WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Problématique de la pauvreté et bidonvillisation en Haiti, le cas de Shada au Cap-Haitien

( Télécharger le fichier original )
par Banet JEAN
Université d'Etat d'Haiti - Licence sciences économiques 1999
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Section 2. Multidimensionnalité de la pauvreté

Pauvreté est un concept multidimensionnel, ce qui la rend difficile à définir. Il est intéressant, afin de bien cerner le concept, de se référer à l'origine latine du terme « pauvre ». « Sa racine latine est pauper (peu ou petit) qui est elle-même proche du grec peina (la faim). La traduction grecque du mot « pauvreté » est aporia qui signifie absence de chemin. Nous voyons qu'en dominant les deux origines, nous aboutissons à une double conception de la pauvreté : C'est une notion à la fois quantitative - peu, petit, le manque de nourriture- et, qualitative, en ce sens qu'elle traduit la condition psychologique de celui ou celle qui ne peut trouver son chemin »12. Nous pouvons, aussi, retenir que chaque école ou conception amène ces propres recommandations en matières des mesures à prendre pour combattre ce fléau. Elle épouse différentes formes. La revue de la littérature sur le concept de pauvreté est extrêmement abondante et caractérisée par un niveau d'ambiguïté très élevé dans son rapport à la théorie économique. « Elle fournit plusieurs façons de définir la pauvreté, qui conduisent évidemment à une identification différente des pauvres. Le débat conceptuel sur la pauvreté apparaît lorsqu'on aborde la nature de la chose manquante. Les polémiques sur la nature et le niveau de ce qui ne doit pas manquer à personne, nous ramènent à la question plus vaste de l'équité, puisqu'ils portent sur l'identification formelle d'un sous-espace de l'espace d'équité, et sur la détermination, pour chaque dimension identifiée, d'un seuil sous lequel un membre de la société est caractérisé comme `pauvre' »13.

12 CLED, Haïti 2020, p.111

13 Louis-Marie Asselin et al, p. 21

Section 3. Cadre théorique de la pauvreté

C'est quoi la pauvreté ? Offrir une réponse consensuelle est un véritable problème pour l'économiste. Concept aux formes multiples, la pauvreté est un phénomène tant sociologique, qu'économique ou encore anthropologique. Mais les objectifs assignés à chaque corps scientifique sont bien différents. Ainsi, ceux de l'économiste consistent à identifier puis à quantifier le phénomène dans un contexte donné. Cependant, les approches sont diverses, d'une école de pensée à une autre. Cette partie nous permettra de voir la conception de certain courant comme ceux des classiques, marxistes, néoclassiques, structuralistes et celle des contemporains.

3.1 - Selon les Classiques :

Pauvres et riches ont toujours vécu côte à côte, toujours inconfortablement, parfois de manière périlleuse. Plutarque affirmait que : « Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des Républiques. Les problèmes résultants de cette coexistence, et particulièrement celui de la justification de la bonne fortune de quelques uns face à la mauvaise fortune des autres, sont des préoccupations de l'être aujourd'hui. »14

3.1.1 - Adam Smith et Jean Sismondi

De nombreux économistes venant de divers courants économiques se sont déjà penchés sur la manière d'orienter l'économie nationale en vue d'assurer le bien-être de tout le monde.

Ainsi, les théoriciens de la pensée classique ne restent pas indifférents sur les moyens à mettre en branle pour créer les conditions de vivre dans la société. C'est dans cette lignée qu'Adam Smith, qui est considéré comme le fondateur de l'économie politique (1723-1790), dans sa fameuse « Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations» commence par l'étude de la division du travail, car c'est elle, selon lui, qui produit « l'opulence générale».La richesse d'une nation, selon lui, est constituée de « toutes choses nécessaires et commodes à la vie que permet d'obtenir le travail annuel d'une nation »15. Une situation qui peut générer

14 Ibid.

15 Jean Boncoeur et al, p.84

d'extrême abondance de biens matériels. Cette tendance veut faire penser qu'il n'y a pas de place pour la misère, voire la pauvreté dans la division du travail. A savoir, qu'une fois la division du travail établie, un individu ne peut produire qu'une infirme partie de ce qui lui est nécessaire. Smith considère que l'individu est «riche ou pauvre selon la quantité de travail qu'il sera en mesure de commander ou qu'il sera en état d'acheter»16. Cette situation ne nous donne pas droit de penser qu'on est dans la pratique de la loi «du plus fort» ? Que faire avec ceux qui n'ont pas la force ou aptitude nécessaire pour fournir du travail? Smith prône une accumulation continue de capital, puisque ce dernier joue un rôle fondamental dans la croissance économique. « L'accumulation de capital exerce un effet différent sur les composantes du prix et donc sur les différents revenus. Il considère toutefois, que le salaire courant est déterminé par convention entre ouvrier et propriétaire du capital, chaque catégorie poursuivant son intérêt. Mais, il souligne l'existence de coalitions entre employeurs susceptibles de faire baisser le salaire à un niveau très faible. Il parle à ce sujet d'un complot. Les ouvriers, également, se mettent ensemble pour combattre celles des maîtres. Bien qu'en général les employeurs l'emportent, ils ne peuvent réduire le salaire à un niveau inférieur au salaire de subsistance »17 . D'où une lutte perpétuelle entre l'employeur qui veut toujours avoir la plus large partie du gâteau, être toujours dans l'opulence et le petit ouvrier, ayant à sa disposition une miette partie du gâteau et qui s'efforce toujours à survivre. Au sein même du courant dit classique, il y a des théoriciens comme Jean Sismondi, qui apparaissent avec des idées plus ou moins humanistes. Malgré sa vision capitaliste, il critique la mauvaise répartition des richesses qui sont le résultat de la réunion du capital et du travail permettant de dégager une «mieux-value», comme la source de la pauvreté. Il explique de façon claire « lorsque ce partage se trouve trop en défaveur des ouvriers, il réduit ces derniers à la misère et conduit notamment à mettre au travail les enfants pour compenser l'appauvrissement des adultes»18 . Mais Ricardo de sa part, voit les causes de la pauvreté dans d'autres horizons. La pauvreté est le résultat du faible salaire attribué aux travailleurs ne pouvant pas répondre à leurs besoins.

16 Claude Schwab, p.55

17 Ibid., p.58

18 Ibidem, p. 71

3.1.2- David Ricardo

Dans son analyse purement capitaliste, Ricardo affirme que « tout ce qui augmente les salaires diminue nécessairement les profits», et que «rien ne peut affecter les profits en dehors des salaires». « L'analyse classique du salaire part de l'idée que le travail est une marchandise ayant, comme toute marchandise, un prix naturel et un prix de marché »19 . Le salaire naturel est celui pouvant faciliter les travailleurs à subsister, c'est-à-dire, leur permettant d'acquérir un panier de biens de consommation stricte à entretenir le travailleur et sa famille. Cette situation, aux yeux de David Ricardo, ne représente pas un minimum physiologique car, il dépend des moeurs et coutumes de la population». Elle varie d'un pays à l'autre ou évolue d'une époque à une autre. Ricardo, croit que « quand le prix du travail est au-dessous de son prix naturel, la condition des travailleurs est tout à fait misérable; dans ce cas la pauvreté les prive de ces éléments de confort que l'habitude rend absolument necessaires»20. Pour lui, dans la mesure où « les besoins humains ne sont pas satisfaits, on est en état de pauvreté. Pour que les pauvres connaissent des jours meilleurs, selon Ricardo, « c'est seulement après que les privations aient réduit leur nombre, ou que la demande de travail ait augmenté, que le prix de marché de travail s'élèvera sur son prix naturel, et que le travailleur jouira du confort modeste que le taux des salaires ne lui offre pas»21 . C'est ainsi que l'on détermine le seuil de la pauvreté repose sur cette base théorique.

Dans ce sens, selon Simon Langlois, le seuil de pauvreté est une «mesure normative qui détermine ce qu'il en coûte pour survivre à un moment donné ; le seuil normatif de pauvreté est établi à partir des dépenses encourues par l'achat d'un panier de bien sans lequel la survie serait difficile sinon impossible. L'approche normative de la pauvreté cherche à identifier les besoins fondamentaux des êtres humains définis selon deux perspectives: la subsistance et l'universalité. Dans l'approche définissant les besoins en termes de subsistance, le seuil de pauvreté correspond au coût minimum des dépenses requises pour les biens et services de base: logement, alimentation, habillement»22. On voit que ce seuil détermine préalablement les revenus qui sont nécessaires pour acheter un ensemble de biens et services assurant la survie physique. C'est pour cela qu'on qualifie de normatif à cause de la manière qu'on procède

19 Jean Boncoeur et al, p.110

20 Ibid., p.1 11

21 Claud Schwab, p. 71

22 Madeleine Gauthier, p.199

pour déterminer la pauvreté, parce qu'ils dépendent d'un jugement porté sur les dépenses estimées nécessaires pour satisfaire un niveau donné de besoins. Qui est mieux placé pour déterminer le seuil de pauvreté? Les experts ou les pauvres eux-mêmes? En fait, en dehors des causes de la pauvreté que nous venons d'identifier, il y a d'autres idées qui planent encore au sein même du courant classique, comme par exemple celles de Thomas Malthus.

3.1.3-Thomas Malthus

Malthus, de son côté, dans l'énoncé de la loi de la population, voit cette dernière « s'accroître de façon spontanée selon une progression géométrique, alors que les moyens de subsistance ne croissant au mieux que selon une progression arithmétique. La croissance de la population finira donc par buter sur une contrainte de moyens de subsistances disponibles »23. D'où, une source d'inquiétude, car selon lui, lorsque la population s'accroît, la quantité de subsistances par tête d'habitant décroît, « l'offre de main-d'oeuvre étant en excédent par rapport à sa demande, le salaire nominal baisse. Alors que, la relative raréfaction de subsistance accroît leur prix. L'appauvrissement de la population est alors tel qu'elle se réduit par élimination physique»24. Malthus est contre toute forme d'aide aux pauvres, parce qu'il croit que l'effet immédiat de cette dernière est d'accroître la consommation des pauvres et de favoriser la croissance de la population. Par ailleurs, l'assistance donnée aux pauvres est perçue comme un détournement de la part du revenu qui revient à la population en activité, «opposé à toute pratique contraceptive, le Pasteur Malthus préconise le mariage tardif et l'abstinence des célibataires. Ces vertueuses recommandations sont adressées essentiellement aux pauvres, qui selon Malthus procréant et sont de fait les artisans de leur propres malheur»25 . Ainsi, les pauvres sont perçus comme les causes mêmes de la pauvreté. C'est à eux de chercher la solution. S'ils veulent trouver une solution, ils doivent cesser de croître, afin de conserver les moyens de subsistance disponible.

23 Claude Schwab, p. 74

24 Ibidem

25 Jean Boncoeur et al., p.114

En somme, nous pouvons voir que les classiques dégagent une vision sur la pauvreté comme un manque de ressources monétaires autrement dit, comme expression des privations. Pour paraphraser Alexandre Bertin :

Les grands philosophes utilitaristes des 17e et 18e siècles, tels Bentham, Mill et Smith, dont les idées reposent sur les notions d'individualisme et de rationalité, ont inspiré une définition monétaire de la pauvreté. Selon eux, est considéré comme pauvre tout individu manquant des ressources nécessaires pour assumer les besoins de sa famille, compte tenu des normes en vigueur dans la société comme les normes alimentaires, les normes vestimentaires, etc. Ainsi être pauvre, c'est ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, ne pas disposer de capital suffisant pour assurer sa descendance. Cette vision de la pauvreté propose de fixer un seuil minimal correspondant aux normes nutritionnelles : il s'agit des ressources minimales permettant de se procurer les biens alimentaires dont les valeurs nutritionnelles couvrent les besoins journaliers individuels. Ce seuil minimal, complété par un seuil non alimentaire, sous-entendu les biens de consommation non alimentaires, définit un seuil de pauvreté monétaire. Ainsi, un individu est pauvre si son revenu se situe sous ce seuil. L'ensemble des individus situés sous le seuil représente la population pauvre d'une société »26.

Cette approche est-elle une conception juste sur les causes de la pauvreté, quand nous considérons les multiples abus et injustices que sont victimes les pauvres dans les sociétés locales et dans le monde en général. Toutefois, malgré l'approche monétaire semble être acceptée par les grands ténors mondiaux, il n'en reste pas moins qu'elle est critiquée, notamment par d'autres théoriciens, comme K. Marx, qui voient les causes de la pauvreté d'une façon tout à fait opposé aux autres économistes classiques qu'on vient de citer précédemment.

