des autorités coloniales à leur égard a étéparadoxale et conciliante »3.

En outre, contrairement aux régions sédentaires du Sud du pays, le système colonial épargna les Touaregs de deux institutions de domination, à savoir l'école et le service militaire4. Selon Carolyn Norris, le « refus des chefs de tribus, notamment d'envoyer leurs enfants dans les écoles coloniales pour défendre leur liberté a eu pour effet qu'ily a eu très peu de cadres touaregs formés lorsque les jeunes nations maliennes et nigériennes ont cherché à mettre en place leurs propres structures administratives »5. De même, les Touaregs ne seront pas soumis aux travaux forcés qui ont été institués dans les autres régions du Sud jusqu'en 19466.

1 André Salifou, op cit, p. 23.

2 Op cit, p. 143.

3 Souley Adji, «Approche sociologique des mutations au sein de la société touarègue » in SNECS, op cit, p. 67.

4 Pendant la période coloniale, il s'agissait plutôt de faveurs, après l'indépendance, celles-ci se transformeront en handicaps car les Touaregs compteront en leur sein très peu « d'évolués » dans l'administration et l'armée.

5 Carolyn Norris, «Mali Niger : une stabilité fragile », Londres, UNHCR, mai 2001, p. 8 in http://www-unhcr-org/home/rso coi/3b c5adc66. pdf, adressée consultée le 5 juin 2007.

6 République du Niger, Document de Base du Gouvernement du Niger..., op cit, p 11.

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La politique touarègue du pouvoir colonial français atteint une étape décisive avec la création le 29 décembre 1956 de l'Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) dont le projet de création a été introduit par Félix Houphouët-Boigny en avril 1946, alors ministre d'Etat dans le Gouvernement Français. Cette organisation, ou du moins cet Etat qui ne dit pas son nom, rassemble l'ensemble des régions sahariennes de l'Algérie, de la Mauritanie, du Soudan, du Niger et du Tchad. Une importante partie du territoire du Niger, à savoir la partie nord de Tahoua et Agadez et la totalité de la subdivision de Bilma était incorporé dans l'OCRS.

A travers l'OCRS, le pouvoir français envisageait de réunir toutes les régions sahariennes en vue de faire main basse sur les immenses richesses minières qu'elles abritent. Les Touaregs pour leur part voyaient l'occasion de constituer un Etat Touareg qui les «libérerait» du joug des autres ethnies majoritaires. En dépit des protestations des nationalistes africains qui rejetaient toute partition des territoires dont ils allaient hériter, l'OCRS put fonctionner jusqu'à la veille des indépendances.

Le déclenchement le 1er novembre 1954 de la Guerre de libération par le Front de Libération National (FLN) algérien joua un rôle déterminant dans l'échec de l'OCRS. Le rêve d'un Etat Touareg indépendant se trouva ainsi brisé avec l'avènement des indépendances en 1960. Avec le soutien des milieux rétrogrades français, les Touaregs contestèrent les nouvelles républiques au Niger et au Mali en début des années 60.

De manière globale, la conséquence du phénomène colonial a été de rompre les liens de coopération entre les entités politiques pré coloniales car « avec l'extension de la domination française, l'espace d'intervention des nomades se rétrécit progressivement; les liens politiques et les échanges économiques avec les sédentaires sont autoritairement interrompus ou entravés »1. Le problème touareg dans ces deux pays fut ainsi un des grands défis de l'Etat post colonial.

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