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La culture de l'igname ( Dioscorea sp ) et sa valeur sociale, culturelle et économique dans le canton de Dimori en pays Bassar au Togo

( Télécharger le fichier original )
par Bassa KPAKPADJA
Université de Lomé Togo - Maitrise en lettres et sciences humaines 2011
  

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2.2- Les modes de culture adoptés

La culture du Dioscorea sp nécessite des procédés délicats et appropriés pour sa bonne réussite.

2.2.1- Les différentes étapes de la culture du Dioscorea sp

Il s'agit en fait de la préparation du champ, de l'entretien et de la récolte.

2.2.1.1- Les préparations des champs, l'entretien et la récolte

De ces activités premières qui débutent des la fin de la saison précédente dépendent la qualité et le rendement de la production. Toute pratique agricole chez les Bassar commence par les préparations des champs.

Ainsi, pour la rotation de base caractérisée par la culture du Dioscorea sp, la préparation du sol se résume au défrichement.

- Le défrichement (N'kpatam)

C'est la première activité quand on veut faire un champ de Dioscorea sp. Elle consiste à l'enlèvement de la couverture végétale sur la parcelle à cultiver. Le défrichement commence avec les dernières pluies. Pour débroussailler, le paysan utilise d'abord un bâton lié à une corde et placé horizontalement ; ce bâton lui permet de faire coucher la friche. Après ce travail préliminaire, le paysan utilise la petite houe pour enlever l'herbe et son faisceau racinaire. Le coupe-coupe est également utilisé pour couper les arbustes qui serviront de tuteurs aux futures boutures. Les feuilles des arbustes et les herbes sont judicieusement étalées sur le sol afin de protéger celui-ci contre l'évaporation de l'humidité des dernières pluies. Les grands arbres pouvant gêner la culture sont brûlés à leur base par les femmes. Ils perdent ainsi leurs feuilles et meurent. Seuls sont conservés le Néré, le Karité et l'Afzélia africana. Si les deux premiers sont utiles pour leurs fruits, le troisième est l'arbre protecteur qui abrite les esprits des génies de la brousse. Après ce défrichement, le paysan passe au buttage.

- Le buttage ou Anopo

C'est le travail le plus dure et par conséquent le plus fatigant. Il se fait avec la grande houe (Dikuntandjal). Avant de commencer ses buttes, le cultivateur brûle les herbes défrichées. Ce brûlis se fait sur une surface qui est proportionnelle à la capacité de son travail quotidien afin d'éviter le durcissement du sol. La parcelle devant servir de buttage se prépare la veille. Les buttes de Dioscorea sp sont de forme conique, la base a généralement un diamètre de 1 à 1,40 mètres alors que la hauteur est d'environ 0,70 mètre. Les buttes se terminent par une motte de terre déposée au sommet. Cette motte joue le rôle protecteur pendant les travaux de paillage. Les buttes ne sont pas désordonnées, elles sont bien disposées et rangées avec de petites allées intercalaires comme le montre la photo n° 2.

Photo n° 2 : Préparation du sol et buttage à Dimori

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre 2011

Après le buttage, le Dioscorea sp est plantée entre décembre et avril. Toutes fois, les paysans retardataires sont obligés de butter et planter au cours des premières pluies c'est-à-dire entre Mars et Avril.

- Le bouturage et le paillage ou D'nobukul

Le travail de mise en terre des boutures (Anogbin) est celui des hommes. Après avoir creuser la butte à son sommet, le paysan y met une bouture et ensuite le trou est soigneusement remblayé afin de ne pas exposer la bouture à la chaleur du soleil. Le paillage peut se faire immédiatement après le bouturage ou quelques semaines après. Le paillage consiste à mettre quelques feuilles en dessous de la motte de terre couvrant le sommet de la butte (Photo n°3). Il sert à protéger le jeune plan de Dioscorea sp de la chaleur. Après le paillage, il ne reste plus qu'à mettre les tuteurs et ensuite les travaux d'entretien commencent par le sarclage. Le second sarclage qui coïncide avec la culture du mil associé dans le champ de Dioscorea sp se fait au mois de juillet avec les fines pluies de ce mois.

Photo n° 3 : Nouvelles buttes paillées à Dimori

Source : cliché de l'auteur photo prise en septembre 2011

Le paillage n'exige pas les feuilles d'une plante spécifique. Il se fait avec les feuilles de n'importe quelle plante, sauf qu'il faut s'assurer que la butte est bien protégée et que le jeune plant n'aura pas du mal à pousser.

- le tuteurage ou T'siil

C'est une opération très importante pour un bon rendement et pour une espèce donnée de Dioscorea sp. Selon une étude réalisée au Bénin par Hamon et al (1986), le tuteurage a un effet positif sur le taux de survie des Dioscorea sp et le rendement en tubercules à travers les raisons suivantes :

. les plantes forment facilement des feuilles et sont plus exposées au soleil pour une bonne photosynthèse ;

. après la levée, les jeunes tiges de Dioscorea sp ne s'étalent pas sur le sol où elles risquent de subir des brûlures liées à la sècheresse ;

. le tuteur protège la tige du Dioscorea sp contre les vents forts qui peuvent facilement la casser.

Le tuteurage consiste à planter une tige de bois sur ou à côté de la bute de Dioscorea sp, tige sur laquelle le jeune plant de Dioscorea sp pourra se hisser afin d'éviter les mauvaises herbes qui risquent de l'étouffer s'il rampait sur le sol.

- Le sarclage ou D'cotl

Pour que les plantes de Dioscorea sp puissent se développer, elles ne doivent pas être en contact avec les herbes qui ont une influence négative sur elles et le développement des tubercules.

A cet effet, la période critique d'interférence des mauvaises herbes sur les Dioscorea sp se situe entre 3 et 16 semaines après la plantation des semenceaux. Ainsi, on évalue l'incidence des mauvaises herbes à près de 35 % de réduction du rendement en tubercules. C'est pourquoi il faut désherber deux ou trois fois le champs de Dioscorea sp avant la récolte. Mais à Dimori un seul sarclage suffit et ensuite vient l'association de mil ce qui laisse parfois des champs mal entretenus comme le montre la photo n°4.

Photo n° 4 : Champ de Dioscorea sp mal entretenu

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en septembre 2011

Lorsque l'herbe gagne un champ de Dioscorea sp comme sur cette photo, la synthèse chlorophyllienne est mal assurée, les feuilles jaunissent et la croissance des tubercules se ralentie. Et même si le sarclage intervient ensuite comme ici, cela n'empêche pas que la récolte soit mauvaise.

- L'association de mil ou Diyotchétl

Comme nous l'avons signalé plus loin, la culture du Dioscorea sp dans le canton de Dimori se fait soit en pure ou le plus souvent en association avec d'autres plantes. En effet, pour combler le manque de nourritures en Dioscorea sp lorsque les pluies ne sont pas favorables pour permettre le développement des tubercules, les paysans associent la culture du petit mil, une plante des sols arides avec le Dioscorea sp.

L'association se fait à la mi-juillet avec les pluies fines de la mousson. Le semis se fait à la jetée et tout en enlevant les herbes qui ont éventuellement pu repousser après le dernier sarclage. Le paysan racle les flancs des butes pour recouvrir les graines de mil jetées avec le sable. C'est pendant cette opération que le paysan goûte ses premiers tubercules de Dioscorea sp.

- La phase des récoltes

Elle a lieu en juillet si les conditions pluviométriques sont favorables. C'est le chef de ménage qui assure la première récolte car avant de déterrer le premier tubercule, il faut prononcer des incantations à l'endroit de la butte. Il se sert alors d'un coupe-coupe le matin de bonne heure ou l'après midi quant le soleil est à l'horizon puisque selon la tradition, quand le soleil est haut dans le ciel, les tubercules `'partent au marché'' et il ne reste plus que les tubercules de petite taille. Donc, muni d'un coupe-coupe, le paysan s'accroupit devant la butte avec le dos au soleil et commence à creuser. Une fois le tubercule découvert, il coupe le cordon de la tige de la plante, enlève le tubercule avant de refermer la butte tout en prenant soin de replacer le bout du cordon coupé dans la butte.

Figure n°7 : Schéma des différentes étapes de la culture du Dioscorea sp

La culture du Dioscorea sp suit plusieurs étapes dont les principales sont inscrites sur le schéma suivant. Débroussaillage

Buttage

Coupe des arbustes

Bouturage

Paillage

Sarclage

Tuterrage

Récolte

Culture de mil

.

Source : Travaux de terrain, (2011).

D'après la figure n°5, la culture du Dioscorea sp comporte six (06) étapes principales à savoir le débroussage ; le buttage ; le bouturage ; le paillage ; le sarclage et la récolte. Ces étapes sont entrecoupées de certaines étapes subsidiaires comme la coupe des arbustes qui se situe entre le débroussaillement et le buttage, le tuteurage qui se situe entre le paillage et le sarclage te enfin l'association de la culture de mil qui elle se trouve entre le sarclage et la récolte

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.