WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'altermondialisme comme alternative a la derive du capitalisme mondial actuel

( Télécharger le fichier original )
par Marcelline LUEMBE OMBA N'SODI
Université chretienne Cardinal Malula - Licence 2015
  

sommaire suivant

IN MEMORIAM

A notre défunt Papa N'SODI OTSHUDIEMA Marcel, qui nous a entouré de tant d'amour, et nous a ouvert les portes de l'éducation et de l'instruction.

S'il était vivant, combien il aurait été heureux de voir le niveau intellectuel que nous avons atteint. Aussi promettons-nous à sa mémoire d'honorer toujours sa famille, de renouveler nos efforts pour nous ouvrir davantage au monde et ainsi porter plus haut son nom.

Repose dans la paix du très-Haut, Papa Marcel !

DEDICACE

A notre Chef Spirituel et Représentant Légal de l'Eglise Kimbanguiste, notre cher papa Simon KIMBANGU KIANGANI pour sa sollicitude et notre réarmement vertueux sans commune mesure. Comme dit Henri de Montherlant, « il sied bien être un Homme de bien ; mais il est surtout mieux d'apprendre le bien aux autres ». Il nous manque des mots assez forts pour exprimer la ferme volonté de faire de nous une femme accomplie et de mérite. Daignez trouver ici l'expression de notre gratitude !

A notre tendre et affectueuse mère Marie LUEMBE BOSOMBA, qui neuf mois durant, ne t'est point lassée de porter une pénible grossesse de jumelles que nous sommes, j'ai cité Marcelline OMBA et Beatrice SHAKO. Que ce travail soit pour toi et mon alter ego une consécration de votre soutien moral et matériel. Certes, le chemin à parcourir reste long et parsemé d'embuches, amis en nous resserrant les coudes, nous restons convaincue que la victoire sera de notre côté.

A notre frère bien aimé Jacques NSALA N'SODI et noter soeur adulée Eugénie N'SODI BEHOMWA, pour votre indéfectible attachement.

A nos charmants enfants, Gloire KIMBANGU KIANGANI, Winner KIAWANGA NZITANI et Jacques Gracieux KISOLOKELE.

A vous tous qui, de prés ou de loin, avez contribué à la réalisation du présent travail, veuillez trouver l'expression profonde de notre reconnaissance.

AVANT-PROPOS

Le travail que nous avons l'honneur de vous présenter est le fruit des années de notre formation et de couronnement de notre deuxième cycle de nos études supérieures et universitaires, la Licence en Relations Internationales.

Sur ce, notre gratitude s'adresse d'abord à l'endroit du Chef des Travaux, Joseph KINDUNUD, qui a accepté de déroger sur son agenda déjà si chargé pour amener ce travail à bon port.

Nous nous adressons également aux corps administratif et académique de l'Université Cardinal MALULA, plus particulièrement à

Nos sentiments de gratitude s'adressent également à nos amis et connaissances pour leurs courants de sympathie, notamment à Junior BINTU, Souzy KOSSI, Nathalie NSEYA, Priscille DISUNDIDI, Nadine NBOKO, Deb's DIMOKE et autres.

Nous n'oublions pas non plus les étudiants de notre promotion et ceux d'autres Facultés de l'Université Cardinal MALULA, tels que Gogo KOSSI et clarisse de la Faculté de l'Economie.

Marcelline LUEMBE OMBA N'SODI

Présentation du sujet

À Seattle, le 3 décembre 1999, le monde découvre le mouvement altermondialiste à l'occasion des manifestations contre la rencontre ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce. Les réactions sont mitigées. Si certains y voient l'expression d'un mouvement anti-mondialisation, d'autres reconnaissent dans cette mobilisation l'héritage des Zapatistes, des opposants au libre-échange et de plusieurs autres luttes contre les politiques et pratiques néolibérales aux quatre coins du globe.

