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Transition démocratique en Guinée: perceptions de la diaspora vivant au Bénin

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par Pierre Pévé BAVOGUI
Université d'Abomey Calavi - Diplôme d'Etudes Approfondies  2012
  

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VIII- LA DIASPORA GUINEENNE EN ACTION AU BENIN : ELEMENTS

EMPIRIQUES

Au delà de ces discours concernant la transition démocratique en Guinée, la diaspora guinéenne du Bénin est loin d'être passive en raison des activités qu'elle mène pour participer au rétablissement de la quiétude sociale et de l'unité nationale en Guinée. Ces activités sont coordonnées par des structures sociales mises en place à cet effet.

8.1.Bref aperçu des structures sociales existantes

Au Bénin, les structures sociales guinéennes reconnues sont principalement le consulat honoraire et la CRGB. Il existe des sous-structures à caractère régionale ou socioculturelle.

- Le consulat honoraire

En effet, si les relations diplomatiques entre la Guinée et le Bénin datent de l'indépendance, il faut dire qu'elles se sont tardivement matérialisées quant à l'existence d'une structure diplomatique guinéenne au Bénin. C'est seulement en l'an 2000 que M. Ibrahima Youla prendra l'initiative d'ouvrir un consulat honoraire de la Guinée au Bénin. Celle-ci se donnera pour mission principale de protéger les intérêts des guinéens vivant au Bénin et de faciliter leurs démarches administratives. Avant cette date, toutes les procédures administratives devraient être engagées à l'ambassade de Guinée à Lagos (Nigeria). De nos jours, le consulat est l'organe officiel intermédiaire reliant les guinéens du Bénin à l'ambassade de Guinée à Abuja. Il travaille en étroite liaison avec la CRGB qui l'organe au sein du quel les guinéens du Bénin exercent leurs activités associative.

- La CRGB

La communauté est plus ancienne que le consulat car, elle date de 1975 et fut crée par des fonctionnaires guinéens affectés au Bénin sous le régime de feu Ahmed Sékou Touré. Elle consacre l'essentiel de ses activités non seulement à la résolution des problèmes quotidiens que connait la Guinée mais aussi aux problèmes qui affectent ses membres. De nos jours, elle est composée de deux catégories de guinéens diasporés : ceux venant du pays et ceux nés au Bénin. Ceux venant du pays suite à des situations difficiles sont cependant plus actifs dans les activités que ceux nés ici dans un milieu parental ambiant. Elle regroupe des guinéens issus de toutes les confessions religieuses, de toutes les formations politiques représentées au Bénin et tous les groupes socioculturels du pays. Elle compte environs 1200 membres contre 1750

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habitants enregistrés au consulat. La communauté demeure la super structure au sein de laquelle se créent des sous-structures avec des pouvoirs d'action limitée.

- Les sous-structures

Il s'agit des structures associatives qui existent mais ne sont pas reconnues comme telles par le consulat et les autorités guinéennes. Elles sont pour la plus part des associations de groupements ethniques ou régionaux. Leurs activités sont focalisées uniquement au renforcement de la cohésion entre les membres d'un groupe socioculturel ou d'une région. Elles manifestent de fortes solidarités lorsqu'il est question de venir à la rescousse d'un des leurs. La plupart d'entre elles sont rattachée à la structure dominante qu'est la CRGB.

8.2.Appartenances des enquêtés aux structures sociales existantes Graphique VI : Appartenance des enquêtés aux structures sociales guinéennes

Apparténance à des structures de
représentation guinéenne

70%

65%

60%

50%

40%

30%

20%

15%

12%

10%

8%

0%

Consulat, CRGB et autres structures (69)

Consulat uniquement

(16)

Autres structures
uniquement (13)

Aucune structure (9)

Source : Enquête de terrain 2011-2012

On constate sur ce graphique que plus de la moitié (65 %) des personnes interrogées sont membres de la CRGB et sont enregistrées au consulat. Ces enquêtés sont issus de tous les groupes socioculturels, de tous les partis politiques et de toutes les catégories socioprofessionnelles de la présente étude. Ils sont par ailleurs, ceux qui participent le plus activement au débat politique inter-guinéen. Ce explique fortement l'implication de la diaspora guinéenne du Bénin dans son ensemble aux situations politico-économiques que

connait la Guinée. Malgré leur différence politique, socioculturelle et socioprofessionnelle, leur structure commune d'action est la CRGB. Ce qui démontre leur attachement aux valeurs d'unité et les donne un positionnement social susceptible de rendre leurs oeuvres fécondes dans le cadre de la réconciliation nationale qu'ils prônent.

15 % des enquêtés sont simplement enregistrés au consulat et ne sont pas membres ni de la CRGB ni d'aucune structure. Ils sont pour la plus part des étudiants et des commerçants. Cela peut s'expliquer par les occupations professionnelles de ces enquêtés qui ne leur permettent pas de prendre part à des activités des structures associative présentes ici. Mais malgré leurs occupations, ils tiennent à faire acte de leur présence au consulat qu'ils reconnaissent comme une structure chargée d'assurer leur protection en toute circonstance. En se faisant enregistrer au consulat, ils ont la certitude d'être sous « la protection maternelle » de la Guinée qui leur tient à coeur. Ils ne se livrent à aucune activité allant dans le sens du débat politique dans leur pays. Ce qui s'explique par leur méfiance vis-à-vis de la chose politique. Cette méfiance tire son origine de l'instabilité politique que connait le pays et qui fait douter les étudiants (dont la plus part sont sous la tutelle de certains ministères) quant à leur devenir professionnelles une fois de retour au pays.

12 % représentent la taille des enquêtés qui n'appartiennent pas à la CRGB et ne sont pas enregistrés au consulat mais sont membres de structure associative à caractère régional. Ces enquêtés sont majoritairement des ménagères qui sont soit mariées à des guinéens vivants au Bénin ou soit à des béninois. Ce qui explique quelque part l'attachement aux pratiques communautaristes au sein de la communauté guinéenne du Bénin. Mais cela reste souvent inaperçu puisque les interviewés qui sont membres de ces structures ne participent pas aux actions qui concernent directement le processus de transition démocratique en Guinée. Ces structures dont il est question ici, ont une vocation plus sociale et économique que politique dans la mesure où la plus part d'entre elles focalisent leurs activités sur les tontines, assistance sociale de tous genres (baptême, décès, mariage, naissance, maladie). Elles ne sont que des formes d'entraide face aux difficultés quotidiennes rencontrées au Bénin.

Enfin, 8 % des enquêtés ne font partie d'aucune structure se réclamant de la diaspora guinéenne. Ils sont en grande partie des ménagères, des commerçants et quelques étudiants/doctorants. Ce qui explique le manque d'intérêt de ces interviewés vis-à-vis de la vie associative à l'étranger. Leur préoccupation majeure reste leurs activités professionnelles respectives.

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8.3.Typologie des actions ? Les actions de plaidoyer

Il s'agit des actions qui visent à influencer les décisions politiques. Elles constituent des lobbyings qui se manifestent par la publication de mémorandums adressés aux autorités publiques guinéennes. Ces actions de plaidoyer en faveur de la stabilisation de la situation politique en cours se manifestent principalement de trois manières :

- La procédure diplomatiques/consulaires. Dans ce cas, la diaspora pour faire parvenir sa déclaration aux autorités guinéennes, doit prendre contact avec le consulat honoraire de la Guinée au Bénin qui, à son tour, rend compte à l'Ambassade de la Guinée au Nigeria. C'est celle-ci qui prend la décision finale concernant la publication de la dite déclaration. Cependant, cette procédure semble favoriser la censure des textes qui ne seront pas en faveur du système politique en place. S'il est vrai que la plus part des personnes qui incarnent les représentations diplomatiques et consulaires sont très souvent soucieuses de conserver leur poste, on peut constater que celles-ci utilisent toutes les stratégies nécessaires pour plaire aux autorités en place y compris le refus de publier ces déclarations qui `'dérangent `' ;

- La procédure de tutelles béninoises. A ce niveau, il s'agit pour la diaspora de passer directement par les autorités béninoises en charge de l'intégration africaine et des Mairies pour rendre publique ses intentions à travers des manifestations couvertes par la presse internationale et les médias guinéens. Cette procédure est souvent très peu soumise à la censure mais elle subit des retards dus à la lenteur administrative et à la méfiance de ces autorités de tutelles. Celles-ci craignent souvent que ces déclarations n'engendrent des crises diplomatiques entre les deux pays. Ce fut le cas des démarches engagées pour protester contre les évènements du 28 septembre 2009. Une copie de la demande introduite auprès de la mairie de Cotonou en cette occasion figure en annexe de cette production ;

- La procédure de la confrontation directe. Il s'agit ici d'une voie verbale qui consiste à échanger directement avec des personnalités guinéennes en mission ou en visite au Bénin. La diaspora profite de la présence de ces derniers pour les rencontrer et échanger avec eux sur les situations qui prévalent dans le pays. On peut noter quelques rencontres avec des personnalités de la transition en cours comme :

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V' M. Mohamed Bamba Camara, conseiller du ministre des guinéens de l'extérieur à la date du 04/04/2010 ;

V' Général Facinet Touré, médiateur de la République en date du 27/02/2011 ; V' Mgr Albert David Gomez, vice-président du CNT à la veille du premier tour des élections présidentielles (scrutin du 27 juin 2010) ;

V' Général Sory Doumbouya, grand chancelier de l'ordre national du mérite en date du 14/12/2011 ;

? Les actions de sensibilisations

Il s'agit des actions dirigées par la diaspora pour susciter un changement de comportements chez les guinéens de l'intérieur souvent confrontés à des crises politico-ethniques qui favorisent leur division. La diaspora, après s'être renseignée sur ce qui se passe au pays, procède d'abord à la diffusion de l'information sur cette situation à l'endroit de tous ses membres. Ainsi, pendant les assemblées générales ou les réunions extra-ordinaires, des stratégies communes sont envisagées pour lancer des appels à l'unité et à la cohésion nationale. La nature de ces stratégies varie selon la circonstance en cours. Il peut s'agir des rencontres de prières entre les ressortissants des quatre régions naturelles si elle fait face à une crise ethnique ; ou une rencontre des représentants de partis politiques sanctionnée par un meeting commun lorsqu'elle fait face à une crise politique.

Photo I : Le Président de la CRGB lisant un discours

Source : Cliché Pierre Pévé BAVOGUI du 02/10/2011

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Sur cette photo figure le président de la CRGB lisant un discours. A coté de lui se tient le responsable des guinéens de Porto-Novo et juste derrière lui on voit le consul. Ce discours intervenait juste à la sortie d'une rencontre de prière en faveur de la paix en Guinée. Cette rencontre qui avait eu lieu dans les locaux du consulat honoraire était co-organisée par ces deux structures. Toutes les quatre régions naturelles étaient représentées. Des guinéens étaient venus de partout à travers le Bénin (Porto-Novo, Parakou, Bohicon, etc.) pour lancer un appel à la paix et à l'unité nationale ;

? Les actions de médiation et intermédiation

Ces actions sont engagées lorsqu'il s'agit essentiellement de crises qui interviennent entre les acteurs politiques internes ou externes. La diaspora, procède à l'instauration d'une mission de médiation chargée de résoudre les différents entre les acteurs nationaux concernés ou d'intermédiation s'il est questions des acteurs membres de la diaspora ;

? Les autres actions

Il s'agit notamment des actions menéespour la fraternité et les convivialités entre la diaspora et les guinéens de l'intérieur. On peut noter ici les partenariats dans le cadre de la promotion de la culture guinéenne au Bénin à travers la commercialisation des habits artisanaux (lépi, forêt sacré, étoffes traditionnels, etc.) et d'autres objets culturels guinéens sur le sol béninois. Ces actions culturelles se sont matérialisées par la création de quatre centres de teintures dans la ville de Cotonou dont le centre Manda Saran, celui du Lycée Koulibaly et les deux centres situés à Akpakpa. Ces centres jouent un grand rôle dans l'emploi des diasporés spécialisés dans la teinture (plus de 300 employés de la sous région). On peut également noter des matchs de Gala organisé ici ou au pays et tout récemment la création d'un centre académique de football dans la ville de Kankan par l'Association des Jeunes Dévoués pour l'Emergence de la Guinée (AJDEG) dont le lancement a eu lieu le 14 janvier 2012. Ces actions sont largement diffusées par les médias au sein de la population guinéenne.

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Photo II: Match de Gala pour l'unité nationale

Source : Cliché Pierre Pévé BAVOGUI du 02/10/2011

Cette photo présente deux équipes débutant un match Gala de football en faveur de la réconciliation nationale et de la paix en Guinée. Ce match fut organisé dans le cadre des festivités du 53ème anniversaire de l'indépendance de la Guinée. Les guinéens venus de toutes les villes du Bénin avaient pris part à cet évènement organisé par le consulat en collaboration avec la CRGB.

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PERSPECTIVES POUR UNE THESE DE DOCTORAT EN SOCIOLOGIE :

DE LA DEMOCRATIE AUX VALEURS MARCHANDES A LA DEMOCRATIE AUX VALEURS EDUCATIVES

La problématique de la démocratie en Afrique reste très controversée. Il ressort cependant des analyses de cette étude que, pour une réussite du processus démocratique en Guinée, il est nécessaire de passer d'une démocratie marchande à une démocratie basée sur l'éducation.

De la démocratie aux valeurs marchandes

La démocratie telle qu'elle se présente en Afrique de façon générale et en Guinée de façon particulière est d'une valeur purement marchande. Le sens de marchandise donnée ici à la démocratie s'explique par son imposition aux peuples qui n'en ont aucune culture, c'est-à-dire, aucun mode de vie parallèle. Le peuple de Guinée dans son ensemble, est fortement ancré dans les valeurs ancestrales de la royauté, de la chefferie et du droit d'aînesse. Ces valeurs sont d'ailleurs communes à toutes les sociétés africaines. Avec l'avènement de la démocratie, les guinéens se sont vus privé de leurs valeurs traditionnelles au profit de celles

européennes et américaines dont ils sont ignorants. Cette manière de vivre
« démocratiquement » n'a pas prit en compte leur manière de vivre anciennement. Or, comme le dit l'autre, « vouloir poser la toiture d'une case sur une autre, elle tombe dedans ou elle déborde ». Elle tombe dedans ou elle déborde parce que tout simplement cette case sur laquelle on veut la poser n'a pas les mêmes dimensions que celle pour laquelle la toiture a été confectionnée au départ. Pour que cette case soit convenablement couverte, on n'a pas besoin de transposer une autre toiture qui n'est pas la sienne mais plutôt d'en confectionner une en fonction de ses propres dimensions. Cet exemple de la toiture de la case illustre bien le caractère marchand de la démocratie. Cette démocratie de culture occidentale est imposée par les puissances occidentales aux sociétés africaines dans le seul but de voir les intérêts de ses promoteurs prospérer sur le continent noir.

Pour parvenir à cette fin, ils apportent leur soutient à des élites africaines dévouées à leur cause même si ceux-ci sont incompétents et ne peuvent en rien contribuer au développement de leur propre pays. Ainsi, la logique de la démocratie marchande est qu'il faut garantir les intérêts de son protecteur pour rester au pouvoir. Tout dirigeant qui ne se plie pas à cette règle peut se voir renversé d'un moment à l'autre.

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Une démocratie aux valeurs éducatives

Le moyen le plus efficace pour réussir le développement en Guinée, serait de définir comme priorité, la valorisation de l'éducation. Il faut entendre ici par éducation les aspects scolaire et traditionnel de celle-ci. L'éducation scolaire fait allusion à l'instruction qui a pour garant l'Etat tandis que l'éducation traditionnelle quant à elle, fait allusion aux formes traditionnelles d'éducation dont la famille est le principal acteur. En effet, depuis l'indépendance, avec les réformes scolaires contradictoires, on a eu l'impression que l'éducation n'est pas une priorité nationale en Guinée. Or, il n'y a pas de développement réussi sans une politique axée sur l'éducation. Ce qui rend indissociable et interdépendant l'éducation, la politique démocratique et le développement. Faire donc de l'éducation une priorité c'est opter pour le développement car, comme le disait Claude Assaba, « l'éducation est la clef de tout développement » (ASSABA, 2004 : p. 143) La démocratie, pour engendrer le développement, exige des citoyens plus d'éducation, de maîtrise de soi et de connaissances générales car, ces citoyens sont appelés à prendre des décisions pour l'évolution du pays. MOUGNIOTTE, 2002, cité par ASSABA, op. cit. : p. 190, martèle : « Vanter la démocratie sans organiser l'éducation est une duperie (...) La société globale ne nourrira véritablement la volonté politique d'éducation à la démocratie que dans la mesure où ses membres eux-mêmes ont été formés aux valeurs de celle-ci. Mais comment le seraient-ils si cette volonté politique a fait défaut à l'éducation ? »

Cette démocratie éducative peut induire au développement si elle trouve solution à trois inquiétudes fondamentales à savoir la revalorisation de la fonction enseignante, la formation des formateurs et la question des infrastructures scolaires dignes de noms. Ainsi, s'ouvre une nouvelle problématique recherche : pourquoi et comment passer de la démocratie à valeurs marchandes à la démocratie à valeurs éducatives ? C'est à cette préoccupation que seront consacrées de nouvelles recherches dans le cadrede la thèse de doctorat en sociologie.

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"Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait"   Appolinaire