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Les pouvoirs publics camerounais et la santé des détenus: le cas des prisons de Dschang et de Mantoum, période 1960- 1992

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par Guy Roger Voufo
Université de Dschang Cameroun - Master II en histoire 2009
  

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LISTE DES ANNEXES

Annexe N° 1 : Fiche d'enquête 136

Annexe N° 2 : Arrêté du 08 Juillet 1933 règlementant le régime pénitentiaire au

Cameroun 139

Annexe N° 3 : Ensemble des règles minima pour le traitement des détenus de

1955 145

Annexe N° 4 : Décret n°73/774 du 11 décembre 1973 portant régime

pénitentiaire au Cameroun 167

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RESUME

La présente étude traite de la santé des détenus dans les prisons de Dschang et de Mantoum de 1960 à 1992. Elle examine l'architecture de l'espace carcéral, les différents instruments juridiques nationaux et internationaux de la préservation de la santé des détenus, les pathologies carcérales et leurs conséquences sur la vie des détenus ainsi que les structures de soins et les inspections médicales.

Créée en 1927 par l'administration coloniale française, la prison de Dschang a servi à l'incarcération des détenus de droit commun alors que celle de Mantoum voit le jour en 1962, dans un contexte sociopolitique marqué par des troubles, l'insécurité et la violence.

Cette étude montre que l'emprisonnement fut un facteur de dégradation de la santé des pensionnaires, aggravé par le non respect des textes réglementaires et le peu de considération à l'égard des détenus. Bien que les deux prisons n'eussent pas les mêmes objectifs dans la période postcoloniale, force est de constater que, faute de politique sanitaire carcérale efficace, les solutions de fortune et les improvisations y prévalurent sans pouvoir éradiquer les maladies les plus récurrentes, liées aux conditions d'hygiène et à l'alimentation. Souvent

mal soignées et négligées, ces pathologies provoquèrent une mortalité
importante dans ces prisons.

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ABSTRACT

This work is focused on the detainee's health in Dschang and Mantoum from 1960 to 1992. It therefore examines the structure of the prison space, the various judicial instruments both national and international of the detainee's health preservation. It also examines health care structures, medical inspections, prison diseases and their consequences on prisoner's life.

Created in 1927 by the french colonial administration, the Dschang prison was a place for common law detainees whereas the one in Mantoum was created in a socio-political context made up of troubles, insecurity and violence .

It results from this work that imprisonment was a factor of health degradation in prison, aggravated by the non respect of the laws in force and the less concern to detainees. Though the two prisons didn't have the same objectives during the post colonial era, it is worth noticing that because of the lack of a reliable medical politics, random solutions and improvisation prevailed in both prisons without being capable to eradicate the existence of most recurrent diseases related to poor hygiene conditions and feeding. Mostly poorly cured and neglected, these diseases led to a high mortality rate in those prisons.

INTRODUCTION GENERALE

1

2

Avant l'avènement de la colonisation, les sociétés africaines en général et celles du Cameroun en particulier fonctionnaient sur la base des règles sociales diffuses. Les formes de répression de ceux qui s'écartaient de ces normes étaient nombreuses et permettaient d'assurer l'harmonie sociale. Les punitions variaient en fonction de la gravité de la faute commise1.

La colonisation introduisit et généralisa l'usage de la prison comme instrument pénal au Cameroun. L'institution carcérale s'imposa comme un des maillons du dispositif répressif des comportements susceptibles d'entraver l'hégémonie politique et la réalisation des objectifs d'exploitation économique du pouvoir colonial. Ainsi, telle une pieuvre, les prisons se multiplièrent sur l'ensemble du territoire sur la base d'un double objectif : assurer la sécurité publique et fournir à l'administration coloniale une main - d'oeuvre gratuite par l'emploi systématique de la main - d'oeuvre pénale.

Cet ordre colonial, par le biais des prisons allait rompre le principe pénal ancré dans les moeurs et fondé respectivement sur la vengeance et la réparation2. Les prisons, en brillant par l'absence totale d'une prise en compte des réalités socioculturelles de leur univers d'implantation, servirent d'outils de la marginalisation sociale. Elles privaient en effet de liberté pendant un temps long, la tranche de la population irrespectueuse des lois et règlements crées par l'administration coloniale. Mais, si le souci de l'administration coloniale était avant tout de mettre hors d'état de nuire toute personne qui aurait osé s'opposer à son action par une application de traitements dégradants, on retrouve les prolongements de cette politique dans la société camerounaise postcoloniale dans la mesure où cette situation n'allait pas changer avec l'avènement de

1 André Tatchouang, Techniques et stratégies d'animation en milieu carcéral : une nouvelle dynamique de l'emprisonnement, Buéa, s.e, Avril 2004, p.8

2 Chérif Mamadou Dan Diallo, "Les anciens systèmes répressifs guinéens face à l'introduction de la prison coloniale" in Revue Française d'Histoire d'Outre-mer, n°324/325, Octobre 1999 p.17.