Depuis, le mouvement a connu une croissance rapide et a effectué un important saut qualitatif. L'altermondialisme peut être défini comme mouvement sans frontières de lutte contre l'économie néo-libérale dominante. Pour l' essentiel, il constitue un front d'opposition à la mondialisation du marché, source d'inégalités et de différends entre les nations, entre les classes, entre les personnes.

Ses sévères critiques du Système, qui servent de dénominateur commun à ses multiples composantes, visent en priorité les Etats du G8 et les grands Organismes internationaux (OMC, OCDE, FMI, Banque Mondiale, BCE), tous accusés d'envisager l'activité humaine sous le seul angle de la marchandisation, " D'autres mondes sont possibles ", affirme-t-il.

L'OMC est dénoncée comme assujettie aux industries du Nord, défavorable à l'agriculture du Sud, et finalement indifférente au fossé social et environnemental que creusent ses décisions. Quant au FMI, sont mis en cause ses choix guidés par un préalable idéologique social-libéral plus que par le souci d'un Développement concerté. Ils témoignent, selon les altermondialistes, d'une soumission aux milieux financiers qu'accentue le fonctionnement interne du Fonds où l'influence de chacun est proportionnelle à ses capacités de contribution. Les Multinationales, elles, en majorité américaines et militantes du libre-échange, sont ciblées en raison de leur stratégie de délocalisations et de manipulations fiscales, et de leurs responsabilités en matière de pollution.

L'altermondialisme en réalité ne représente pas un parti mais une mouvance qui rapproche, sans relation hiérarchique, des opinions et des sensibilités diverses, structurées ou non, s'efforçant de dégager des synergies dans ses "Forums sociaux" (Seattle, Gènes, Porto Alegre, Bombay, Copenhague, Atlanta). N'y prévaut aucune Doctrine, même si l'on y trouve des groupes identifiés : marxistes, tiers-mondistes, ex situationnistes, écologistes, souverainistes, libertaires, à l'image des innombrables adversaires du libéralisme économique.

En dépit de cette diversité, l'accord sur des points cruciaux esquisse une alternative envisageable à l'actuelle gestion du monde. Ainsi, le concept de développement durable permet-il de poser la question de l'exploitation incontrôlée des ressources qui s'épuisent, d' où l'idée de " décroissance soutenable ". La notion de souveraineté entraine, de son côté, celle de "sécurité alimentaire " que les projets de commerce équitable et d'allègement de la dette contribuent à conforter. Enfin, les Droits humains, bafoués sous toutes les formes et tous les horizons, réclament un Parlement mondial élu, pouvant légiférer entre autres sur la prévention et le règlement des conflits, la suppression des paradis fiscaux, la neutralisation des lobbies, la taxation des transferts de capitaux, l'interdiction de privatiser certains besoins vitaux, comme l'eau, ou d' imposer au genre humain le fichage informatique.

C'est là sans doute la base d'une résistance organisée aux maux causés par la dérégulation marchande. Les altermondialistes se considèrent déjà à l' origine d'avancées telles que la réduction de la dette des PMA, l'abandon de certains plans drastiques du FMI, et l'accès des pays pauvres aux médicaments.

Choix et intérêt du sujet

La crise des subprimes ayant engendré à l'heure actuelle une crise à la fois mondiale et multidimensionnelle, plonge l'ensemble de l'humanité dans une grande dépression, dont l'issue est imprédicable. Elle peut aussi bien déboucher sur le pire, par des pulsions xénophobes, ou, au contraire, faciliter la mise en oeuvre d'un altermondialisme dont les contours s'esquissent progressivement. L'altermondialisme peut elle proposer des stratégies globales et multidimensionnelles de transformation du monde. La question essentielle «  d'un autre monde » a-t-elle des réponses au travers de l'altermondialisme.

Autant d'interrogations, lesquelles nous poussent à porter notre choix sur l'étude de ce sujet.

Problématique

Plus de 60 ans après le « grand narratif » du développement, la moitié de la population mondiale vit encore sous le seuil de la pauvreté. Par ailleurs, les crises de toutes sortes (économique et financière, alimentaire, écologique, sociale et politique, guerres...) jettent une ombre troublante sur l'avenir de l'humanité. En effet, à l'ère de l'Anthropogène, où l'impact environnemental de l'activité humaine est d'une ampleur telle qu'il génère une véritable révolution géologique, c'est l'ensemble de notre civilisation industrielle, urbaine et consumériste qui se trouve remise en cause.

Comment les peuples du monde peuvent-ils s'organiser pour changer leur destin et concrétiser, autour d'alternatives réelles ? Un monde émancipé de l'utilitarisme, du productivisme, du globalisme et de l'asservissement de l'homme par la technique et le dogme de la croissance est il possible ?

Hypothèse

En guise de réponses anticipées à ces questions, nous avançons des hypothèses.

D'une part, « Un autre monde est possible ». L'objectif étant de faire échec à la pensée unique guidée par les principes néolibéraux, de lutter contre l'impérialisme et de proposer non pas une, mais plusieurs alternatives et ce à plusieurs échelles. Cet autre monde trouve sa solution dans l'altermondialisme , au travers des revendications des mouvements sociaux, qui constituent un archipel de mondes alternatifs émergeant autour de la justice fiscale, de la souveraineté alimentaire, du commerce équitable, de l'économie sociale et solidaire, du travail décent, de la démocratie participative, de la décroissance conviviale et de la sobriété heureuse, du « vivre bien ».Bref, l'altermondialisme peut être considéré comme la solution aux injustices du monde capitaliste.

D'autre part, il serait utopique de penser que le mouvement altermondialiste, lequel a émergé il y a quinze ans, puisse inverser, les logiques à l'oeuvre au sein de ce que la pensée dominante appelait « la mondialisation ». C'est méconnaître la profondeur des transformations que le système capitaliste est en train d'imposer à l'ensemble des sociétés : tout marchandiser, c'est-à-dire soumettre toutes les activités humaines à l'exigence de rentabilité maximale.


Méthodes et Techniques de travail

Nous avons mené une recherche exploratoire afin de répondre à nos questions et de tester nos hypothèses. Nos données proviennent principalement de revue de la littérature sur les sujets abordés.

Nous avons commencé notre recherche par une recension des écrits concernant les aspects théoriques et empiriques de ce mémoire, au moyen d'articles scientifiques, de livres, d'articles de journaux ainsi que de documents disponibles sur les sites Internet de nombreuses organisations.

Délimitation du sujet

Notre étude s'étend de la période des années 90 jusqu'à nos jours. Le choix de cette période se justifie en ce sens que c'est durant cette période que le monde découvre le mouvement altermondialiste à l'occasion des manifestations contre la rencontre ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce de décembre 1999.

Plan sommaire

Ce mémoire contient quatre chapitres. Dans le premier chapitre, nous abordons l'étude terminologique des différents concepts. Cette approche nous amène à définir successivement les termes de «  Mondialisation », « l'altermondialisme » et le « capitalisme ».

Nous abordons ensuite brièvement le capitalisme tel que compris de nos jours. . Nous traitons de ce dernier sujet à travers la réflexion sur les mécanismes du capitalisme contemporain au travers de la théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, autrement appelé la théorie keynésienne.

Le deuxième chapitre contient les principales caractéristiques du monde capitaliste. Nous nous référons pour ce faire aux origines même du capitalisme, des avantages et inconvénients de ce dernier. Nous terminons ce chapitre par l'énumération des symboles même du capitalisme et une approche critique : l'Organisation Mondiale du Commerce, le Fonds Monétaire Internationale et les grandes firmes multinationales.

Dans le troisième chapitre, nous nous intéressons aux aspects fondamentaux de l'altermondialisme. Pour ce faire, nous observons au travers des figures actuelles de l'altermondialisme comment ce mouvement peut apporter des alternatives face au dysfonctionnement du modèle néo-liberal. En abordant les acteurs du mouvement altermondialistes, nous mettons à jour l'hétérogénéité de ce mouvement en prenant comme exemples des acteurs majeurs et parfois moins connus comme : José Bové, Eddy Fougier et surtout Simon Kimbangu.

Le quatrième chapitre aborde l'altermondialisme sous l'angle de sa capacité à pouvoir apporter des solutions aux faiblesses actuelles de l'humanité. Pour ce faire, nous aurons à épingler les forces et faiblesses du mouvement altermondialisme au travers notamment de ses propositions pour qu'un autre monde soit possible. A cet effet, nous énumérerons comme exemple : le commerce équitable, la taxe tobin et le resserrement des écarts entre riches et pauvres. Nous terminons ce chapitre en nous projetant sur l'avenir de l'altermondialisme et les défis qui se dressent devant lui.

Enfin, en conclusion, nous reprenons l'essentiel de nos observations et nous revenons sur nos questions et hypothèses de départ. Ceci nous permet de constater comment les concepts abordés tout au long du travail permettent d'éclairer sous un jour nouveau l'analyse du mouvement altermondialiste.

CHAPITRE 1 :

CONSIDERATION TERMINOLOGIQUE ET APPROCHE CONCEPTUELLE

Section 1 : Mondialisation

La mondialisation est un concept très complexe qui attire et préoccupe actuellement les Etats et les chercheurs. Elle est aussi définie différemment selon les uns et les autres. Elle est un concept qui suscite beaucoup de débats au sein des Etats ou de la communauté internationale.

La mondialisation est multidimensionnelle et touche tous les domaines de la vie économique, culturelle, environnementale et sociale jusqu'aux relations entre les Etats et les notions des cinq continents.

Elle se caractérise surtout par l'intensification des relations par delà les frontières, favorisée par une libération rapide et le progrès des technologies de l'information dans les domaines du commerce des flux financiers et de l'investissement direct étranger. Tout cela contribue à faire de la poursuite du développement et de la préservation de la stabilité interne et externe des tâches aussi difficiles que délicates. D'un côté, la mondialisation offre des promesses de connaissance du commerce et de l'investissement international, de l'autre côté, elle accroit les risques d'instabilité et de marginalisation.1(*)

Depuis le début des années 1990, la « mondialisation » désigne une nouvelle phase dans l'intégration planétaire des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels.

Jacques Adda définit la mondialisation comme « l'abolition de l'espace mondial sous l'emprise d'une généralisation du capitalisme, avec le démantèlement des frontières physiques et réglementaires »2(*). Selon l'OCDE, elle recouvre trois étapes :

· L'internationalisation, c'est-à-dire le développement des flux d'exportation ;

ï La transnationalisation, qui est l'essor des flux d'investissement et des implantations à l'étranger ;


· La globalisation, avec la mise en place de réseaux mondiaux de production et d'information, notamment les NTIC (nouvelles technologies d'information et de communication).

La mondialisation actuelle, ce « processus géohistorique d'extension progressive du capitalisme à l'échelle planétaire », selon la formule de Laurent Carroué 3(*), est à la fois une idéologie ( le libéralisme), une monnaie ( le dollar), un outil ( le capitalisme), un système politique ( la démocratie), une langue ( l'anglais).

Ainsi, toujours selon Laurent Carroué, la mondialisation se définit comme le processus historique d'extension progressive du système capitaliste dans l'espace géographique mondial » en identifiant trois mondialisations successives depuis les Grandes Découvertes 4(*) . Pour lui, la mondialisation contemporaine correspond depuis les années 1960 à la troisième phase du processus.

Pour sa part, l'historienne et politologue américaine Suzanne Berger définit la mondialisation comme l'ensemble des mutations survenues à la

fois à l'économie internationale et nationale qui tendent à la création d'un

marché mondiale unique pour les biens, services, capital et travail. Cette mondialisation se caractérise par la croissance remarquable du commerce

international, la massivité des flux migratoires (vers les pays neufs en

particulier) et les avancées majeures des sciences et des techniques.5(*)

Quant à lui, le geographe Christian Grataloup, definit la mondialisation comme « un provessus de generalisation des echanges entre les diffeerntes parties de l'humanité entre les difefernts lieeux de la planeté », produisant ainsi «  un niveau de socéité pertinnet à l'echelle de l'esnemble des hommes, le monde »

hommes, le monde »6(*). C'est d'abord et avant tout d'un point de vue économique

et financière que l'on aborde la mondialisation. Dans ce sens, on peut la définir

comme le renforcement et l'élargissement des liaisons des économies nationales

en un marché mondial de biens, de service et surtout des capitaux.

Sans minimiser la richesse des définitions données par les différents auteurs ci-dessus, nous pouvons déduire que la mondialisation actuelle est d'abord et avant tout une globalisation financière, avec la création d'un marché planétaire des capitaux et l'explosion des fonds spéculatifs. La fin de la régulation étatique qui avait été mise en place juste après la Seconde Guerre mondiale s'est produite en trois étapes : d'abord, la déréglementation, c'est-à-dire la disparition en 1971 du système des parités stables entre les monnaies, qui se mettent à flotter au gré de l'offre et de la demande ; ensuite, la désintermédiation, possibilité pour les emprunteurs privés de se financer directement sur les marchés financiers sans avoir recours au crédit bancaire ; enfin, le décloisonnement des marchés : les frontières qui compartimentaient les différents métiers de la finance sont abolies, permettant aux opérateurs de jouer sur de multiples instruments financiers. Grâce aux liaisons par satellite, à l'informatique et à Internet, la mondialisation se traduit par l'instantanéité des transferts de capitaux d'une place bancaire à une autre en fonction des perspectives de profit à court terme. Les places boursières du monde étant interconnectées, le marché de la finance ne dort jamais. Une économie virtuelle est née, déconnectée du système productif : au gré des variations des taux d'intérêt des monnaies et des perspectives de rémunération du capital, la rentabilité financière des placements devient plus importante que la fonction productive. Les investisseurs peuvent choisir de liquider une entreprise, de licencier ses salariés et de vendre ses actifs pour rémunérer rapidement les actionnaires. 

En quelques années, la face du monde a résolument changé. La fin de la guerre froide crée l'illusion qu'une communauté internationale est née, qui va enfin percevoir « les dividendes de la paix ». Le capitalisme paraît avoir triomphé, au point que Francis Fukuyama annonce « la fin de l'histoire ». Les firmes transnationales amorcent un vaste mouvement de redéploiement de leurs activités. La décennie 1990 est jalonnée par de grandes conférences internationales où les acteurs traditionnels de la diplomatie, les Etats et les institutions internationales, se voient bousculés, interpellés par de nouveaux acteurs, qui privilégient la démocratie participative. Filles de la mondialisation, dont elles utilisent un des ressorts essentiels, le pouvoir des médias et de la communication, les ONG se fédèrent en réseaux planétaires grâce à l'utilisation d'Internet. Elles imposent la vision nouvelle d'un monde interdépendant, où les grandes questions - pauvreté, santé, environnement - doivent être appréhendées de manière globale. Le Sommet de la Terre (Rio, 1992) inaugure ainsi l'ère du développement durable. 

Mais l'apparente unification de l'espace planétaire cache de profondes disparités. A l'espace relativement homogène d'avant la révolution industrielle s'est substitué un espace hiérarchisé entre des territoires qui comptent dans l'économie mondiale et d'autres qui sont oubliés. « Le monde de la globalisation est un monde de la concentration, de toutes les concentrations : la moitié de l'humanité réside sur 3 % des terres émergées, et la moitié de la richesse mondiale est produite sur 1 % des terres », explique Olivier Dollfus 7(*). Malgré les extraordinaires progrès des technologies, il n'y a donc aucune abolition du temps et de l'espace, mais la distance n'est plus métrique : elle s'apprécie en fonction de l'équipement des lieux en réseaux, qui définit leur accessibilité et leur attractivité. Les effets de centralité se renforcent, au détriment des territoires ou des populations qui n'ont pas d'« avantage comparatif » dans la mondialisation, pas de pouvoir d'achat ou pas de matières premières par exemple. Ceux-là disparaissent dans des trous noirs, sauf quand l'enclavement leur confère précisément la valeur d'un isolat, culturel ou naturel 8(*).

La mondialisation renforce donc les inégalités. Sur un plan spatial, puisque l'accentuation de la rugosité de l'espace s'observe à toutes les échelles : planétaire, régionale, nationale, locale. Mais aussi sur le plan social : l'écart entre ceux qui peuvent saisir les opportunités offertes par la mondialisation et ceux qui ne trouvent pas leur place, entre riches et pauvres, se creuse à toutes les échelles. Un cinquième de l'humanité seulement consomme (et produit) les quatre cinquièmes des richesses mondiales. Sans régulateur, la mondialisation engendre la marginalisation des plus faibles et la prolifération des activités illicites, voire criminelles. Sans contre-pouvoir, le capitalisme finit par aboutir à des situations de concentration et de monopole qui ruinent la concurrence et remettent en question les mécanismes du marché. Face à ces logiques comme à l'émergence de multiples passagers clandestins, il faut des régulateurs.

Loin d'abolir le rôle des Etats, la mondialisation leur redonne au contraire tout leur sens : seule la puissance publique peut réguler la mondialisation en fixant des normes, en redistribuant les richesses, en aménageant le territoire. Tentations du protectionnisme, fermeture des frontières, mise en oeuvre de législations contraignantes, la mondialisation s'accompagne paradoxalement du grand retour des Etats.

Loin d'abolir l'espace, la mondialisation redonne au contraire toute leur force aux singularités locales. « En tant que changement d'échelle, c'est-à-dire invention d'un nouvel espace pertinent, la mondialisation crée inévitablement des tensions sur les configurations locales préexistantes en les menaçant d'une concurrence par sa seule existence  »9(*). L'incertitude face aux mutations du monde, la rapidité des changements suscitent en réaction une réaffirmation des identités locales, une réactivation des communautés d'appartenance : recherche de socles identitaires, montée des communautarismes, la mondialisation fragmente paradoxalement le monde.

* 1 Rose ETTENBERG, les multiples facettes de la mondialisation, édition LABOR, Bruxelles, 2001, p.75

* 2 J. Adda, La Mondialisation de l'économie. Genèse et problèmes, La Découverte, 7e éd. 2006.

* 3 L. Carroué, D. Collet et C. Ruiz, La Mondialisation. Genèse, acteurs et enjeux, Bréal, 2005.

* 4 Laurent Carroue, Géographie de la mondialisation, Ed. Armand Collin, Paris, 2002

* 5 Suzanne Berger, Notre première mondialisation - Leçons d'un échec oublié, Ed .Seuil, Paris, 2003

* 6 Christian Grataloup , Géohistoire de la mondialisation : Le temps long du mondeArmand Colin,ý Paris, 2007

* 7 O. Dollfus, La Mondialisation, Presses de Sciences po, 2e éd., 2001. 

* 8 J. Lévy, Le Tournant géographique. Penser l'espace pour lire le monde, Belin, 1999. 

* 9 J. Lévy et M. Lussault (dir.), Dictionnaire de la géographie, Belin, 2003.

sommaire suivant











9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



Bitcoin - Magic internet money - Join us !