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Du Bestiaire au Mythe: Analyse d'un aspect de l'imaginaire baudelairien dans Les Fleurs Du Mal

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par Amina Benelhadj
Université Mentouri de Constantine - Magister 2006
  

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Sous le fardeau de ta paresse

Ta tête d'enfant

Se balance avec la mollesse

D'un jeune éléphant.(1)

La serpentine est tout aussi gracieuse et molle à travers l'image exotique de l'éléphant(2) où une grande part de mythologie est également à souligner. En effet, dans le tantrisme, ce sont les éléphants ou les serpents, les deux animaux évoqué dans ce poème, appelés les `nagas souterrains', qui assurent la stabilité de l'écorce terrestre(3).

Le Beau Navire est un autre poème où, inspirant un boa, la tête de la « molle enchanteresse »(4) « (...) se pavane avec d'étranges grâces »(5). Celle-là même dont les jambes semblables à deux sorcières provoquent d'étranges et d'immoraux désirs, véritables fantasmes du poète. La description à la fois sensuelle et insaisissable de cette jeune adulte se rapproche davantage d'un milieu aquatique qui la rend aussi belle qu'un « vaisseau qui prend le large »(6).

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(1) Le Serpent qui Danse, Les Fleurs du Mal, strophes 1-2.

(2) L'éléphant est très présent dans les textes antiques. Des auteurs comme Aristote ou Pline parlent de lui en termes élogieux. Pline décrit la grande inimitié entre l'éléphant et le serpent. Cf. Op. cit., Faton-Boyoncé et Fayol.

(3) Op. cit., F.-Beyoncé et Fayol.

(4) Le beau navire, Les Fleurs du Mal, strophe 1, v. 1. & strophe 4, v. 1.

(5) Ibid., strophe 3, v. 2.

(6) Ibid., strophe 7, v. 2.

Ce monde aquatique rappelle celui de Avec ces vêtement ondoyants et nacrés, où l'indifférence de la femme-serpent est comparée aux « longs réseaux de la houle des mer »(1).

Dans La Chevelure, la femme à la « crinière lourde »(2) est également prétexte à l'exotisme à travers ces « fortes tresses »(3) qui conduisent le poète vers un univers de rêves aquatiques semblable à celui de Le Serpent qui Danse, où l'eau remonte à la bouche du poète évoquant un autre monde magique, celui du vin, qui conduit vers le rêve, et du venin, qui conduit vers la mort :

Et ton corps se penche et s'allonge

Comme un fin vaisseau

Qui roule bord sur bord et plonge

Ses vergues dans l'eau.(4)

La femme-serpent possède donc une grande force de séduction qui suscite au poète plusieurs références littéraires mais aussi mythologiques. Elle est à l'origine d'une sensualité des plus poétique.

Ces quelques pages d'analyse permettent de dire que le bestiaire baudelairien est d'abord un moyen d'identification du monde dans lequel naît la poésie baudelairienne. Un monde où tout gravite autour de l'image animale à laquelle le poète, après s'y être lui-même identifié, identifie toute l'humanité et notamment la femme à qui réfère la majore partie des images animales utilisées. Dans la poésie de Les Fleurs du Mal, Baudelaire est « prêt à distribuer à celle-ci(la femme) les caresses et les coups. Une voix peut suffire à l'enchanter, une chevelure à le griser de son odeur. »(5). En effet, pour parler de la vénus, la poésie baudelairienne a recours à différentes

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(1) Avec ses vêtements ondoyants et nacrés, Les Fleurs du Mal, strophe 2, v. 3.

(2) La Chevelure, Les Fleurs du Mal, strophe 7, v. 1.

(3) Ibid., strophe 3, v. 3.

(4) Le serpent qui danse, Les Fleurs du Mal, strophe 7.

(5) Pascal Pia, Baudelaire, coll. Ecrivains de toujours, Seuil, Paris, 1952, p. 36.

images et références qui la présentent comme belle, tendre et sensuelle mais aussi sauvage, violente et féroce. Elle est à la fois « la victime et le bourreau »(1) du poète. Ce dernier, pour l'identifier, plonge dans un monde fait à la fois d'amour, de sensualité mais également de férocité et d'animalité. Un monde d'une grande inspiration mythique où la femme baudelairienne est montrée comme monstrueuse à cause de sa double nature, à la fois humaine et animale. Cette double essence fait d'elle une fidèle représentante de la vie antique et du vestige d'un temps révolu où le poète tente en vain de s'évader. Cet échec de la poursuite du bonheur antique, constitue l'une des plus importantes sources de l'incontournable spleen baudelairien.

Par ailleurs, dans sa laborieuse et pénible quête d'une nouvelle conception de la beauté, Baudelaire cherche une perfection éternelle, comme celle qu'il a brièvement connue dans le regard fugitif d'une passante qui l'a fait « renaître »(2). Cette fascinante beauté qu'il sait ne trouver que dans « l'éternité »(3) a « le visage de la Mort, de sa propre Mort. »(4) .

Phobie d'Anubis(5) ou le Bestiaire de la Mort :

Dans Les Fleurs du Mal, il est possible de relever, à côté du spleen provoqué par l'inaccessible monde idéal symbolisé par la femme vestige, un autre genre d'angoisse, dont l'emprunte est retrouvée dans une grande partie de la poésie baudelairienne. Il s'agit de l'angoisse devant le temps qui passe.

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(1) L'Héautontimorouménos, Les Fleurs du Mal, strophe 6, v. 4.

(2) A Une Passante, Les Fleurs du Mal, strophe 3, v. 2.

(3) Op. cit., v. 3.

(4) Op. cit., Conio, p. 415.

(5) « Dans la mythologie égyptienne, Anubis est le Dieu des funérailles et de l'embaument. il apparaît avec une tête de chacal et a dû être, au départ, une divinité animale ou totémique. Puis, le mythe policé, il devient le mythe d'Osiris et de sa soeur Nephtys. Primitivement, il dévore les cadavres ; plus tard, on le voit assister à la pesée des âmes. », in. M. Philibert, Dictionnaire des mythologies, Sarthe, Maxi-Livres, 2002.

Afin d'exorciser la peur devant le temps qui « mange la vie »(1) et la peur devant la Mort, Baudelaire recourt à un bestiaire patibulaire, voire kafkaïen par l'intermédiaire essentiel d'images de carnassiers et d'insectes. Ces derniers, et malgré leur petite taille, occupent une place de choix dans le bestiaire baudelairien.

Dans Les Structures Anthropologiques de L'Imaginaire, G. Durand affirme que le symbolisme animal inspire essentiellement deux thèmes négatifs qui se traduisent à travers la « terreur devant le changement et devant la mort dévorante »(2). Cette peur constitue l'une des plus importantes sources d'inspiration chez un grand nombre d'écrivains et de poètes. Elle se fait omniprésente chez Baudelaire où les métaphores animales renvoitnt en grande partie à la peur devant la fuite du temps. En effet, dans la poésie `maladive' de Les Fleurs du Mal, l'image de l'insecte souvent associée à celle des carnassiers, expriment dans la plupart des cas une crainte devant un avenir que le poète sait de plus en plus court. Elles sont le lugubre symbole de la peur devant l'inconnu, devant la Mort.

L'une des images d'insectes les plus utilisées dans le recueil, est celle du vers. Petite créature vivant sous terre, il est constamment associé à la dernière demeure, à la Mort. Il renvoit à la décomposition des cadavres et des souvenirs.

Dans Spleen (LXXVI), l'incohérence des images montre une âme chaotique où le passé s'enfuit et meurt. Le temps, dans une irrévocable vision funèbre, s'attaque à ce qu'il y a de plus cher aux yeux du poète : ses souvenirs, qu'il ronge comme un ver. Cet insecte, « fils de la pourriture »(3) est souvent associé au cimetière et au squelette.

Sous le nom de vermine, ce compagnon du tombeau apparaît également dans la pièce intitulée Remords Posthume. Dans ce poème rongé par le regret et la hantise du pêché, le ______________________________________________________________________________

(1) L'Ennemi, Les Fleurs du Mal, strophe 4, v. 1.

(2) Op. cit., Durand (1969), p. 95.

(3) (3) Le mort joyeux, Les Fleurs du Mal, strophe 3, v. 3.

Remords invoque l'horreur de la tombe où il ne restera de l'homme que de « Vieux squelettes gelés et travaillés par le ver »(1). Horreur partagée avec le « noir(s) compagnon(s), sans oreille et sans yeux »(2) qui s'allie, dans Le mort joyeux, aux escargots vivant, comme lui, dans les terres grasses des cimetières. Alliance également avec les corbeaux, oiseaux funestes par excellence. Tous ces animaux évoquant la Mort créent une atmosphère des plus macabres que le poète tente de fuir dans un ton des plus sarcastiques. Il l'imagine, l'envisage et cherche même à s'y préparer. En effet, « Le mort joyeux n'appelle ni couronnes ni bouquets, mais les corbeaux et les vers »(1). Cette dynamique de l'image, comme l'a baptisée Durand, consiste dans ce poème à invoquer la Mort contre Mort afin de la combattre et de la banaliser. Ce qui est en réalité l'indice de la grande frayeur qu'elle inspire au poète :

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;

Plutôt que d'implorer une larme du monde,

Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux

A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.(2)

Loin d'être inoffensif, le vers vient, dans L'imprévu, ronger l'homme qui, par inadvertance et lâcheté, se fait vieux sans en prendre conscience. Il est sans défense, face aux ordres de l'horloge qui fait courir le temps dans une dimension où chaque seconde qui passe, appartient déjà au passé:

L'horloge à son tour, dit à voix basse : « il est mûr,

Le damné ! j'avertis en vain la chair infecte.

L'homme est aveugle, sourd, fragile, comme un mur

Qu'habite et que ronge un insecte. (3)

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(1) La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse, Les Fleurs du Mal, strophe 1, v. 11.

(2) Le mort joyeux, Les Fleurs du Mal, strophe 3, v. 1.

(3) Op. cit., P. Brunuel (1998), p. 163.

(4) Le mort joyeux, Les Fleurs du Mal, strophe 2.

(5) L'imprévu, Les Fleurs du Mal, strophe 5.

Le tortillement, notamment celui des insectes est une autre image qui met en évidence, de manière encore plus violente, la fuite du temps. Pour Gilbert Durand, « le schème de l'animation accéléré qu'est l'agitation fourmillante, grouillante ou chaotique, semble être une projection assimilatrice de l'angoisse devant le changement, l'adaptation animale ne faisant dans la fuite que compenser un changement brusque par un autre changement brusque. »(1).

Cette théorie de l'agitation trouve confirmation dans la poésie baudelairienne. En effet, il est possible de relever dans de nombreux poèmes des images du fourmillement et du grouillement qui symbolisent essentiellement le passage destructeur du temps. Dans Orgueil, on assiste à l'invasion des insectes qui, dans L'Ennemi « mange la vie. »(2)

C'est dans une atmosphère lugubre et angoissante que L'Irrémédiable met en scène ce passage grouillant du temps. Dans ce poème, le poète crie sa peur à travers celle d'un Ange qui se retrouve en Enfer et qui lutte « Contre un gigantesque remous »(3). De son côté, L'Irréparable, poème d'une grande esthétique, plonge le poète dans une insoutenable angoisse exprimée à travers des images animales calamiteuses. Dans ce monde de l'agonie et de l'approche de la mort, « le vieux, le long Remords »(4) se nourrit de l'homme de l'intérieur, « comme le ver des morts,/Comme du chêne la chenille »(5). Il habite, « s'agite et se tortille »(6) en lui en le rongeant tout au long de sa vie précipitant la fin de celle-ci. Mort et remords sont souverains des lieux, ils terrorisent et épouvantent.

Dans ce poème, la première strophe, sous forme de question désespérée, emploie l'image du termite qui crée une « agitation grouillante, fourmillante (et) chaotique »(7). Cette agitation

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(1) Op. cit., Durand (1969), p. 77.

(2) L'ennemi, Les Fleurs du Mal, strophe 4, v. 1.

(3) l'irrémédiable, Les Fleurs du Mal, strophe 3, v. 2.

(4) L'irréparable, Les Fleurs du Mal, strophe 1, v. 1.

(5) Ibid., v. 3 & 4.

(6) Ibid., v. 2.

(7) Op. cit., Durand (1969), p. 77

est le reflet du « long »(1), de « l'implacable »(2) et irréparable remords qui, « avec sa dent maudite »(3), tenaille l'homme, l'attaque et le « ronge »(4) de l'intérieur.

Pour exprimer cette force trépidante qui consomme le poète, ce dernier recourt à d'autres images d'insectes, citons celles du ver, de la chenille et de la fourmi. Ces images, pour « indique(r) une force offensive, prédatrice (et) funèbre »(5), sont associées à celles du loup, qui symbolise la Mort à travers l'image des deux célèbres loups de la mythologie : Fenrir et Managamr, qui à la fin du monde avalerons respectivement le soleil et la lune, à celle du cheval, que « tous les peuples associ(ent) originellement (...) aux ténèbres du monde chthonien »(6), et à celle du corbeau, oiseau qui, dans le folklore, est souvent associé à la mort.

De « mourant »(7) à « agonisant »(8) passant par « soldat brisé »(9) et « pauvre agonisant »(10), la troisième et quatrième strophe connaissent une reprise subjective et rythmique d'adjectifs qui compatissent aux sort de l'humain déchirés, de l'intérieur comme de l'extérieur, par les insectes et les prédateurs.

Danse Macabre, est également l'un des poèmes où le regret et le remords terrorisent le poète. Ils sont symbolisés par l'image de l'alambic et de l'aspic. Ces deux créatures rompantes donnent naissance, par les places qu'ils occupent dans le poème, à une rime qui rend plus palpable, par la sonorité, l'angoisse « antique »(11) qu'éprouve le poète. Le point d'exclamation

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(1) L'irréparable, Les Fleurs du Mal, strophe 1, v. 1

(2) Ibid. v. 5.

(3) Ibid., strophe 8, v. 1.

(4) Ibid.

(5) Op. cit., P. Labarthes, p. 547.

(6) Op. cit., L. Desblache, p. 50.

(7) L'irréparable, Les Fleurs du Mal, strophe 3, v. 3.

(8) Ibid., strophe 4, v. 1.

(9) Ibid., v. 3.

(10) Ibid., v. 1.

(11) Danse macabre, Les Fleurs du Mal, strophe 8, v. 2.

qui ponctue la fin des deux premiers vers, donne, quant à lui, l'impression d'une colère que le poète éprouve contre le remords voire, contre lui même :

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote