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L'organisation de coopération de Shanghai et la politique d'intégration chinoise au Xinjiang

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par Vincent Burguet
Université Laval - L.L.M. Droit international et transnational 2016
  

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2.1. La coopération économique

50 Henry Plater-Zyberk et Andrew Monaghan supra note 18, p.23 . Vyacheslav Kasymov, «S `chernym internatsinalom' v belykk perchatkakh ne boryutsya» («The Black International Cannot be Fought in White Gloves»), Vesti.uz, June 20, 2006, available from www.vesti.uz/index.php?option=com_content&view=article& id=22802:2006-06-20+00:00:00&catid=19:politics&Itemid=39.

51 Supra note 34, p.2

52 Ibid.

53 «China's View of and Expectations from the Shanghai Cooperation Organization », ZHAO HUASHENG, p.443

54 Supra, note 34.

Les attentats du 11 septembre 2001 s'ils ont apporté la possibilité pour la Chine de réprimer plus efficacement les mouvements de résistance ouigours, ont apporté une deuxième problématique dans la vision stratégique de la Chine : celle de la pénétration militaire et idéologique américaine en Asie centrale, « l'ensemble des pays membres [du Shanghai 5 mechanism] ont alors manifesté leur soutien aux USA »55, notamment avec l'abrogation du traité ABM (Anti-Ballistic Missile) par la Russie, et l'ouverture de bases militaires américaines et de l'OTAN au Kazakhstan).

« Ayant perdu l'initiative au sein de l'OCS, la Chine a donc procédé à une réorientation de sa stratégie qui insiste désormais sur la dimension économique et de coopération énergétique ainsi que sur celle de la lutte commune contre les tentatives de changement de régime encouragées par Washington »56.

« La stratégie de développement économique en direction de l'Asie Centrale [...] apparaît comme une prolongation de la stratégie de développement de l'Ouest Chinois, avec un objectif de désenclavement du Xinjiang et de développement économique de la province afin d'apaiser les tensions »57.

Il s'agit d'intégrer une périphérie où les réserves de pétrole, de gaz naturel et de charbon représentent respectivement 30 %, 34 % et 40 % des réserves estimées du pays58. Le Xinjiang possède en effet d'importantes réserves de pétrole (22,8 Mds tonnes en 2013, soit 22 % des réserves du pays) et de gaz naturel (175 Mds de mètres cube, soit 28 % des réserves nationales). Les principaux bassins se trouvent à Tarim, Junggar et Turpan-Hami. Outre le charbon (21,1 Mds tonnes), la région abonde de minéraux59. « Corrélativement, le développement économique du Xinjiang doit aussi permettre de résoudre le problème géopolitique interne de la stabilité d'une marge-frontière en proie à un irrédentisme séculaire »60.

55 Valérie Niquet, supra note 19, p.10.

56Ibid. Voir également Zhao Gongcheng, «China : Periphery and Strategy», SIIS Journal, vol. 10, n°2, may 2003, pp. 2433.

57 Valérie Niquet supra note 19, p.5. Voir également Zhang Weiwei, Xu Jin, «An Observation of Security Cooperation between China and the Central Asian Countries», International Strategic Studies, 04-2005.

58 Xinhua, 2005

59 Fiche province Xinjiang, Ambassade de France, http://www.ambafrance-cn.org/IMG/pdf/2014-09_-_fp_-_xinjiang.pdf

60 Alain Cariou, supra note 1.

Le développement de la coopération économique et culturelle, en tant qu'il constitue la base d'une coopération politique et sécuritaire est dès lors favorisé61. Lors du sommet de l'OCS à Tashkent en 2004, il a été précisé que : « [l]e développement économique progressif de l'Asie Centrale, ainsi que le développement des besoins vitaux de la population sont une garantie de leur stabilité et leur sécurité »62.

Le sommet d'Astana en 2005 réitère la volonté de réaliser le Programme de coopération économique et commerciale multilatéral63 de 2003. Nous pouvons également citer la mise en place d'une Association interbancaire de l'OCS.

Avec la mise en place de prêts de 900 millions de $ à taux réduits (et un projet en 2011 de compte commun de l'OCS de 10 milliards de $ pour réaliser des projets communs), la Chine souhaite in fine mettre en place un système de coopération économique beaucoup plus abouti avec la volonté d'arriver à une Zone de libre échange en Asie-centrale puis une Union douanière.

Cependant il y a un désaccord majeur avec la Russie qui ne voit pas l'OCS comme une organisation de coopération économique, et préfère se centrer sur d'autres structures qu'elle contrôle comme l'OTSC et l'Union Eurasiatique.

La politique économique de l'OCS se centre aussi pour la Chine, sur le développement d'un axe routier pour les importations et le transport des ressources énergétiques (projets d'autoroute Trans-Asie centrale reliant Andijan Osh et Kashgar en passant par la voie stratégique du Karakorum afin de désenclaver la partie sud du Xinjiang64). Les auteurs notent que ces axes routiers présentent l'avantage de ne pas avoir besoin de protection navale (contrairement à l'importation des ressources du Moyen-Orient, d'Asie du Sud-Est avec le « dilemme de Malacca » de la Chine).

Cette politique de développement économique a payé au Xinjiang, il y a eu un essor des échanges transfrontaliers et du commerce intérieur avec l'ex. « En 2003 ils représentaient 50% du total des échanges de la province [du Xinjiang] »65, « plus de 28 points de passages

61 Supra, note 28.

62 Tashkent Declaration of Heads of Member States of Shanghai Cooperation Organization, Tashkent, 17 June 2004, URL .

63 Via SIPRI, supra note 28. The Programme of Multilateral Trade and Economic Cooperation among SCO Member States was signed at a meeting of SCO prime ministers on 23 Sep. 2003 at Beijing.

64 Valérie Niquet, supra note 19, p.5

65 Ibid. p.6 . Voir également Xinhua news, 17062003.

ont été ouverts », et « un accord avec le Kazakhstan a été signé pour une zone de libre échange autour de Khorgos »66, « [a]u mois de décembre 2005, un premier tronçon de 998 Km, reliant les champs pétroliers du Kazakhstan au Nord Ouest du Xinjiang en passant par la passe d'Alashan a été achevé, l'objectif étant de prolonger ce réseau en direction de l'est de la Chine vers Shanghai »67. Près de la moitié des échanges (44,5 %, en croissance de 9,7 % sur l'année) sont réalisés avec le voisin Kazak ; le Kirghizstan et le Tadjikistan captent quant à eux 15,1 % (en croissance de 3,3 %) et 5,8 % (en croissance de 12,6 %) du commerce de la région, de plus en plus intégrée dans les circuits commerciaux d'Asie centrale68.

Si les indicateurs économiques sont au vert, avec un des PIB les plus élevés de Chine et un haut taux de migration pour le Xinjiang, on peut s'interroger sur la véritable portée de cette politique économique. Le Xinjiang s'il a vu ses échanges économiques augmenter, est cependant vu comme une formidable plateforme pour l'importation de pétrole et de gaz en provenance d'Asie Centrale69. Son « rôle est donc essentiellement celui d'une voie de passage pour des produits exportés vers l'Asie centrale, mais provenant dans leur très grande majorité des provinces côtières les plus développées »70.

Avec en parallèle une politique toujours plus répressive envers les mouvements ouigours, le développement économique peut-il racheter l'inefficacité de la politique répressive chinoise ?

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