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Enjeux et pratiques de la mobilisation des compétences des migrants subsahariens du grand Lyon


par Issopha NSANGOU
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ( IEDES ) - Master 2 Professionnel 2012
  

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Partie 2

Les associations des migrants du Grand Lyon, la politique
d'intégration et la politique de la ville.

Analyse des discours et pratiques des responsables associatifs

Quelles sont les formes et le niveau d'investissement des associations subsahariennes (d'insertion, communautaires, de solidarité ou de développement) du Grand Lyon dans le cadre de la mise en oeuvre des orientations locales du PDI et des CUCS dans les territoires où elles sont actives ? Quelles actions mènent-elles ou peuvent-elles mener en la matière ? Quel est le niveau de préoccupation des membres des organisations associatives africaines quant à l'insertion multidimensionnelle (emploi, logement, santé, scolarité, parentalité, participation citoyenne et politique) des migrants dans le périmètre de notre enquête ? La présente section tente d'y répondre.

Chapitre 3 : Données générales de l'enquête de terrain. Profil des associations migrantes subsahariennes du Grand Lyon p.68

1. Rappel des Termes de référence de l'enquête auprès des associations de migrants 68

2. Conditions du déroulement de l'enquête et méthodologie 68

3. Panorama des associations subsahariennes du Rhône et leur rapport aux activités d'insertion et d'intégration nationale 72

4. Données générales de la vie associative dans le Rhône 77

5. Panorama des associations d'insertion et d'intégration dans le Rhône 82

Chapitre 4 : Les associations subsahariennes et l'insertion. Analyse des discours et des pratiques dans le Grand Lyon p.88

Section 1 : Les migrants subsahariens du Grand Lyon et la question de l'inclusion sociale. 88

Section 2 : Causes de la non-implication des associations des migrants dans le champ formel de l'insertion/intégration dans le Grand Lyon 99

Section 3 : Comment inciter les migrants à se saisir plus collectivement des dispositifs institutionnels d'intégration et d'insertion et à se rapprocher des structures publiques et privées gestionnaires des politiques publiques en lien avec la question des migrants au niveau

local ? 103

68

Chapitre 3 : Données générales de l'enquête de terrain. Profil des associations migrantes subsahariennes du Grand Lyon

1. Rappel des Termes de référence de l'enquête auprès des associations de migrants

Pour rappel, notre travail d'enquête s'inscrit dans une démarche d'initiation à l'exercice des études recherche-action, alliant donc la recherche et la pratique professionnelle sur le terrain, et relatives aux champs du développement social pour ce qui concerne notre spécialité propre. Les termes de référence ayant donc été de mener une courte investigation auprès d'associations de migrants « grand-lyonnais » aux fins de comprendre les raisons de la marginale implication de celles-ci, tous champs d'intervention confondus, dans le processus d'intégration nationale et spécifiquement d'insertion socio-économique des immigrés primo-arrivants ou d'ancienne installation, au-delà bien sûr de la traditionnelle entraide intracommunautaire souvent notée. L'objectif à atteindre était donc de fournir des éléments d'explications et un corpus de solutions par les acteurs associatifs eux-mêmes en termes de construction d'un ou des cadres et structures efficients et forts qui permettent de se constituer en interlocuteurs légitimes et privilégiés dans les partenariats avec les pouvoirs publics et les acteurs privés ; de construire des « hommes nouveaux », soucieux de mobiliser toutes les compétences nécessaires ( y compris « ethniques » et interculturelles) afin d'accompagner les migrants aussi bien dans les actions du développement solidaire avec les régions d'origine que dans le processus d'appropriation des dispositifs institutionnels existants en matière de politique publique d'intégration au niveau local et de politique d'insertion pour l'emploi, le logement , l'accès à la santé, aux droits sociaux divers, à la parentalité, à l'école, à la citoyenneté participative, dont nombre de migrants subsahariens sont ou se sentent exclus pour différents motifs. En clair, les clés de construction d'une ou des diasporas africaines entreprenantes.

Nous nous sommes cependant entrepris à stériliser la dimension militante d'une telle démarche pour nous centrer sur les fondements socio-anthropologiques et politiques des pratiques associatives, des discours et représentations de leurs membres, du sens qu'ils donnent aux différentes questions des compétences, de la force du réseau, de l'intégration/insertion socio-économique en France, du développement en Afrique, du sens et la place de soi dans une société multiculturelle (où la tentation du repli communautaire peut être très puissante) et du rapport de soi à l'autre : immigrés d'autres sensibilités ethno-régionalistes et non-immigrés.

2. Conditions du déroulement de l'enquête et méthodologie

Notre enquête s'est déroulée du 03 au 24 octobre 2012 dans le périmètre du Grand-Lyon. Nous avons été amenés à rencontrer nos interlocuteurs dans les communes de Lyon intra muros, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Bron, Caluire-et-Cuire, Jonage, et Saint-Priest qui concentrent l'essentiel des associations et la population immigrée de la Communauté urbaine de Lyon et du Rhône.

2.1. Échantillonnage

Les associations dites de migrants étant nombreuses dans le périmètre d'enquête, environ 300 et plus d'après les estimations de l'annuaire des associations dans le Rhône édité par le Département, nous avons eu recours tour à tour aux bases de données des associations membres d'organisations spécialisées et en lien avec la communauté des migrants du Grand Lyon : COSIM, du RESACOOP, du CADR, mais aussi les communes via les services de la vie associative dont ceux de Lyon, Villeurbanne, Bron... Bases de données variées dont nous avons extrait après un

69

traitement sur le tableur excel un échantillon suffisamment représentatif des nationalités107 les plus présentes dans le périmètre de l'enquête par la démographie, le volume, la taille, l'ancienneté et les réseaux d'affiliation des organisations associatives africaines actives dans le Rhône.

En plus du Sénégal donc, population subsaharienne la plus forte en nombre dans le département (selon une estimation de la Préfecture), nous avons sélectionné principalement les collectifs associatifs de Côte d'Ivoire, du Bénin, du Togo, du Cameroun, du Congo-Brazzaville et du Congo-Kinshasa (RDC), de République centrafricaine, du Burkina-Faso, des Comores, du Mali, du Niger, du Ghana, de Madagascar.

2.3. Phase préparatoire de l'enquête

Une phase intense (plusieurs jours) d'e-mailing et de phoning aux associations figurant dans les fichiers de ces collectifs a suivi. Nous avons eu des retours qualitativement très positifs de responsables des associations les plus en vue opérationnellement, médiatiquement et « politiquement » dans le microcosme lyonnais. Ceux-ci se sont prêtés plaisamment et avec un intérêt soutenu au jeu de nos interviews approfondies (entre 45 minutes et 1heure environ) sur les thèmes principaux de notre enquête.

2.4. Déroulement de l'enquête

Les rencontres, pour un confort d'échanges, ont pu se faire en des endroits choisis par les enquêtés eux-mêmes : leur lieu de travail, les cafés (régulièrement), restaurants, etc.

Avec l'autorisation des enquêtés, durant l'ensemble des entrevues, l'entretien a pu être enregistré avec un enregistreur numérique afin d'exploiter le maximum de données qualitatives possibles, l'essentiel de notre enquête s'étant centrée sur la compréhension des motivations, des logiques d'action ou de non-action, les représentations personnelles et collectives des uns sur eux-mêmes et sur les autres, sur l'environnement, les solutions aux problèmes identifiés.

Ce sont donc au total une vingtaine d'entretiens qui ont été réalisés trois semaines durant à l'aide d'un guide d'entretien ouvert et semi-ouvert structuré autour de 4 thèmes indiqués plus bas. En plus des associations et des collectifs d'associations, nous nous sommes entretenus téléphoniquement avec des acteurs institutionnels en relation avec le monde associatif au niveau départemental et les politiques publiques de la ville et de l'intégration des populations immigrées du département du Rhône.

À tout prendre, ce sont en tout une vingtaine d'associations que nous avons rencontrées en vis-à-vis entre le 03 et le 24 octobre 2012108

?? A2P Nord-Sud-Sud (Actions Perspectives-Prospectives Nord Sud-Sud)

?? ABL (Association des Burkinabé de Lyon)

?? ABRA (Collectif des associations béninoises de Rhône-Alpes)

?? AFORMETROP (Association franco-togolaise spécialisés dans la formation en médecine tropicale)

107 Celles-ci sont principalement originaires des pays de l'Afrique francophone et anglophone (Afrique centrale et des grands lacs et

Afrique de l'ouest, y compris le Ghana).

108

Bon à savoir, malgré de multiples relances téléphoniques , nous n'avons pu, pour des raisons d'agendas décalés, convenir d'une plage

horaire de rencontre et d'entretien avec les associations CTRA ( Collectif des Togolais de Rhône-Alpes), FOJEP-D ( Forum des Jeunes entrepreneurs pour le développement - Congo), le CACRA ( Collectif des associations camerounaises de Rhône-Alpes ), l'Union des Comoriens de Vénissieux ( UCV), le SOPé ( Union des Sénégalais du Rhône ), le CODAE ( collectif des Guinéens dans le Rhône), ANAN-K (Collectif des Associations des Nigériens de Rhône-Alpes). Mais pas de retour en revanche des associations ghanéennes nombreuses à Villeurbanne, ni les maliennes, ni les associations étudiantes dont les cordonnées sont restées introuvables, notamment l'association des étudiants camerounais de Lyon, membre du réseau CASA-Net en Suisse pourtant.

70

?? AFRICA50 (Collectif des associations africaines et des amis de l'Afrique du Grand Lyon)

?? AIPES (Association ivoirienne pour la promotion de l'éducation et de la santé

?? ALPADEF (France-Sénégal)

?? Association des femmes de Malé (Comores)

?? Association Unité jeunesse africaine (France-Togo)

?? CADR (Collectif des associations de développement et solidarité internationale de Rhône-Alpes)

?? COSIM (Collectif des organisations de solidarité issues des migrations)

?? Djan Djé (Association française intervenant au Mali)

?? Émergences Sud (France-Cameroun)

?? FEDAM (France-Haïti-Bénin)

?? Haut-Nkam Nshu-Shu (Ouest-Cameroun)

?? Mac Mael Agri Togo (Formation agricole et promotion de l'agriculture et du maraîchage au Togo)

?? MIFERVAL (France)

?? Mutoto Africa (Centrafrique - Congo Kinshasa)

?? Passerelle NGAM (France - Cameroun)

?? SAAE (Solidarité Akpoussou-Akébou en Europe, France-Togo)

Nous avons assisté aux séances de travail de certaines d'entre elles, effectué une revue documentaire large en lien avec le sujet de l'enquête, et avons recueilli des opinions, représentations et croyances exprimées à titre officiel ou officieux (en « on » et en « off ») par les membres actifs, non-actifs(ou démissionnaires) et responsables associatifs interviewés. Quelques migrants commerçants, propriétaire de petites boutiques à Lyon nous ont également accordé quelques minutes d'entretien non enregistré, discussion à bâtons rompus.

Nous avons mené parallèlement une dizaine d'entretiens téléphoniques avec des acteurs institutionnels en lien avec la vie associative, l'insertion, l'intégration des immigrés en France :

? L'Espace associatif du Rhône

? L'adjoint-au maire de Villeurbanne en charge de la démocratie locale et la lutte contre les discriminations

? Le Centre Culturel OEcuménique Jean Lachaize à Villeurbanne

? Le centre culturel de la vie associative de Villeurbanne

? Le Resacoop

? L'Insee Rhône-Alpes

? Chef de projet PLI à la Mairie de Bron

? Une chargée de mission et formatrice à l'ASSFAM, délégation du Rhône

? Le service Insertion à la communauté urbaine de Lyon

Nous avons enfin visité et collecté des informations utiles sur les Portails internet de :

? La Préfecture de région (Rhône-Alpes)

? La Préfecture à l'égalité des chances

? Mairies de Villeurbanne, Lyon, Vénissieux (annuaire des associations)

? La Communauté Urbaine du Grand Lyon (Courly)

? Ministère de l'intérieur, de l'Intégration, de l'Outre-mer et des collectivités territoriales (Rubrique DAIC)

? Haut-conseil à l'Intégration

? Insee Rhône-Alpes et Rhône

? Résacoop, CADR, Cosim, Forim, Africa 50, Alpadef, Sopé, ABL, ABRA, ANAN, Passerelle Ngam, etc.

2.5. Phase de dépouillement

Nous avons alors procédé lors de la phase de dépouillement à la retranscription de ces entretiens en faisant ressortir les renseignements les plus significatifs pour la construction de l'analyse et en effectuant des recoupements afin d'isoler des constantes dans ces discours et mettre en exergue les variables explicatives. Le

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temps court ne nous a pas permis d'effectuer un traitement statistique approfondi de certaines des données quantifiables que nous aurions pu articuler aux variables explicatives : âge, sexe, nationalité, ancienneté de

résidence, statut au sein de l'association, réseaux d'appartenance, nature des interactions avec d'autres
associations de migrants. Néanmoins, la quantification s'est faite de manière sommaire par l'application de la loi du grand nombre : la fréquence et le volume des occurrences ou des réponses similaires émises par les répondants. En clair, par exemple, pour comprendre si les positionnements politiques des membres d'une association se voulant apolitique pouvaient être de nature à fragiliser celle-ci, nous pouvions dégager des tendances, par l'affirmative ou la négative, en fonction de la fréquence de l'une ou de l'autre occurrence, avec bien sûr toutes les précautions méthodologiques qui sont de rigueur dans un travail de recherche fondamentale ou une recherche-action.

2.6. Indicateurs de l'enquête de terrain

Notre enquête ambitionnait de tirer des enseignements afin d'aider les acteurs migrants subsahariens à mieux s'organiser et à mieux se structurer afin d'asseoir leur légitimité, leur crédibilité, et partant, leur visibilité en s'ancrant davantage dans les politiques publiques et les dispositifs spécifiques afférents aux migrants, en matière d'intégration nationale particulièrement et d'insertion sociale corrélativement. Pour comprendre et agir, nous avons construit 4 thèmes ou items. Ce sont des variables dépendantes ou à expliquer et qui permettront de dégager des tendances. Et dans la mesure du traitement de nos données, nous confronterons ces variables à expliquer aux facteurs explicatifs : les champs d'action de l'association, la catégorie socio-professionnelle, l'activité, la situation familiale, la nationalité, l'âge, le genre, le niveau d'études et l'ancienneté de résidence en France des répondants :

1. Discours, représentations et pratiques liés à l'intégration nationale et/ou l'insertion socio-économique des migrants à Lyon et ses environs ; L'ancrage des actions des collectifs 'associatifs de migrants dans les politiques publiques d'intégration/insertion, les niveaux et modes d'appropriation des dispositifs institutionnels y relatifs ;

2. Les motivations, les logiques, niveau et modes d'affiliation des associations aux fédérations et réseaux, les pratiques d'interactions transculturelles avec les associations autres, les alliances stratégiques avec différents acteurs et les bénéfices tirés ;

3. Les discours et pratiques d'identification, mobilisation et développement des compétences des migrants et non-migrants en vue d'accompagner les immigrés (tous statuts confondus) dans le double processus de l'intégration/insertion et le développement solidaire des régions d'origine ;

4. Les corpus de solutions et les stratégies esquissés par les acteurs eux-mêmes afin de pallier les difficultés conjoncturelles, organisationnelles, relationnelles et opérationnelles auxquelles ils font face ; dans l'optique de renforcer les capacités techniques, les compétences diverses, les identités propres, la visibilité auprès des acteurs privés et institutionnels et les interactions fécondes entre les associations des migrants subsahariens du Grand Lyon et entre celles-ci et les associations des non-migrants.

2.7. Au chapitre des difficultés rencontrées

Les retours de nos contacts par mail et par téléphone étaient numériquement peu importants pour une raison principale : les données et cordonnées des associations contactées n'étaient pas toujours à jour (numéros de téléphone et e-mails erronés, changements à la tête de l'exécutif, inactivité de certaines...). Informations que nous nous sommes cru en devoir de remonter aux fédérations sus-citées.

De plus, nombreux sont les présidents d'associations qui n'ont pu se rendre disponibles en raison d'un agenda professionnel et familial chargé. Ce qui a permis quelques rares fois de conduire un entretien par téléphone ou via

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des outils de vidéophonie en ligne tel « skype », notamment avec des acteurs de deux associations expertes en déplacement professionnel au Togo.

Cette enquête, commanditée par le Centre ACF se veut avant tout un outil d'aide à l'analyse des problèmes et à la décision en termes de recherche et d'administration de solutions efficientes. Le temps de la recherche sur le terrain étant trop court en raison des contraintes calendaires académiques qui nous étaient imposées, nous avons souhaité aller à l'essentiel : ce que pensent et ce que font et compte faire les acteurs associatifs pour être acteurs de leur propre développement social et économique en France et là-bas.

Les résultats de notre enquête, plus qualitatifs que quantitatifs, seront restitués tour à tour sous forme d'analyses des discours recueillis et des pratiques observées sous chacun des 4 thèmes ci-haut indiqués et leurs sous-thèmes dérivés, le cas échéant.

3. Panorama des associations subsahariennes du Rhône et leur rapport aux activités d'insertion et

d'intégration nationale

« Connaître le milieu associatif, c'est aussi et sans doute d'abord savoir ce que ce milieu pense de lui-même, de sa situation, des conditions de son action, de son évolution... ».

Association « Recherches et solidarités », dans la Collection « L'opinion des responsables associatifs. Le baromètre des associations».

À travers ce chapitre, nous tentons de brosser un tableau général des associations actives dans le département du Rhône afin de comprendre les formes et l'ampleur des engagements des unes et des autres dans le double champ qui nous intéresse : intégration et insertion. Une arrière-pensée comparatiste guide notre démarche , nous le confessons, dans l'optique de mieux cerner les raisons du différentiel qui existe entre associations des migrants subsahariens et les autres quant à leurs implications respectives dans l'accompagnement des publics migrants rencontrant des difficultés particulières. Aussi, nous parait-il essentiel avant tout de faire un inventaire rapide des domaines d'actions des associations migrantes et non migrantes en relation avec les politiques de l'inclusion sociale.

3.1. Les champs de l'intégration et de l'insertion en France

Il s'est agi au moment de la phase préparatoire de notre enquête d'identifier les différents domaines d'action des associations ayant pour coeur de métier l'intégration ou l'insertion. Comme nous allons le voir, ces domaines s'imbriquent, se recoupent par la nature des problématiques sociales qui en émergent, par la nature des publics cibles et des acteurs institutionnels sous la supervision desquels sont déployées les mesures de résorption. C'est bien là la preuve de la proximité des politiques publiques d'intégration et d'insertion comme nous l'avons déjà vu, même si les publics prioritaires ne sont pas nécessairement les mêmes par définition, les unes portant sur un public spécifique : les immigrés et l'autre sur l'ensemble de la population, mais dont une frange importante est d'origine immigrée109, nous l'avons souligné plus haut.

109

« le récent rapport de l'observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS), met ainsi en évidence que sur les 4,4 millions de

personnes résidant en zone urbaine sensible 52,6% sont immigrées ou descendantes d'immigrés et 64% pour la seule région parisienne, que leur situation socio-économique est sensiblement plus difficile que celle du reste de la population, notamment en étant plus exposées au chômage, en occupant plus souvent des emplois moins qualifiés et en touchant des salaires moins élevés. Conformément à l'analyse du Haut Conseil dans son avis remis au Premier ministre le 12 avril 2011, l'ONZUS estime que ces constats « invitent à croiser les politiques d'intégration individuelle et familiale avec les actions territoriales de la politique de la ville. Au niveau associatif, ce « croisement » existe déjà puisque dans les zones prioritaires de la politique de la ville, une partie des actions subventionnées par ces deux politiques s'avèrent similaires (soutien à la parentalité, accompagnement vers l'emploi, vers l'éducation, vers la santé, vers la culture) et ne se différencient réellement que par le public accueilli (toute population de la zone urbaine sensible (ZUS) ou population immigrée). Or cette distinction demeure très théorique pour les associations qui

73

3.1.1. Champs de l'intégration

Les domaines d'intervention découlent des orientations et objectifs opérationnels du PRIPI et du PDI Rhône. Les actions déployées dans ces directions pouvant bénéficier de subventions :

? du programme 104 de la politique de l'Intégration (OFII et DAIC notamment) et ? du Fonds Européen pour l'Intégration(FEI) entre autres sources de financement.

Les champs d'intervention concernés sont :

?? soutien et accompagnement des parcours d'apprentissage de la langue française,

?? connaissance et promotion des valeurs de la société d'accueil,

?? intégration professionnelle et promotion de la diversité,

?? intégration des femmes immigrées,

?? accompagnement des familles immigrées,

?? accompagnement des personnes âgées immigrées,

?? valorisation de la mémoire et de l'histoire de l'immigration,

?? l'accès aux droits,

?? la prévention des discriminations,

?? la mixité dans l'habitat,

?? les projets culturels,

?? l'accès à la santé...

Les financements vont globalement vers les associations ayant une présence territoriale la plus étendue possible, un savoir-faire reconnu et un réseau d'expertises important.

La politique d'intégration territorialisée est mise en oeuvre au travers des PRIPI, pilotée par la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSCS) en ce qui concerne la région Rhône-Alpes tandis que le PDI est élaboré et mis en oeuvre sous la direction du Préfet à l'égalité des chances associé également au pilotage de la politique de la ville.

3.1.2. Champs de l'insertion

Ils relèvent principalement de la politique de la ville du Rhône dans sa dimension « insertion ». Les actions qui s'y déploient peuvent bénéficier de multiples subventions dont :

? Le programme 147 de la politique de la ville dans son volet insertion par l'emploi et le logement,

médiation sociale et la lutte contre les discriminations notamment via l'ACSE ;

? Le programme 137 de la politique de l'« Egalite entre les hommes te les femmes » placée sous l'autorité du Directeur général de la Cohésion sociale ;

? Le programme 177 de la politique de la « prévention de l'exclusion et insertion des personnes vulnérables». ? puis les communes, le département et

obtiennent alors des subventions des programmes 104 et 147 pour des actions comparables. », Haut-Conseil à l'Intégration, Rapport 2012 « Investir dans les associations pour réussir l'intégration », op.cit.

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? le Fonds Social Européen (FSE) au travers de divers programmes dont le programme EQUAL. Notons que le FSE est le levier financier de l'Union européenne pour la promotion de l'emploi110.

En voici quelques-uns de ces secteurs d'intervention :

- Retour à l'Emploi, insertion socio-professionnelle : services d'aide ou d'insertion par le travail et

l'économique, entreprises d'insertion notamment ;

- Formation professionnelle, activités socio-éducatives ;

- Logement et cadre de vie

- Aides aux jeunes (fonds d'aides aux structures menant des actions dans les domaines du logement,

hébergement d'urgence, mobilité ...puis aides financières ponctuelles aux jeunes de subsistance, transports, hébergement, formation...)

- Prévention spécialisée (personnes âgées, protection infantile et maternelle, intégration sociale, personnes
handicapées

- Défense des droits et intérêts et égalité des chances : médiation, droits civiques, assistances et conseils
juridiques...

Dans les Zones Urbaines Sensibles(ZUS), les politiques d'insertion et d'intégration souvent se croisent de même que les actions subventionnées sont souvent similaires et ne se différencient que par le public accueilli : Immigrés ou population diversifiée de la ZUS. Les associations locales y sont très présentes étant donné l'importance de la demande sociale qui émane de ces zones de forte précarité.

3.1.2.1. Brève présentation de l'ACSE

L'Agence Nationale pour la Cohésion sociale et l'Egalite des Chances, (ex-FASILD) est l'opérateur central de la politique d'insertion territorialisée pour le compte du ministère de la Ville. Placée sous la responsabilité du Préfet à l'égalité des Chances dans chaque département, elle est chargée de la conduite et du financement des actions menées en faveur de la cohésion sociale et de l'égalité des chances, dans le cadre de la politique de la ville, ainsi que des actions pour la prévention de la délinquance et des discriminations. Elle finance et conçoit des programmes qui répondent aux besoins concrets et améliorer la vie des habitants des quartiers dits prioritaires de la politique de la ville (en raison de la multiplicité des difficultés socio-économiques, professionnelles et culturelles que cette catégorie de population cumulent). Ce sont donc environ 30 000 actions locales que finance et accompagne dans leur mise en oeuvre l'ACSE avec l'appui des collectivités locales, établissements publics, associations, entreprises et habitants.

Artisan du « mieux vivre ensemble », l'ACSE a financé depuis le début de l'année 2012 environ 29500 actions sur l'ensemble du territoire national en faveur des habitants de ces quartiers pour un budget global de 392 millions d'euros. Ce sont 497 Contrats Urbains de Cohésion Sociale (CUCS) qui ont été appuyés et 10.900 opérateurs locaux employés.

3.1.2.2. Champs d'actions financés par l'ACSE

110

Portail web du FSE : « Le FSE soutient les projets des organismes publics ou privés visant les priorités suivantes :adapter les travailleurs

et les entreprises aux évolutions économiques ; - favoriser le retour et le maintien dans l'emploi ; - intégrer les personnes défavorisées et lutter contre les discriminations dans l'emploi ; - améliorer le système d'éducation et de formation ; - promouvoir les partenariats et renforcer la capacité des services publics, des partenaires sociaux et des ONG en matière d'accès au marché du travail. Le FSE n'accorde pas d'aide directement aux personnes individuelles (les fonds sont versés aux organismes de formation, collectivités locales, associations) ».

75

La politique de promotion de la cohésion sociale sur le terrain recouvre des champs spécifiques qui font l'objet de subventions tant de l'ACSE, des partenaires communaux que des institutions européennes via le Fonds Social Européen.

Ces champs ce sont :

- La cohésion sociale et territoriale à travers :

o L'animation des Ateliers Santé Ville (267 en 2011),

o Le financement de 4231 postes d'adultes-relais111 (accompagnement et formation) pour la médiation sociale (l'accès des publics jeunes, âgés et des femmes aux droits, faciliter l'accessibilité géographique aux services publics, amélioration de la qualité de l'accueil et de l'information) et 780 postes pour les animateurs associatifs,

o Le soutien financier à la production de 130 oeuvres audiovisuelles pour promouvoir la diversité en 2011 à travers le programme « Images de la diversité » ;

- L'insertion par l'emploi et l'économique

o En 2011, soutien à la création de 6000 entreprises dans les quartiers prioritaires,

o L'accompagnement de 11.000 stagiaires vers les Écoles de la Deuxième Chance (E2C) ;

- La prévention des discriminations

o La mise en place de 66 plans territoriaux de lutte contre les discriminations dont 52 dans le domaine de l'emploi, 13 pour le logement, 12 pour l'éducation et 10 pour la santé. À noter que 31 plans supplémentaires ont été mis en oeuvre pour l'année 2012 ;

o La sensibilisation de 2100 acteurs locaux aux discriminations ;

- La citoyenneté et la prévention de la délinquance

o La prise en charge de 640.000 adolescents et pré-adolescents par l'opération Ville Vie Vacances dans 94 départements ;

o Le soutien financier de 4437 projets pour lutter contre la délinquance,

o Le partenariat avec environ 7500 associations actives sur le terrain,

o En tout 62 millions d'euros mobilisés pour ce pôle d'activités en 2011;

- L'Éducation

o Le programme Réussite éducative qui a bénéficié à 700.000 enfants et

o le financement en 2011 de 3600 places en internat d'excellence pour les jeunes des quartiers prioritaires,

o 312 Cordées de la réussite qui ont permis à 47 000 lycéens d'accéder aux filières d'excellence et aux grandes écoles de la fonction publique ;

- la Santé et l'accès aux soins

o L'ACSE a déboursé en 2011 environ 14,7 millions d'euros pour la santé et l'offre de soins

o Les Ateliers de Santé Ville sont financés à 51 % par l'ACSE ;

- l'Accès à la culture

o Accès aux équipements culturels, au patrimoine, manifestations culturelles (expositions, spectacles, art vivant), avec un encadrement et des parcours adaptés ;

o La valorisation du potentiel créateur de chacun la valorisation du potentiel créateur de chacun ;

o Développement de toutes les formes de pratiques artistiques : musique, danse, écriture, vidéo... (Ateliers `'Passeurs d'images») ;

111

Les adultes-relais sont âgés de plus de 30 ans, sans emploi (ou bénéficiant d'un contrat d'apprentissage ou d'un contrat d'avenir) et

résidents d'un quartier prioritaire. Les employeurs sont généralement des associations ou des collectivités locales.

o

76

L'ACSE soutient aussi les expositions et festivals qui rendent visibles les créations artistiques des résidents des quartiers de la politique de la ville et mettent en valeur la diversité culturelle ;

o Le programme « Médias et Diversité » permet à l'Acsé de soutenir des radios de proximité qui valorisent l'apport culturel et citoyen des habitants des quartiers populaires, ainsi que des sites Internet d'information locale permettant la participation des habitants ;

- l'Habitat et cadre de vie

o Promouvoir l'accès au logement en luttant contre toutes les formes de discriminations

o Améliorer le cadre de vie des habitants des quartiers à l'occasion des projets de rénovation urbaine.

3.2. Quelques associations bénéficiaires en 2011 des subventions du Fonds Sociale Européen dans le Grand Lyon

De nombreux acteurs associatifs interviennent dans le champ de l'insertion dans le Grand Lyon et plus spécifiquement dans les domaines de l'inclusion sociale, la créativité d'activités et l'emploi, la formation , l'innovation et nouvelles technologies de l'information et la communication(TIC), le tourisme, la culture, les transports et l'énergie.

3.2.1. Champ de l'Inclusion sociale

À titre d'exemple, pour l'année 2010-2011 :

Commune de BRON

Association Réussir l'Insertion à Bron (RIB)

- Accompagnement et tutorat des emplois aides de la ville de Bron (16.500€ pour un coût global de

23.500€),

- Expérimentation d'un service d'accompagnement innovant « Mobi seniors », contre l'isolement des
personnes âgées et pour l'insertion professionnelle des publics en difficulté à Bron (17.250€ sur 23.000€),

- Intégration et suivi dans l'emploi 2012 (40.050 sur 90.000€),

- Accompagnement renforcé personnalisé (120.600€ sur 230.400€),

Association POLE PIK

- Défilé Biennale de la danse 2010 (5000€ sur 5005,12€), etc.

CEFI

- Accompagnement renforcé et suivi de parcours 2012 (60.520€ sur 126.700€)

Commune de VAULX-EN-VELIN

PRESTAL (Entreprise d'Insertion)

- Préparation à la mise à l'emploi de droit commun (10.000€ sur 10.730€)

Commune de VENISSIEUX

Régie de Quartier Armstrong

77

- ACI Jardinier dans la ville (14.000€ sur 14.000€)

F.C.2.E. Formation (Former et Construire autour de l'emploi et l'entreprise)

- Référent de parcours pour le Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi (PLIE SOL) (12.474€ sur 12640€)

Commune de SAINT-PRIEST

Association San Priote pour l'Insertion et l'Emploi (ASPIE)

- Placement à l'emploi (18.652 € sur 81.600)

Arrondissement de LYON 7e

ECIDEC112

- création d'une offre de formation en Rhône-Alpes sur les enjeux de la microfinance et de la finance solidaire à destination des étudiants et des professionnels (15.750 € sur 21.000€)

Arrondissement de LYON 3e

UFCS/FR (Union Féminine Civique et Sociale - Formation Insertion)

- 2012 Atelier linguistique intégrant un atelier d'autoévaluation (15.000€ sur 15.007€)

URHAJ (Union Régionale pour l'Habitat des Jeunes Rhône-Alpes)

- Facilité la mobilité permettre la réussite du permis de conduire (25.000 sur 43.182€)

3.2.2. Champ de la Création d'activités

Association Planet ADAM Cré'Acteurs

- Entreprendre en banlieue - Programme de détection et d'accompagnement à la micro-entreprise dans les

ZUS de Vénissieux (2010) (30.184€ sur 102.584€)

VIVEA

- Actions de développement de l'emploi et des compétences des agriculteurs (2012-2013) (463.868 € sur

1.030.817 €) ;

Association Pépinière CAP NORD

- aide au démarrage de la pépinière d'entreprises Cap Nord (12.605€ sur 120.035€)

4. Données générales de la vie associative dans le Rhône

La préfecture du Rhône estime à environ 60.000113 le nombre d'associations officiellement déclarées dont environ 35.000 seulement sont réellement actives114. Parce que les instances en charge de la vie associative n'ont pas

112

Ecidec, association de microcrédit, intervient en appui aux institutions de microfinance au Bénin et au Sénégal pour favoriser l'insertion sociale et économique.

113

Pour rappel, le monde associatif en France c'est à peu près 1,3 million d'associations ; 21,6 millions de membres de plus de 14 ans. 84% des associations fonctionnent sans salariés, 120.000 emploient 1,6 millions de salariés à temps plein ou partiel, soit 1 million à temps plein

78

toujours une visibilité claire sur les dynamiques d'actions des associations dans le périmètre rhodanien et afin de « développer une meilleure connaissance des associations par le grand public et favoriser le rapprochement des responsables associatifs avec les partenaires institutionnels »115, le Département a mis en place un annuaire qui recense, sur la base de la volonté des celles qui souhaitaient y figurer , environ 9638 associations (d'après les dernières estimations du Conseil général du Rhône) dont les associations migrantes réparties dans divers secteurs : action sanitaire et sociale, culture et socio-culturelle, défense des droits et intérêts, éducation et recherche, loisirs et animation sociale, relations internationales, emploi et économie, sports.

4.1. Quelques chiffres qui illustrent le dynamisme de la vie associative dans le Rhône

- 2052, c'est le nombre des associations créées dans le Rhône entre 2010 et 2011, un rythme de création

soutenu selon les Services du Journal Officiel qui livre des données. En gros, sur une période de 10 ans, entre 2001 et 2011 donc, le département du Rhône s'illustre avec en moyenne 12 associations pour 1000 habitants, un ratio qui le place un peu plus au-dessus de la moyenne régionale (11,1 pour 1000) et nationale (10 pour 1000).

- Dans le Rhône, on déclare plus les nouvelles associations à la préfecture de Lyon (près de 9 créations

d'associations sur 10) qu'à la sous-préfecture de Villefranche.

- Sur les 4 dernières années, 27,9 % des inscriptions se sont situées sous le thème « Culture » dans le

département, 23,1 % dans la région et 22,6% en moyenne nationale. Ensuite viennent les Sports (11,7%), les Loisirs (9,3%), le Social (7,9%), l'Éducation-Formation (5,8%), la Santé (4,5%) et l'Économie (4,4%).

- En 2010, 5200 associations sont employeurs (dont 2000 sont spécifiquement lyonnaises soit 40%) contre

5100 l'année d'avant. Celles employant 1 à 2 salariées représentent 51 % de cet effectif, soit 2641 associations. 761 emploient 3 à 5 salariés (14%), 555 en emploient entre 10-19 (11%) et 465 entre 20 et 49 salariés (9% du total des associations employeurs).

- 13.000 c'est le nombre de nouveaux emplois créés par les associations entre 2000 et 2010, et qui

correspondent aux nouvelles créations de postes (salariés à temps complet ou partiel, une croissance soutenue de 25 %, plus rapide que dans l'emploi du secteur privé et à peu près au même niveau que la moyenne nationale, malgré un léger fléchissement au 4e trimestre 2010 au plan régional. Ce qui fait dire à l'association Recherches et Solidarités qui a réalisé le panorama dont sont tirées ces statistiques que : « Avec plus de 63.700 emplois et plus de 1,25 milliard d'euros de salaires distribués en 2010, le secteur représente un enjeu économique important pour le département. Ces emplois, fortement ancrés au territoire, sont précieux car ils apportent du lien social, et ne peuvent généralement pas se délocaliser »116.

- 1525 associations en 2010 ont eu recours au Chèque Emploi Associatif(CEA) pour environ 4794 salariés. Le

CEA est un dispositif institué en 2004 qui vise à simplifier et faciliter l'embauche et les formalités des employeurs du secteur associatif et spécifiquement pour les associations employant des salariés correspondant à 9 équivalents temps plein. Sur une année.

dont 380.000 dans le secteur social et celui de la santé, 167.000 dans le secteur éducatif. 7 emplois sur 10 sont occupés par les femmes. En

France, les associations sont régies par une loi spécifique, la Loi du 1er juillet 1901 qui instaure 4 statuts d'associations : l'association de fait ou non déclarée, l'association déclarée, l'association agréée, l'association reconnue d'utilité publique.

114

Nous tenons ces chiffres du responsable de l'espace de la vie associative dans le Rhône avec qui nous nous sommes entretenus téléphoniquement.

115

Extrait de l'annuaire des associations du Rhône. Propos introductif de l'élu en charge de la vie associative dans le département du

Rhône.

116

Recherches et Solidarités, « Panorama de la vie associative du Rhône », Février 2012

Tableau 13. Aperçu de l'activité salariée des associations dans le Rhône

Répartition des salariés des associations par secteur (%)

Employeurs associatifs et effectif des salariés par secteur

Masse salariale et salaire moyen annuel par secteur

79

80

- Au plan national, 45% des Français adhèrent à une association dont 6 millions sont bénévoles sur un mode hebdomadaire. 80% expriment des attentes fortes vis-à-vis des associations autant par les services qu'elles proposent, le soutien qu'elles portent et le lien social qu'elles créent

- En plus du besoin d'être utile, solidaire de son prochain et jouer un rôle actif de citoyen, les bénévoles s'engagent aujourd'hui portés par des motivations professionnelles (acquisition et développement des compétences, construction d'un projet professionnel, recherche de l'efficacité, besoins de conseils, d'accompagnement, de formation, accès aux nouvelles responsabilités, travail en équipe) et personnelles (épanouissement personnel)

- de nouvelles formes d'engagement bénévole émergent : mobilisation pour une mission précise et pour faire valoir un savoir-faire précis, la participation et le travail à distance « médié » technologiquement (la force des nouvelles technologies de communication), un mode d'engagement qui peut par conséquent pallier le manque de disponibilité des bénévoles qui sont souvent absorbés par leurs charges professionnelles (puisque dans la tranche de l 'âge actif : 25-55 ans) et familiales et régler l'épineux problème des ressources humaines disponibles sur les sites physiques des activités associatives.

4.2. Contexte économique difficile et contraintes budgétaires, techniques et humaines

- les associations en 2012 sont cependant globalement confrontées à un ensemble de nouveaux défis qui vont de manière variable affecter le niveau d'engagement des adhérents : déterminés et persévérants, révoltés ou définitivement résignés donc démobilisés. Ces défis tiennent tout d'abord à la pertinence et la cohérence du projet associatif dans un contexte de crise où les attentes des populations de naissance ou immigrées sont de plus en plus fortes et la qualité des prestations fournies par les associations dans le cadre de leur partenariat avec les instances administratives et l'État de plus en plus exigé. Les associations doivent donc pouvoir adapter leurs objets, statuts et fonctionnement au contexte socio-économique, à l'environnement institutionnel et la complexification des procédures des marchés publics, de même qu'à l'environnement technique et technologique compte tenu de la volonté pour les services centraux et déconcentré de l'État d'aller un peu plus loin dans la démarche de la dématérialisation (procédures administratives via le web principalement qui nécessitent la maîtrise des TIC).

4.2.1. Le financement public des associations en forte baisse

Le développement des marchés publics consécutif au besoin de l'État de sous-traiter un certain nombre de ses missions aux partenaires de la société civile a un impact important sur le monde associatif. Les associations sont de plus en plus soumises en la matière aux mêmes codes, règles juridiques, techniques, sécuritaires et de qualité qui s'imposaient jusqu'ici aux seules entreprises du secteur concurrentiel(privé). Le savoir-faire technique et la polyvalence des intervenants, salariés ou bénévoles, sont aujourd'hui une exigence et une nécessité compte tenu de ce contexte concurrentiel. Le niveau d'exigence a donc considérablement crû et accentue la tendance à la professionnalisation pour qui la salarisation, la rémunération des prestations n'est plus nécessairement un tabou. Conséquence : les petites associations locales, très utiles à la politique d'intégration par exemple, ne sont plus financées car certaines ne remplissent pas les critères de qualité requis, d'autres en revanche n'ont pas les moyens techniques, rédactionnels, financiers (sources de financement internes) pour répondre aux appels d'offres et à projets de l'État ou de l'Union Européenne. Et puis beaucoup ne sont pas assez visibles( car très atomisés ou communiquant fort peu ) pour être identifiés comme partenaires suffisamment compétents pour obtenir un financement.

En 2010 par exemple, l'État français a alloué un budget total de 249 Millions d'€ à la politique d'intégration dont 158 millions destinés à l'OFII. Environ 101 millions ont été affectés au financement des associations, soit pas subventionnement direct, soit par appels à projets ou par l'obtention des marchés publics. Mais seules 1300 associations identifiées comme partenaires de l'État aujourd'hui bénéficient cette manne en ce qui concerne la politique d'intégration. Les financements associatifs enregistrent certes une forte baisse mais les enveloppes allouées sont plus importantes qu'auparavant, passant de 30.000 € en moyenne par association en 2000 à 77.000 €

81

en 2010. Il y a évidemment de fortes disparités dans cette moyenne suivant la taille, les moyens de l'association, son assise territoriale, ses réseaux partenaires, etc.

4.2.2. Typologie des financements publics des associations

Les financements de la politique de l'intégration sont de deux types, selon les échelons administratifs des activités associatives. Dans le cadre des marchés publics étendus ou des appels à projets majeurs, ils émanent d'un trio institutionnel : la Direction de l'Accueil, de l'Intégration et la Citoyenneté (DAIC), le Fonds européen d'Intégration et l'OFII ; et sont majoritairement dirigés vers les associations régionales, fédérales ou nationales.

Les actions d'intégration et d'insertion très localisées, au niveau départemental ou communal par exemple, sont financées entre autres bailleurs fonds et dans le cadre de la politique de la ville par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS) et certains services préfectoraux de l'immigration (en ce qui concerne le PRIPI), avec un volume moyen d'enveloppe de 14.789 €, selon l'estimation du HCI dans son rapport sus-mentionné.

À contrario des contraintes budgétaires de la politique d'intégration qui réduit drastiquement le nombre de bénéficiaires des financements, la politique de la ville au niveau national finance et accompagne environ 9.000 associations. Les opérateurs principaux de cette politique au niveau des territoires en région étant l'Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l'Egalite des Chances (ACSE) et le Secrétariat général du Comité Interministériel des Villes (SG-CIV). Pour simplifier, la politique d'intégration, plus générale, s'appuie sur des associations nationales ou fédérales, alors que la politique de la ville territorialisée s'appuie sur les associations locales.

4.2.3. Exemples de cofinancement s publics de 3 associations d'accompagnement des migrants en France.

Signalons qu'un grand nombre d'associations obtiennent des financements multiples autant dans le cadre de la politique de la vielle que la politique d'intégration. C'est le cas de :

4.2.3.1. L'Association pour l'Enseignement et la Formation des Travailleurs Immigrés (AEFTI)

L'AFTI a reçu pour la seule année 2011 un cofinancement du Fond Européen d'Intégration d'un montant avoisinant les 100.000 € via la DAIC pour des actions suivantes budgétées à hauteur de 180.000€ environ. Soit un cofinancement du FEI à plus de 55% du coût total. Dans le détail cela donne:

? Ateliers sociolinguistiques

- antenne départemental du 71 - 37.000 € sur un montant global de de 88.000€

- antenne départemental de Paris - 13.724 € sur un montant total de 27.449€

? Formation linguistique des migrants âgés

- Antenne départemental du 71 - 18.750 € sur un montant global de 25.000 €

- Antenne départementale du Nord Picardie - 29.000 € sur un montant global de 38.831 €

4.2.3.2. L'Association Service Social Familial Migrants (ASSFAM)

L'ASSFAM, association nationale spécialisée dans l'accompagnement des migrants en France depuis plus de 40 ans apparait deux fois sur la liste des bénéficiaires du FEI en 2011 117 :

? Financement d'un poste d'Agent de Développement Local pour l'Insertion (ADLI) - Cofinancement FEI de 24.790 sur un montant total de 49.740

? Ateliers sociolinguistiques

117 http://www.interieur.gouv.fr/Le-secretariat-general-a-l-immigration-et-a-l-integration-SGII/Fonds-europeens/Le-Fonds-europeen-d-integration-FEI/Les-beneficiaires-du-Fonds-europeen-d-integration-FEI

82

- Cofinancement FEI de 243.325 € sur montant global de 528.325 €. 4.2.3.3. L'Association de solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI 93)

L'ASTI 93 actif dans le département de la Seine-Saint-Denis intervient dans le champ de la formation linguistique à visée d'insertion professionnelle en direction des femmes immigrées inactives ( femmes au foyer) et en recherche active d'emploi, souvent confinées à l'isolement en raison des difficultés de langue. L'association francilienne a obtenu régulièrement dans le cadre de ses activités :

? un soutien financier du Fonds social européen (FSE) via le CRAJEP (Coordination régionale des

associations de jeunesse et d'éducation populaire)118, 23.000 pour les ateliers de formation sociolinguistique entre 2006 et 2007 par exemple au bénéfice des femmes immigrées résidant dans le quartier du Haut-Clichy à Clichy-sous-Bois(92)119 ;

? un cofinancement du FEI en 2011 de l'ordre de 14.628 € sur un montant global de 29.256 € pour l'animation des ateliers sociolinguistiques.

4.2.4. La disponibilité des ressources humaines, premier souci des responsables associatifs

Aux impondérables liés aux finances internes, véritables zones d'incertitude que doivent prendre en compte et gérer les associations aujourd'hui, s'ajoute la situation socio-économique personnelle des bénévoles. La situation tendue du marché de l'emploi, les difficultés financières auxquelles sont confrontées certains bénévoles et adhérents (majoritairement de condition modeste en ce qui concerne les migrants subsahariens du Grand Lyon) tendent à les démobiliser. Aussi, les responsables associatifs doivent-ils trouver des ressources motivationnelles importantes et efficaces pour en recruter, remotiver et fidéliser. Or, le recours par exemple à l'engagement à distance (internet, téléphone, etc.) au sein de la communauté associative subsaharienne pour maintenir malgré tout une par une participation réelle des membres physiquement absents aux activités de l'association n'est pas chose courante.

Au total, ces défis multiples sont en effet de nature à susciter l'inquiétude dans l'exécutif d'une association qu'au niveau du moral des simples membres, si l'on ajoute à cela la réduction du nombre d'associations partenaires de l'État qui bénéficiaient jusqu'ici des subventions publiques locales, nationales et européennes.

Les associations subsahariennes du Grand Lyon ne font pas l'économie de ces évolutions multiples. Aussi, serait-il intéressant de voir comment elles s'adaptent à toutes ces contraintes, les réponses qu'elles apportent aux attentes fortes des Français concernant tant la question de l'insertion des publics en difficulté que l'intégration accomplie des populations immigrées nouvelles ou des générations antérieures.

5. Panorama des associations d'insertion et d'intégration dans le Rhône

5.1. Typologies des opérateurs des activités liées à l'Insertion socioprofessionnelle dans le Grand Lyon

Les associations actives dans le secteur de l'insertion dans le Rhône sont nombreuses. Dans la seule ville de Lyon, au vu des données disponibles sur le portail internet du Conseil général, nous avons identifié plus de deux cents structures d'insertion par l'emploi et la formation réparties entre :

118 Anciennement ARDEVA, le CRAJEP est une coordination volontaire des associations, unions, fédérations et mouvements régionaux de jeunesse et d'éducation populaire qui se revendique des principes de l'éducation populaire. Ces principes s'appuient à la fois sur l'émancipation à tous les âges de la vie, la reconnaissance des capacités et des savoirs de chacun, et l'envie d'agir collectivement dans une perspective de transformation sociale. Le CRAJEP rassemble 28 réseaux associatifs franciliens intervenant sur différents champs (jeunesse, enfance, éducation, solidarité, insertion, logement, loisirs, culture, vacances...). Chacun de ces réseaux est lui-même constitué de multiples associations locales implantées dans les territoires au plus près des préoccupations des habitants franciliens. Au total, ce sont plus de 20 000 bénévoles et élus associatifs et près de 3 000 salariés qui composent le réseau de la CRAJEP sur l'ensemble de la région Île-de-France.

119

ARDEVA (rebaptisée CRAJEP), « Europe, Emploi, Insertion en Ile-de-France. L'expertise associative en faveur des projets locaux »,

préfacé par Nicole Deshayes alors présidente de la coordination, 2006-2007.

83

> Opérateurs d'alphabétisation ;

> Opérateurs de préformation ;

> Opérateurs de formation en alternance/formation ;

> Opérateurs de formation par le travail ;

> Opérateurs de formation qualifiante ;

> Associations intermédiaires de placement des travailleurs (agences d'intérim ou de travail temporaire

par exemple)

Les associations actives sur le champ de l'insertion professionnelle dans le Grand Lyon ont en règle générale pour vocation à :

o permettre à des personnes en situation d'exclusion sociale de se doter d'une antériorité professionnelle, de rechercher un emploi, de se bâtir un projet d'insertion par des activités économiques et de formation. Exemple : AID'AUTO à Vaulx-en-Velin ;

o mettre à disposition de particuliers, collectivités et d'entreprises, du personnel formé et suivi dans le cadre de missions de courte et moyenne durée dans les domaines du nettoyage, de la restauration, du tertiaire...Exemple : ARIEL Services à Lyon ;

o Créer un réseau d'anciens cadres afin de s'épauler dans la recherche d'emploi ou de mission. Professionnels à disposition des chefs d'entreprises afin de mettre en place les solutions techniques, de gestion, de conseil...Exemple : Association des cadres, méthodes et techniques de gestion en entreprise à Ecully ;

o Accompagner et maintenir dans l'emploi en contrat saisonnier dans les stations alpines principalement dans le secteur de l'hôtellerie et restauration. Exemple : Association lyonnaise pour l'insertion par l'emploi saisonnier (ALPIES) à Villeurbanne ;

o Faciliter l'insertion sociale et professionnelle de personnes en difficulté par un travail salarié. Public: jeunes, personnes ayant des problèmes avec la justice, sans domicile fixe, sans formation, chômeurs de longue durée... .Exemple : Association pour l'Insertion des Jeunes par l'Économique (AIJE) à Vénissieux, etc.

5.2. Insertion sociale

Les associations rhodaniennes sont très fortement présentes dans le secteur de l'action sanitaire et sociale, sans qu'il soit aisé d'évaluer leur effectif total. On y distingue ainsi pêle-mêle des associations spécialisées dans :

o L'accueil, conseil, protection sociale, l'entraide et la solidarité

o L'accueil et l'hébergement d'urgence

o L'écoute téléphonique

o Les centres sociaux

o Les foyers de jeunes travailleurs

o L'aide à domicile

o L'enfance, accueil, protection et activités diverses

o La restauration sociale

o Les soins infirmiers, le paramédical à domicile

o Les mutuelles,

o Le logement

o L'accueil des retraités, personnes âgées et des personnes handicapées

o Les associations pour victimes...etc.

84

Cependant , sur la trentaine de structures associatives spécifiquement dédiées à l'entraide et à la solidarité identifiées dans l'annuaire des associations du Rhône, les 2/3 sont sinon d'origine immigrée du moins administrées par des personnes d'origine immigrée, maghrébine dans leur grande majorité.

5.3. Les associations subsahariennes du Rhône. Typologie et répartition géographique

Les données parfois parcellaires et non à jour recueillies lors de l'exploration documentaire et l'enquête de terrain ne nous ont pas permis d'avoir une évaluation précise de l'effectif des associations dites de migrants dont les membres sont originaires d'Afrique subsaharienne. D'autant que ces organisations se distinguent dans leur composition par la grande hétérogénéité de ses membres : immigrés étrangers et naturalisés, descendants d'immigrés, les migrants d'origine européenne en France (italiens, portugais, espagnols, suisses...), les non migrants (français de naissance), amis et sympathisants de la cause des immigrés que l'on retrouve, dans certains cas à Lyon, à la tête de structures migrantes d'importance120.

Cependant au vu de l'ensemble des bases de données consultées dont l'annuaire des associations actives dans le Rhône (qui rassemble donc environ 9638 associations), avec toutes les précautions d'usage qui s'imposent, nous estimons entre 250 et 300 le nombre d'associations composées de migrants d'origine subsaharienne et actives dans le Grand Lyon. Il s'en dégage globalement 5 catégories :

5.3.1. Associations d'insertion

Elles militent en faveur d'actions facilitant l'intégration nationale des populations immigrées en Rhône-Alpes de manière générale, et plus spécifiquement l'insertion de ces personnes (immigrés naturalisés ou primo-arrivants, hommes et femmes, descendants d'immigrés, personnes âgées) en regard des problématiques sociales elles aussi spécifiques :

o la prévention des discriminations et la promotion de l'interculturalité, la transculturalité et la multiculturalité, entendue comme le processus de connaissance de soi en vue d'une entrée en relation avec l'autre dans un espace culturel quasi-similaire (transculturalité) ou radicalement différent (interculturalité), lequel peut être multiculturel.

o la valorisation de la mémoire et l'histoire de l'immigration,

o la promotion de l'entrepreneuriat et particulièrement l'accompagnement à l'insertion socio-économique des femmes

o les activités socio-éducatives et la formation sur des thèmes socioculturelles

Moins nombreuses il est vrai que leurs consoeurs françaises, les associations subsahariennes pratiquant l'insertion et l'intégration, au sens formel que leur donnent les administrations étatiques , ne figurent pas toutes dans l'annuaire des associations du Rhône consulté. De même que nous n'avons pas pu contacter, faute de disponibilité des uns et des autres, toutes celles que nous avions identifiées au départ, à savoir à peine une petite dizaine de petites associations, très souvent actives dans le champ de la création du lien de l'entraide et de la solidarité entre les générations, entre les anciens et les nouveaux arrivants...En revanche, les associations figurant dans notre échantillon et que nous présentons ici sont celles qui revendiquent formellement une activité d'intégration et d'insertion, largement dominée par son volet culturel comme nous le verrons. Parmi ces associations :

120 Il n'est en effet pas rare dans le Grand Lyon qu'un non migrant soit porté à la tête d'une structure représentative des migrants. C'est le cas de l'ex-président du COSIM Rhône-Alpes, non migrant, français de naissance, élu par les responsables associatifs membres du collectif et majoritairement d'origine subsaharienne et. Il arrive aussi de voir des migrants d'origine européenne à la tête d'organisations dites de migrants, mais celles-ci seront bien souvent des associations transculturelles, émancipées des clôtures communautaristes.

85

?? A2P Nord - Sud-Sud : Actions Perspectives-Prospectives Nord-Sud-Sud

?? AFRICA 50, le Collectif des associations de culture africaine et caribéenne du Grand Lyon

?? MIFERVAL

?? FEDAM

5.3.2. Associations communautaires d'entraide dans le Grand Lyon

Souvent de taille modeste et sans avoir développé une expertise ou un champ d'expertise particulier dans le secteur du développement ou de l'intégration, elles ont pour vocation l'accueil, l'accompagnement dans le parcours d'installation, le soutien moral et matériel des anciens et nouveaux membres de la communauté pendant des périodes difficiles : deuil, chômage, difficultés financières, etc. Elles s'inscrivent dans le continuum des caisses de solidarité autour desquelles se structuraient la communauté et qui ont évolué vers une forme associative à partir de 1981 avec la loi autorisant les étrangers à créer et animer des associations. L'entraide permet ainsi de diminuer les charges financières du séjour en France. Ces associations mènent en parallèle des micro-actions de solidarité dans les villages d'origine des membres : transferts de fonds, envoi de médicaments, de livres et fournitures scolaires, financement des structures sanitaires, entre autres actions. Les associations communautaires sont le parent pauvre des octrois de financement pour des raisons que nous évoquerons plus loin.

Entrent dans cette catégorie par exemple :

?? Solidarité des Akpoussou-Akébou en Europe

?? Haut-Nkam Nshu Shu

?? Association des Burkinabé de Lyon

?? Le Collectif ABRA

?? Et hors de notre échantillon : Les Collectifs SOPE, CIRAL, ANAN...

5.3.3. Associations de développement et de solidarité internationale (OSIM)

Souvent transculturelles (c'est-à-dire réunissant les migrants originaires d'un même pays mais parfois de sensibilités ethno-politiques multiples), elles sont tournées principalement vers l'aide au développement des localités d'origine et porteuses de projet de plus grande envergure que celles des associations d'entraide. Elles sont plus souvent membres de collectifs et des réseaux d'appui technique aux projets des associations. Elles s'inscrivent volontiers dans une démarche de professionnalisation en termes de montage de projet et de demande de subventions, une de motivations d'ailleurs à l'affiliation aux réseaux d'acteurs de la Solidarité.

Ce sont entre autres associations de notre échantillon :

?? AFORMETROP : Association franco-togolaise spécialisée dans la formation en médecine tropicale et dont l'essentiel des activités sont localisées au Togo. Expertise en ingénierie de la formation et pratique médicale

?? ALPADEF: L'Alliance Panafricaine pour le Développement de l'Entrepreneuriat Féminin.

?? Mac Mael Agri Togo : active et intervenant elle aussi au Togo depuis plusieurs années, elle est une association spécialisée dans la Formation agricole et la promotion de l'agriculture et du maraîchage au Togo.

86

?? Passerelle NGAM (France - Cameroun) : Se veut avant tout, le point de rencontres et de réflexion de la configuration développementiste121 , la passerelle entre les hommes et femmes d'ici et ceux de là-bas, le trait d'union entre différentes cultures, celle du « développeur » et celle du « bénéficiaire » des actions de développement. Fort de la démarche d'ingénierie sociale développée à la suite des études théologico-anthropologiques préparatoires menées sur le terrain en lien avec l'objet des futures interventions, l'association conduit depuis une dizaine d'années des projets d'alimentation des villages en eau principalement dans le Sud Cameroun. Elle s'appuie sur une communauté mixte d'ingénieurs migrants et non-migrants de toutes nationalités, spécialisés dans les projets de forage, d'assainissement et d'adduction d'eau.

5.3.4. Associations dites opérateurs d'appui aux projets (OPAP) de développement ou d'insertion

Organisations souvent mixtes, composées d'hommes et de femmes migrants et non-migrants, disposant d'une expérience significative, plus ou moins experts dans un domaine lié au développement , à l'action humanitaire ou à la solidarité internationale :

o ingénierie sociale,

o ingénierie de la formation et de l'éducation au développement, à l'économie sociale et solidaire... ingénierie de la conception, du suivi et de l'évaluation des projets,

o ingénierie d'étude recherche-action

o ingénierie de la communication et du marketing : levée de fonds, évènementiel

Les organisations de notre échantillon appartenant à cette catégorie sont :

?? Le COSIM Rhône-Alpes : Collectif des Organisations de Solidarité issues des Migrations, identifié comme un acteur d'appui au montage de projets de solidarité internationale122 . Labellisé OPAP, l'organisation portée par les migrants est considérée comme une « filiale » rhônalpine du FORIM, même si née à l'initiative des seuls migrants du Grand Lyon. À ce propos, plusieurs versions nous ont été délivrées qui s'opposent. Pas moins de 3 membres influents de la vie associative africaine du périmètre lyonnais revendiquant la paternité du COSIM Rhône-Alpes.

?? ALPADEF-France

?? Le Centre Appui Conseil Formation (ACF) : basé à Villeurbanne et qui a développé une expertise en ingénierie de la formation (informatique, technique, linguistique, photovoltaïque ...) et de l'accompagnement à la création d'entreprise depuis plus de 10 ans. Ses activités s'inscrivent dans le continuum de la politique locale du retour à l'emploi. Ouverte à tous publics dont les migrants et les non migrants, c'est la structure d'accueil de notre stage académique en études du développement social. Il est par ailleurs le principal commanditaire de la présente étude.

5.3.5. Les Associations dites de plaidoyer, de sensibilisation et d'éducation en revanche ne sont pas légion

Elle constitue une fausse catégorie dans la mesure où les associations subsahariennes sont rarement et ni exclusivement réductibles aux actions de plaidoyer. Les associations appartenant aux catégories susmentionnées peuvent, de façon variable et selon les capacités et ressources dont elles disposent, intégrer dans leurs activités une dimension plaidoyer et donc un aspect militant pour appuyer et légitimer leurs actions de terrain aux yeux de l'opinion publique et des acteurs institutionnels. Leur coeur d'activité réside dans la formulation de problématiques sociales, nationales ou internationales, en vue de participer à un débat ou de l'initier, mais toujours dans l'optique de sensibiliser l'opinion à toutes les échelles à la prise de conscience d'un problème et à la prise de mesures

121

122

Formule chère à Jean-Pierre Olivier de Sardan in Socio-anthropologie du développement, éditions Karthala.

Une réflexion collective et étude sont en train d'être menées par l'exécutif et les associations membres afin d'intégrer dans leurs activités un pôle intégration avec soutien et accompagnement au montage des projets liés à l'intégration des immigrés dans le Rhône.

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efficientes visant à le résoudre. En ce sens, elles se veulent aussi un groupe de pression désireux de peser sur les politiques publiques à travers souvent un catalogue de propositions d'actions. Ces démarches vont prendre les dehors de campagnes de communication (plaidoyer) autour d'une cause, d'un enjeu particulier lié :

o à l'intégration nationale ou l'insertion sociale d'une catégorie spécifique de la population immigrée : promouvoir l'entrepreneuriat auprès des femmes immigrées et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, accompagner les migrants âgés (les plus de 55 ans) des foyers des travailleurs migrants vers les dispositifs du droit commun par exemple...

o au développement tels que : l'eau, le genre, la microfinance, l'accès au foncier pour les femmes, la décentralisation, le développement solidaire dans les en zones de guerre, etc.

?? C'est le cas par exemple de l'ONG Passerelle NGAM qui oeuvre en France dans le domaine de l'éducation au développement.

Pour finir, si dans les annuaires consultés auprès des communes du Grand Lyon, les migrants sont majoritairement rangés dans la catégorie «Relations Internationales » ou « solidarité/actions humanitaires » même lorsqu'elles ces domaines n'occupent qu'une portion congrue dans leurs activités, certaines associations peuvent toutefois appartenir à une ou plusieurs de ces catégories, notamment les associations féminines que nous avons enquêtées, de même que les associations dites culturelles.

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Chapitre 4. Les associations subsahariennes et l'insertion. Analyse des discours et des pratiques des associations de migrants subsahariens dans le Grand Lyon

Au terme de notre enquête de terrain et l'analyse approfondie du répertoire des associations du Rhône, il nous est apparu que très peu d'associations subsahariennes investissaient formellement le double champ de l'insertion et de l'intégration. Sur la vingtaine d'organisations interviewées en l'espace de 2 semaines, seules 4 se revendiquaient statutairement d'une démarche d'insertion en France et/ou dans les pays tiers.

C'est le cas majoritairement des associations féminines : ALPADEF, FEDAM et MIFERVAL, puis d'une association qui se situe dans le double espace culturel France et Afrique : A2P Nord-Sud-Sud basée à Jonage.

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