3

l'indépendance. Il était alors surtout question, pour les "pères fondateurs de la nation", de neutraliser leurs adversaires politiques3.

En accédant à la souveraineté internationale en 1960, le Cameroun s'est réapproprié l'institution carcérale léguée par le pouvoir colonial. Les mutations intervenues dans le système pénitentiaire ont plus concerné le cadre juridique de son fonctionnement, la formation de son personnel, que les infrastructures4 laissées en l'état. Cette évolution parallèle a posé des problèmes de gestion du monde carcéral et l'analyse indique qu'outre la surveillance des détenus, s'est posée avec acuité la problématique de la santé de ces derniers dans les prisons du Cameroun postcolonial. Les prisons de Dschang et de Mantoum ne dérogent pas à cette règle.

LES RAISONS DU CHOIX DU SUJET

Le choix du thème de notre étude a été motivé par plusieurs raisons. Tout d'abord nous sommes parti d'un constat personnel. En 1999, au moment où nous préparions notre mémoire de DIPES II5 sur la prison d'Abong-Mbang, tous les détenus et ex-détenus interrogés parlaient avec amertume de la dégradation générale de leurs conditions de détention dans cette institution. Cette dégradation affectait profondément leur santé. La collecte des informations relatives à ce thème nous a donc donné l'opportunité de constater qu'en milieu carcéral, la santé des détenus, bien que règlementée par les textes organiques,

3 Tatchouang, Techniques et stratégies..., 2004, p.8.

4 Près des deux tiers des édifices carcéraux faisant partie du parc pénitentiaire actuel du Cameroun sont l'héritage de la colonisation. De même au plan juridique, les textes ayant régi l'administration pénitentiaire pendant la colonisation ont servi d'humus à l'élaboration des textes post-coloniaux.

5 Guy Roger Voufo, "Les prisons au Cameroun sous administration française : le cas de la prison d'Abong-Mbang, 1930-1960, " Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS de Yaoundé, 2000.

4

était reléguée au second plan par les pouvoirs publics qui privilégiaient plutôt les mesures relatives à la sécurité.

L'autre mobile réside dans le fait que l'institution carcérale est devenue un thème récurrent dans la recherche historique au Cameroun sous l'impulsion du Département d'Histoire de l'Université de Yaoundé I dès les années 2000. En témoignent les nombreux travaux de Maîtrise6 et de DIPES II consacrés à cette thématique au Cameroun colonial. Dans ces travaux, le volet santé des détenus, bien n'est soulevé que S de manière incidente et allusive. Il s'agit pourtant d'une question importante qui mérite un traitement conséquent. Notre choix de consacrer la présente étude uniquement à la santé des détenus y trouve sa justification.

En outre, nous avons voulu assouvir une curiosité d'adolescence, sans cesse attisée par le défilé quotidien des prisonniers qui se présentaient- parfois enchaînés - à l'hôpital pour des examens et des soins médicaux divers. L'évocation permanente de certains centres de détention tristement célèbres a profondément contribué à renforcer cette curiosité - cas par exemple du camp Boiro en Guinée, de Tcholliré et de Mantoum au Cameroun-.

Enfin, le choix de ce thème a été également motivé par le fait que l'attention au phénomène pénitentiaire et carcéral au Cameroun s'est largement confinée à la période coloniale, occultant de ce fait la période postcoloniale où peu de travaux de recherche historique ont été effectués7. Nous avons donc

6 Hélène Florence Kossoni, "Les prisons au Cameroun sous administration française : le cas de la Maison d'arrêt de Bafia, 1916-1960 `' Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 1999/2000.

- Maurice Takam, "Une illustration de la détention au Cameroun sous-administration française : la prison de Yaoundé, 1923-1960", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2000/2001.

- Eric Patrick Ndanga, "La prison de New-Bell à Douala (Cameroun), 1916-1960", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2001/2002.

- Besong Mark Ayuk, "The Buea prison (1916 to 1961) : a historical survey " Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS de Yaoundé, Septembre 2000.

7 Lire à ce propos :

5

voulu combler cette lacune en contribuant même de manière modeste à l'historiographie camerounaise.

L'histoire n'étant que la réponse à nos interrogations, parce qu'on ne peut matériellement pas poser toutes les questions8, il nous a semblé judicieux d'apporter des éléments de réponse aux questions que suscitent le respect du droit à la santé des détenus en milieu carcéral.

INTERET DU SUJET

S'interroger sur le droit des détenus à la santé revêt sans aucun doute un intérêt important. Tout d'abord, l'un des enjeux majeurs de l'administration pénitentiaire se trouve être la protection de la société qui implique des exigences en matière de respect des droits de l'homme, et par ricochet du droit à la santé.

Ensuite, l'univers carcéral est un milieu qui suscite la curiosité et moult interrogations parmi des personnes libres. C'est pourquoi, l'étude des prisons de Dschang et de Mantoum permet de connaître un pan de l'histoire du Cameroun post colonial. Elle vise également à faire comprendre d'une part les origines profondes des pathologies relevées dans ces prisons et d'autre part leurs éventuelles conséquences sur le quotidien des détenus

- Celestin Tsala Tsala, "Les détenus politiques au Cameroun de 1958 à 1997 : le cas Albert Dikoumé, Gaspard Mouen, Nouk Bassomb, Emmanuel Bityéki et Rithe Ndongo Ngallé", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2000/2001.

- Celestin Tsala Tsala "Les détenus politiques au Cameroun de 1958 à 1991", Mémoire de DEA en Histoire, Université de Yaoundé I, 2003.

- Bienvenue Lydie Nguefack, "Les femmes dans l'univers carcéral au Cameroun : le cas de la prison de Mfou de 1979 à nos jours", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, Septembre 2003.

- Pasma Ngbayou Moluh, "Le Centre de Rééducation Civique de Mantoum (1962-1975)" Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2004/2005.

- Edwige Elsie Bobong Onana , "La détention féminine à la prison de Bafia de 1960 à 1992", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2006.

8 P. Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, Edition du Seuil, 1971, p33.

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L'intérêt de cette analyse réside enfin dans la particularité même de ce sujet. En effet, nous voulons par cette réflexion interpeller les décideurs pour l'amélioration de la santé des détenus en milieu carcéral. Car même si des efforts sont consentis, il faut admettre que ceux-ci restent encore insuffisants. Dans ce contexte, accroître l'enveloppe budgétaire destinée à la santé des détenus apparaît comme une nécessité.

CADRE SPATIO - TEMPOREL

L'espace géographique couvert par notre étude est la région de l'Ouest - Cameroun dont la superficie est de 13883 km2.

La borne chronologique retenue -1960-1992-, est significative à plus d'un titre. Tout d'abord, la première date, 1960 qui est la borne inférieure de ce thème s'explique par le fait que c'est l'année de l'accession du Cameroun à la souveraineté internationale. Elle marque ainsi une rupture théorique et un changement dans l'approche juridique et la philosophie de l'administration des établissements pénitentiaires désormais gérés par les autorités camerounaises. Mais, la reconnaissance internationale du Cameroun est cependant inerte sous l'angle de l'institution carcérale, car les prisons demeurent administrées conformément à l'arrêté du 08 Juillet 1933 pour le Cameroun Oriental, et le texte dit "The Prisons Regulations", en vigueur dans le Cameroun Occidental. C'est le décret n°73/774 du 11 décembre 1973 portant régime pénitentiaire qui procède finalement à l'uniformisation et à l'harmonisation de l'institution carcérale.

Ensuite, la borne supérieure qui est matérialisée par l'année 1992 marque l'avènement de la deuxième reforme pénitentiaire au Cameroun. En effet, le décret n°92-052 du 27 mars 1992 portant régime pénitentiaire au Cameroun, abroge les dispositions du décret n°73/774 du 11 décembre 1973 et apporte plus d'éclairage et de visibilité sur les missions de l'administration pénitentiaire.

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REVUE DE LA LITTERATURE

Toute recherche scientifique exige une exploration et une exploitation judicieuse de la littérature existante et relative au thème qu'on s'est choisi.

De nombreux auteurs se sont penchés sur l'étude des prisons avec des approches variées. Les thématiques développées montrent que la détention en tant que privation de liberté est un domaine à géométrie variable.

Ainsi dans un essai relatif à la prison, Michel Foucault indique que son utilisation comme peine sanctionnant la délinquance est un phénomène récent qui s'est réellement institué au cours du XIXe siècle 9. Avant cette période, la prison ne servait qu'à retenir les prisonniers dans l'attente de la véritable peine. L'exercice de la justice de l'époque était public, car en montrant les suppliciés à la foule, le roi faisait la démonstration de sa toute-puissance. Mais, avec l'évolution des mentalités, indique l'auteur, l'émergence de la prison s'est faite avec une mise au secret du traitement de la délinquance. Cette situation fait désormais de la prison une institution disciplinaire dont l'organisation vise un contrôle total du prisonnier par une surveillance de tous les instants qui trouve par ailleurs dans l'idée du panoptique10 de Bentham la parfaite illustration de la nouvelle technique carcérale. Au demeurant, la prison, selon Foucault, permet de reclasser socialement les coupables car elle "n'a pas seulement à connaître les décisions des juges et à les appliquer...elle a à prélever en permanence sur le détenu un savoir qui fera de la peine rendue nécessaire par l'infraction une modification du détenu, utile pour la société".11

9 Michel Foucault, Surveiller et punir, Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, 318 pages

10 Le panoptique est un projet d'architecture carcérale imaginée par le philosophe anglais Jeremy Bentham (1748-1832) à la fin du XVIIIe siècle. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés. Selon Bentham, la tour devait se transformer en chapelle le dimanche, afin de moraliser les criminels. La taille optimale doit pouvoir contenir 192 individus repartis sur quatre niveaux.

