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Conflits enAafrique centrale: le cas de la RCA de 1960 à  2013. Dynamique récurrente d'une trappe de conflictualité

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par Yannick Stéphane NGBWA ESSO
Université de Yaoundé II - Master-Recherce en Science Politique, option: Relations Internationales 2014
  

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PARAGRAPHE 2: LA CRISE DE L'ETAT CENTRAFRICAIN

L'Etat en RCA n'est pas une émanation des Centrafricains eux-mêmes. Il s'agit de l'un des principaux legs de la France. Son calquage s'est fait loin des considérations sociétales et de la volonté des communautés (A). Il porte donc en son sein les germes de sa destruction. Sa greffe ratée est à l'origine d'une insécurité chronique dans le pays (B).

A- PLURALISME ETHNIQUE ET UNITE NATIONALE RCA : UNE CONTRADICTION INSURMONTABLE ?

Le sacrosaint principe de l'intangibilité des frontières ne favorise pas la naissance d'un Etat-Nation en RCA. Pour William ZARTMAN, les problèmes de consolidation de l'Etat-Nation après l'indépendance figurent parmi les causes des conflits123(*). Ipso facto, les conflits en RCA résident principalement dans le fait que ce jeune Etat ne constitue pas (encore) une nation.

Comme le souligne Georges BURDEAU, «dans les pays anciens, c'est la nation qui a fait l'Etat; il s'est lentement formé dans l'esprit et les institutions unifiées par le sentiment national. Dans le nouvel Etat, tel qu'il apparait dans le continent africain, c'est l'Etat qui doit faire la nation. Seulement, comme l'Etat ne peut naitre que d'un effort national, le drame politique s'enferme dans un cercle vicieux»124(*). La nation est le résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. Si en France la nation est le point de départ de l'Etat, la RCAse caractérise par l'antériorité de l'Etat. Un Etat issu des dynamiques coloniales exogènes qu'elle ne contrôle pas125(*). Son oeuvre n'est d'ailleurs pas totalement achevée en raison de l'existence d'un «micro-nationalisme» naturel. Le sentiment d'appartenance au groupe ethnique est plus sacré et plus légitime que celui d'appartenir à l'Etat. Cet élément joue énormément sur le destin du pays et est l'une des raisons de sa situation chaotique. L'Etat en RCA est pluriethnique. Le pays connait une diversité culturelle. On dénombre une soixantaine de langues126(*). Il s'agit de l'une des données fondamentales de son équation politique. Ces différentes sociétés traditionnelles n'ont jamais manifesté la volonté de vivre ensemble.Les limites dessinées par les colons ne respectaient pas les espaces ethnoculturels. Les Sara se trouvent coupés de la majorité des leurs vivant au Tchad. Il en va de même des Mboum qui résident avant tout au Cameroun. Dans le même sillage, les Youlou sont répartis entre la RCA et les deux Soudan. Les populations des fleuves sont séparées de leurs pairs de la RDC. Les Zandè quant à eux sont éparpillés entre la RCA, le Sud Soudan et la RDC127(*). Or, l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun et que tous aient oublié bien des choses128(*).La culture politique dominante n'est pas prête à faire émerger des attitudes et des comportements générateurs de dynamiques de construction du phénomène de la Nation.Ici, le sentiment national repose davantage sur l'allégeance aux dirigeants qu'à un projet national. Tout ceci aboutit à une sorte « d'empêchement national »129(*).

B- L'ETAT POSTCOLONIAL CENTRAFRICAIN, FACTEUR D'INSECURITE

Le legs d'un modèle d'Etat dit moderne est un impact durable de la période coloniale130(*). L'Etat centrafricain porte les marques du partage colonial de l'Afrique. En plus du cadre territorial, les structures économiques, les institutions politiques et administratives, le système judiciaire, l'éducation de l'élite moderne, etc. A l'indépendance, il n'y a pas eude rupture brutale entre l'Etat colonial centrafricain fragment de l'Etat français et l'Etat postcolonial. La RCA reste politiquement et économiquement dépendante de la France131(*). Les choses sont restées les mêmes. Pendant la colonisation, les Français étaient les bourreaux et depuis l'indépendance ce sont les dirigeants centrafricains qui le sont devenus132(*).BernardLUGAN parle d'un «Etat littéralement plaqué sur des mouvances ethniques »133(*).Il est réduit à être au service des oligarchies et des autres aristocraties. En effet, le cadre étatique permet à une partie des élites de gérer à leur guise les ressources de l'Etat, qu'il s'agisse de la richesse nationale propre ou des aides fournies par des partenaires étrangers. Ces élites privilégient au mieux leurs intérêts sur les bases ethniques, religieuses et locales. La réalité de l'exercice du pouvoir fait la part belle aux réalités sociologiques, aux solidarités ethniques, aux rapports d'allégeance d'ordre clanique. Quelques efforts de redistribution de la rente étatique sont faites mais le plus souvent à l'endroit de leurs affidés. C'est ce que Jean-François BAYART appelle la « politique du ventre »134(*). Cette gestion prédatrice de l'Etat ne peut que susciter frustration et colère chez les exclus. L'Etat s'identifie à une personne donnée dans un moment historique particulier avec une concentration du pouvoir entre ses mains. L'autorité en RCA est analysable à travers le troisième modèle de domination mis en exergue par Max WEBER, le charisme. Il y'a une dimension patrimoniale du leadership en RCA135(*). On ignore la conception du pouvoir comme capacité d'agir pour améliorer la situation de la population. La finalité primordiale d'Etat est la durée au profit de laquelle les ressources nationales sont mobilisées.La faiblesse de l'Etat centrafricain donne la latitude à des acteurs extérieurs d'agir à l'intérieur de ses frontières.

* 123 William ZARTMAN cité par Djibril SAMB, « Conflits et crises en Afrique : étiologie, typologie, symptomatologie », Leçon inaugurale de l'Amphi de rentée UGS, Saint Louis, année universitaire 2007/2008, pp. 1-2.

* 124Georges BURDEAU, l'Etat, Paris, Seuil, 1970, p. 37.

* 125 Cf. Roland POURTIER, op. cit., p. 75.

* 126 Les langues vernaculaires en RCA sont regroupées en deux grands ensembles : les dialectes adamoua-oubangiens du groupe nigéro-congolais et les dialectes soudanais centraux du groupe nilo-sahharien.

* 127 Cf. Patrick GOURDIN, « République Centrafricaine, géopolitique d'un pays oublié », consulté le 25/07/2016 sur www.diploweb.com.

* 128 Cf. Ernest RENAN, Qu'est-ce qu'une nation ?,Paris, Editions Mille et une nuits, 1997, p. 15.

* 129 François THUAL, Les conflits identitaires, Paris, Ellipse, 1995, p. 156.

* 130 Cf. Jean-Marie BALENCIE, Arnaud de LA GRANGE (dir.), Mondes rebelles. Guérillas, milices, groupes terroristes, Paris, Editions Michalon, 2001, 1677p.

* 131 Cf. René LEMARCHAND, « Quelles indépendances ? », Pouvoir, numéro 25, Paris, PUF, 1983, pp. 131-147.

* 132 Achille MBEMBE, De La postcolonie, Paris, Editions Karthala, 2000, pp. 41-93.

* 133 Bernard LUGAN cité par Justin KONE KATINAN, Cote d'Ivoire. L'audace de la rupture, L'Harmattan, Collections Afrique liberté, 2013, p. 45.

* 134 Jean-François BAYART, L'Etat en Afrique, Paris, Bayard, 1989, 439p.

* 135 Cf. Jean-François MEDARD, « La spécificité des pouvoirs africains », Pouvoir, numéro 25, Paris, PUF, 1983, pp. 15-21.

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