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Problématique de la pauvreté et bidonvillisation en Haiti, le cas de Shada au Cap-Haitien

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par Banet JEAN
Université d'Etat d'Haiti - Licence sciences économiques 1999
  

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PREMIERE PARTIE:

DIMENSIONS THEORIQUES DE LA

PAUVRETE

CHAPITRE I :

CADRE CONCEPTUEL

ET THEORIQUE

La bidonvilisation et la pauvreté restent des phénomènes complexes. Au cours de ces dernières décennies, elles ont fait l'objet de nombreuses recherches, très souvent complémentaires les unes des autres. Les chercheurs constatent assez souvent que les deux augmentent de manière simultanée. La crise de bidonvilisation qui prévaut en Haïti, notamment à Shada, au Cap-Haïtien, a entraîné des manifestations de certaines situations socio-économiques vraiment néfastes à la survie de la population défavorisée. Au sein d'un même pays (Haïti) ou de la même ville (Cap-Haïtien), une minorité détient toutes les richesses (détenteurs du pouvoir politique, propriétaires de grands commerces, de grands revenus adéquats afin de jouir des grands modes de vie), tandis qu'il y a une grande majorité pour qui la vie sur terre devient un enfer. Cette dernière vit dans l'instabilité économique, dans la pauvreté, dans l'insatisfaction des besoins de bases ou primaires. Les points de vue sont nombreux, concernant les approches sur la pauvreté. La mesure du niveau de vie des ménages ou des individus ou du seuil de pauvreté s'opère à travers un certain nombre de critères et d'indices qui varient d'une Ecole à l'autre. C'est très souvent à partir de ces critères que se construisent les stratégies de lutte contre la pauvreté. Il s'agit pour nous, dans ce présent chapitre de présenter le cadre conceptuel et théorique de la pauvreté.

SECTION 1- DES CONCEPTS

1.1 - Définition du mot Concept :

Un concept économique, selon Docteur Mokhtar LAKEHAL, est un terme forgé par un théoricien ou un mot courant vidé de son sens habituel auquel le théoricien donne un autre sens, il est une boîte à outil mis à la disposition de l'économiste pour analyser des situations ou des problèmes1. Le sujet s'intitule : «Le problème de la pauvreté dans les bidonvilles en Haïti, le cas de `Shada' au Cap-Haïtien, Crises et Perspectives.» Après avoir défini le mot concept, il est important, pour nous aussi, de définir d'autres concepts qui feront partie intégrante du développement de notre recherche.

1.2- Problème: Ce mot vient du latin, problema et du grec, problêma qui signifie ce qu'on a

devant soi. Question à résoudre par des méthodes logiques dans le domaine scientifique ou situation difficile à laquelle on est confronté (embarras, ennui)2. Question à résoudre, d'après un ensemble de données, dans une science ou encore c'est une difficulté ; une situation compliquée3. On peut voir aussi que les problèmes sont toujours mis à nu à partir des crises.

1.3- Crises : Paroxysme d'un sentiment, d'un état psychologique, disons entre autre, c'est un moment difficile et généralement décisif dans l'évolution d'une société, d'une institution. Ou, c'est un ensemble de difficultés qui se manifestent dans cinq domaines principaux - la croissance, l'investissement, les prix, l'emploi et le pouvoir d'achat -qui ont des répercussions sur l'ensemble des structures politiques, économiques, sociales et culturelles du pays, au point d'engendrer et d'entretenir de nouveaux problèmes aux agents économiques. Ces derniers les subissent de manières bien différentes, car certaines activités prospèrent en période de crises, tandis que d'autres en pâtissent4. Ici nous voulons parler directement de crise sociétale qui sont des résultats des différents problèmes de la société dont les principaux « responsables » font semblant ne pas comprendre. Prenons à titre d'exemple le cas des problèmes socio-

1 Lakehal, p.141

2 Larousse Pratique, p.1186

3 Hachette, p. 1186

4 Hachette, pp.468-469

économiques que confrontent les habitants des quartiers défavorisés dans les milieux urbains ou à la campagne. Assez souvent quand les paysans ne trouvent rien à faire ou ne possèdent pas de terre, les propriétaires terriens les oblige à accepter des compromis à travers des conditions très difficiles comme celui du système métayage.

1.4- Métayage : En fait, cette tenure consiste en une « association entre un propriétaire et un travailleur, le propriétaire apportant la terre , les bâtiments et une grande partie tout au moins du cheptel et de l'outillage, le travailleur fournissant la main-d'oeuvre et parfois une partie du capital d'exploitation » . Les produits de l'exploitation sont partagés généralement de deux moitiés entre le propriétaire et le travailleur, d'où le nom de métayer que prend ce dernier. Le métayer est aussi appelé colon partiaire. Dans notre législation, le bailleur apportera pour moitié les frais d'exploitation, à moins qu'il n'ait été stipulé par écrit que le métayer aurait en compensation au moins les deux tiers des produits d'exploitation5. Cette façon de procéder, le plus souvent, décourage les paysans. Nous constatons assez souvent que ces derniers n'ont que deux choix normaux ou bien de laisser le pays, ils disent que tous les moyens sont bons, ou bien de fuir la campagne pour venir s'installer en ville, en pratiquant ce nous que appelons l'exode rural.

1.5- Exode rural : « Départ en masse d'une population rurale ou c'est la migration définitive des habitants des campagnes vers la ville »6.

De l'avis de l'écrivain François Latortue, le phénomène de l'exode rural exprime la tendance à l'équilibre des revenus et des productivités dans tous les secteurs de la production. Il apparaît comme un corollaire du développement de l'industrie. C'est aussi un des plus grands problèmes de l'agriculture.

L'exode rural est caractérisé par le déplacement de la population proprement agricole (agriculteurs, éleveurs) vers la ville, s'explique par les difficultés inhérentes à l'exploitation agricole, où le problème du système de métayage, en particulier rend la vie des paysans vraiment difficile et les conditions particulièrement défavorables du travail salarié agricole par

5 François Latortue, pp. 96-97

6 Larousse Pratique, p. 579

rapport au travail salarié industriel : rémunération moins élevée, travail plus irrégulier, assujettissement plus étroit à l'entreprise, etc.7

Avec une structure difficile déjà entretenue dans les villes, les gens venant de la campagne ont du mal à s'intégrer, notamment en ce qui a trait à un logement décent. C'est ainsi, qu'ils se mettent, eux-mêmes, à chercher un endroit favorable, gratuit ou moins cher, afin de s'abriter. Malheureusement, ces lieux sont souvent inappropriés, vues leurs conditions hygiéniques et autres qui ne répondent pas. On appelle ces lieux assez couramment bidonville. 1.7- Bidonville : est un terme utilisé, pour la première fois, en 1950, par Yves Lacoste, pour nommer un quartier de Casablanca (Maroc) où les maisons étaient construites avec les gros bidons découpés pour servir de baraquement à la population. Depuis, le terme désigne un habitat insoluble où la population vit dans la promiscuité8. Nous pouvons dire aussi que, selon le dictionnaire Larousse pratique, c'est une agglomération d'abris de fortune en matériaux de récupération, dont les habitants vivent dans des conditions précaires, à la périphérie des grandes villes9. D'autre étude approfondie avance à dire que c'est une forme d'habitat précaire, dépourvu d'un équipement élémentaire (eau, électricité), et dont la construction est réalisée initialement avec des matériaux de récupération. Les bidonvilles, qui forment des quartiers urbains et périurbains considérables, sont assez généralisés dans les métropoles des pays en développement (favelas au Brésil, barriadas au Pérou, gourbiville en Afrique du Nord, médina en Afrique noire). Cet habitat traduit les conditions de la croissance urbaine dans une société inégalitaire.

L'exode rural amène dans les villes une population pauvre, dont les pouvoirs publics sont dans l'impossibilité d'assurer l'accueil et le logement. Ces néocitadins occupent illégalement des terrains souvent inconstructibles (en raison de la pente ou de problèmes d'eau, ou parce qu'ils sont grevés de servitudes) selon les normes habituelles. La construction se fait selon l'opportunité d'une place libre pour minimiser les coûts, et souvent en un temps très court (maison d'une nuit en Turquie) pour éviter une éventuelle procédure d'expulsion. Ce scénario a été fréquent pendant le dernier quart du XXe siècle et a été l'une des formes de l'explosion urbaine. Les bidonvilles qui n'ont pas été rasés brutalement et dans des délais courts par les autorités ont connu un processus d'« urbanisation » par un équipement minimal en eau potable et en électricité ; les habitants se sont organisés pour assurer des services (enlèvements des ordures). Des

7 François Latortue, p. 52

8 Lakehal, p.67

9 Larousse Pratique, p. 149a

matériaux en dur ont peu à peu remplacés ceux de récupération ; les plus anciens des bidonvilles ont accédé à la reconnaissance administrative et transformés en quartier avec une représentation de type municipal, des écoles, des services sociaux, en Haïti, nous avons l'exemple de Cité Soleil. Les bidonvilles peuvent être envisagés dans un cycle de l'urbanisation particulier aux sociétés en développement, mais ils ont aussi été observés localement, dans des périodes de crise, dans les pays industrialisés10.

Les habitants de ces quartiers souffrent des problèmes multiples et sont dans une lutte

perpétuelle afin de subvenir aux besoins quotidiens dits de bases. Nous évoquons, entre autres, le problème de nourriture qui a des répercussions assez grave sur l'état sanitaire de la population, en particulier avec des cas de maladies comme la malnutrition chez les enfants.

1.8- Malnutrition :

Etat physiologique pouvant devenir pathologique dû à une carence ou à une consommation excessive d'un ou plusieurs éléments nutritifs. Un sujet court le risque de souffrir de la malnutrition lorsque l'apport calorique ou l'équilibre nutritionnel ne sont pas conformes à ses besoins. Si l'alimentation est trop pauvre en calories, les réserves de graisses de l'organisme, puis celles de protéines des muscles sont utilisées pour fournir de l'énergie. En cas de carence prolongée, le corps devient trop faible pour avoir un métabolisme normal et combattre les infections. Les enfants, en particulier ceux de moins de cinq ans, sont plus sensibles aux conséquences d'une malnutrition que les adultes. Ils souffrent notamment de carences protéiques, dont les formes les plus courantes sont le marasme et la kwashiorkor, des maladies mortelles rencontrées dans tous les pays en voie de développement. Le rachitisme survient lorsque les nouveau-nés sont sevrés trop rapidement et consomment une nourriture pauvre en énergie et en éléments nutritifs. Ces enfants souffrent également d'infections chroniques (notamment des gastro-entérites) dues à de mauvaises conditions d'hygiène, soignées de manière purement symptomatique par de l'eau ou de l'eau de cuisson de riz. Les enfants souffrant de marasme ont un poids très inférieur à la normale et ne possèdent ni graisses ni muscles. La kwashiorkor survient aussi après un sevrage tardif lorsque le lait maternel est remplacé par une alimentation traditionnelle, riche en féculents mais pauvre en protéines. Il se manifeste souvent à la suite d'une infection aiguë. La maigreur des enfants est souvent masquée par une rétention d'eau qui leur donne un visage en forme de lune et un ventre gonflé. Les symptômes d'une carence en vitamines ou en sels minéraux dépendent de la fonction de cet élément dans l'organisme. Ainsi, un déficit sévère en vitamine A entraîne une cécité. Certains de ces nutriments ont plusieurs fonctions, si bien que des carences prolongées peuvent avoir des effets multiples sur la santé de l'individu11.

10 Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 2004. (c) 1993-2003 Microsoft Corporation

11 Ibidem

La présence de cette maladie est un signe palpable de la domination de la pauvreté sur la vie de ces personnes. Compte tenu de la complexité qui règne autour de l'étude concernant la pauvreté, dans la section qui suit, nous allons essayer de présenter la multidimensionnalité de la pauvreté.

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