11 Foucault, Surveiller et punir..., 1974, p254.

8

Dans le même sillage Jacques-Guy Petit montre que la prison pénale a émergé en France à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.12 Mais l'institutionnalisation réelle de l'incarcération ne s'est enracinée dans les moeurs en France que dans la deuxième moitié du XIXe siècle par le biais des mesures privatives de liberté à l'endroit des détenus de droit commun de la fin de l'Ancien Régime jusqu'au début de la troisième République. Aussi, à une époque où la fonction originelle de l'incarcération est encore théorique, l'auteur indique que l'enfermement est source de dégradation de l'état sanitaire des pensionnaires puisque "le séjour dans une prison, quand il se prolonge, altère les forces et la santé des adultes".13

Jacques Leauté14, dans une analyse relative au développement et à l'évolution des prisons en France, montre que c'est à la faveur de la révolution de 1789 que la prison est érigée en structure de privation des libertés pour les déviants sociaux. Deux conceptions du régime pénitentiaire ont meublé selon l'auteur l'actualité pénitentiaire du XIXe siècle. A savoir : le "système pennsylvanien" et le "système auburnien"15. Par ailleurs, c'est la réforme pénitentiaire française de 1945 qui a fixé l'objectif principal de l'incarcération qui est "l'amendement et le reclassement social du condamné".16 Jacques Voulet17 quant à lui insiste sur l'organisation et le fonctionnement de l'administration pénitentiaire en France tout en montrant que la prison est "un frein puissant contre les manifestations antisociales de l'individu".18

12 Jacques-Guy Petit, Ces peines obscures, la prison pénale en France (1780-1875), Paris, Fayard, 1990, 530 pages

13 Ibid.p.284

14 Jacques Léauté, Les prisons, collection que Sais-je ? Paris, PUF, 1968, 136 pages.

15 Le "système pennsylvanien" milite pour un enfermement du prisonnier dans une cellule individuelle alors que le "système auburnien" est favorable à un isolement cellulaire individuel la nuit avec travail en commun durant la journée.

16 Ibid. p.45.

17 Jacques Voulet, Les prisons, Paris, PUF, 1951, 150 pages.

18 Voulet, les..., 1951, p.125.

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Dans le cadre spécifiquement africain, les études sur la prison sont denses. En témoignent les nombreuses analyses historiques sous forme d'articles, d'ouvrages, de travaux académiques relatifs aux prisons.

Ainsi, dans un article traitant de l'émergence de la prison en Afrique, Florence Bernault et al19 relèvent qu'elle est un produit direct de la colonisation européenne. Elle a été de toutes les façons rejetée par les populations locales du fait qu'elle "représentait une rupture extrême avec les pratiques locales de punition et de contrôle social, fondées essentiellement sur la réparation20". Pour ces auteurs, les régimes africains contemporains se sont réappropriés les fonctions de la prison coloniale dont l'infrastructure n'a pas enregistré de grands changements depuis la vague des indépendances à cause des moyens financiers insuffisants. En outre, ils invitent les chercheurs africains à explorer les secteurs historiques relatifs à la prison, car, le chantier reste largement en friche.

Pour emboîter le pas à l'appel lancé par Florence Bernault et al, Ibrahima Thioub21 dans une approche historique souligne que la prison, sanction pénale étrangère aux coutumes des détenus, fut un facteur de dégradation de leur état général de santé dans les prisons coloniales sénégalaises. Les lieux de détention insalubres et mal aérés, l'inflation carcérale, le régime alimentaire insuffisant, le manque d'hygiène, les contraintes budgétaires et les improvisations y contribuèrent grandement et conduisirent à une surmortalité importante.

La préoccupation de Chérif Mamadou Dan Diallo22 est celle de l'introduction de la prison en Guinée française par les colons. Pour cet auteur, l'instauration de la prison est venue rompre les fondements du principe pénal des sociétés précoloniales fondés sur la vengeance et la réparation, et a constitué

19 Florence Bernault et al, "pour une histoire du contrôle social dans les mondes coloniaux : justice, prisons et enfermement de l'espace" in Revue Française d'Histoire d'Outre-Mer, n°324/325, octobre 1999, pp7-15.

20 Ibid, p.8.

21 Ibrahima Thioub, "Sénégal : La santé des détenus dans les prisons coloniales", in Revue Française d'Histoire d'Outre-mer, n°324/325, octobre 1999, pp65-77.

22 Dan Diallo "Les anciens systèmes...", 1999, pp17-28.

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un facteur de dégradation de leur état de santé. Considéré par les populations locales comme peine dégradante, ce nouveau mécanisme pénal va se heurter à un refus systématique de ces dernières.

Au Cameroun, quelques travaux académiques ont été réalisés sur la prison. De même, les productions de certains anciens pensionnaires des centres de détention fournissent des éléments référentiels dans la compréhension des facettes de la vie carcérale.

En orientant son analyse sur les détenus politiques au Cameroun sous-mandat français, Augustin Claude Tang Essomba relève les mobiles de détention des camerounais. Mais cette étude n'évoque pas les conditions de détention durant cette période et ne mentionne rien sur la santé des détenus.23

Dans une approche historique, Idrissou Alioum24 fait le bilan de quarante et quatre années de l'institution pénitentiaire française au Cameroun. Dans son analyse, il indique que c'est par souci de légitimation et de sécurisation à la fin de la première Guerre mondiale que la France implante au Cameroun son système de détention. Pratiqué d'abord de manière informelle, il faut attendre l'arrêté du 08 Juillet 1933, pour que soit systématisée l'institution pénitentiaire au Cameroun. Mais, il remarque que si les individus incarcérés étaient destinés à s'amender et à être réinsérés dans l'ordre colonial, cet objectif fut dévoyé et vidé de son contenu car, c'est plutôt la rétribution, la dépersonnalisation, l'intimidation et la désinsertion qui ont ponctué le système pénitentiaire français au Cameroun. Dans ces prisons, la santé des détenus était "essentiellement précaire"25.

23 Augustin Claude Tang Essomba, "Les détenus politiques au Cameroun sous mandat français (1916-1946)" Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé, 1981.

24 Idrissou Alioum "Les prisons au Cameroun sous administration française, 1916-1960". Thèse de Doctorat Ph.D en Histoire, Université de Yaoundé I, 2006.

25 Alioum, "Les prisons au...", 2006, p.364.

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L'étude menée par Pierre Landry Etoundi26 sur la prison centrale de Yaoundé permet de mesurer l'application et le respect des droits de l'homme dans ce pénitencier. Dans une approche spécifiquement juridique, il analyse les différents textes nationaux et internationaux de protection des droits des détenus. En vérifiant leur effectivité, il tire la conclusion selon laquelle ces droits sont violés à la prison centrale de Yaoundé. Plusieurs raisons expliquent ces manquements : l'inflation carcérale, la vétusté et l'exiguïté des locaux ainsi que la ration pénale insuffisante.

Gilbert Tsagué Tedonjio analyse l'état des structures carcérales en se focalisant sur la prison centrale de Douala.27 Cet auteur observe que les structures d'accueil de cette prison sont obsolètes et ne répondent plus aux enjeux sécuritaires d'un pénitencier. L'état de délabrement avancé des infrastructures constitue une source de dégradation des conditions de détention et partant de l'état sanitaire des détenus.

Edmond Rostand Nsheuko fait remarquer que la délinquance endémique dans la ville de Dschang émane de la fragilité du tissu familial, et s'achève par l'incarcération des délinquants à la prison de cette localité.28 Pour cet auteur, la prison de Dschang créée en 1927 est vétuste et est caractéristique des édifices hérités de la colonisation. Dans ce centre pénitentiaire, l'inflation carcérale ajoutée à la vétusté des locaux accentue l'état de promiscuité intenable dans les cellules.

26 Pierre Landry Etoundi, "Etude analytique des droits de l'homme dans le système pénitentiaire camerounais : cas type de la prison centrale de Yaoundé", Mémoire en vue de l'obtention du Diplôme d'Administrateur des Prisons, ENAP de Buea, 1999.

27 Gilbert Tsagué Tedonjio, "L'état des structures d'accueil carcéral et son impact sur les missions de l'administration pénitentiaire au Cameroun : le cas de la prison centrale de Douala", Mémoire de Diplôme d'Intendant des Prisons, ENAP de Buea, 2005.

28 Edmond Rostand Nsheuko, "L'influence du milieu criminogène sur la personnalité du délinquant : l'exemple de la ville de Dschang," Mémoire de Maîtrise en droit, Université de Dschang, 1997-1998.

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Taning Kalvin- Muluh développe les différentes maladies infectieuses dont souffrent les détenus du pénitencier de Dschang.29 Pour cet auteur, leur existence est liée à l'étiologie des pathologies largement embryonnaire et au non maîtrise des thérapies en milieu carcéral qui rendent la santé des détenus problématique.

Lydie Bienvenue Nguefack analyse la détention féminine à la prison de Mfou.30. Délaissant le cadre colonial pour s'intéresser à la période post-coloniale, elle montre que la prison féminine de Mfou, créée en 1979, recevait toutes les catégories pénales féminines ayant commis des délits ou autres crimes. Mais les problèmes d'hébergement, de surveillance et même de travail sont restés insolubles dans cette prison jusqu'au changement de son régime en prison mixte en 1985. Tous ces problèmes ont influé sur la santé des pensionnaires de ce pénitencier.

