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Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire

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par Nguemo Ngueabou Jol et Douala Roméo
Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée Côte d'Ivoire - Diplôme d'ingénieur des travaux statistiques 2012
  

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2.2 Islam et excision

Il y a eu plusieurs controverses autour des mutilations sexuelles en terre d'islam. Rappelons d'abord les deux sources qui rythment la vie des musulmans : le coran et les recueils de la Sunnah (paroles et gestes ou hadith du prophète Mohamed). Elles sont complétées par les fatwas : avis des savants religieux musulmans qui, formulées dans un langage accessible au public soit oralement soit par écrit, indiquent le comportement à suivre pour se conformer à la volonté divine. L'authenticité des hadiths est déterminée par l'indentification du rapporteur qui aurait entendu le prophète le prononcer, et de la chaine de transmission. S'il apparait clairement que le coran ne contient aucune indication quant à l'existence ou à l'obligation de l'excision, ses partisans invoquent des hadiths attribués à Mohamed, qui aurait ainsi interpellé une exciseuse : « Si tu coupes, n'exagère pas car cela rend plus rayonnant le visage et c'est plus agréable pour le mari ». Mohamed aurait dit aussi : que « l'excision est le mérite des filles ».Or précisément, ce hadith est qualifié d'inauthentique au vu et au su des musulmans les plus érudits partisans des MGF. Les hadiths représentent une arme redoutable aux mains de ceux qui la manipulent pour faire obstacle à toute campagne luttant contre les mutilations. Il existe un ensemble de fatwas qui se contredisent les unes les autres sur la question de l'excision. Ce contexte encourage les adeptes de la pratique et participe au maintien et à l'ancrage des mutilations sexuelles féminines au sein de la société musulmane. C'est ainsi que les médecins, gynécologues et obstétriciens, des spécialistes de la loi islamique et certains conférenciers en droit musulman, des grandes universités, proches des milieux traditionnalistes religieux, continuent à justifier la pratique de l'excision par l'existence de hadiths défenseurs de cette pratique. Certains d'entre eux affirment même que « l'excision est source de pudeur, d'honneur et d'équilibre psychologique ». D'autres encore avancent des arguments médicaux recommandant l'excision comme étant bénéfique à la santé et à l'hygiène, les femmes pouvant procéder à « leur hygiène intime plus facilement en l'absence d'une partie de leurs organes génitaux». Cette coutume s'est transmise de génération en génération. Avec le temps, elle a été associée abusivement à la religion pour finalement se confondre, dans l'imaginaire à un commandement du prophète voire, une règle. Une règle selon laquelle tout ce qui n'est pas interdit est permis. Les MGF n'étant pas interdites de façon explicite dans le coran, elles restent donc permises et sont en général une norme en milieu musulman.

De façon générale, les études sur les violences basées sur le genre ont montré une prédominance de cette pratique dans les sociétés musulmanes. Le tableau ci-dessous donne

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 27

la prévalence (en %) de l'excision par âge dans certains pays à majorité musulmane et les sources des données.

 

Sources de données

15-49 ans

15-19 ans

35-39 ans

Burkina Faso

EDS 2003

76 ,6

65,0

81,6

Egypte

EDS 2005

95,8

96,4

95,9

Erythrée

EDS 2002

88,7

78,3

92,6

Ethiopie

EDS 2005

73,3

62,1

81,2

Gambie

MICS 2005

78,3

79,9

79,5

Guinée

EDS 2005

95,6

89,3

98,6

Sierra Leone

MICS 2006

94,0

81,1

97,5

Somalie

MICS 2006

97,9

96,7

98,9

Soudan

MICS 2000

90,0

85,5

91,5

Il parait alors vraisemblable que l'islam ait une corrélation positive avec la pratique de l'excision ou plus généralement, que la religion est un déterminant majeure de la pratique de l'excision.

Cependant plusieurs exceptions semblent mettre en doute cette assertion. En effet, il existe des sociétés ou des pays à majorité musulman où les taux de prévalence de l'excision sont très faible, ou du moins inferieures à ceux observés dans les sociétés chrétiennes. Examinons quelques exemples : Tout d'abord, il convient de noter que l'excision n'est pas pratiquée en Lybie, Tunisie, Algérie et Maroc qui sont des pays arabes. Par ailleurs les EDS réalisées en 2006 au Niger et en Ouganda montrent les taux de prévalence respectifs de 2,2% et 0,6% pour les femmes ayant entre 15 et 49 ans. Les chiffres présentés ci-dessous doivent toutefois être interprétés avec une certaine réserve car ils représentent des taux de prévalence moyen dans les pays considérés et ne prennent pas en compte la ventilation selon les régions d'habitation, le milieu de résidence. Les études de causalité entre la religion et l'excision suivant ces ventilations peuvent apporter plus d'éléments explicatifs que les chiffres agrégés. De pareilles études ont étés réalisées dans certains pays et contribuent fortement à la mise en doute de l'idée selon laquelle la religion islamique a une forte corrélation positive avec la pratique de l'excision. Les dossiers documentaires du CEDIF soulignent que dans le sud du Nigeria, les femmes musulmanes sont moins fréquemment excisées que les chrétiennes; au Ghana, la prévalence de la mutilation est semblable dans les deux communautés. Le rapport de l'enquête VBG réalisée par l'UNICEF en 2008 montre que Les MGF sont plus fréquents chez les animistes (74%) et les musulmans (66%) que chez les catholiques (40%) ou les protestants. La grande prévalence de l'excision chez les animistes est essentiellement liée à la persistance de certaines croyances et habitudes culturelles favorables à cette pratique. Cette étude montre que l'implication de la religion dans cette pratique varie selon les régions. Ainsi, dans les départements de Man (87%) et de Guiglo (77%), le phénomène est plus amplifié chez les animistes, Il est plus prononcé chez les musulmans à Daloa et Duékoué (où plus de 60% des femmes excisées sont musulmanes), et plus fréquent chez les femmes sans religion résidant dans les départements de Danané (79%) et de Korhogo (84%). La conclusion tirée de cette étude est l'absence d'une relation de causalité entre la religion et la pratique de l'excision. Cette multitude de cas isolés semble montrer une absence de corrélation positive entre la religion et la pratique de

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l'excision. L'enquête réalisée par l'ONG ONEF financée par l'UNFPA a d'ailleurs relevé qu'en Côte d'Ivoire «l'excision n'a pas de fondement religieux, elle a tout simplement une origine ancestrale, aussi soumet-on les jeunes filles à la mutilation génitale par respect pour la tradition et dans le but de perpétuer celle-ci. C'est aussi une activité lucrative qui rapporte aux exciseuses 3 à 8 euros par fille excisée».

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