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L'Union européenne et Chypre: autopsie d'un succès inachevé


par Meriem JAMMALI
Université Paris IV Sorbonne - Master Enjeux, conflits, systèmes internatinaux à l'époque moderne et contemporaine 2006
  

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II. Les origines européennes de l'île 

Selon l'avis de la Commission rendu le 30 juin 1993 concernant la demande de Chypre, « la situation géographique de chypre, les liens profonds qui, depuis deux millénaires, situent l'île aux sources mêmes de la culture et de la civilisation européennes, l'intensité de l'influence européenne, tant dans les valeurs communes au peuple chypriote que dans l'organisation de la vie culturelle, politique, économique et sociale de ses citoyens ainsi que l'importance des échanges de toute nature entretenus avec la communauté confèrent incontestablement un caractère et une identité européens à Chypre et confirment sa vocation à appartenir à la Communauté »66(*).

Si on analyse pourtant cette déclaration plus attentivement, on est amené à conclure que la portée de ce texte -« la situation géographique de Chypre ... confèrent incontestablement un caractère et une identité européens à Chypre, etc. » - est bien limitée. Car, si culturellement, Chypre a un héritage en commun avec les pays européens, elle a été toujours associée géographiquement aux pays asiatiques. Dans ce contexte Semih Vaner expose explicitement ce point de vue « et pourquoi la Turquie, serait-elle en Asie alors que Chypre, qui vient d'entrer dans l'Union, de surcroît plus à l'est qu'Ankara, serait considérée comme européenne »67(*). En effet, géographiquement, Chypre est beaucoup plus proche de l'Asie et du Proche-Orient que de l'Europe68(*). Par conséquent, c'est le facteur historique et culturel qui a constitué un atout majeur et joué en faveur du dossier chypriote en dépit de ses divergences profondes et ses divisions insurmontables de l'île.

1. Un héritage gréco-romain omniprésent

« Son passé occidental, sa culture pétrie des valeurs européennes, ses liens et ses échanges de toute nature entretenus depuis des lustres avec l'Europe, lui confèrent une identité européenne »69(*). Malgré les différentes invasions subies par l'île de Chypre, cette dernière a su sauvegarder son héritage gréco-romain appartenant à la tradition occidentale. Vers le 13ème siècle av J.C, les Achéens se sont installés à Chypre et y ont fondé des royaumes-cités sur le modèle mycénien en introduisant la culture grecque. Elle fut le centre de pouvoir du monde grec pendant des siècles. Au 5ème siècle av J.C, Evagoras de Salamine prend le pouvoir et fait de Chypre la capitale politique et culturelle du monde grec. Elle le restera sous la domination des Ptolémées d'Egypte et plus tard sous celle des Romains. Lors de la division de l'Empire romain au 4ème siècle ap J.C, Chypre devient une province de l'Empire byzantin. Elle restera byzantine jusqu'en 1191. Malgré la domination turque entre 1571 et 1950, l'île a su garder sa langue et sa culture intactes70(*). Faut-il rappeler à ce stade que l'Empire ottoman n'a jamais cherché à acculturer les peuples qu'il domine. Sa conquête se limite à étendre ses territoires sans pour autant mener une politique socio-culturelle à l'instar des grandes puissances occidentales comme la France et l'Angleterre.

Ethniquement grecque, Chypre n'a jamais cessé de se reconnaître dans la culture hellénique jusqu'à revendiquer son appartenance à la mère-patrie, la Grèce. La majorité de la population pro hellène souhaitait le rattachement à la Grèce. D'ailleurs, cette dernière a toujours milité en faveur de la candidature chypriote au sein de l'Union européenne. Cette dominance du facteur grec dans l'île a été confirmée par le dernier recensement officiel effectué en 1960 qui montre que les chypriotes turques ne représentaient que 18,3% de la population.

A bien des égards, Chypre appartient à cette civilisation et culture communes définies par l'Europe. Les références principales de cette communauté culturelle sont les valeurs chrétiennes occidentales (catholiques, protestantes ou orthodoxes) et « l'attachement aux valeurs de l'humanisme européen »71(*) inspiré principalement de l'héritage gréco-romain. En vérité, l'originalité de la pensée européenne, en tant que spécificité inaugurale, se tient précisément dans la Grèce antique avec la naissance de la métaphysique et simultanément celle de la tragédie. »72(*) - D'ailleurs, il importe de souligner que pendant les débats au sujet de la constitution européenne, les différents négociateurs voulaient inscrire dans les articles de la constitution la référence à ces valeurs73(*)- auxquelles Chypre a toujours été attachée malgré les différentes invasions.

* 66 Le défi de l'élargissement. Avis de la Commission sur la demande d'adhésion de la République de Chypre. Bulletin des Communautés européennes, supplément 5/93.

* 67 VANER (S), AKAGüL (D), L'Europe avec ou sans la Turquie, Editions d'organisation, Paris, 2005, p. 16.

* 68 Cf. la première partie du présent travail.

* 69 BENRAMDANE (A), « Chypre entre adhésion à l'Union européenne et réunification », in revue de droit de l'Union européenne, n°1, 2003, p. 88.

* 70 Voir la 1ère partie : Le problème chypriote.

* 71 Vaclav Havel, discours prononcé au Conseil de l'Europe mars 1990.

* 72 KARNOUH ( C) [Et. al.], « L'européisation du monde et de la Turquie » in Outre-terre :Turquie-Europe express 2014, la question de Chypre, N° 10, éd, Erès, Paris, 2005, p.102.

* 73PRIOLLAND (F.X), SIRITZKY (D), La Constitution européenne : textes et commentaires, La documentation française, Paris, 2005, p.26.

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