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L'Union européenne et Chypre: autopsie d'un succès inachevé


par Meriem JAMMALI
Université Paris IV Sorbonne - Master Enjeux, conflits, systèmes internatinaux à l'époque moderne et contemporaine 2006
  

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Chapitre 2 : La question européenne à Chypre

I. Vie politique à Chypre et question européenne

1. Les partis politiques

Les premières années qui ont suivi l'indépendance de la république de Chypre ont déterminé l'orientation des partis politiques chypriotes. Les grandes formations politiques de l'île entament une compagne politique intensive dont la question chypriote constitue l'ultime priorité. Cette priorité présentait une vraie cause nationale. En effet, les partis se sont lancés dans une course de débats et de théories concernant l'avenir de l'île. Cependant, ces discussions étaient centrées sur l'avenir de la population Chypriote grecque en marginalisant peu ou prou les Chypriotes turcs88(*).

Mais au fil des années, la divergence des partis politiques s'est accrue rapidement après les discussions intercommunautaires de 196889(*). Dans ce contexte, Mgr Makarios a institué en 1976, un Conseil national90(*) dont la mission est de coordonner et d'harmoniser les positions des partis politiques sur le problème chypriote. Ce même conseil a approuvé les accords qualifiés de haut niveau : d'abord, la signature de celui de février 1977 entre le président Mgr Makarios, ensuite l'accord de mai 1979 entre le président Sypros Kyprianou et Rauf Denktash.

De ce fait, le système des partis politiques chypriotes est complexe. Depuis l'indépendance de Chypre, la politique des partis a semblé se caractériser par son instabilité, d'abord marquée par l'intention d'ancrer le clivage gauche-droite, puis la recherche d'une solution à la division tragique de l'île. Lorsque la Grèce rejoint la Communauté européenne, les principaux partis politiques sont devenus partisans de l'adhésion à l'exception des communistes jusque là très proches de Moscou.

A l'aube des années 90, tous les regards se sont tournés vers la question de l'adhésion de Chypre à l'Union européenne et un éventuel règlement du conflit chypriote sous l'égide des Nations unies. Dans ce contexte, les leaders des partis ont fait de l'adhésion leur fond de commerce électoral, quitte à retoucher leur idéologie. L'exemple du remaniement des priorités du parti communiste AKEL dont la politique sera présentée plus loin est éclairant à ce propos. Nous tenterons par la suite d'explorer la question européenne vue par les principaux partis politiques chypriotes.

Aujourd'hui, on recense cinq principaux partis qui depuis mai 2004 se disputent les sièges et sur la scène politique chypriote et sur l'échiquier européen. La politique europhile de l'ensemble des partis se reflète dans la politique étrangère du pays : la priorité est donnée aux relations avec l'Union européenne. Deux ans après l'entrée à l'Union européenne, la question de la réunification de l'île était au coeur de la compagne électorale des législatives du 21 mai 2006 qui se sont soldées par la le renforcement de la coalition gouvernementale. L'Akel reste de loin le principal poids lourd de la coalition avec 31,6% des voix malgré une baisse de 3,7% (34,71% des voix en 2001). Le parti d'opposition Disy qui a réalisé un bon score arrive juste derrière Akel (30,4% des voix). Le parti au pouvoir Diko a obtenu 17,91% des voix suivi par les autres partis de la coalition : le parti socialiste Edek ; l'Europarti Evroko et les Verts91(*).

Si les grandes formations politiques ont toujours affiché leur soutien au projet européen il existe une certaine dichotomie idéologique qui prévaut dans leurs approches de l'adhésion.

1.1. Le parti démocratique chypriote grec (Dimokratiko Komma ) DIKO 

Diko, le parti de l'actuel président M. Papadopoulos, est un parti du centre gauche. Soutenu par les Socialistes et l'église orthodoxe, Diko est devenu très populaire grâce à son intransigeance et son rejet d'une coexistence fédérale. Le parti revendique un Etat unitaire. Il a été longtemps dominé par l'influence de l'ancien président Kyprianou. Diko s'est présenté uni avec les deux autres formations de gauche : Akel et Edek aux élections présidentielles de 2003. Cette alliance a permis au nouveau leader du parti, Tassos Papadopoulos d'être élu président. Le parti a été l'artisan de la compagne du « non » au référendum sur le plan onusien en avril 2004.

Le parti a milité dès les années 70 pour la coopération entre Chypre et la CEE. D'ailleurs, il se définit comme un parti démocratique qui adhère aux valeurs de la démocratie occidentale, de liberté et de justice. Il estime que cette idéologie s'inspire des valeurs démocratiques chrétiennes.

* 88 Il importe de signaler qu'une partie des Chypriotes turcs étaient adhérents de l'Akel. Cependant, depuis les affrontements des années 60 et finalement la division de facto de l'île en 1974, ils ont dû partir. L'Akel a continué ses contacts avec les Chypriotes du Nord en favorisant le dialogue intercommunautaire. D'ailleurs, il a de bonnes relations avec le parti de Mehmet Ali talat : le Parti populaire républicain (CHP : Cumhuriyet Halk Partisi).

* 89 Le gouvernement Chypriote grec a entamé, en 1968 des négociations intercommunautaires avec les Chypriotes turcs pour trouver un règlement négocié en vue d'instaurer un nouveau système constitutionnel à Chypre, mais en vain à cause de l'intransigeance des dirigeants Chypriotes turcs sous l'égide de Rauf denktash. Dans ce contexte, le Secrétaire général de l'ONU décrit, en 1965, la politique des dirigeants chypriotes turcs comme suit: «Les dirigeants chypriotes turcs ont adhéré à une prise de position rigide vis-à-vis de toute mesure qui pourrait impliquer que des membres des deux communautés vivent ou travaillent ensemble, ou qui pourrait mettre des Chypriotes turcs dans des situations où ils auraient à reconnaître l'autorité des fonctionnaires du Gouvernement. En effet, puisque les dirigeants chypriotes turcs se sont engagés dans un but politique consistant à séparer physiquement et géographiquement les deux communautés, il est peu probable qu'ils encouragent les Chypriotes turcs dans des activités qui pourraient être interprétées comme faisant preuve des mérites d'une politique intentionnelle d'isolement des Chypriotes turcs».

* 90Il est le lieu de rencontre de tous les partis Chypriotes grecs y compris ceux qui n'ont pas de députés au Parlement. Les décisions au sein de ce conseil étaient prises par le vote. En 1977, les grandes formations politiques ont soutenu l'idée d'une formation bizonale prévue par les accords de 1977 et 1979. Ce même conseil a voté en janvier 1989 à l'unanimité un projet pour l'établissement d'une république fédérale, seule solution afin de mettre fin à la division.

* 91 DE BRESSON Henri, « Les élections chypriotes grecques renforcent les durs face à Ankara », in Le Monde du 22/05/2006.

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