WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le projet de zone monétaire unique en afrique de l'ouest: fondements, état des lieux et analyse prospective

( Télécharger le fichier original )
par Souleymane DABONE
Institut Diplomatique des Relations Internationales (IDRI) - Diplôme d'Etudes Superieures en Diplomatie et Relations Internationales 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Section II: Le taux de change comme instrument de stabilisation

La théorie des zones monétaires optimales étant axée sur le non recours au taux de change comme instrument de politique monétaire, on peut se demander, dans le cadre d'une Union monétaire de la CEDEAO, quelle peut en être son utilité. Cette approche a le mérite, non seulement, de mettre en lumière l'inefficacité des dévaluations compétitives dans la sousrégion, mais aussi de révéler la portée réelle du recours au taux de change pour améliorer la compétitivité des économies de la zone.

II.1. Considérations générales sur l'inefficacité du taux de change

Selon la théorie économique, qu'elle soit d'inspiration néo-keynésienne ou monétariste, le taux de change constitue un instrument de stabilisation de l'économie. Ce faisant, la dévaluation est devenue une composante importante des programmes d'ajustement structurel.

II.1.1 Le mécanisme vertueux de la dévaluation

Le mécanisme vertueux de la dévaluation repose essentiellement sur une modification de la demande globale qu'engendre une modification des prix relatifs en faveur des biens échangeables. Ainsi, la dévaluation exerce un transfert de demande vers les biens domestiques de la part tant des résidents que des étrangers ; à l'intérieur, elle réoriente également les facteurs de production vers les biens échangeables. La condition pour observer un tel effet positif est que la dévaluation intervienne dans une conjoncture de sous-emploi, de sorte que s'en suivent un accroissement de la demande globale, un accroissement de la production et une amélioration de la balance commerciale dans le pays où la monnaie a été dévaluée13. Même si le contexte de l'économie ouest africaine renforce l'hypothèse de sous-emploi, il

13 Cet aspect de l'inefficacité des dévaluations a été longuement développé par les structuralistes.

reste que la sous région connaît de nombreux obstacles tant au niveau de la demande globale que de l'offre globale qui rendent négatifs les effets de la dévaluation.

II.1.2. Les obstacles à la réalisation des effets positifs de la dévaluation en
Afrique de l'Ouest

Les économies ouest africaines connaissent de nombreuses difficultés qui empêchent la dévaluation de produire des effets bénéfiques. Du coté de la demande, la dévaluation peut avoir les effets ci après :

· Un effet d'encaisses réelles qui se traduit par une baisse de la demande de biens et services ;

· Une détérioration de la balance commerciale lorsque les importations se révèlent inélastiques au prix, selon l'enseignement du théorème Marshall-Lerner-Robinson dit des élasticités critiques.

En effet, le renchérissement des produits étrangers, engendré par la dévaluation, va nécessairement provoquer un ajustement à la hausse des encaisses monétaires nominales des agents économiques, qui pour la plupart dans la sous région ont un revenu moins élevé. Ajouté à cela, le faible niveau de développement de la sous région qui fait de la détention de la monnaie - en l'absence d'actifs financiers (tels que les actions de sociétés ou les obligations) - l'une des formes privilégiées de richesse. L'ajustement des encaisses monétaires étant essentiellement dus aux motifs de précaution et de spéculation, cela peut se traduire par une diminution de la demande des biens de consommation ou d'équipement par les agents nationaux. De la sorte, si l'accroissement de la demande étrangère de produits nationaux n'arrive pas à contrebalancer l'effet d'encaisses réelles, la dévaluation provoquera des effets négatifs.

Quand à la détérioration de la balance commerciale que rend possible la dévaluation, elle peut être appréhendée non seulement, à travers la détérioration des termes de l'échange qu'engendrerait l'augmentation des exportations de biens primaires14 ; mais aussi, en présence de l'inélasticité des importations et des exportations. En effet, dans le cas où la dévaluation entraînerait une hausse de la demande étrangère de biens nationaux essentiellement primaires, l'incitation à exporter davantage ces biens, même si elle améliore les performances à l'exportation de la région, pourrait alimenter la baisse du prix de ces biens au niveau mondial (détérioration des termes de l'échange), réduisant ainsi les recettes d'exportations. La

14 La région possède un avantage comparatif dans l'exportation des biens primaires.

situation de la balance commerciale s'aggraverait aussi, si à la fois les importations et/ou les exportations ne s'avéraient pas élastiques au prix - c'est-à-dire si aucune incitation à exporter plus et à importer moins ne résulte de la dévaluation. Cette dernière hypothèse fera l'objet de nombreuses études empiriques en Afrique de l'Ouest. Nous nous proposons ci dessous de faire la synthèse de quelques investigations.

II.2. L'inefficacité du taux de change en Afrique de l'Ouest

Les différentes élasticités prix des importations et des exportations fournies par les modèles ECOMAC15, PROMES16, et les fonctions d'importation et d'exportation17 de neuf (9) pays ouest africains et six (6) pays industrialisés ont fait l'objet d'analyse par Ouédraogo (2003). Selon l'analyse: « les fonctions d'importations et d'exportations estimées pour des pays d'Afrique de l'Ouest confirment la faible élasticité de ses échanges par rapport aux prix, et suggèrent que le taux de change ne pourrait avoir qu'une faible efficacité comme instrument de stabilisation ».

