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Les représentations sociales et pratiques liées à  l'utilisation des produits phytosanitaires en RCA: cas des cotonculteurs de Bossangoa.

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par Arsène Ferrera BINGUIMALET
Université de Bangui - Maà®trise 2010
  

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CONCLUSION GENERALE

Avec une production de près de 3000 tonnes, la culture cotonnière joue un rôle moteur dans l'économie de la régionale de Bossangoa. La protection de ces cultures, soumises à de fortes attaques parasitaires, a entraîné une consommation croissante de pesticides. Outre le problème d'un coût monétaire élevé, leur mauvaise utilisation a des effets négatifs sur la santé des utilisateurs et des consommateurs mais aussi sur l'environnement. Elle provoque de surcroît la sélection d'insectes résistants.

En parlant des représentations sociales, les agriculteurs sont conscients des effets néfastes des pesticides. Par contre ils minimisent les effets immédiats de ces produits et savent que seule une grande quantité ingurgitée peut constituer un danger dans les minutes qui suivent. C'est dans cette optique qu'ils utilisent ces produits à d'autres fins. Cette portion représente un taux de 79,30% du total des enquêtés.

Les personnes les plus exposées aux pesticides sont les applicateurs. En plus de leur travail qui les met en contact direct avec les produits, ils sont aussi souvent mal protégés pendant le traitement des champs. L'exposition aux pesticides peut aussi avoir lieu à travers l'environnement ou des aliments (résidus dans les aliments ou l'eau). Ainsi pensent-ils qu'il est nécessaire de se protéger au cours des traitements.

Toutefois, l'ensemble des planteurs interrogés ne prend aucune précaution, soit parce que les Equipements de protection Individuelle (gants, lunettes, blouse ou combinaison) coûtent cher et ne leur sont pas distribués par la société cotonnière, soit parce qu'ils déclarent être habitués aux produits. Cette portion représente la totalité de l'échantillon soit 100%, car aucun des planteurs ne porte les masques exigées par les normes d'utilisation des pesticides lors des séances de traitement.

Quant aux pratiques liées à l'utilisation de ces produits, cette étude a révélé qu'il en existe une pluralité de pratiques. En dehors de la protection de la culture cotonnière (soit 65,51%), la majeur partie des cotonculteurs interrogés estiment que ces produits peuvent tout de même être utilisés pour la chasse (rat, rongeurs, oiseaux) soit 3,45% du total des enquêtés, la pêche (3,45%), la pulvérisation des chambres ou des latrines, la neutralisation des poux de cheveux, la lutte contre les termites et bien d'autres choses

encore. Ceux qui pensent qu'on peut faire un usage multiple avec les insecticides du cotonnier représentent 16,37% du total des cotonculteurs interrogés. Cette manière de percevoir ces produits fait que certains planteurs préfèrent ne pas utiliser toute la quantité du liquide qu'on leur donne. Ils en gardent pour soit, réutiliser sur d'autres parcelles, revendre ou soit utiliser pour protéger leur petit élevage.

Pour ce qui est du respect des procédures et normes en vigueur, il y a lieu de dire que les pratiques liées à l'utilisation de ces produits ne cadrent pas avec les directives techniques. Si les planteurs savent par principes que lors de la manipulation et de l'application du produit, il faut porter des équipements de protection phytosanitaires qu'ils en ont pas d'ailleurs et se conformer aux recommandations de l'étiquette du produit, force est de constater que ceux-ci détruisent rarement les emballages des pesticides agricoles. Ils les lavent pour les réutiliser. Cette portion représente 84,47% de l'effectif de l'échantillon interrogé.

Comme précaution à prendre après les traitements, tous se lavent les mains, ou prennent un bain après un traitement ceci, le plus souvent aux bords des marigots qui longent leurs champs. Cela constitue un risque pour l'environnement aquatique. Les risques d'intoxication se situent au cours des traitements ou par la consommation de légumes (récolte de feuilles de niébé, le gombo, le concombre, la tomate ou autre) cultivées en association avec le coton. Les risques de contamination des eaux de surface sont ignorés ou minorés dans cette enquête.

Quant à l'impact socioéconomique de ces pratiques, la majorité des producteurs ne semble pas avoir une grande connaissance du spectre d'activité des matières actives et des doses à utiliser en fonction des superficies à traiter. Ils répondent que la plupart des pesticides agissent vers les mêmes cibles, qu'il s'agisse de ravageurs ou de maladies.

Cette méconnaissance est souvent la cause de l'utilisation abusive des produits et de l'absence de la formation sur ces produits à l'endroit de ces producteurs. Tandis que les pesticides destinés au coton sont distribués aux producteurs par la société cotonnière sous forme de crédit remboursable après la récolte, les produits homologués

sur les cultures maraîchères ne sont pas toujours disponibles dans les centres de production et s'ils le sont parfois, leur coût est dissuasif.

C'est la raison pour laquelle les pesticides destinés au coton sont souvent détournés pour être utilisés sur des cultures vivrières (niébé, sésame, aubergine, tomate, pépinières fruitières souvent cultivées en association avec le coton) qui ne bénéficient pas de crédits pour les intrants. Certains producteurs vendent les produits phytosanitaires « coton » pour la désinfection des semences vivrières, pour tuer des tiques des animaux d'élevage ou pour lutter contre les termites dans les habitations. Les pesticides ainsi dégagés sont reconditionnés dans des divers emballages et vendus sans étiquette.

Pour ce qui est de la fréquence des cas d'intoxications ou des cas de tentatives de suicides, 60% des planteurs s'accordent pour reconnaître que c'est fréquent dans leur milieu ces cas. Tous ceci arrive du fait de l'absence de surveillance des Délégués Techniques qui ne sont toujours pas le plus souvent derrière les paysans pour vérifier si toute la quantité du liquide remise est bien utilisée (la dose à l'hectare).

Ces pratiques auxquelles nos enquêtés se livrent pourront trouver une solution dans la formation et la sensibilisation de ces planteurs, mais hélas, à ce point précis de formation, plus de 87% de l'effectif total de l'échantillon estiment ne pas avoir été formés à cet effet. Seulement 36% pensent avoir été informés lors d'une séance de restitution qui n'a pas trop durée. Nous voyons un temps aussi relativement court ne peut permettre de bien cerner tous les contours des pesticides avec les risques environnementaux et sanitaires qu'ils représentent pour eux.

En définitive, disons que l'emploi des pesticides permet de réduire les pertes de récoltes dues aux ravageurs et de stabiliser les rendements. Néanmoins leur mauvais emploi est cause de nuisances tant pour la santé humaine que pour l'environnement et les coûts liés à la santé humaine. Les pesticides remis par les sociétés cotonnières sont parfois utilisés sur d'autres cultures ou sont revendus. Les principales préoccupations par rapport à la gestion des pesticides dans le circuit privé peuvent être résumées de la façon suivante :

v' La non-application de la réglementation relative à l'agrément des distributeurs et revendeurs des pesticides, ce qui a pour conséquence des conditions de stockage inadéquates et l'absence de conseils aux utilisateurs de pesticides ;

v' Les connaissances et la formation des revendeurs et commerçants pour apporter des conseils adéquats à leurs clients sont insuffisantes ;

v' La méconnaissance de la toxicité des pesticides par les commerçants et leurs clients : les pesticides et les denrées alimentaires sont vendus dans les mêmes magasins ;

v' Le commerce illicite et transfrontalier des produits frauduleux et prohibés, dans des proportions inquiétantes.

Le mauvais usage des pesticides expose les populations rurales à des risques d'intoxication graves, et porte atteinte à la qualité de l'environnement. Il est certes vrai que les productions cotonnières jouent un rôle très important dans les entrées de devises comme dans l'alimentation des populations. Cependant, les légumes peuvent devenir un danger pour la santé des populations quand l'utilisation de pesticides y devient accrue et incontrôlée. Il importe alors de renforcer la réglementation existante quant à l'importation, la distribution, le stockage et l'utilisation des pesticides.

Dans ces conditions, le bon usage des pesticides s'impose afin de garantir une alimentation saine pour une population urbaine en croissance constante. Il passe par :

v' La formation et l'information adéquates des utilisateurs ;

v' La dotation de services compétents avec des moyens leur permettant une mise en application des réglementations sous-régionales, régionales et nationale ainsi que les conventions internationales auxquelles le pays a adhéré ;

v' L'incitation des maraîchers à s'approvisionner auprès des commerçants agréés et en produits homologués ;

v' L'évaluation des résidus des différents pesticides dans les principaux légumes consommés par les populations urbaines ;

v' La promotion et l'encouragement des recherches sur les méthodes alternatives à la lutte chimique.

Cette question de mauvaises pratiques phytosanitaires n'est pas exclusive à la localité de Bossangoa mais, elle concerne aussi bien la population citadine. Car c'est vers les villes secondaires que ces produits sont convoyés pour être écoulés. Tout le monde est exposé, tout le monde doit veiller à son alimentation.

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