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Genre et lutte contre la pauvreté dans la ville de Lubumbashi. Essai d'analyse des manifestations de l'autonomisation de la femme Lushoise à  travers le microcrédit.

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par Modeste DIKASA ENGONDO
Université de Lubumbashi - Diplôme d'études approfondies 2010
  

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CHAPITRE IV : LA POLITIQUE DE L'AUTONOMISATION DE LA FEMME A LUBUMBASHI

4.1. Introduction

La pauvreté se manifeste, on l'a déjà souligné, par un dénuement matériel, mais ses causes s'enracinent dans les relations de pouvoir qui déterminent la répartition des ressources matérielles, financières et symboliques les plus valorisées dans la société. Ces relations placent les hommes, les femmes et les enfants pauvres en position de subordination et de dépendance par rapport à ceux ou celles qui possèdent un accès privilégié à ces ressources. En plus de subir un dénuement matériel, les femmes lushoises sont aussi dépourvues de pouvoir à cause des contraintes socio culturelles et économiques qui restreignent les rendements du travail féminin et même rendent difficile la transformation de leurs capacités en revenus ou en bien-être. C'est pourquoi, en tant que stratégie de lutte contre la pauvreté, l'autonomisation des pauvres en général doit évidemment accorder une place importante à l'autonomisation des femmes pauvres.

Ce chapitre s'articule, outre l'introduction et la conclusion, en trois points : - l'Approche conceptuelle et théorique de l'autonomisation de la femme ;

- l'évolution des politiques d'autonomisation de la femme dans le monde, en République Démocratique du Congo et au Katanga ; et

- La modélisation de l'autonomie de la femme lushoise.

4.2. Approche conceptuelle et théorique de l'autonomisation de la femme

De prime abord, il convient de clarifier le sens du terme « autonomisation » tel que nous l'entendons ici. Le pouvoir peut être défini comme étant la capacité de choisir(1). Pour sa part Jan PRONK définit l'autonomisation comme le pouvoir de

(1) Naila KABEER, Op.Cit, p.212

contrôler sa propre vie, c'est-à-dire une sorte de force et de confiance intérieures permettant d'affronter la vie, le droit de faire des choix dans sa vie et d'influencer le changement social(1). S'appuyant sur la notion de pauvreté humaine pour introduire l'indicateur du développement humain (IDH), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) souligne que la pauvreté humaine ne se définit pas par ce que l'on possède ou ne possède pas, mais par les choix auxquels on a, ou non, accès. L'IDH, par conséquent, n'est pas une mesure de la prospérité, du bien-être ou du bonheur, mais une mesure de l'autonomisation. Plusieurs termes décrivent le contraire de l'autonomisation : l'assujettissement à une subordination, à une dépendance. Dans tous les cas, ils renvoient à une privation de choix. A l'inverse, l'autonomisation désigne les processus qui confèrent la capacité de choix à des personnes qui en étaient privées jusque-là. Autrement dit, l'autonomisation suppose une évolution, un changement. Les personnes qui bénéficient de nombreuses possibilités de choix peuvent en retirer une grande puissance. On ne peut cependant pas dire qu'elles ont suivi un parcours d'autonomisation si elles n'ont jamais été privées de la capacité de choisir.

La notion de choix repose sur deux réalités :

1. Choisir une voie, cela suppose que l'on puisse en choisir une autre, agir autrement. La pauvreté et le manque d'autonomie vont par conséquent de pair. En effet, l'incapacité de combler ses propres besoins fondamentaux entraîne la subordination par rapport à des personnes possédant le pouvoir de les satisfaire. Elle élimine donc la possibilité d'un véritable choix. Or, cette absence de choix ne touche pas les hommes et les femmes de la même façon, car les inégalités sexospécifiques aggravent en général les impacts de la pauvreté.

2. Pour choisir véritablement, il faut donc disposer de plusieurs possibilités d'action. Mais il faut aussi avoir conscience de ces différentes possibilités d'action. Les relations de pouvoir sont plus efficaces quand elles ne sont pas perçues comme telles. Les prérogatives des hommes et des femmes, respectivement, reposent souvent sur l'acceptation pleine et entière des relations de pouvoir telles qu'elles

sont. Par exemple, les femmes peuvent accepter sans protester la violence de leurs maris ou la répartition inéquitable des ressources dans leur ménage parce que tout autre attitude est inconcevable pour elles, impossible à entrevoir. Les comportements de ce type peuvent être considérés comme des choix. En réalité, ils témoignent au contraire d'une absence de choix.

Toutes les possibilités de choix ne possèdent pas une pertinence égale par rapport au pouvoir. En particulier, certaines ont un impact plus grand que d'autres sur la vie quotidienne. Plusieurs choix stratégiques jalonnent l'existence : où habiter ? Se marier ou rester célibataire ? Le cas échéant, qui épouse ? Ne pas avoir d'enfants ou fonder une famille ? Le cas échéant, combien d'enfants avoir ? Qui sera chargé de les éduquer ? Quelles activités entreprendre pour sa survie ? Quelle liberté de mouvement et d'association maintenir ? Quelle liberté maintenir dans l'affectation de ses propres ressources ? Ces choix stratégiques induisent d'autres décisions qui peuvent influencer sur la qualité de la vie, mais qui n'en fixent pas les paramètres déterminants.

L'autonomie peut être analysée sous trois angles connexes: les capacités réelles d'action ; les ressources et les réalisations. Les capacités réelles d'action conditionnent la mise en oeuvre des choix. A ce titre, elles constituent l'un des pivots du processus d'autonomisation. Les ressources sont les outils qui permettent d'exercer les capacités réelles d'action, pendant que les réalisations sont les produits des capacités réelles d'action telles qu'elles ont été mises en oeuvre. Nous allons brièvement analyser chacune de ces trois dimensions et les relations qu'elles entretiennent entre elles dans le contexte de l'autonomisation.

Capacités réelles d'action

Les capacités réelles d'action ou capacités d'action recouvrent les actes observables dans l'exercice d'un choix (prise de décision, protestations, négociations) ainsi que les motivations, significations et intentions dont la personne investit son action. Or, ces motivations et significations dépendent en grande partie de la manière dont

cette personne est perçue par son entourage et par la société dans laquelle elle vit. La notion de capacité réelle d'action peut être teintée d'une connotation positive ou négative.

· Dans le sens positif, la capacité d'action correspond au pouvoir personnel d'agir, de définir sa propre vie y compris contre l'avis d'autrui.

· Dans son sens négatif, la capacité d'action correspond à l'emprise que certains acteurs peuvent avoir sur d'autres et qui leur permet de court-circuiter leur volonté d'agir, par exemple par l'autorité, la violence ou autre forme de coercition.

Ainsi que nous l'avons mentionné, le pouvoir est plus efficace quand il élimine les possibilités de choix (et donc, les capacités d'action) sans que les personnes sur lesquelles il exerce en soient conscientes. Les institutions peuvent ainsi restreindre les choix stratégiques des gens en éliminant certaines possibilités d'action. Les normes culturelles ou idéologiques peuvent nier l'existence des inégalités de pouvoir ou nier qu'elles sont injustes. S'ils n'entrevoient pas d'autres possibilités d'actions ou si celles-ci leur semblent assorties d'un coût personnel ou social trop élevé, les groupes subordonnés ont généralement tendance à accepter le sort que la société leur réserve, voire à y adhérer.

Dans l'optique de l'autonomisation, les capacités réelles d'action consistent non seulement à choisir activement, mais à choisir d'une manière qui remette en cause les relations de pouvoir. Comme les croyances, les convictions et les valeurs jouent un rôle central dans la légitimation de l'inégalité, le processus d'autonomisation est généralement centrifuge : il part de l'intérieur de l'individu pour gagner graduellement son environnement. Pour qu'il advienne, il faut d'abord que les personnes concernées posent un regard différent sur elles-mêmes (leur estime de soi) et sur leurs possibilités d'action.

Ressources

Les capacités réelles d'action ne s'exercent pas dans l'abstrait : elles nécessitent la mobilisation de ressources- les outils du pouvoir. La répartition de ces ressources est déterminée par les institutions et par les relations qui sous-tendent la société. Or, ainsi que nous l'avons vu au chapitre 3, les institutions sont rarement égalitaires. Certains acteurs bénéficient d'une position privilégiée dans l'interprétation des normes, des conventions et des règles institutionnelles mais aussi dans leur mise en application. Grâce à la position qu'ils occupent, les chefs de famille, chefs de tribu, directeurs d'entreprises, dirigeants d'organisations et autres élites de la collectivité possèdent tous une autorité décisionnelle dans certaines institutions. La répartition des ressources dépend par conséquent de l'influence respective des différents acteurs dans la définition des priorités et dans le traitement des revendications.

Dans le processus d'autonomisation, les modalités d'accès aux ressources sont tout aussi importantes que les ressources elles-mêmes. Si l'accès au travail rémunéré peut accroître les capacités d'action des femmes dans la sphère familiale, c'est parce qu'il leur assure une source indépendante de revenus et donc, qu'il leur procure une position de repli stratégique plus favorable lors des négociations. Toutes les conditions de ce travail rémunéré ont également leur importance. Plus l'emploi est visible, plus ses rendements sont élevés et plus il s'exerce en dehors des structures familiales d'autorité - plus il est susceptible de renforcer la position de repli stratégique de la femme.

Réalisations

Les ressources et les capacités réelles d'action définissent les possibilités des gens, le potentiel dont ils disposent pour mener l'existence à laquelle ils aspirent. Leurs réalisations mesurent le degré de concrétisation de ce potentiel. Elles constituent donc les fruits de leurs efforts. En ce qui concerne l'autonomisation, les réalisations doivent être examinées à l'aune des capacités d'action mises en oeuvre mais aussi des conséquences de ces actions. Par exemple, les OMD considèrent l'emploi salarié

comme un marqueur de l'autonomisation des femmes. Pour que cette autonomisation soit réelle, il faut toutefois que la femme ait accepté l'emploi salarié pour bénéficier de possibilités d'action nouvelles ou pour stimuler son propre développement et sa propre indépendance. Si elle entre sur le marché du travail uniquement parce qu'elle a besoin d'argent de toute urgence, il n'est pas sür que cet emploi témoigne d'une véritable autonomisation. Par ailleurs, l'emploi salarié contribue à l'autonomisation des femmes s'il leur permet d'atténuer ou d'éliminer les liens de subordination qui les assujettissent à leur entourage, pas s'il leur fournit simplement les moyens de survie au jour le jour.

Les relations entre les capacités d'action, les ressources et réalisations

Il faut donc établir une distinction nette et claire entre les capacités d'action passive, qui s'exercent alors que la personne n'a guère de choix, et les capacités d'action dynamique ou active qui renvoient à un comportement délibéré. L'accès aux ressources peut très souvent accroître les capacités d'action dynamique des femmes. Il convient néanmoins de distinguer l'efficacité des capacités d'action et leur pouvoir de transformation. L'efficacité des capacités d'action renvoie aux résultats que la femme est susceptible d'obtenir dans ses rôles et responsabilités actuels. Le pouvoir de transformation des capacités d'action renvoie aux possibilités qui s'offrent aux femmes de repenser ces rôles et ces responsabilités, de les remettre en cause et, le cas échéant, de les changer. Par exemple, nous avons constaté que l'alphabétisation des femmes en Inde entraîne souvent une réduction de la mortalité infantile et enfantine. Ce recul de la mortalité résulte d'une augmentation de l'efficacité des capacités d'action des femmes. Par contre, la corrélation que nous avons constatée entre l'alphabétisation des femmes et leur taux d'activité, d'une part, et l'atténuation des disparités sexospécifiques dans le taux de mortalité des enfants de 0 à 5 ans, d'autre part, constitue plutôt un exemple du pouvoir transformateur des capacités d'action féminine. Dans ce cas, en effet, l'accroissement de leurs capacités a permis aux femmes d'aller à contre- courant des valeurs patriarcales traditionnelles.

Le présent chapitre cherche essentiellement à montrer le pouvoir transformateur des capacités d'action à travers le microcrédit et les réalisations qui témoignent d'un accroissement de la capacité des femmes pauvres lushoises à analyser, contester et contrecarrer les structures patriarcales qui contraignent leur existence et à lutter contre la pauvreté.

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"Tu supportes des injustices; Consoles-toi, le vrai malheur est d'en faire"   Démocrite