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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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b) Globalement, les initiatives sont faibles et la greffe ne prend pas

Nous l'avons décrit dans la définition de l'ancrage territoriale : pour que les entreprises soient ancrées il faut qu'elles établissent une certaine proximité avec le quartier. La proximité géographique à la Belle-de-Mai est forcement avérée. Les entreprises et associations sont disposées au sein de trois îlots qui constituent le Pôle de la Belle-de-Mai. Même si cet ensemble, comme nous l'avons vu, tourne le dos au quartier, il y a bien une proximité géographique entre les deux. La deuxième proximité qui doit être avérée est une proximité organisée entre les entreprises et les structures du quartier. Les entreprises doivent participer au développement local, elles doivent mettre en place une collaboration avec des entreprises ou associations du quartier, elles doivent participer à l'innovation, etc. Mais pour le cas de la Belle-de-Mai, il semblerait que les entreprises n'ont pas conscience des enjeux du quartier et qu'elles ne s'intéressent pas à son développement. Il n'y a pas de médiation avec les acteurs locaux, sauf pour certains événements ponctuels où les associations de quartier entrent en contact avec des entreprises du pôle, mais ce sont des événements très rares et souvent à caractère social. Concernant la formation, il n'existe aucune offre de la part du Pôle Belle-de-Mai. Il y a eu comme idée de remplacer la maternité (actuellement en friche) en espace dédié à la recherche et à la formation, mais elle sera finalement transformée en logements (dans tous les cas, le Pôle Belle-de-Mai n'avait rien à voir avec ce projet). De plus, nous avons expliqué en partie 2 le fait que le turn over était un bon indicateur de proximité organisée entre les entreprises. Mais il l'est aussi entre les entreprises et le quartier. Pour rappel, la plupart des entreprises sont très récentes et la plupart des salariés sont à la Belle-de-Mai depuis moins de 4 ans, il semble donc difficile d'établir un lien de façon durable. Par exemple, si une personne va s'intéresser au devenir du quartier et qu'elle est ensuite amenée à changer d'entreprise ou tout simplement de territoire, il est alors plus difficile pour l'entreprise de s'intéresser au développement économique du quartier.

Les industries qui constituent les trois îlots sont des industries du secteur créatif et culturel. Nous pouvons donc également émettre l'hypothèse que ces industries, étant surtout tournées vers la culture, n'auraient pas d'autres ambitions et peut-être même possibilités que de développer de la culture au sein du quartier. Par exemple, Susana MONTEIRO, chargée d'action culturelle de la Friche, explique que -en parlant de la Friche-« nous avons financé la réhabilitation du cinéma Gyptis rue Loubon. On y trouve notamment des séances organisées par la Friche pour les enfants des associations de quartier. Par contre, nous ne finançons aucun aménagement de type logements sociaux, etc. ». Le Gyptis étant un cinéma, il appartient bien au secteur culturel. Par contre, elle nous confirme bien qu'ils n'intègrent pas d'autres aides dans leur budget de subventions annuelles.

On constate également, dans le discours des acteurs, que l'impact du pôle sur le quarier n'est pas forcement visible. Patrick ALARY, qui préside la Fédération des Professionnels de l'Immobilier de Provence, pense par exemple que « créer un équipement culturel quelque part, c'est toujours une bonne chose pour un quartier, cela le rend plus attractif. Cela dit, je pense que la Belle-de-Mai reste un secteur très en retard. »106(*).Béatrice SIMONET, secrétaire générale du Système Friche théâtre pense quant à elle qu'« on ne prétend pas apporter une solution aux problèmes du quartier, l'un des plus pauvres d'Europe. C'est vrai qu'il n'y a pas eu de transformation rapide du quartier, de « boboïsation », comme à Berlin ou à Liverpool »107(*). Enfin,Robert ROSSI, du groupe de rock Quartiers Nord exprime son point de vue : «  je ne suis pas très optimiste. Prenez le Pôle Média... au départ, on disait que les salariés viendraient s'installer à la Belle-de-Mai. Pensez donc : c'est un monde à part qui a son propre restaurant, qui ne se mélange pas »108(*). Finalement, on a, d'un coté, les optimistes que sont les politiques et qui tentent de démontrer que le pôle a eu un impact positif sur le quartier ; et les autres, les acteurs du pôle et les acteurs locaux, qui ont un discours bien plus pessimiste.

Il semble tout de même important de signaler que nous n'avons pas assez de données pour soutenir ce que nous avançons. En effet, lors de nos entretiens mais aussi dans la presse ou dans le discours politique, la préoccupation est surtout de l'ordre du social, c'est-à-dire pourquoi le quartier reste aussi défavorisé même après d'aussi grands projets. Les réponses qui ressortent le plus souvent concernent donc le rapport qu'ont les entreprises avec le quartier d'un point de vue social et sociétal, et non pas économique. On peut alors se demander pourquoi ce rapport entre développement de l'industrie créative et développement économique du quartier n'est jamais mis en avant ? Le fait que le quartier soit aussi défavorisé fait sans doute oublier aux entreprises le fait qu'elles pourraient participer à son développement économique. Finalement, le fait qu'il soit aussi défavorisé est aussi une preuve que les projets de développement des trois îlots n'ont pas fonctionné sur le quartier. Peut-être aussi est-ce dû au fait que le développement local ne faisait pas partie du projet de base et que les politiques ne se rendaient pas compte du potentiel d'une telle réhabilitation. Finalement, la question de la participation au développement économique, nous nous la poserons par la suite lorsque nous analyserons les pratiques du quartier par les salariés des trois îlots. Nous pourrons ainsi analyser l'encastrement individuel qui pourra nous emmener à des conclusions -bien que subjectives- quant à la participation des entreprises au développement local. C'est d'ailleurs ce que Serge PIZZO, Président du CIQ de la Belle-de-Mai, explique : « l'arrivée de la Friche, des structurelles culturelles, a freiné cette dégringolade.  Et ces salariés, ils consomment aussi dans le quartier, les commerces de bouche y ont trouvé leur compte. Avec la population, le pont a été fait et un événement comme la Belle fête de mai y contribue»109(*).

* 106La provence, 11 mai 2012, Friche et culture ont-elles vraiment changé la Belle-de-Mai, Marie-Eve BARBIER et Delphine TANGUY

* 107Ibid

* 108La Provence, dossier : la belle-de-mai veut croire en l'avenir, avril 2013

* 109La provence, 11 mai 2012, Friche et culture ont-elles vraiment changé la Belle-de-Mai, Marie) Eve BARBIER et Delphine TANGUY,

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