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Usage des symboles dans Syngué Sabour Pierre de Patience d'Atiq Rahimi

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par Nadia Fatima Zohra SATAL épouse CHERGUI
Université Abdelhamid Benbadis Mostaganem - Algérie - Magistère, option sciences des textes littéraires 2011
  

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1-2- LES INDICES TEXTUELS

En effet, certains éléments du texte peuvent paraitre plus ou moins pertinents que d'autres, dans le cadre de la théorie du symbole de Todorov , cette pertinence se traduit par le fait que les éléments en questions ne répondent justement pas aux lois de pertinence, telle une relation de cause à effet, cette non-conformité provoque une sorte de réaction chez le lecteur l'incitant à trouver le réel motif de telle ou telle manifestation. Toute transgression des lois de pertinence engendre chez lui l'obligation de retrouver une pertinence dans l'impertinence. Cette opération et ses principales motivations sont clairement expliquées dans ce que dira Todorov : « [...] Quand à première vue, un discours particulier n'obéit pas à ce principe, la réaction spontanée est de chercher si par une manipulation particulière, ledit discours ne pourrait pas révéler sa pertinence61(*) , le sémioticien indique deux axes sur lesquels peuvent être placés ces éléments qui n'adhèrent pas aux règles de pertinence : 1-Un axe syntagmatique, où pourraient figurer toutes les manifestations textuelles qui constituent une sorte d'anomalie par rapport au contenu textuel, des phénomènes tels que la répétition, la tautologie ou l'homonymie peuvent y être inclus. 2-Un axe paradigmatique où seront relevées toutes les manifestations textuelles qui présentent une anomalie par rapport à une connaissance collective ou commune, à ce niveau, l'incohérence et l'invraisemblance (entre autres) pourraient-être considérées comme critères de la non-obéissance aux lois de pertinence, Todorov décrira les indices paradigmatiques comme étant des impacts dus à l'affrontement de « l'énoncé présent et la mémoire collective d'une société62(*) ».

Ces « indices textuels63(*)» suscitent l'interrogation, leur repérage ou leur identification dans le texte répond de façon sine qua non à la question : pourquoi ? Le fait que ces indices enfreignent aux règles de pertinence les rend assujettis aux questionnements, ils deviennent ainsi, suspects de vouloir dire autre chose que ce qu'ils annoncent immédiatement.

Ces unités textuelles constituent des anomalies sémantiques qui pourraient motiver la décision d'engager une stratégie d'interprétation.

Afin de les baliser, il faudra au fur et à mesure de la lecture (deuxième lecture) se questionner et questionner le texte sur les réelles motivations qui ont poussé à leur présence dans le texte car, il est évident que tout ce que mentionne le texte a besoin d'être dit et n'est nullement fortuit64(*).

A notre corpus, deux critères de non-conformité à la pertinence sont manifestement attribuables : La récurrence d'une part et la semi-absence d'autre part.  

D'abord, la semi-absence ou l'usage amoindri de certains éléments peut constituer une preuve de non obéissance aux normes de pertinence surtout si les éléments en question sont inhérents à la cohérence du texte, c'est un motif de questionnement par excellence ; des questions du genre : omission ou oubli ? Absence innocente ou révélatrice ? Qui y a-t-il de non dévoilé ? Semblent se poser d'elles mêmes.

Ensuite, la forte présence, un emploi à caractère répétitif de la part de l'auteur n'est certainement pas dû au hasard. Une répétition n'est nullement inopinée ; elle attire l'attention sur un point précis, elle opère tel un catalyseur sur le lecteur. Le philosophe Gilles Deleuze souligne que la répétition « ne change rien dans l'objet qui se répète mais qu'elle change quelque chose dans l'esprit qui la contemple 65(*) ». C'est dire combien la répétition ne pourrait passer inaperçue et à quel point empreigne-t-elle celui qui la découvre, au cours d'une lecture marquée par un emploi abusif de certains éléments, le lecteur ne pourrait s'empêcher de remarquer l'effet qui s'en crée et d'en rechercher les explications s'y concordant. La redondance se répercute sur la signifiance globale que le lecteur se fait du texte et influence considérablement le sens qu'il lui donne.

Nous explicitons dans ce qui suit, ces étranges manifestations textuelles qui, au niveau syntagmatique ou au niveau paradigmatique semblent poser problèmes et méritent de constituer le sujet d'un sérieux questionnement, ces manifestations appelées indices textuels constituent des catalyseurs qui, mesurés dans toute leur incidence modifient bien la perception générale du texte.

Nous énumérerons les questions qui auront été à l'origine de leur identification, au fur et à mesure que nous avancerons dans notre balisage des indices.

1-2-1- INDICES SYNTAGMATIQUES : UNE RÉCURRENCE FRAPPANTE

Il convient de préciser qu'à la première lecture de notre corpus, son côté réaliste semble dominer. Notre lecture s'est dès le départ, alimentée d'une impression prégnante du réel puisque le roman s'ouvre sur une minutieuse et longue description de la chambre où une femme guette les souffles de son mari.  La scène est si bien décrite que le sentiment de réalité est facilement repérable d'autant plus que la description s'étalera jusqu'au plus petit détail de la scène, nous supposions alors, de prime abord, qu'il serait question d'un authentique récit du réel, hors nous découvrions progressivement que notre préjugé avait était incorrecte et qu'il fallut admettre au texte des significations beaucoup plus profondes.

Des premières pages du roman, rien ne laisse penser qu'il y aurait du sens caché ou qu'il pourrait y avoir une dimension symbolique, encore moins, nous doutions que de la simple description pouvaient découler de complexes significations où l'ordre symbolique ouvrait l'accès aux multiples voies de l'interprétation. Il faudra parcourir deux pages pour avoir le déclic ; nous nous trouvons interceptée par une première récurrence, flagrante puisqu'elle s'opère par une redondance dépassant toute norme : À première vue, une femme qui égrène un chapelet n'a rien de suspect ni de symbolique et peut être considéré comme un fait anodin, toutefois, quand ce chapelet revient à cinq reprises dans une même page, il n'est plus possible d'ignorer l'étrangeté du phénomène : 

 Sans relâcher son chapelet. Sans cesser de l'égrener (...) à la même cadence que le passage des grains de chapelet (...) Elles immobilisent pour un instant-juste deux grains du chapelet (...) entre ses doigts un grain de chapelet (17).

Cette récurrence est un critère permettant de reconnaitre des indices textuels qui constituent eux-mêmes d'éventuels symboles.

A partir de ce constat, nous proposons de relever du texte des indices syntagmatiques qui obéissent au critère de la récurrence et dont la massive apparition représente une anormalité vis-à-vis de l'ordre intérieur du texte.

Le tableau suivant vise à recenser les différents éléments que nous avons cru indices textuels susceptibles de montrer un horizon symbolique, leurs taux de récurrence élevés sont très indicatifs et ne pourraient-être expliqués que par le fait que leurs emplois soient représentatifs voire symboliques.

Nous les classons par ordre de manifestation dans notre texte :

Indices textuels à dimension symbolique

Apparition dans le texte

Rideau aux motifs d'oiseaux migrateurs

Première apparition dans le texte à la page 13.

Réapparait 13 fois.

Le chapelet

Première apparition dans le texte à la page 15.

Réapparait 24 fois.

Le Coran(le livre)

Première apparition dans le texte à la page 15.

Réapparait 21 fois.

Le souffle/ La respiration

Première apparition dans le texte à la page 15.

Réapparait50 fois.

Le sang

Première apparition dans le texte à la page 23.

Réapparait 22 fois.

L'appel à la prière

Première apparition dans le texte à la page 21.

Réapparait 14 fois.

La plume de paon

Première apparition dans le texte à la page 32.

Réapparait 25 fois.

Il convient de noter que tous les éléments su-cités ne sont que des objets qui peuvent paraitre de prime abord comme les détails plus ou moins précis d'une description, l'on dira alors :

Questions : pourquoi insister tant sur leur présence ? Pour quelles raisons nous les voyons ainsi ressassés ? À quoi rime leur redondance ?

Le texte attire l'attention sur ces termes de façon à ne les laisser passer sans qu'on ne leur prête leur juste titre, la récurrence à laquelle ils ont été soumis indique l'importance qui devrait être prise à leur propos. Ne pouvant-être inopinée, la réitération de ces éléments atteste du désir de l'auteur à les prendre en considération quant à l'élaboration d'une signifiance du roman.

* 61 Ibid., p. 26.

* 62 Ibid., p. 29.

* 63 Todorov appellent indices textuels tout élément du texte qui permet au lecteur de se forger une éventuelle stratégie interprétative.

* 64 Ibid., p. 26.

* 65 Deleuze, Gilles. Différence et répétition. Paris : PUF, 1968, p. 96.

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