3.2- Approche Marxiste

K. Marx considère la pauvreté comme une sorte d'oppression. Ici, la pauvreté s'entend comme fruit de l'organisation économique elle-même de la société, qui exploite les uns, tout en excluant les autres du système de production : les sous-employés, les chômeurs et toute la masse des marginalisés. Pour lui, la pauvreté trouve sa racine dans la suprématie du capital sur le travail, le premier contrôlé par un petit nombre et l'autre exercé par l'immense majorité.

26 Alexandre Bertin, E:\Définir la pauvreté aujourd'hui - LMU - Le Mensuel de l'Université - Magazine interuniversitaire.htm, juillet 2007

Dans cette interprétation, la pauvreté apparaît pleinement comme un phénomène collectif, et de plus conflictuel, dont le dénouement exige par conséquent un système social alternatif. La pauvreté est un effet de l'héritage et la mémoire de cet héritage nous est nécessaire pour comprendre et agir aujourd'hui. Pour comprendre le présent il est donc essentiel de faire référence au passé et à l'histoire car les différentes perceptions de la pauvreté et de l'exclusion à travers les siècles contribuent à mieux cerner l'origine des problèmes actuels. C'est dans l'histoire des doctrines économiques, intitulée encore théorie sur la plus-value, que nous voyons, notamment, exposer les conceptions de K. Marx sur les causes de la misère des pauvres.

Selon Marx, « ce qui distingue une époque économique d'une autre, c'est moins que l'on fabrique, que la manière de fabriquer les moyens de travail par lesquels on fabrique. Les moyens de travail sont les gradimètres du développement du travailleur et les exposants des rapports sociaux dans lesquels il travaille »28. Dans le mode de production capitaliste, ceux qui prennent possession de la nature sont ceux qui mettent en oeuvre concrètement les moyens de travail, c'est-à-dire les travailleurs. Dès lors, seuls ces derniers sont productifs, au sens où ils sont seuls à être créateurs de valeur, ce que Marx appelle encore « une plus-value » que les capitalistes s'approprient au dépend des travailleurs, par le fait même que l'esprit qui anime le capitaliste n'est autre que l'accumulation du capital. Marx dit à ce propos que le capitaliste est un « agent fanatique de l'accumulation, il force les hommes sans merci ni trêve, à produire pour produire, et les pousse instinctivement à développer les puissances productives et les conditions matérielles qui seules peuvent former la base d'une société nouvelle et supérieure » et en cela il poursuit des mobiles personnels car « accumuler, c'est conquérir le monde de la richesse sociale, étendre sa domination personnelle, augmenter le nombre des ses sujets, c'est sacrifier à une ambition insatiable»29. C'est ainsi que le capitalisme représente, pour Marx, la généralisation des rapports inégaux à l'échelle de la société. « Ce qui caractérise l'époque capitaliste, c'est donc que la force de travail acquiert pour le travailleur lui-même la forme d'une marchandise qui lui appartient, et son travail, par conséquent, la forme de travail salarié. D'autre part, ce n'est qu'à ce moment que la forme marchandise des produits devient la forme

sociale dominante »30. Le développement du capitalisme s'accompagne d'un accroissement de la misère et de l'oppression. Etant victime d'un tel système, la classe ouvrière n'a que s'appauvrir davantage. Quel que soit le taux de salaire, « haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer à mesure que le capital s'accumule »31

Cependant, selon Marx, cette situation ne peut pas perdurer, jusqu'à ce que la

logique du système capitaliste doive donc le conduire nécessairement à sa crise générale et à sa disparition. Cette logique n'est pas purement mécanique ; elle a ses acteurs. Ces derniers ne sont autres que les prolétaires, considérés comme des victimes du système. Finalement, on peut constater que les approches sur les causes de la pauvreté sont seulement différentes selon le courant économique qu'appartiennent les économistes. Mais, ce qui est important, pour nous n'est autre que l'intérêt commun des différentes approches qui reste l'identification rigoureuse de la pauvreté indispensable pour faciliter la mise en place des politiques d'éradication de ce phénomène. Ainsi, des économistes néoclassiques entendent reformuler certaine des approches, déjà vues, avec les classiques comme le principe d'utilité, pour expliquer la pauvreté.

3.3- Selon les Néoclassiques

A priori nous devons noter qu'une très grande partie des idées théoriques trouvées chez les néoclassiques ont été développées avec les classiques. Nous prenons le cas du principe d'utilité qui a été évoqué par J.B Say. Mais, nous considérons aussi que le philosophe Jérémy Bentham qui en 1789, formule le plus clairement ce qu'il appelle le principe d'utilité : « La nature a placé l'humanité sous le gouvernement de deux maîtres souverains, la peine et le plaisir. C'est à eux seuls de démontrer ce que nous devons faire et de déterminer ce que nous nous ferons »32. Toute fois, Léon Walras est considéré comme le plus grand représentant de cette école.

Pour les utilitaristes, la «chose» en question est le bien-être économique. Certains font parfois référence au bien-être économique sous le terme anglais economic welfare. Les welfarists ramènent le concept de bien-être soit directement au concept d'utilité commun en économie, soit indirectement via le terme bien-être économique compris

30 Jean Boncoeur et al., p.163

31 Ibidem, p.91

32 Ibid., p.98

comme l'utilité générée par la consommation totale. L'utilité elle-même est conçue comme un état mental, tel que le bonheur, le plaisir ou la satisfaction du désir procuré à une personne par la consommation (ou la possession) de biens et services. Le terme «niveau de vie» est un autre terme quelques fois utilisé pour référer au bien-être économique33.

Selon cette tendance, un individu qui n'arrive pas à maximiser le nécessaire afin de combler

ses besoins en terme de biens et services est en situation de pauvreté. Dans ce sens, on voit que le concept de pauvreté tire ses origines dans la théorie microéconomique moderne et découle de l'hypothèse de base que les individus maximisent leur bien- être.

L'approche utilitariste ou welfarist est généralement utilisé par les économistes des institutions internationales et les directions des statistiques des pays concernés. Pour eux, le bien-être est un sentiment procuré par la satisfaction d'un besoin; cette satisfaction peut être comblée par des biens et services marchands ou par des biens non-marchands, comme par exemple les relations interpersonnelles ou la consommation de biens collectifs. Rien ne doit pas causer d'entraves pour la satisfaction de ces besoins. A ce propos, L. Walras dit « la liberté procure, dans certaines limites, le maximum d'utilités, donc les causes qui la troublent sont un empêchement à ce maximum, et quelles qu'elles puissent être, il faut les supprimer le plus possible ... Il préconise à ce que l'Etat produit des biens et services publics et les fournir gratuitement »34. L'Etat doit mettre à la disposition des citoyens les moyens nécessaires afin d'assurer leur bien-être économique. Un individu qui ne peut pas assurer son bien-être est considéré comme pauvre. On doit signaler, aussi, que cette approche peut être biaisée d'un pays à un autre, par le fait que les réalités socio-économiques sont différentes. En pratique, le bien-être économique des individus n'est pas directement observable. De plus, les préférences varient d'une personne à l'autre, cette approche est amenée à formuler un premier principe: celui que les individus sont les seuls à savoir ce qui est véritablement dans leurs intérêts. C'est ainsi, d'autres pensent que les individus ont des besoins indispensables afin d'assurer leur survies. Si une personne n'arrive pas à combler ces besoins de base, on les considère comme pauvre. Encore, la recherche des causes de la pauvreté, a vu naître un autre courant de pensée économique dit structuraliste qui voit l'origine de la pauvreté un peu différent et fait des propositions.

3.4- Selon les Structuralistes

Selon cette école de pensée latino-américaine, la pauvreté tire son origine dans les types de relations développés par les pays pauvres (Sud) avec les pays industrialisés (Nord). Ils constatent que ces rapports (Nord-Sud) sont profitables unilatéralement qu'aux pays développés alors que les pays en voie de développement voient leurs termes de l'échange se dégrader constamment. Cette école est animée notamment par les économistes R. Prebish, O. Sunkell, C.Furtado, H. W. Singer, « qui pensaient que leur région ne pourrait sortir du sous-développement sans se déployer 4 grands moyens :

1. Une reforme des structures agraires bloquées par le dualisme latifundios / minifundios, c'est-à-dire de très grandes exploitations agricoles mal utilisées et de trop petites fermes paysannes peu productives ;

2. Une politique de substitutions d'importations avec intervention de `Etat pour orienter les investissements nationaux ;

3. Une politique des revenus afin que les classes défavorisées disposent des moyens d'achat pour soutenir la production nationale de biens et services courants, ce qui réduirait à la fois la dépendance économique vis-à-vis de l'occident et permettrait la reconquête de l'indemnité nationale ;

4. Union des pays du tiers-monde, pour imposer un nouvel ordre économique international plus juste35.

Car selon Roger D. Hansen, « l'un des traits les plus marquants de la politique internationale de ces dernières années est la revendication formulée par les gouvernements d'une grande majorité de pays représentant la moitié de la population du monde, estimant ne pas recevoir une part équitable de la richesse et de la puissance mondiale »36. Pour plus d'un, le problème demeure plus que jamais et les pays industrialisés se trouvent en présence d'un problème de taille majeure où de toute façon ils doivent faire face. Bien que certains critiques conservateurs se tiennent encore à dire « si les pays en développement n'occupent dans le monde qu'une position subalterne, c'est de leur faute et non celle des pays industrialisés »37. Ils avancent à faire valoir cependant qu'une telle façon de voir les choses « n'implique pas que les perspectives de développement des pays du tiers-monde soient peu encourageantes. Comme dans le passé, les pays du tiers-monde qui fixent la croissance comme objectif à leurs politiques d'investissement et de change connaitront un développement économique rapide »38.

35 Mokhtar Lakehal, p.634

36 Albert Fislow et al., p.3

37 Ibidem,, p. 14

38 Ibid., p.15

3.5- Approches Contemporaines :

3.5.1- John Friedman, Selon l'approche de John Friedman (1992), dans son article paru dans la Revue Internationale des sciences sociales tente de modeler sa réflexion sur la pauvreté structurelle dans un modèle d'autonomisation axé sur l'économie familiale, « la famille a besoin de produire ses propres moyens de subsistance qui constituent la base du pouvoir social. Suivant l'analyse de la pauvreté structurelle, la pauvreté est le produit des données de l'ordre socio-économique qui tendent à entraîner un exode général des petits paysans arrachés de leur terre »39. Selon cette approche, on voit que la pauvreté est le produit des rapports inégaux existant dans la société.

3.5.2- Amartya SEN, lui, selon le professeur C. Morrison, « fonde ses réflexions sur la pauvreté en termes de capacités ou incapacités des individus à répondre à leurs besoins de base, ce qu'il appelle encore CAPABILITES. Sen distingue les biens disponibles et la capacité d'en tirer parti pour satisfaire des besoins, au lieu de raisonner seulement en termes de biens. Par exemple, une personne n'a pas les mêmes capacités de satisfaire un besoin de transport avec un service public selon qu'elle est en bonne santé ou handicapée. Un service gratuit de prévention sanitaire sera moins utilisé par une personne illettrée que par celle sachant lire »40. Des institutions comme la Banque Mondiale parle aujourd'hui de pauvreté élargie, pour essayer d'apporter une explication sur l'ampleur que prend ce phénomène, de nos jours.

3.5.3- Banque mondiale, Pauvreté Elargie.

Le rapport préparé par la BM en 2001 sur le développement dans le monde apparaît avec une nouvelle définition à la pauvreté. Selon la BM, la définition ayant été axée sur la consommation et le revenu permettant de satisfaire les besoins essentiels est trop étroit. Présentement, la pauvreté élargie, selon le rapport, comprend 3 parties :

- Accès au capital sous toutes ses formes : capital éducatif, physique, financier, moyens de production (terre), capital social lié aux relations et aux obligations réciproques ;

39 Revue Internationale des sciences sociales (RISS) , JUIN 1996, p.1 83.

40 Christian Morrisson, p.107

- Sécurité : les pauvres souffrent de leur vulnérabilité à des risques souvent liés : maladie, mauvaise récolte, violence, épidémie, conflits ou guerre civile, désastres naturels ;

- Participation au pouvoir : les pauvres sont souvent exclus ou discriminés à cause de leur caste, race ou ethnie. Par exemple, les fonctionnaires peuvent leur refuser des documents, les enseignants négliger leurs enfants, le gouvernement ne pas se préoccuper de leurs besoins. (BM, rapport 2001)

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net