Elsie Edwige Bobong Onana s'intéresse à l'incarcération des femmes au Cameroun post-indépendant et plus singulièrement à la prison de Bafia.31 Pour elle, les délits pour lesquels elles sont emprisonnées sont dans l'ensemble les mêmes avec cependant quelques disparités régionales assez marquées. L'entretien des femmes dans cette prison de 1960 à 1992 laisse à désirer. Tout laisse donc à croire que les conditions de détention affectent sérieusement la santé de ces détenues.

Pasma Ngbayou Moluh32, dans la même trajectoire, évoque les raisons de la création du Centre de Rééducation Civique de Mantoum, le renforcement du

29 Taning Kalvin Muluh, "Study of some infection diseases amongst inmates of the Dschang prison, Menoua division, West province of Cameroon", A Thesis presented in partial fulfilment of the requirements for the award of Master of Sciences in Animal Biology, University of Dschang, 2005/2006.

30 Lydie Bienvenue Nguefack, "Les femmes dans l'univers carcéral au Cameroun : le cas de la prison de Mfou de 1979 à nos jours", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2003.

31 Elsie Edwige Bobong Onana, "La détention féminine à la prison de Bafia de 1960 à 1992", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2006.

32 Pasma Ngbayou Moluh, "Le Centre de Rééducation Civique de Mantoum (1962-1975) ", Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2004-2005.

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régime du Président Ahidjo et la préservation de l'ordre et de la sécurité publiques. C'est à la faveur de l'ordonnance de 1962 portant répression de la subversion que ce centre d'internement administratif voit le jour. Mais, il est apparu comme l'univers par excellence de l'affaiblissement, de l'intimidation, de l'anéantissement physique et moral des pensionnaires.

Jacques Oberlin Mbock33 dans une approche juridique décrypte certains aspects de l'application de la réglementation pénitentiaire du 08 Juillet 1933, tout en consacrant l'essentiel de son analyse à la réforme pénitentiaire de 1973. Selon lui, son application fait face à des problèmes d'ordre matériel et réglementaire et est en un mot un échec car, la détention est étrangère aux coutumes locales camerounaises.

Dans son travail, Krystelle Ntegomo34 insiste sur les entraves relatives au respect des droits de l'homme en prison et plus particulièrement à la prison de Dschang où, selon elle, il existe un mépris total des droits des détenus et plus particulièrement le droit à la santé.

Traitant de la réalité sociopolitique de l'univers carcéral au Cameroun post-colonial, Celestin Christian Tsala Tsala35, en focalisant son attention sur Emmanuel Bityéki, pénètre les arcanes de la détention politique arbitraire au Cameroun en montrant que dans l'ensemble, les conditions de vie dans une prison politique sont précaires et rendent la santé des locataires problématique.

Dans un article aux allures dénonciatrices de l'univers carcéral dans le Cameroun contemporain, Alex Siéwé relève les maux qui minent les prisons camerounaises 36 et discréditent le système pénitentiaire camerounais. L'auteur

33 Jacques Oberlin Mbock, "La prison camerounaise, étude critique de la réforme pénitentiaire de 1973 et de son application", Thèse de doctorat de troisième cycle en droit privé, Université de Yaoundé, 1987.

34 Krystelle Ntegomo, "Les droits de l'homme dans le milieu carcéral de Dschang", Mémoire de maîtrise en droit privé, Université de Dschang, 1997-1998.

35 Célestin Christian Tsala Tsala, "Les détenus politiques au Cameroun de 1960 à 1997 : le cas d'Emmanuel Bityéki", Mémoire de DIPES II en histoire, ENS de Yaoundé, 1999.

36 Alex Siéwé, "Cameroun : prisons à hauts risques" in Jeune Afrique l'intelligent n°2296 du 09 au 15 janvier 2005. Pp41-43.

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affirme que les prisons camerounaises ne sont que de vieilles bâtisses construites à l'époque coloniale avec un taux de densité carcérale très élevé.

Hippolyte Sando quant à lui fait une peinture sombre des prisons camerounaises.37 Dans une analyse à forte coloration juridique, il explore le coeur du système carcéral camerounais en relevant pour le déplorer, qu'il souffre de nombreuses entorses comme la surpopulation carcérale, les conditions de détention déplorables, la corruption du personnel, la maigreur du budget alloué au fonctionnement, la vétusté et l'exiguïté des locaux, et la médiocrité des soins de santé. Toutes ces tares hypothèquent tous les efforts déployés pour redorer le blason des prisons camerounaises.

Dans une approche romancée, Emmanuel Bityéki38 retrace le parcours infernal des détenus politiques au Cameroun. Lui-même pensionnaire du centre de Rééducation Civique de Tcholliré après avoir été locataire de la Brigade Mixte Mobile de Yaoundé en ressort profondément traumatisé et diminué à cause des interminables interrogatoires et incessantes tortures.

