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Le parti unique et la question de l'unité nationale au Togo de 1961 à  1990.

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par Balowa KOUMANTIGA
Université de Kara - Maîtrise ès Lettre Sciences Humaines 2013
  

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1.1.2- Courant dit progressiste

Le courant progressiste était soupçonné d'être en connivence avec l'autorité coloniale et d'être discrètement appuyé par celle-ci. Il regroupait le PTP et l'UCPN19(*).

1.1.2.1-Le Parti togolais du progrès (PTP)

Crée le 09 avril 1946 sur l'initiative de la France, le PTP était en majorité sinon en totalité composé d'agents de l'administration publique. Son but principal était de :

« Resserrer les liens entre les habitants du Togo et de rechercher les moyens propres à assurer la collaboration franche et loyale avec la puissance mandataire en vue du progrès et du bien être matériel et moral des Togolais. » (Ajavon 1989 : 21).

Il combat dans ses activités le mouvement pan éwé qu'il accuse de tribalisme, d'égoïsme, d'être au service des intérêts britanniques et surtout d'être contre la présence française au Togo. Contrairement au CUT, le PTP s'oppose à l'indépendance immédiate et souhaite une autonomie dans l'union française. Ainsi s'oppose-t-il idéologiquement au CUT. Le parti affirmait sans ambages sa fidélité à la France sans toutefois faire l'économie des critiques : dénonciation de scandale par la presse, plaintes contre la différence de salaire entre Blancs et Noirs, hausse du prix des produits importés bref tous les excès de l'administration. Ainsi le journal le progrès20(*) écrivait :

« Nous préférons que notre pays continue à se confier à la France plutôt qu'au brigandage de quelques compères. Dans un cas, nous parfaisons notre maturité pour devenir rapidement maître de nos destinées, dans l'autre nous sommes secoués par un bouleversement dangereux. Nous demandons simplement que la France reste jusqu'à terme, rapide, de son mandat parce que la France est déjà chez nous et fait un travail que nous voulons voir achever au bénéfice du pays tout entier. » (Batchana 2008 : 265).

Les ténors du PTP furent Pedro Olympio (président), John Atayi, (1er vice président) Nicolas Grunitzky (secrétaire général). (Menthon 1993 : 21).

1.1.2.2- L'Union des chefs et populations du nord (UCPN)

L'autre parti progressiste était l'Union des chefs et populations du nord (UCPN). Créé le 02 juillet 1951, il regroupait tous les chefs supérieurs, les chefs de canton et de village ainsi que les intellectuels du nord-Togo tels que Derman Ayeva, Maman Fousseni, Djobo Palanga, Martel Agba, Albert Kpatcha, Valentin Blakimé, Antoine Méatchi, Baguilma Ywassa, Mateyendi Sambieni. A l'origine le parti était une association à caractère social avec pour dénomination « Fraternité togolaise union des chefs du nord »21(*). Très vite, face au séparatisme du CUT, l'association devint un parti politique en 1951 (Danioue 1994 : 123).

Pourquoi un parti à caractère clairement régionaliste peut-on être amené à se demander. En concentrant sa clientèle dans le nord, la composition de l'UCPN était en contraction avec les normes en matière de formation de parti politique et de ce point apparaissait plus comme un lobi. Devant la revendication de l'unification des éwé incarnée par le CUT, l'UCPN apparaît comme l'affirmation de l'identité du Nord (Bograh 2003 : 40). A ceci, peut s'ajouter le retard de développement qui caractérise cette région du pays. Ainsi, les raisons qui justifient l'existence de ce parti sont à la fois politiques et socio économiques. Babaka Birrégah chef supérieur des Nawdba déclarait à une réunion du parti à Dapaong le 30 novembre 1953 :

« Je prie le parti de faire connaître à l'administration française ce qui nous intéresse : la construction de bâtiments modernes pour améliorer notre standard de vie économique et entreprendre aussi des travaux utilitaires dans nos régions comme ceux qui sont faits au sud »22(*).

La création de l'UCPN serait aussi le désir de la prise en compte des intérêts des populations du nord. Ainsi, l'UCPN dépassait de loin le contexte de la décolonisation et posait un autre problème : celui de la gestion du pays après l'indépendance c'est-à-dire l'équilibre social et politique entre les différents groupes sociaux. Elle exprima la peur de se sentir lésé ou relégué à un arrière plan dans le partage du patrimoine national. Pour les populations ressortissantes du nord, l'indépendance immédiate ne devait pas être une libération comme ils la souhaitaient, mais plutôt un changement de maîtres qui cette fois-ci seraient leurs propres frères. Ce fut donc pour eux une double lutte : d'abord pour l'indépendance et ensuite pour une prise en compte de leurs intérêts (participation active à la vie politique, développement de leur milieu). Après l'indépendance, l'histoire semble leur donner raison. En effet le CUT au pouvoir, s'illustra par la mise à l'écart de la gestion des affaires publiques nationales des peuples non éwé ou alliés à eux ; dès lors en coalition avec le PTP ils incarnèrent l'opposition à la fois politique et tribale des communautés du nord qui s'estimèrent exclus du développement économique et social.

1.1.2.3- Le Mouvement populaire togolais (MPT)23(*)

Il a été créé en 1954 et ses les leaders furent Pedro Olympio, John Atayi, Samuel Aquereburu, André Akakpo. Ce mouvement a eu moins d'écho que les autres avec qui il faisait et défaisait les alliances.

Ces différents partis présentés ci-dessus ont été les principaux acteurs qui ont animé la vie politique au Togo avant l'indépendance et peu après. Malgré leur diversité on assistait en fait à une bipolarisation de la vie politique (Gayibor 1997 : 174) avec d'une part la coalition CUT-JUVENTO et d'autre part le tandem PTP-UCPN. Ils avaient aussi au delà de leurs divergences des traits communs : ils sont d'essence conjoncturelle, ont une assise régionale qui assurait la stabilité et la précision de leur électorat et n'avaient ni programme précis ni doctrine définitive24(*).

* 19 La fusion des deux partis donna naissance en 1959 à l'Union démocratique du peuple togolais (UDPT).

* 20 Le progrès est un organe d'information proche du PTP.

* 21 ANT, 2APA Lama-Kara, dossier 5 :

* 22 ANT, 2APA Dapaong, dossier 16 : Documentations sur les partis politiques : JUVENTO, UCPN.

* 23 C'est un parti centriste. Tantôt dans le front nationaliste tantôt dans le front progressiste. Il se dit modéré.

* 24 Les élections de 1958 constituent une exception la stabilité de cet électorat a été chamboulée. A cette occasion le vote s'est fait sans tenir compte de l'origine tribale.

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"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo