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Approche socio-anthropologique des institutions d'intégration des personnes àĘgées¬†: le cas de l'êbeb chez les Odjukru (côte d?ivoire)

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par Fato Patrice KACOU
Université Félix Houphouet Boigny de Cocody-Abidjan - Thèse Unique de Doctorat en Sociologie 2013
  

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1.2-Revue de littérature

Nous avons fait l'état des lieux au plan documentaire sur les thématiques que nous abordons. Qu'est-ce que les auteurs ont dit et comment ont-ils répondu aux questions relatives à la retraite, au vieillissement et à la vieillesse ?

Il importe de préciser deux caractéristiques de l'objet de l'étude qui sont la récence et la transdisciplinarité de l'objet. La première entraîne une faible mobilisation d'ouvrages locaux sur le sujet et la seconde fait appel à des disciplines annexes.

1.2.1-Du fonctionnement des organismes de retraite à l'identité des retraités

L'organisation de la politique de protection sociale a eu pour socle la Conférence Internationale du Travail qui a adopté en juin 1952 la Convention N°10231(*). Cette convention a défini les prestations sociales, au nombre desquelles on note la prestation vieillesse, comme le noyau de la sécurité sociale. On observe de façon générale trois paliers dans la protection sociale.

Il s'agit de l'assistance sociale mise en oeuvre par l'Etat au profit des personnes âgées qui, eu égard à leur revenu, ne peuvent ni participer ni s'acheter une assurance sociale. Elle est financée par les prélèvements d'impôts, sans contribution directe des bénéficiaires. Il y a ensuite la solidarité professionnelle qui est mise en oeuvre par les travailleurs et les employeurs. Le régime s'autofinance par leurs contributions. Enfin, il y a la protection complémentaire et volontaire. Elle relève de la responsabilité individuelle et est financée par les cotisations des souscripteurs. Elle repose le plus souvent sur la capitalisation. Ce dernier palier est le domaine de prédilection des assurances et banques.

Cependant, il y a un gap entre la réalité du fonctionnement des caisses de retraites et le cadre organisationnel de la politique de sécurité sociale tel que tracé par la Conférence Internationale du Travail. C'est cet écart que met en exergue S. Koné (2004)32(*). A travers les exemples des Caisses de retraite du Sénégal et de la Côte d'Ivoire, il jette un regard critique sur les politiques de prévoyance sociale en Afrique de l'Ouest en dépeignant deux faits que sont la faiblesse des régimes de retraite d'une part et les difficiles conditions de vie des retraités d'autre part. S'agissant de la faiblesse des régimes de retraite, il évoque deux problèmes dont l'un est lié au nombre insuffisant de pensionnés tandis que l'autre est dû au déficit des Caisses de retraites. Concernant le nombre insuffisant des pensionnés, il relève le ratio retraité-cotisant et le faible taux de recouvrement. A cela s'ajoute le chômage et les retraites anticipées qui baissent les ressources des Caisses de retraite car ce sont les actifs qui cotisent pour les personnes à la retraite.

Pour ce qui est du déficit des Caisses, on note qu'en plus du faible taux de recouvrement, de la proportion de retraités qui croît et de la diminution du nombre de cotisants, il y a des entreprises qui retiennent illégalement les cotisations prélevées et refusent de payer la part patronale. Pour l'auteur, les Caisses de retraite de l'Afrique de l'Ouest peuvent s'inspirer de l'exemple burkinabé qui, s'il n'est pas exempt de reproches, a le mérite d'exonérer les pensions des taxes et impôts, de diminuer la contribution des retraités aux frais de santé et de leur offrir des facilités pour le paiement des charges domestiques telles que l'eau et l'électricité.

Quant aux conditions de vie, il note les arriérés de plusieurs mois de pensions, le mauvais accueil des retraités, le retard dans le paiement de la première pension et la faiblesse des revenus. Cette faiblesse de revenu est plus perceptible chez les retraités du secteur privé que chez ceux du public. Il illustre ses propos par l'exemple de la CGRAE et de la CNPS. A la CGRAE, les affiliés cotisent 6% contre 12 % pour l'Etat. Et à la retraite, ils ont une pension mensuelle qui va de 80% à 100% de leur salaire s'ils sont pères d'une famille nombreuse. Le travailleur qui avait un salaire de 200 000 FCFA dans le secteur public aura 80% de cette somme à la retraite soit 160 000 FCFA. Par contre, s'il était affilié à la CNPS, il percevrait près de 25 000 FCFA. En cas de décès du mari, la femme perçoit au titre de la pension de réversion la moitié des 25 000 FCFA alors que le mari ne perçoit la pension de la femme que s'il est invalide et ne dispose d'aucun moyen de subsistance. Aussi, malgré l'inflation et la cherté du coût de la vie, les pensions ne subissent-elles pas de majoration bien qu'elles paraissent déjà dérisoires.

Face à ces problèmes, la SNIGG, dans une perspective interdisciplinaire, a réalisé une étude sur les conditions de vie des retraités avec pour objectif général de prévenir le phénomène des morts précoces au sein des personnes âgées. En effet, il a été donné de constater dans le rapport d'activité 200633(*) de la CGRAE qu'elle a enregistré 866 cas de décès de retraités. Ainsi, pour un échantillon de 422 retraités, l'étude a confirmé que 35,1% ont survécu entre 10 et 15 ans et 23,7% ont survécu 20 ans. Les causes pourraient être liées à: « la pénibilité de la vie et à la précarité de l'état de santé. ». 39,3%, 20,7% et 26,1% des décédés étaient respectivement des ex ouvriers, des ex enseignants du cycle primaire et des ex éléments des Forces de Défense et de Sécurité. Les retraités ayant de très faibles ressources financières, variant entre 20 000 FCFA et 100 000 FCFA de pension, n'arrivent pas à faire face au loyer, aux frais de soin de santé ni à se nourrir décemment. Or, en raison des modifications physiologiques, les personnes âgées ont besoin d'un cadre de vie et d'une alimentation adaptés. Elles développent très souvent une polypathologie qui requiert une prise en charge spécifique. Mais, il n'y a pas de centre de gériatrie en Côte d'Ivoire.

En plus des conditions de vie difficile, la CGRAE est confrontée à une gestion administrative opaque, à des problèmes d'archivage et de renseignement des dossiers de retraite. En effet, en 2002-2003, un rapport d'audit34(*) a révélé l'existence de 3000 retraités fictifs. C'est un manque à gagner pour la CGRAE car les ressources de la Caisse qui devaient servir au paiement des retraites, nourrissent frauduleusement d'autres individus.

Les retraités pour corriger les dysfonctionnements se sont constitués en association pour influencer la gouvernance et réclamer leur admission au sein des organes de gestion, notamment le Conseil d'administration. En dépit des efforts, leur requête n'a pas abouti.

Avec A-M. Guillemard (1972)35(*), on voit qu'un tel environnement de gestion des retraités a un impact sur la manière de vivre la retraite. C'est pourquoi, se servant des loupes du déterminisme social, elle a pu identifier cinq types de comportements chez les retraités en fonction de la vie menée en période d'activité. Elle met en corrélation les situations de ressources des retraités et leurs pratiques en période d'activité. Il s'agit du maintien d'un niveau d'activité sociale chez les retraités qui ont acquis ou épargné des ressources pendant la période d'activité, d'une retraite troisième âge chez les personnes ayant accumulées des potentialités, d'une retraite-loisir chez les personnes ayant accumulé des biens, des conduites de revendication chez les retraités à niveaux conflictuels de ressources et la retraite-retrait chez des personnes ayant eu un acquis insuffisant.

Ce dernier type de retraite (la retraite-retrait) est présenté comme désastreuse parce que entraînant une «paralysie progressive de toute l'activité sociale du sujet, à son repli sur l'être biologique»; l'auteur parle même de retraite-mort sociale. Selon elle, c'est la retraite la plus attestée chez les travailleurs.

L'observation de ces comportements la conduit à définir la vieillesse comme étant: «la phase de la vie consacrée à la pure reproduction des comportements déjà appris, le moment où la possibilité d'émergence de nouveaux rapports sociaux ou l'introduction de nouveaux modèles de conduites productrices ou consommatrices est compromises.». En d'autres termes, l'état de vieillesse laisse peu de choix pour la mobilité sociale. Il est capital de souligner ici la définition de la retraite par le terme vieillesse. En effet, les hommes d'action étant confrontés à la délimitation de l'âge à partir duquel débute la vieillesse, ont pris pour repère la mise à la retraite qui signifie la cessation de toute activité professionnelle rémunérée du fait de l'avance en l'âge et l'octroi de pension. On est arrivé à rendre synonymes les termes de retraite, vieillesse et personne âgée.

A-M. Guillemard (1972)36(*) restant attachée à la perspective du déterminisme social pense plutôt qu'il faut travailler à améliorer les conditions de vie des travailleurs en période d'activité pour leur offrir une retraite honorable. Les initiatives en faveur des retraités arrivent tard et ne peuvent apporter de changements significatifs. C'est ce qu'elle dit en posant que : « Elaborer, comme on le fait aujourd'hui, une politique sociale pour personnes âgées se limitant à des actions sur les conditions de vie de la population retraitée, ne peut conduire qu'à un aménagement extrêmement partiel de la situation. Ce n'est qu'en agissant sur le montant et la nature des ressources accumulées au cours de la période productive de l'existence qu'il sera possible d'apporter des solutions aux problèmes des personnes âgées. C'est en modifiant les données de la vie de loisirs et de travail des actifs, en intervenant en amont, que l'on pourra exercer la seule action de redressement profonde et efficace. ». Les politiques sociales doivent oeuvrer pour éviter aux personnes âgées la retraite-retrait qui renvoie à l'arrêt du travail et donc à la fin de « l'existence sociale ».

L'idéal de retraite vers laquelle les hommes doivent tendre est la retraite-loisir. L'atteinte de ce modèle de retraite réunit l'amélioration des indicateurs tels que: le revenu, l'étendu du réseau de relations sociales et l'état de santé. Aussi, l'allongement de la vie et le phénomène de jeune-retraité ont-ils fait émerger un autre type de retraite : la retraite solidaire. Elle s'exprime par le travail libre opposé au travail marchand. Les retraités dans ce cas militent dans des associations, se mettent au service des autres de façon bénévole. Ils refusent l'inactivité et le statut de consommateur de pension.

A l'inverse d'A-M. Guillemard (1972), E. Cohen37(*) propose l'avance de l'âge de la retraite. Pour lui, il faut « inventer un nouveau compromis social pour des générations qui auront une durée de vie à la retraite deux fois supérieure à celle de leurs grands-parents.». Des pays de l'Europe en suivant de telles recommandations ont revu à la hausse l'âge de départ à la retraite et s'activent pour favoriser le travail des seniors.

Deux visées se dégagent de la proposition d'E. COHEN38(*). Il y a un but économique, celui de résoudre le problème de ratio retraité et cotisant et un but social, sortir de la marginalité sociale des retraités qui ont encore la capacité de travailler.

J-L. Demonsant (2007)39(*) vient au secours des Caisses de retraite en proposant une gestion traditionnelle des aînés sociaux. Dans une étude anthropo-microéconomique réalisée en milieu rural sénégalais (Matam), il analyse un système informel de retraite. Comme dans la plupart des pays de l'Afrique de l'Ouest, les travailleurs du secteur informel et ceux du secteur agricole ne sont pas intégrés au système formel de retraite. Ainsi, pour s'assurer un revenu au grand âge et faire face aux effets de la sécheresse, les patriarches issus des classes nobles et ceux des classes inférieures encouragent leurs fils à migrer dans les pays occidentaux à la recherche d'un mieux être. Pour maintenir le lien social avec leurs enfants, les parents restés au village assurent à ces derniers la chance (baraka) par la prière et leur garantissent l'intégration au retour, à travers la préservation du patrimoine familiale (terre, troupeau). Les enfants à leur tour transfèrent régulièrement de l'argent à leurs parents pour les besoins quotidiens.

Cependant, l'auteur fait constater qu'en général, seuls les enfants des patriarches nobles honorent l'obligation alimentaire. Les enfants des parents défavorisés «fuient» et ils restent sans nouvelles d'eux. Cette déviance sociale, ils l'expliquent par le fait que les patriarches des classes défavorisées n'ont pas de biens propres à léguer à leurs enfants.

Au nom de l'esprit communautaire qui repose sur la solidarité, les patriarches nobles partagent avec ceux des classes défavorisées leurs ressources. Le système de redistribution des ressources s'active lors des cérémonies religieuses ou familiales (baptême, mariage, funérailles). En effet, lors de ces cérémonies, les griots et les esclaves collectent d'importantes sommes auprès des nobles.

Bâtir une politique de sécurité sociale à partir des réalités endogènes, c'est ce qu'esquisse G. Perrin (1967)40(*). Pour lui, on peut trouver les raisons explicatives de la problématique de la sécurité sociale dans les différences de société et de besoins. Les pays en voie de développement sont à un niveau technique et économique inférieur à celui des sociétés industrielles. Il y a donc risque d'échec et d'inopérance en créant des organismes de solidarité sociale sans les adapter aux réalités culturelles endogènes.

La représentation sociale de la vieillesse pourrait être le ciment de la protection sociale.

* 31Rapport annuel 1997-1998 de la Conférence Internationale de la Prévoyance Sociale (CI. PRES. S), p. 6.

* 32Soungalo Koné, http://www.ouestafriqueeconomie.com/n6/dossier-04-11-04-13-16.html, 09 septembre 2012.

* 33Séri Dédy, Etude interdisciplinaire de la mortalité au sein des retraités de la Fonction Publique de Côte d'Ivoire, 2006.

* 34Séri Dédy, idem.

* 35Anne-Marie Guillemard, La retraite, une mort sociale. Sociologie des conduites en situation de retraite, Paris, Mouton, 1972.

* 36Anne-Marie Guillemard, idem.

* 37 http://www.elie-cohen.eu/print.php3?id_article=110, 08 janvier 2013

* 38 Elie Cohen, op ; cit.

* 39Jean-Luc Demonsant, un système informel de retraite base sur le prestige des notables au village. Étude de cas à Matam (Sénégal), in Philippe Antoine, les relations intergénérationnelles en Afrique: approche plurielle, Paris, 2007, pp. 121-142.

* 40Guy Perrin, «Pour une théorie sociologique de la sécurité sociale dans les sociétés industrielles», Revue française de sociologie, 1967, pp. 299-324.

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