C'est dans la même optique que se situe l'ouvrage de Nouk Bassomb39. Celui-ci soulève la problématique de la lutte pour les libertés politiques au Cameroun. Arrêté pour ses opinions, il est d'abord interné à la Brigade Mixte Mobile de Yaoundé où ses tortionnaires sont comme "des bêtes sauvages occupant les corps humains"40. Il est ensuite transféré à la prison de Yoko. Cet essai montre la prison à nue et ses effets dévastateurs.

Albert Mukong41 décrit dans le détail l'arbitraire de la justice sous le régime d'Ahidjo, l'insupportable univers carcéral qui se matérialise par ses

37 Hippolyte Sando, Derrière les mûrs l'enfer : l'univers carcéral en question, Douala, Catholic Relief Service, 2005, 195 pages.

38 Emmanuel Bityéki, Tcholliré, la colline aux oiseaux, Yaoundé, Le Combattant, 1991, 120p.

39 Nouk Bassomb, Le quartier spécial détenu sans procès au Cameroun, Paris, l'Harmattan, 1992, 192p.

40 Bassomb, Ibid, p.39.

41 Albert Mukong, Prisoner Without a Crime, Paris, Nubia press, 1989, 110 pages. A.Mukong est décédé le 12 juillet 2004 de suite de maladie. Célestin Lingo, son ami et compagnon dans

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pérégrinations à travers les prisons politiques du pays - Tcholliré et Mantoum -, les sévices auxquels sont soumis les prisonniers d'opinion ainsi que les méthodes d'endoctrinement dignes du stalinisme dans les prisons politiques camerounaises.

Dakolé Daïssala42 dresse un état des lieux des prisons camerounaises où les conditions de détention sont lamentables, exécrables et inhumaines. La prison de Sa'a où il a été incarcéré après le putsch du 06 avril 1984 en est une parfaite illustration.

Pius Njawé43 décrit les conditions pitoyables dans lesquelles vivent les pensionnaires de la prison de New-Bell à Douala44. Pour cet auteur, ce pénitencier est une jungle, une véritable école du crime où l'absence d'un traitement médical adéquat provoque de nombreuses maladies, tandis que l'inflation carcérale et ses corollaires enlèvent aux détenus toute dignité et toute estime de soi.

De toute l'abondante littérature consacrée à l'univers carcéral et plus spécifiquement au volet sanitaire des pensionnaires, les documents qui traitent avec profondeur de la santé dans les prisons de Dschang et de Mantoum de 1960 à 1992 sont, sinon inexistants, du moins rares. Ceux qui en parlent ne le font que de manière allusive.

PROBLEMATIQUE

L'univers carcéral a de tout temps constitué une réalité difficile à cerner car considéré par la majeure partie de la population comme un monde entièrement à part. Chacun sait qu'il existe des prisons, mais on ignore en

les mouroirs de la tristement BMM de Yaoundé dit de lui qu'il est un infatigable combattant de la liberté.

42 Daïssala Dakolé, Libre derrière les barreaux, Paris, Jaguar, 1993,102 pages.

43 Pius Njawé, Bloc-notes du bagnard, prison de New-Bell-Douala Cameroun, Paris, mille et une nuit, 1998, 93 pages.

44 Njawé est incarcéré pour la simple raison qu'il s'est interrogé sur l'état de santé du chef de l'Etat dans un article paru dans le Messager du 22 décembre 1997.

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général ce qui se passe derrière ces murs. La principale préoccupation de cette étude est de montrer l'inobservation des instruments juridiques nationaux et internationaux relatifs aux droits des détenus à la santé et les raisons de la déficience de leur mise en application dans les prisons de Dschang et de Mantoum de 1960 à 1992.

LES HYPOTHESES DE LA RECHERCHE

L'hypothèse générale construite autour de cette problématique est la suivante : La santé des détenus, bien que réglementée par les conventions internationales et des textes organiques appropriés semble être reléguée au second plan par les pouvoirs publics camerounais.

De notre hypothèse générale, nous pouvons dégager les hypothèses spécifiques suivantes :

- L'insuffisance des crédits alloués à la santé et le déficit en matière de couverture sanitaire ne permettent pas aux prisons de Dschang et de Mantoum de faire efficacement face aux problèmes de santé des détenus ;

- La vétusté et l'obsolescence des infrastructures offrent un terrain fertile aux pathologies diverses dans ces prisons ;

- Les problèmes de santé récurrents dans ces prisons ne leur permettent pas de remplir les fonctions exactes de l'incarcération que sont l'amendement et la réinsertion sociale des détenus.

METHODOLOGIE

Nous avons opté pour une approche à la fois thématique et chronologique. Cette méthode historique permet de remonter le cours du temps pour reconstituer les événements, les analyser et tenter d'en donner une explication. A ce propos, la trame des faits et leur enchaînement peuvent être établis avec certitude. Elle nous a permis de cerner les contours de ce sujet en

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collectant les informations éparses ça et là, afin de produire un travail cohérent et logique.

SOURCES

Les sources exploitées dans la réalisation de ce travail appartiennent à divers champs conventionnels de l'histoire. Elles sont composées de sources écrites, orales, iconographiques et électroniques.

Les sources écrites proviennent d'abord des documents d'archives. Ceux qui concernent les prisons de Dschang et de Mantoum ont été consultés aux Archives Nationales de Yaoundé (ANY), aux Archives Régionales de l'Ouest (ARO) à Bafoussam, aux Archives de la Prison de Dschang (APD), aux Archives de la Prison de Mantoum (APM) ainsi qu'aux Archives Départementales de Dschang (ADD). Ensuite viennent des travaux édités et académiques. Il s'agit des ouvrages, des articles scientifiques, des mémoires et des thèses. Ces documents ont été consultés dans les différentes bibliothèques de l'Université de Yaoundé I.- Bibliothèque Centrale, du Département d'Histoire, de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines et du Cercle d'Histoire-Géographie -Archéologie - à la bibliothèque centrale de l'université de Dschang et celle de l'Alliance franco-camerounaise de Dschang. Enfin, nous avons exploité des articles parus dans des journaux nationaux et étrangers.

Les sources orales, sources privilégiées de l'histoire africaine, ont été d'une inestimable richesse dans la réalisation de ce travail. Collectées lors de nos descentes sur le terrain, elles nous ont permis d'éclairer des points d'ombre relevés au cours des recherches. Elles nous ont amené dans les différentes localités des départements de la Menoua et du Noun où nous avons rencontré des détenus, d'anciens détenus, des fonctionnaires, d'anciens fonctionnaires de l'administration pénitentiaire et des personnes ayant des connaissances sur le sujet. La technique de collecte de l'information ici était l'interview. A chaque

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fois, les témoignages reçus ont été replacés dans leur contexte et ont fait l'objet d'une critique sérieuse.

Les sources iconographiques sont uniquement constituées des photos, présentant les facettes externes des prisons étudiées. Un refus catégorique nous a été opposé par l'administration dans la perspective d'une prise de vue interne des prisons.

Les sources wébographiques consultées nous ont fourni des éléments de référence sur les textes internationaux régissant les prisons en général et plus particulièrement les données sur la santé des détenus.

Tout compte fait, le chemin vers la confection de ce mémoire ne fut pas sans embûches.

LES DIFFICULTES RENCONTREES

Nous avons rencontré de nombreuses difficultés dans la réalisation de ce travail. La première est inhérente à la nature de notre sujet. Elle concerne l'accès aux sources officielles camerounaises. Au niveau des Archives Nationales de Yaoundé, Régionales de l'Ouest, Départementales de Dschang et des deux prisons, nous déplorons le mauvais état de conservation des documents entreposés. En outre, l'inexistence dans les rayons de nombre de documents, pourtant côtés dans le fichier, a faussé certaines de nos prévisions. A titre d'exemple, l'absence des plans de construction des deux prisons est une lacune dont nous reconnaissons humblement l'ampleur.

La seconde difficulté, et non la moindre, est relative à la collecte des informations. D'abord, aller à la rencontre de nos informateurs ne fut pas toujours facile. Nous étions parfois obligé de parcourir plusieurs kilomètres à pied, en pleine brousse, sous la pluie et parfois même, de nuit, pour rencontrer des personnes ressources que nous découvrions dans certains cas, être déjà mortes ! Ensuite, il s'est posé le problème du refus manifeste de certaines personnes de nous fournir les documents et les informations relatives à notre

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période d'étude. Enfin, nous avons eu des difficultés à interviewer certains informateurs dans le Noun, en raison de ce que nous ne parlions ni ne comprenions le Bamoun, la langue du département.

LE PLAN

L'organisation des informations recueillies a débouché sur un plan de travail structuré en quatre chapitres.

Le premier chapitre est consacré à la présentation générale des deux prisons. Il insiste sur leur évolution historique tout en dégageant les différentes réformes juridiques qu'elles ont subies.

Le deuxième chapitre s'intéresse aux instruments juridiques nationaux et internationaux qui protègent les détenus en général et leur droit à la santé en particulier.

Le troisième chapitre se focalise sur les différentes pathologies auxquelles sont confrontés les détenus des deux prisons et examine les conséquences immédiates de ces pathologies sur leur vie.

Le quatrième chapitre est consacré à l'étude des structures de soins médicaux des deux prisons ainsi qu'à la problématique des inspections médicales prévues par les textes organiques relatifs au système pénitentiaire.

La carte suivante indique l'espace géographique dans lequel nous travaillons.

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Carte N° 1 : Localisation de la zone d'étude

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon