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Les défis de la sécurité routière en milieux urbain au Cameroun: le cas des motos taxis a Yaounde


par Guy Rostand DJIEPMO NDJOUKYA
Université de Yaoundé - Master Economie des transports et logistique des échanges 2008
  

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INTRODUCTION GENERALE

Dès le début de la décennie 80, le Cameroun a connu une crise économique grave, dont les effets ont ébranlé les différents secteurs de son activité économique notamment l'agriculture, l'élevage, les finances, ainsi que les transports. Pour ce dernier secteur en particulier, l'intervention des pouvoirs publics, bien que effective, a connue d'énormes difficultés. Ces difficultés pouvant s'illustrer par le fait qu'au cours de cette décennie, le non entretien des infrastructures routières s'est accentué, la construction des pistes aux dimensions approximatives a été observée, le dysfonctionnement, voire l'absence des panneaux de signalisation s'est accru d'une part, et surtout, on a relevé la faillite de la société de transport en commun1(*)d'autre part. La mobilité des personnes et des biens s'est ainsi trouvée hypothéquée par le mauvais état des routes, car ces routes se sont progressivement dégradées. Nous allons aussi noter le fait que le développement anarchique de la ville a créé des problèmes d'accessibilités énormes dans les quartiers périphériques des grandes métropoles Camerounaises. Cette situation de crises, outre le fait qu'elle ait entraînée une perte substantielle du pouvoir d'achat2(*), elle a également entraîné le développement anarchique de la ville et l'insuffisance des moyens de locomotion. Face à ces difficultés, les populations précarisées ont donc intégré la moto comme moyen de déplacement afin de les surmonter.

Pour ajouter aux aspects précédents, la libéralisation des activités économiques survenus dès le début des années 1990 et qui consacre au Cameroun le retrait de l'Etat de la sphère productive au profit de l'initiative privée va favoriser l'émergence d'un nouveau type d'acteur dans le domaine du transport en général, et urbain en particulier : « la moto taxi »

Communément appelé « Bend-skin3(*) » au Cameroun, l'activité de transport par moto taxi s'est intégrée dans les moeurs des populations. Ses avantages que sont, la forte propension à circuler sur les routes en mauvais état, à desservir les zones enclavées, mais surtout le prix attaché au service rendu assez compétitif vont offrir a ce mode de transport une place prépondérante dans le choix du moyen de locomotion de la population. D'après l'étude réalisée par SOFRETU de 19944(*), ce mode représentait 24% des déplacements de la population dans la ville de Yaoundé et 26 % dans la ville de Douala. Mais au regard de la fluctuation d'une telle activité aujourd'hui, on peut déduire une augmentation significative de ces pourcentages 15 ans après.

Si l'activité des motos taxis s'est avérée être une véritable solution aux problèmes de transports urbains ; on ne saurait toutefois maîtriser l'ensemble de difficultés que ce mode de transport induit dans les villes camerounaises. Il s'agit notamment des difficultés liées aux conditions de sécurité des personnes et de leurs biens car le développement de cette activité s'accompagne d'un niveau croissant d'accidents de circulation et de victimes de ces accidents. Ainsi, selon Muhlrad (2006), dès que les nombres d'accident et des victimes atteignent des proportions inquiétantes, un travail très ardu doit être fait pour garantir la sécurité routière impliquant des acteurs d'origines diverses et opérantes à différents niveaux.

La sécurité routière peut être entendue comme l'ensemble des activités, des mécanismes et des actions préventives, entreprises par les différents acteurs en charge de la construction, de la gestion du réseau et du trafic routier, qui concourent à réduire le nombre de victimes potentielles d'accidents de la route et aussi, à protéger leurs biens.

Perçu comme telle, la sécurité routière doit être un idéal perpétuel à atteindre par la société et la question de sa préservation se pose avec acuité.

Problématique

L'activité de moto taxi s'est développée depuis un passé très récent dans la plupart des pays à faible revenu. Créatrice de valeur et d'emplois, elle fait l'objet d'une attention particulière de la part des pouvoirs publics au Cameroun notamment sur les aspects liés à l'organisation et au fonctionnement. Mais aussi, sur les normes et standards de sécurité routière qui lui sont assignés. En effet, le décret N°95/650/PM du 16 Novembre 1995 fixant les conditions et modalités d'exploitation des motocycles à titre onéreux est resté jusqu'ici sans effet réel sur le fonctionnement des motos taxis; ceci, malgré le fait que cette activité au cours de ces dernières années s'est révélée être un facteur majeur d'insécurité routière. A titre d'illustration, d'après le Ministère des transports, au Cameroun, 41% des tués par accidents de circulations sont des usagers de motos taxis. Au cours de la seule année 2006, on a enregistré un peu plus de 600 cas d'accidents de mototaxis au centre hospitalier universitaire de Yaoundé, dont 150 décès, soit 25% des accidentés. Plus encore, l'hôpital Laquintinie de Douala a reçu tellement d'accidentés par moto en 2007, qu'un de ces pavillons, celui qui accueille les nombreuses victimes est de nos jours baptisé « pavillon Bend-skin5(*) ». Traduisant ainsi la gravité de l'insécurité routière liée à cette activité. La vulgarisation de cette activité s'est accélérée avec la monté du chômage, donc les taux dans les villes de Douala et Yaoundé en 2001 sont respectivement de 21,5% et 25,6%6(*), Ces taux sont progressivement en réduction en 2005 par l'accès de plusieurs jeunes à la profession de Moto taximan. 16% et 17,9 %7(*).

Dans un tel contexte, où l'activité de moto taxi, bien que utile à la société est génératrice d'insécurité routière, la réaction des autorités publiques Camerounaise s'est matérialisée par la publication du décret n° 2008/3447/PM du 31 Décembre 2008 portant sur les conditions d'exploitation des motocycles à titre onéreux, qui abroge le décret du 16 Novembre 1995. Notre préoccupation réside dans le fait que les mesures actuelles prises par l'Etat correspondent aux précédentes, qui ont été sans effets réels sur l'activité des motos taxis. Ainsi donc, quel est le mode d'intervention que les pouvoirs publics doivent appliquer au transport par motos taxis pour atténuer les effets externes négatifs liés à cette activité? Ou encore, comment réduire le nombre d'accidents de circulation par moto taxi au Cameroun, afin que les citoyens puissent circuler en toute quiétude sur les routes?

Hypothèse de recherche

En présence d'une insécurité routière sans cesse croissante dans le secteur de transport par motos taxis, l'une des solutions efficaces serait la restructuration de cette activité, non seulement par les pouvoirs publics, mais aussi par les motos taximen. Ainsi, l'hypothèse assortie au présent travail stipule que l'application effective de la réglementation en matière de sécurité routière par les motos taximen contribuera à réduire les accidents de circulation les concernant.

Objectif

L'objectif de cette étude est la recherche des perspectives d'amélioration de la sécurité routière sur l'activité de moto taxi au Cameroun, pour cela, il a été important de déterminer les instruments de sécurité routière à même de maîtriser le comportement des motos taximen sur les routes.

Méthodologie

La présente étude se propose de répondre aux préoccupations qui émanent du problème posé, et qui sont développés à travers les hypothèses émises. Ainsi, il s'agit des méthodes de collecte des données et des techniques de traitement de ces dernières. Pour recueillir les données nécessaires pour le présent travail, nous utiliserons deux techniques de collecte, à savoir : la recherche documentaire et une enquête dans la ville de Yaoundé. La recherche documentaire dans le cadre de cette étude, s'est faite dans un premier temps par une revue de la littérature sur la sécurité routière au Cameroun en particulier, et dans le monde en général. Pour cela, nous avons consulté les documents et données statistiques disponibles dans les services en charges de la gestion des transports urbains au Cameroun, et par la suite, nous avons procédé par une enquête dans la ville de Yaoundé afin d'obtenir les données primaires utiles pour ce travail. Ainsi, nous avons conçu un questionnaire sur les  motos taximen, les données et les informations obtenues par cette enquête ont été traitées à l'aide des moyens de traitement automatiques tel que Word, Excel. Les tableaux et les graphiques obtenus nous ont permis d'analyser le secteur de transport urbain par moto taxi à Yaoundé.

Pour apporter quelques éléments de réponse à cette problématique, le présent travail, s'articulera autour de deux parties. La première partie présentera le cadre d'analyse de la sécurité routière au Cameroun. Nous présenterons ici le concept de sécurité routière et les instruments de sécurité routière au Cameroun. En suite, il sera question de présenter les perspectives de réduction de l'insécurité routière au Cameroun en étudiant le cas des motos taxis à Yaoundé, afin de déterminer les mesures d'instauration de la sécurité routière dans l'activité de moto taxi, ce qui nous permettra de mieux cerner cette activité, dans l'optique de déterminer le mode d'intervention public approprié. Il est cependant à noter que, l'appréhension de la notion de la sécurité routière et de la consistance des efforts à accomplir pour que ce concept soit perceptible au niveau national et voire international rendent un peu plus complexe la notion dans la mesure où de manière récurrente, les modes de transport s'accentuent et de façon diversifiée.

* 1 Fermeture de la Société de Transport Urbain du Cameroun (SOTUC)

* 2 Baisse de salaire des fonctionnaires

* 3 Tiré du "pidgin", (anglais locale), "bend-skin" désigne une danse traditionnelle de l'Ouest du Cameroun réputée pour la frénésie de son rythme et la position courbée des danseurs. Les premières marques de motos utilisées par les conducteurs de motos taxis, ayant le siège surélevé donnaient au passager transporté une position semblable à celle des danseurs de " bend-skin". Aujourd'hui, ce mot désigne non plus seulement la moto au siège surélevé, mais toute l'activité.

* 4SSATP. 2004 cas du Cameroun

* 5 http://www.camer.be

* 6 INS. Deuxième enquête Camerounaise auprès des ménages. Pauvreté et marche du travail au Cameroun 2001

* 7 INS. Enquête sur l'emploi et le secteur informel au Cameroun, phase 1 : enquête sur l'emploi, rapport principal 93p. 2005

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