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Les pouvoirs publics camerounais et la santé des détenus: le cas des prisons de Dschang et de Mantoum, période 1960- 1992

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par Guy Roger Voufo
Université de Dschang Cameroun - Master II en histoire 2009
  

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2. La prison de production de Dschang (1973-1992)

La référence aux articles 2 et 4 du titre premier du décret n°73/774 du 11 décembre 1973 portant régime pénitentiaire au Cameroun permet de mieux appréhender le concept "prison de production". En effet, l'article 2 dudit décret classait les prisons en quatre catégories :

a) Les prisons centrales d'orientation ou de sélection ;

b) Les prisons de production ;

c) Les prisons-écoles ;

d) Les centres de relégation.

Dans le cas d'espèce, le centre pénitentiaire de Dschang était classé dans la catégorie des prisons dites de production. La mission fondamentale des prisons de production est énoncée à l'article 4 dudit texte :

Les prisons de production permettent aux condamnés de participer par leur travail à l'effort national de développement. Elles sont implantées soient à proximité de complexes économiques importants soit en milieu rural ou les activités agricoles et

d'élevage peuvent être menées26.

En réponse à cet objectif, un champ de bananes aux dimensions modestes était crée à quelques pas de la prison. Il était cultivé par les détenus eux-mêmes. Bien que la production ne permettait pas de nourrir la grande partie des pensionnaires, force est de noter que les fruits de ce champ pénitentiaire étaient un adjuvant indispensable à la ration pénale servie aux détenus27. Au Cameroun, toutes les prisons dites de production obéissaient ainsi à cette logique de création de champs vivriers. A ce sujet, Jacques Oberlin Mbock affirme :

25 Entretien avec Christophe Jiofack, 8o ans, planteur, Bafou, 16.01.2010.

26 Article 4 du décret n°73/774 du 11 décembre 1973.

27 Entretien avec Gabriel Tsafack, 89 ans, planteur, Foréké-Dschang, 19.12.2009.

29

C'est ainsi que pratiquement toutes les prisons de production ont des champs et des plantations, ce qui permet aux détenus de s'autoalimenter, allégeant d'autant la charge financière. Certaines prisons, Buea Farm par exemple, ont même une production excédentaire qui est écoulée sur le marché local28 .

3. La prison de principale de Dschang

De nos jours, à la prison de Dschang devenue prison principale à la faveur du décret n°92/052 du 27 mars 1992, le champ pénitentiaire existe toujours et joue le rôle de complément aux besoins alimentaires des pensionnaires. L'article 15 du décret de 1973 permet de comprendre que : La répartition des détenus dans les locaux pénitentiaires est effectuée suivant les règles ci-après :

1. Les prévenus sont séparés des condamnés ;

2. Les femmes sont rigoureusement séparées des hommes ;

3. Les cellules sont affectées aux condamnées à mort, aux détenus soit dangereux, soit punis, ou devant être maintenus au secret ;

4. Un quartier spécial est réservé aux mineurs ;

5. Un quartier spécial est réservé aux condamnés politiques ;

6. Le cas échéant, un quartier spécial est réservé aux prévenus des forces de maintien de l'ordre29

Contrairement à cette disposition, le constat réel est alarmant car la prison de Dschang n'avait pas été conçue de manière à répondre aux attentes de la réforme pénitentiaire de 1973. En effet, "les prévenus et les condamnés n'y sont pas séparés"30. Ce même constat s'impose en ce qui concerne les mineurs non séparés des majeurs31, ce qui constitue une violation des dispositions du texte de 1973. Toutefois, des efforts ont été faits, comme le témoigne la construction du bâtiment d'extension de vingt cellules ayant servi à incarcérer les

28 Mbock, "La prison...", 1987, p32.

29 Article 15 du décret n°73/774 du 11 décembre 1973.

30 Rapport de la visite..., p1.

31 Ibid.

30

détenus militaires et politiques il y a une vingtaine d'années32. Mais aujourd'hui, ce bâtiment est inoccupé parce que l'administration pénitentiaire estime qu'il n'est pas de haute sécurité33. Dans le rapport d'activités de la prison adressé au Ministre de l'Administration Territoriale en 1991, le régisseur de la prison dresse l'état alarmant des locaux de la structure qu'il dirige de la manière suivante :

L'état des locaux est effrayant, désolant. Dans l'ancienne structure de près de quatre vingt dix ans, les mûrs faits de briquettes de terre cuite n'offrent plus aucune résistance : les briques s'enlèvent sans la moindre difficulté ; le liant utilisé à l'époque a perdu sa fermeté. Dans la nouvelle structure, la situation est tout autant déchirante ; ici sont au rendez-vous : malfaçons, défauts architecturaux, matériaux inadaptés. Les murs sont en parpaings mais de fabrication anormale. L'humidité aidant tout n'est que ruine34.

Plus loin, le régisseur conclut en disant : "Sans cocasserie d'ailleurs, si d'un côté les briques se retirent aisément, de l'autre un coup de poing suffirait pour défoncer un mur. Par les temps de pluies, l'eau suinte de partout"35.

Ces propos témoignent de la vétusté des prisons camerounaises qui sont des "passoires" et favoriseraient des évasions voire des trafics de toutes sortes, occultant de ce fait l'une des missions régaliennes de la prison qui est la protection de la société. Cette obsolescence des structures d'accueil a d'ailleurs facilité au pénitencier de Dschang en 1975 le commerce illicite des cigarettes entre détenus. En témoignent les propos ci-dessous du chef de poste descendant Temateu Fidèle au cours du service de garde du 06 au 07 janvier 1975 :

Il y a un trou ouvert dans la cuisine de la prison ; par ce trou s'effectue le trafic des cigarettes et d'autres objets prohibés entre les cuisiniers et les autres détenus. A ce propos, je souhaite la fermeture immédiate dudit trou. (Les renseignements venus du chef cuisinier)36.

32Rapport de la visite, Ibid.

33 Entretien avec Théodore Kigha Kumé, 39 ans, Régisseur PPD, Dschang, 14.12.2009.

34 Rapport d'activité de la prison de production de Dschang, Juillet - Août - Septembre 1991,

p 5.

35 Ibid.

36 Guard Book, opened the 09.12.1974, p20.

31

Dans l'ensemble, ces propos confirment et confortent la thèse selon laquelle les mutations intervenues dans le système pénitentiaire camerounais ont surtout concerné le cadre juridique de son fonctionnement et la formation de son personnel, les infrastructures ayant été laissées en l'état.

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