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L'organisation de coopération de Shanghai et la politique d'intégration chinoise au Xinjiang

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par Vincent Burguet
Université Laval - L.L.M. Droit international et transnational 2016
  

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2. L'OCS comme outil de stabilité et de modernisation du

Xinjiang

2.1. La lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme

Ainsi que nous l'avons précisé précédemment, l'histoire mouvementée du Xinjiang est la source du mouvement pro-séparatiste contemporain, puis de la répression chinoise.

Les mouvements de résistance ouïgoure du « Turkestan oriental » se sont « accentués lors de la seconde moitié des années 90 et les premières années 2000 »33, (émeute à Yinning en février 1997, puis en juillet 2009 avec les émeutes à Urumqi).

La crainte d'une islamisation de ces mouvements ainsi que de la déstabilisation par les pays environnant le Xinjiang34 (après la dissolution de l'URSS, et la montée en puissance des

32 Alyson J. K. Bailes, Pál Dunay, Pan Guang and Mikhail Troitskiy, supra note 28. page 6.

33 Ibid. Voir aussi. « More than 200 terrorist acts were recorded over this period of time, which resulted in 160 people dead and 440 people wounded. State Counsel Information Office of the PRC, ```Dongtu' Shili Zuize Nantao» [«East Turkistan» forces cannot escape the responsibility for their crimes], People's Daily, January 1, 2002,.

Talibans en Afghanistan, ainsi que d'autres groupes « terroristes » en Asie Centrale) a conduit Pékin à s'assurer de la stabilité du Xinjiang, par la répression dans un premier temps. C'est le lancement de la campagne anti-criminalité « frapper fort » en 1996, qui prend la forme d'une lutte contre les mouvements indépendantistes au Xinjiang en parallèle avec la création du mécanisme des Shanghai five pour s'assurer que les pays d'Asie Centrale, culturellement proches de la province du Xinjiang ne s'immiscent dans les affaires intérieures de la Chine, ou du moins aient un rôle « secondaire » en servant de base arrière aux mouvements de résistance ouïgoure.

Cette volonté de rapprocher les Etats d'Asie-Centrale pour coopérer sur le plan sécuritaire, trouve un écho aussi bien au sein des anciennes Républiques d'Asie Centrale, mais également auprès de la Russie.

Les pays d'Asie Centrale, d'aspiration politique autoritaire sont soumis à de nombreux problèmes internes. Ainsi, « [a]u Tadjikistan, la guerre civile a fait rage de 1992 à 1997 et, en 2000, des groupes armées critiquant le régime ont fait irruptions dans la vallée de Ferghana; des attaques à la bombe d'inspiration terroriste ont été perpétrées et des tentatives d'attentat dirigées contre des chefs de gouvernement. En 2005, le Kirghizistan a vécu la «révolution des tulipes» et l'Ouzbékistan a connu des soulèvements à Andijan »35.

La Russie quant à elle est en pleine guerre de Tchétchénie (à partir du 11 décembre 1994, cette guerre durera jusqu'au 31 aout 1996) la Russie voit une possibilité dans l'institution des 5 de Shanghai, de limiter l'exportation du conflit (il faut faire état des liens existant entre les tchétchènes et les kazakhs suite à la déportation de ces premiers à partir de février 194436 au Kazakhstan), d'amoindrir le soutien des tchétchènes par d'autres groupes armés en Asie Centrale, et d'obtenir une légitimité sur le plan régional avec l'approbation par les pays membres (du mécanisme des 5 de Shanghai) de la politique de répression des volontés indépendantistes. Le rapprochement à travers les 5 de Shanghai « offre aux gouvernements d'Asie centrale la possibilité de combattre en commun au niveau régional ces différents risques de sécurité qui présentent une dimension non seulement nationale mais aussi transfrontière »37.

34 L'indépendance des Républiques d'Asie Centrale a laissé une forte empreinte chez les Ouïgours. Bovington, G. (2002). The Not-So-Silent Majority: Uyghur Resistance to Han Rule in Xinjiang, Modern China, Vol 28, No.1, Pg.52

35 « L' Organisation de coopération de Shanghai : signification pour l'Occident » Analyse n°66 du CSS ETH Zurich.

36 Voir sur ce point l'article: http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/tchetchenie

37 Supra, note 34.

Avec les attentats du 11 septembre 2001, la Chine voit l'occasion « d'insérer la

répression de l'ensemble de l'opposition ouïghoure dans la dynamique internationale de lutte contre les réseaux terroristes islamistes »38. La lutte anti-terroriste, trouve plus d'écho et plus de légitimité que la lutte anti-séparatiste auprès des pays occidentaux.

Ainsi, dès novembre 2001 le MAE chinois déclarait en tribune à l'Organisation des Nations Unies (ONU) : « les forces terroristes du Turkestan oriental sont entraînées, équipées et financées par des organisations terroristes internationales »39. Insistant sur les liens présumés entre Al-Qaeda et les mouvements indépendantistes ouigours, le gouvernement chinois, à travers le Conseil des Affaires d'Etat publiait en janvier 2002, un rapport qui regroupait l'opposition ouigoure « sous le label faussement unificateur de Dongtu »40 et faisait état de sa participation dans la guerre d'Afghanistan.

Les auteurs s'accordent pour dire, d'une part qu'il n'existe pas de mouvement ouigour qui « chapeaute » l'ensemble des autres41, et que d'autre part les liens entre les réseaux de Ben Laden et les « terroristes ouigours » sont beaucoup plus faibles qu'annoncés par le gouvernement chinois42, ainsi, ce dernier déclarait qu'au moins « 200 ouigours étaient passés dans le camp de Ben Laden » et « jusqu'à un millier [auraient] reçu un simple entrainement militaire en Afghanistan »43, alors qu'à la chute des talibans, le régime Afghan faisait état d'une « vingtaine de prisonniers de nationalité chinoise ».

Dans cette volonté d'inscrire les mouvements ouigours comme organisations terroristes, en 2003, la Chine émettait une liste des organisations du Turkestan oriental considérées comme « terroristes ».

Ce « lobbying » destiné à instrumentaliser la lutte antiterroristes aboutit à l'inscription de l'ETIM (East Turkestan Islamic Movement) comme organisation terroriste par les USA44 (selon la Chine ce mouvement aurait également des liens avec Al-Qaeda et les Talibans45).

38 « Uygurs `part of world problem' », South China Morning Post, 16 novembre 2001,

« Bin Laden's Network : A Chinese View », People's Daily, 16 novembre 2001 ;

« Guowuyuan : Ladan chuci peixun xindu) » (Conseil des Affaires d'Etat : Ben Laden

finance l'entraînement des indépendantistes du Xinjiang) », Mingpao, 22 janvier 2002 , China Daily, 22 janvier

2002.

39 Rémi Castets, supra note 13.

40 Ibid.

41 Ibid.

42 Ibid.

43 « Jiangdu yu qian ren ladan ying shouxun » (Plus d'un millier d'indépendantistes du Xinjiang auraient reçu un entraînement dans les camps de Ben Laden), Mingpao, 3 novembre 2001.

44 Via SIPRI. P.14 E.g. on 3 Sep. 2002 : «the USA designated ETIM as being subject to Executive Order 13224 Blocking property and prohibiting transactions with persons who commit, threaten to commit, or support

Nous pouvons voir que cette stratégie de communication, est également reprise par Moscou dans sa deuxième guerre en Tchétchénie. Vladimir Poutine, dès l'automne 1999 associe la « lutte contre les séparatistes tchétchènes » au « terrorisme international »46.

La création de l'OCS et l'intégration des « three evils » dans la Charte de l'OCS (le 15 juin 2001), ainsi que le développement dans la foulée de la Convention de Shanghai contre le Terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme par l'OCS47 fournit donc à Pékin (et les autres pays membres, notamment la Russie dans son conflit Tchétchène) les instruments conventionnels et la coopération des pays membre adéquate pour réprimer les groupes de résistance ouigours. Les membres s'engagent désormais à coopérer sur le plan sécuritaire, en affirmant que le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme sont des menaces majeures a la sécurité des Etats, les Etats membres s'engagent également à emprisonner, transférer ou extrader les suspects en matière de terrorisme48.

L'exemple des émeutes à Urumqi en juillet 2009 confirme l'utilité des instruments conventionnels de l'OCS pour Pékin, avec la détention et l'extradition des organisateurs de la manifestation anti-chinoise par le Kirghizstan et le Kazakhstan : «by some accounts, China has had over 100 Uyghurs repatriated from Central Asia back to Xinjiang, including the celebrated case from this March of Huseyn Celil a Canadian citizen who was detained in Tashkent, and then forced to return from Uzbekistan back to China against his will»49.

Outre les outils conventionnels , les Etats membres de l'OCS créent le RATS (la structure régionale anti-terroriste) en 2002 qui commence à être effectif en 2004. Son but est l'analyse, la compilation des informations, la création d'une base de données sur le personnel et les

terrorism.» US Department of the Treasury, Office of Foreign Assets Control, `Terrorism: what you need to know about U.S. sanctions', Washington, DC, 20 Feb. 2007, URL . ETIM does not appear in the list to which EU Council Common Position 2001/931/CFSP of 27 Dec. 2001 on the application of specific measures to combat terrorism applies. Council Common Position 2001/931/CFSP appears in Offical Journal of the European Union, L 344, 28 Dec. 2001, pp. 93-96 and the updated list is in Offical Journal of the European Union, L 144, 31 May 2006, pp. 26-29 and L 379, 28 Dec. 2006, p. 130.

45 State Council Information Office of the PRC, ```Dongtu' Shili Zuize Nantao.» Bin Laden is reported to have told this group, `I support your jihad in Xinjiang'. Information Office of the Chinese State Council, ` «East Turkestan» terrorist forces cannot get away with their offences', Beijing, 1 Jan. 2002.

46 Voir sur ce point : « Séparatisme tchétchène et terrorisme international » Pierre Jolicoeur http://www.er.uqam.ca/nobel/cepes/pdf/vol5no7.pdf

47 Qui est le premier Traité anti-terroriste du 21e siècle. The Shanghai Convention on Combating Terrorism, Separatism and Extremism was signed on 15 June 2001 at Shanghai. Its text is available at URL .

48 Ibid.

49 «China's «Uyghur Problem» and the Shanghai Cooperation Organization», Paper prepared for the U.S.-China Ecomonic & Security Review Commission Hearings Washington DC, 3 August 2006, Dru C. Gladney,p.8.

organisation terroristes (plus de 800 « terroristes » y sont actuellement fichés50), et la formation d'experts anti-terroriste. « Les gouvernements tentent ainsi d'améliorer la collaboration dans ce domaine. Ils se sont mis d'accord sur des définitions communes, échangent des renseignements des services secrets et des connaissances spécialisées, et travaillent à l'harmonisation des structures et des procédures juridiques »51

Le troisième outil de coopération antiterroriste utilisé par la Chine au Xinjiang, est : les manoeuvres militaires. Avec plus de 10 manoeuvres militaires conjointes depuis 2002 dont 6 sur le territoire chinois (dont la mission « Tianshan-2 » qui avait pour but la libération d'otages et l'élimination des terroristes), Pékin essaye d'éradiquer les organisations de résistances ouïgoures, et de tirer avantage des pays voisins du Xinjiang en les impliquant dans ces manoeuvres. Ces manoeuvres militaires ont été vues par de nombreux observateurs comme une composante « antioccidentale » de l'OCS, à travers la volonté de renforcer la coopération militaire, or « rien ou presque n'indique que l'OCS pourrait étoffer sa composante militaire. Les exercices armés qui ont eu lieu jusqu'ici ne contiennent aucune base sur laquelle pourrait être édifiée une force de frappe permanente. Et enfin, l'OCS confirme qu'il s'agit d'exercices à but antiterroriste »52. En effet, le but annoncé de la majorité de ces manoeuvre militaires est la lutte antiterroriste53

Afin de parachever la coopération sécuritaire au sein de l'OCS la Chine signe en août 2007 le Treaty of Long-term Good Neighborliness, Friendship, and Cooperation54 avec la fédération de Russie. Comme nous l'avons souligné ci-dessus, la Chine et la Russie sont les acteurs principaux de l'OCS. Leur divisions sur la marche à suivre de l'organisation a façonné ses évolutions. Il était dès lors indispensable de maintenir un semblant « d'amitié » ou de « cordialité » entre Pékin et Moscou.

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