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Les pouvoirs publics camerounais et la santé des détenus: le cas des prisons de Dschang et de Mantoum, période 1960- 1992

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par Guy Roger Voufo
Université de Dschang Cameroun - Master II en histoire 2009
  

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CHAPITRE I : PRESENTATION GENERALE DES
PRISONS DE DSCHANG ET DE MANTOUM

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Dschang et Mantoum sont deux localités situées dans la région de l'Ouest-Cameroun. Mais la particularité de ces deux localités réside dans le fait que la première est le chef-lieu du Département de la Menoua alors que la seconde est tout simplement un village de l'Arrondissement de Malantouen dans le Département du Noun. Mantoun est situé à 76 km de Foumban et à 11 km de l'arrondissement de Malantouen1. Mantoum qui signifie "terre de nourriture" est le site de la prison dont le domaine est à cheval sur deux villages2.

Dschang est devenu à la faveur du décret du 08 avril 1935 de Repiquet, Haut-commissaire Français au Cameroun le chef-lieu de la région bamiléké3. En 1959, il perdit son statut de capitale de l'Ouest-Cameroun au profit de Bafoussam4.

Si la prison est avant tout un "lieu de détention où sont enfermés les prévenus et les condamnés"5 , on peut aussi voir en elle, un "lieu de rassemblement de personnes d'horizons divers, de différents statuts socioprofessionnels et de sexes différents"6 qui ont rompu l'harmonie sociale en transgressant les lois. C'est dans cette optique que le pouvoir colonial a créé la prison de Dschang en 1927.7 La prison de Mantoum plus connue sous le nom de Centre de Rééducation Civique (CRC) est créée en 1962 par les pouvoirs publics camerounais8.

1 Entretien avec Ibrahim Njoya, 48 ans, R.A.P.P.M, Mantoum, 17.08.2009. A. Mukong parle plutôt de 88 kilomètres (voir A. Mukong, Prisoner Without a Crime, Paris, Nubia press, 1989).

2 Ibid.

3 ANY NF729/1 Cameroun- administration, 1916-1946.

4 E.K.Yemefak, "Fidèle Vougmo : l'homme et l'oeuvre (1933 - 2005), essai d'analyse historique", Mémoire de Maîtrise en histoire, université de Yaoundé I, 2004 p.49.

5 Dictionnaire universel, Paris, Hachette/Edicef, 2002, p.975.

6 Alioum, "Les prisons au ...", 2006, p. 532.

7 Rapport de la visite de la section camerounaise de l'OIP à la prison de Dschang, 27 septembre 1996, inédit, p.1.

8 Ibrahim Njoya, 48 ans : R.A.P.P.M. Mantoum, 17.08.2009

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Le présent chapitre met en exergue la création et l'évolution des deux pénitenciers tant sur le plan architectural qu'infra structurel. La photographie qui suit présente une vue partielle de l'entrée principale de la prison de Dschang.

Photo N° 1 : Entrée principale de la prison de Dschang

Source : Guy Roger Voufo, 26 Mai 2010 à Dschang

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I. LA PRISON DE DSCHANG

Après la création de la ville de Dschang en 19079 par les Allemands,

plusieurs infrastructures ont été construites pour le règlement des affaires publiques. La prison de Dschang est l'une de ces infrastructures. Elle servait à emprisonner les déserteurs des travaux dits d'utilité publique, les récalcitrants et tous ceux qui refusaient de s'acquitter des différentes taxes exigées par l'administration coloniale allemande10.

A- Evolution

La prison de Dschang construite par les Allemands en 190711 apparaît comme la toute première structure de détention de la Région Bamiléké. Dschang en tant que chef-lieu de la circonscription avait également le monopole de contrôle sur les autres circonscriptions environnantes.12

Les Français, dans leur politique d'exploitation économique, allaient s'approprier des prisons laissées par les Allemands. Comme l'écrit Alioum, "pour une grande majorité d'entre elles et surtout les plus importantes, les Français héritaient des prisons construites par les Allemands"13. Et parce que "la prison coloniale a été une réponse ou une solution au problème de la main - d'oeuvre"14, les Français ne dérogèrent pas à la règle en créèrent officiellement la prison de Dschang en 192715.

Celle-ci est implantée en plein coeur du quartier administratif, traduisant de ce fait l'option sécuritaire qui se résume à la surveillance étroite des détenus

9 Zacharie Saha "Le Bezirk de Dschang : relations entre l'administration coloniale allemande et les autorités traditionnelles (1907 - 1914), " Mémoire de Maîtrise en histoire, université de Yaoundé I, 1993, p.4.

10 Théodore Kumé Kigha, 39 ans, Régisseur Prison Principale de Dschang, entretien du 14.12.2009 à Dschang.

11 ADD. F4. Prison de Dschang et divers, 1956.

12 Yemefak, "Fidèle Vougmo ", 2004, p.49.
13Alioum, "Les prisons au..." 2006, p.552.

14 Ibid. p.400.

15 Rapport de la visite de la section Camerounaise de l'O.I.P à la prison de Dschang, le 27 Septembre 1996, inédit, p1.

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pour qu'ils ne s'évadent pas16. Conçue à l'origine pour une capacité d'accueil de 100 prisonniers environ, la prison de Dschang en abrite en permanence de 150 à 18017. En 1956, l'effectif était de 185 pensionnaires18, mais après l'accession du Cameroun à la souveraineté internationale, elle connaît une inflation inégalée puisqu'en 1965, la population y est de 265 et passe à 320 en 197519. Cette situation s'explique par la permanence des troubles et des violences orchestrées par les "rebelles" et surtout par le respect scrupuleux des termes de l'ordonnance présidentielle du 04 octobre 1961 relative à l'état d'urgence et celle n°62/01/18 du 11 mars 1962 portant répression de la subversion. Dans les années 19901992, la population carcérale y oscillait entre 200 et 350 détenus environ20.

Depuis sa création, la prison de Dschang évolue selon les termes de l'arrêté colonial de 1933 puis de la réforme pénitentiaire du 11 décembre 1973. En dehors de quelques manquements, de carences et de défaillances constatées, elle a tout de même fonctionné comme lieu indiqué d'amendement de ses pensionnaires.

Conformément aux termes de l'arrêté du 8 juillet 1933 portant réglementation du régime pénitentiaire au Cameroun et du décret n°73/774 du 11 décembre 1973 portant régime pénitentiaire au Cameroun, la prison de Dschang a connu jusqu'en 1992, date de réalisation de la deuxième réforme pénitentiaire camerounaise, trois dénominations. Bien que cela ne change en rien les pratiques originelles qui sous tendent la fonction de la prison, la première parle de la Prison Civile de Dschang, la seconde celle de la Prison de Production de Dschang et la troisième relative à la Prison Principale de Dschang. La localisation de la Prison de Dschang nous est donnée par la photographie suivante.

16 Alioum, "Les prisons au.... " 2006, p.552.

17 ADD. F4 prison de Dschang et divers ,1956. En juillet 1956, un contingent de détenus politiques venu de Nkongsamba augmenta l'effectif à 200 pensionnaires.

18 Ibid

19 APPD, registres d'écrou, 1965-1975.

20 APPD, registres d'écrou 1990-1992.

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Carte N° 2 : Localisation de la prison de Dschang dans le Département de la Menoua

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1. La prison civile de Dschang (1927-1973)

Ancienne maison d'arrêt construite par les Allemands, la prison de Dschang prend le nom de prison civile de Dschang en 1927, année officielle de sa transformation par les autorités administratives françaises. Pour mieux comprendre le terme `'civil» employé par les autorités coloniales, Peter Afonagu Etavé déclare :

La prison civile se réfère uniquement à l'incarcération des personnes qui ne portent pas de tenues d'un corps particulier de l'armée, de la police et de la gendarmerie. Ce sont des citoyens ordinaires, prévenus et condamnés de droit commun qui y purgeaient leurs peines. A la différence des personnes chargées des forces de défense et de maintien de l'ordre et la sécurité publique qui purgeaient

leurs peines dans des centres pénitentiaires appropriés21.

Il ressort de cette déclaration de Peter Afonagu que la prison civile de Dschang ne recevait que les détenus de droit commun ayant enfreint des lois établies par l'ordre colonial. Longtemps après l'accession du Cameroun à l'indépendance, le centre pénitentiaire de Dschang gardera la même appellation.22

Au - delà de l'incarcération des prisonniers de droit commun, la prison de Dschang a eu à abriter en 1956 des détenus politiques, tous de l'UPC (Union des Populations du Cameroun). 23

En 1960, le Cameroun accède à la souveraineté internationale. A la faveur de l'état d'urgence auquel le Département de la Menoua est soumis, la prison civile de Dschang va connaître une croissance exponentielle de sa population24. A cet effet, elle devient la structure publique la plus surveillée du Département. Elle change de nom à la faveur de la réforme pénitentiaire de 1973

21 Entretien avec Peter Afonagu Etavé, chef BAAPG, PPD, Dschang. 03.02.2010.

22 Ibid.

23 ADD. F4 prison de Dschang et divers, 1956.

24 Entretien avec Christophe Tsafack, 89 ans, planteur, Bafou, 16.01.2010.

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pour devenir une prison de production tout en gardant le même bloc de détention25.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand