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Médias sociaux (Facebook et Whatsapp) et liens sociaux a Cotonou : reconfiguration ou rupture ?

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par Roméo SOSSOU
Université d'Abomey-Calavi - Maîtrise en Sociologie-Anthropologie  2016
  

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PARTIE 1: UNIVERS THEORIQUE ET APPROCHE METHODODLOGIQUE

Chapitre 1: UNIVERS THEORIQUE

Qu'elle soit pour la recherche de régularité statistique des pratiques ayant une fréquence ou pour la recherche de relations logiques entre deux phénomènes sociaux, la sociologie nécessite une démarche appropriée. L'approche ou la perspective théorique et la méthodologie constituent la charnière de la recherche. La présente étude ne fait pas exception à la règle. Il s'agira donc dans cette première partie de présenter le cadre théorique à travers la problématique, l'état de la question du lien social et des médias sociaux, la clarification des concepts utilisés dans ce document d'une part et la démarche méthodologique adoptés d'autre part.

1.1.1. Problématique

Une innovation est une initiative prise par des acteurs sociaux dans le but d'apporter des réponses inédites à un certain nombre de problèmes économiques et sociaux. Elle cherche à mettre en oeuvre des technologies appropriées au contexte social, privilégie la cohésion sociale et la solidarité. Les innovations remettent donc en cause les clivages traditionnels entre les différentes sphères. Beaucoup d'innovations sont de nature sociale au sens où elles modifient le comportement individuel et de groupe, les valeurs et les normes. Ces changements sont extrêmement difficiles à anticiper. Lier changement technologique et le changement social, en particulier l'impact du premier sur le second est encore plus complexe. La technologie de la communication est un facteur décisif du changement social selon Montousse et Renouard (1997) car elle obligerait les membres d'une société à adopter de nouveaux comportements et à reconsidérer leur conception du monde.

Au cours de la seconde moitié du XXe, le développement des technologies de l'information et de la communication a entrainé l'apparition de réseaux de communication nationaux et internationaux. Grâce à ces réseaux, la communication et les relations entre les individus et les groupes sociaux sont modifiées. La distance géographique entre les peuples laisse place à une proximité numérique. Cette proximité numérique qui naît entre les individus n'a-t-elle pas un impact sur la proximité physique ? L'un des facteurs qui facilite cet état de fait serait la création des médias sociaux sur l'Internet. Les plus en vogue au Bénin et notamment dans les grandes villes comme Cotonou, sont Facebook1(*) et Whatsapp.

La virtualité de l'amitié entre de réels individus que prônent ces sites de réseautage, inquiète Scruton (2010) qui voit en ces plates-formes des sites apparemment innocents et inoffensifs qui s'introduisent dans les relations humaines. Ils s'offrent comme étant des outils avec lesquels les individus peuvent entrer en contact avec facilité, les uns avec les autres à travers l'écran. Désormais, il n'y a plus besoin de vous déplacer et faire le trajet jusqu'à la maison de votre ami, ni de réunions hebdomadaires, ou le cercle d'amis au restaurant ou au bar du centre-ville. Tous ces moyens exigeant de l'effort peuvent se passer juste avec une touche du clavier de votre ordinateur ou de votre portable et vous êtes là où vous vouliez être. La rapidité des communications modernes impulsée par les média sociaux ne se contente pas uniquement d'accélérer le processus par lequel les liens sociaux sont formés et rompus ; elle change inévitablement la manière dont ces relations sont menées et comprises. L'action et l'affection qui sont les manifestations d'une amitié laissent place à une figuration2(*) contrôlée derrière un écran. La protection et la reconnaissance sont aujourd'hui fragilisées (Paugam 2009) avec l'avènement de ces médias. Conçu pour permettre aux utilisateurs de rester en contact et de communiquer à moindre coût, on constate, selon Rosen (2007), que ces médias ont un impact culturel : sur le langage (les amis "s'ajoutent " désormais), en politique (où il est de rigueur aux présidentiables de cataloguer leurs vertus sur MySpace), et dans les collèges et campus (où ne pas être sur Facebook est un handicap social). Le jargon, les abréviations et les fautes permises, l'"internet speak" sont quelques-uns des inconvénients sur la capacité de ces utilisateurs de bien s'exprimer en situation idoine Lopatin (2012). Tisseron (2011), quant à lui, explique que ces médias témoignent d'un changement dans notre rapport à l'intimité ; ce qui l'a amené à adopter le concept d'extimité.

La ville se caractérise par l'approvisionnement régulier de nourriture, elle s'offre également comme l'espace, le lieu des innovations où les individus interagissent pour produire (Weber, 1981). L'innovation sociale comme phénomène social est la résultante de la tension dialectique entre le besoin social ressentit par des acteurs sociaux dans un contexte donné et leurs aspirations sociales à réaliser par des pratiques sociales novatrices pour « corriger » la carence et améliorer leurs conditions de vie économiques, sociales, culturelles et/ou politiques (gouvernance de la cité). En d'autres termes, l'innovation sociale a pour finalité sociale de sortir une collectivité située et datée, par des façons de penser, d'agir et de sentir inédites et innovantes, de l'univers social ou le contexte social des besoins pour accéder à l'univers ou le contexte social des aspirations sociales (Yao, 2010). Lefebvre (1972) disait que le « droit à la ville est aussi le droit à l'innovation » Ici, il s'agit de l'innovation technologique, c'est-à-dire une intervention initiée par des acteurs sociaux pour répondre à une aspiration, subvenir à un besoin, apporter une solution ou profiter d'une opportunité d'action afin de modifier des relations sociales, de transformer un cadre d'action ou de proposer de nouvelles orientations culturelles » (Saucier et al., 2006). Mieux l'urbanité comme caractéristique fondamentale de la vie en ville, fait que ces innovations se diffusent plus vite en ville et entre les villes que dans les espaces ruraux. Ces médias sociaux (Facebook et Whatsapp) en tant que innovations et produits urbains connaissent une certaine diffusion et sont adoptées en dehors de leur cadre spatial initial. Ils ont donc su démontré leur efficacité et reçoivent un jugement extérieur positif ». Ils constituent de nouvelles institutions sociales plus présentes dans les milieux urbains que ruraux. Ils sont donc des pratiques sociales, des « appropriations » du milieu urbain.

La ville de Cotonou, avec 10% de la population béninoise est le premier lieu d'appropriation des médias sociaux. Elle se présente donc comme l'espace où les médias sociaux exercent une pression tellement forte que depuis qu'ils ont pénétré le quotidien de leurs utilisateurs, ils obligent les individus à une construction identitaire qui passe par la quête d'une valorisation personnelle perpétuellement soumise au regard d'autrui (Paugam, 2009 : 50). Depuis 2006 jusqu'à ce jour, une révolution des appartenances, une diversification des relations sociales et un confus entrecroisement des liens sociaux s'observent sous la main coercitive des médias sociaux tels que Facebook et Whatsapp. Le problème issu de ctte réflèxion est formulé sous la forme de la question suivante :

Quelle est l'influence des médias sociaux sur les relations interpersonnelles des usagers de Facebook et WhatsApp à Cotonou ?

En d'autre terme, quels sont les facteurs anthropiques qui engendrent cette influence ; quelles sont les manifestations de ces médias sur les liens sociaux physiques  et quelles sont les typologies relationnelles qui naissent grâce aux médias sociaux ?

Telle est la question qui se dégage pour constituer le fil conducteur de la présente recherche. En guise de réponses provisoires à ces interrogations, des hypothèses sont formulées

* 1Lancé en 2004, Facebook est le site de réseautage social le plus connu. Initialement limité aux étudiants, Facebook prolongea ses membres vers les lycéens et est maintenant ouvert à tout le monde. Pourtant, il est le plus populaire parmi les étudiants, dont beaucoup l'utilisent comme leur principale méthode de communication avec l'autre. Des millions d'étudiants visitent leurs pages Facebook plusieurs fois par jour et y passent des heures dans le monde entier. (Source : www.socialbackers.com).

* 2 Figuration d'autant plus qu'aucun rôle vitale n'est joué par cet "ami" qui vient d'"être ajouter" et qui n'a aucune fonction sociale.

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