L'histoire monétaire des Etats ouest africains a montré que la modification de la parité a été souvent utilisée pour corriger les déséquilibres macroéconomiques dont la source se trouve dans les finances publiques. Ainsi, en gonflant artificiellement ces revenus d'exportations en monnaie nationale, la dévaluation permet d'opérer des prélèvements fiscaux et parafiscaux. Elle apparaît de ce fait comme un moyen de financement de la dette intérieure de l'Etat. Cependant, s'il est un fait que la dévaluation produit des effets positifs qu'une fois opérée par surprise et de manière exceptionnelle, elle a pour effets contraire d'alourdir non seulement le poids de la dette extérieure qui est libellée en dollar, mais aussi de pérenniser des structures d'exportations, qui dans le cas des Etats ouest africains, sont essentiellement dominées par un ou deux produits primaires.

A la lumière de ce qui précède, on peut en faisant référence à la théorie des ZMO et plus particulièrement aux avantages d'une monnaie commune à plusieurs Etats, soutenir qu'une monnaie unique pour tous les Etats membres de la CEDEAO va contribuer à améliorer

15 Il s'agit des travaux de N'cho et Charlier (1997) et de Egwaikhide (1999).

16 Il s'agit des travaux de Diop (2001), Koné (2000), Samba (1998), Kossi (2001), Kossi et Doe Lubin (2001) et Soguié (2001).

17 Ce sont celles établies par Senhadji (1998), et Senhadji et Montenegro (1999).

le niveau des échanges intra régionaux. Certes, il ne suffit pas d'avoir une monnaie commune pour voir se réaliser comme par enchantement un boom commercial intra régional.

L'avantage donc de la monnaie commune est qu'elle offre un terreau fertile pour l'adoption de mesures économiques ayant trait à la libéralisation des échanges intra régionaux comme la levée des barrières tarifaires, le bon fonctionnement des mécanismes de compensation, la surveillance multilatérale accrue et la mise en place de dispositifs institutionnels consensuels18. Aussi, l'adoption d'une monnaie unique à coté de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) déjà en vigueur, va consolider dans l'esprit des entrepreneurs et investisseurs l'idée selon laquelle, le marché ouest africain est un marché unique ; ce qui permettra à la zone d'offrir des opportunités d'économies d'échelles importantes. Ceci permettra aussi de booster la production de produits manufacturés, qui font le plus objet d'échange19.

Dans le sens où la zone monétaire, selon la théorie des zones monétaires optimales, est caractérisée par la rigidité des taux de change entre les pays et/ou la flexibilité du taux par rapport à l'extérieur et le fait que la zone ouest africaine est peu sensible aux variations de prix des importations et dans une moindre mesure par ceux des exportations, la CEDEAO offre un cadre idéal pour aller vers la consolidation des taux de change de ses membres. Ces deux traits caractéristiques majeurs des économies ouest africaines, ajoutés à leur extrême extraversion, militent plus que tout à la prise de mesures pour faciliter l'envolée des échanges intra régionaux. L'une des solutions serait par exemple, de résoudre, pour ce qui concerne le commerce intra régional de l'Afrique de l'ouest, le problème récurrent des systèmes de paiements dans la zone (intégration financière). Et le moyen le plus adéquat est l'adoption d'une monnaie unique par tous les Etats ouest africains. Cette option est d'ailleurs envisagée par la CEDEAO, qui en la formulant en 1983, s'est lancée dans la détermination d'une stratégie en vue de donner corps à cette monnaie communautaire.

18 On peut observer cette dynamique d'adoption de mesures économiques au niveau communautaire, à travers le fonctionnement actuel de l'UEMOA, qui a comme institution spécialisée la BCEAO.

19 Dans un article célèbre mais controversé, A.K. Rose estime que l'Union monétaire multiplie par trois les échanges commerciaux (One Money, One Market : Estimative the Effect of Common Currency on Trade, Economy Policy, avril 2000, vol. 15, no30.).

IIEME PARTIE : LE PROJET DE CREATION D'UNE ZONE
MONETAIRE UNIQUE EN AFRIQUE DE L'OUEST

Caractérisé avant les indépendances par des systèmes coloniaux largement constitués sur des bases régionales, l'Afrique sera marquée par une décomposition en zones monétaires multiples et par l'échec des tentatives de regroupements nationaux (exemple de la Fédération du Mali) au lendemain des indépendances. Dès 1960, il est apparu que la «balkanisation» du continent constituait un facteur de vulnérabilité externe qui limitait les possibilités de croissance interne et réduisait le poids du continent dans les négociations internationales. L'exiguïté des marchés nationaux dans chaque région africaine, y amoindrit le jeu des économies d'échelle, et l'existence de zones monétaires divergentes y rend cruciaux les problèmes de paiements intra régionaux.

Une première solution va consister, pour la région ouest africaine, en la mise en place d'une Chambre de compensation (CCAO), à laquelle va succéder le PCMC. Mesurant la gravité des problèmes de paiements, l'idée de créer une monnaie unique pour toute la CEDEAO va être émise et un plan d'action va être élaboré à cet effet à Lomé en 1999.

Dans un premier chapitre, nous examinerons l'efficacité et la rationalité économique qui sous-tend ce plan ; puis, dans un second chapitre, nous analyserons les chances de succès du projet, en passant au peigne fin les enjeux et les perspectives du processus d'intégration monétaire.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein