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Cosmologie de l'émergence et pensée du chaos : au-delà  de la science classique..

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par Bernard Coly
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maà®trise 2005
  

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II-3 /Evolution et structures émergentes

Le XXème siècle marque en l'homme, la prise de conscience de sa situation et de son isolement dans l'univers immense et mystérieux. Jusqu'au XIXème siècle, l'homme ne savait pas du tout où il était ni même d'où il venait. Au 17ème siècle déjà, la découverte de l'infinité de l'univers, celle-là même qui a brisé les sphères fixes établies par Aristote, avait rendu Pascal perplexe. L'homme, cet être qui croyait occuper les centres de l'univers et de la création, s'est vu ballotté dans un petit coin fini et insensé aux yeux de l'infinité de l'univers. L'homme on le sait aujourd'hui, est perdu dans un espace étroit de la banlieue de notre galaxie, la voie lactée, qui elle-même ne représente qu'un grain de sable insensible, dans l'immense plage de notre espace cosmique. Dans les Pensées Pascal se demandait « Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? [Il répond] un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant en somme, un milieu entre rien et tout. » Toutes ces questions au caractère énigmatique, étaient toutes placées dans le domaine de la spéculation métaphysique, tant il était difficile d'y répondre avec certitude.

Le XXème siècle ouvre la voie royale à la connaissance de l'homme et du monde. Nous savons maintenant avec Darwin, que l'homme ne constitue plus une singularité par rapport à l'univers. L'histoire de l'homme ne peut être racontée parallèlement à l'histoire de tout l'univers, toutes deux tracent le chemin de la graduation complexe de l'univers. La science moderne, en découvrant que l'univers n'a pas cessé d'évoluer vers une complexité croissante, a éclairé la condition humaine d'un jour nouveau. En effet, nous dit Armand Delsemme « Sorti d'un état d'une simplicité extrême, l'univers a échafaudé des structures de plus en plus complexes dont nous sommes l'aboutissement. L'explosion primordiale a fabriqué d'abord des particules élémentaires, puis les a assemblées en quelques atomes légers, qui ont formé les premières étoiles. Ces étoiles ont fabriqué une grande variété d'atomes lourds

44 S. Hawking, Commencement du temps et fin de la physique ?, Flammarion, 1992, p 43

qu'elles ont dispersés dans l'espace interstellaire. Ces atomes ont fait les premiers grains de
matières solides et les premières molécules organiques. La matière solide allait permettre
l'existence d'une planète comme la Terre ; les molécules organiques allaient y apporter

toutes les substances indispensables à l'apparition de la vie. La croissance de la complexitédes structures biologiques sur notre planète apparaît comme la conséquence inéluctable de

tout ce qui a précédé, de sorte que l'évolution qui a finalement conduit à l'homme en semble l'aboutissement logique. » 45

Ainsi donc, Armand Delsemme raconte par un résumé très succinct, l'histoire de l'univers, de son origine explosive à l'apparition de l'homme sur Terre. Vue de l'extérieur, cette histoire paraît simple et inévitable, mais nous savons que tel n'est pas le cas. En réalité, comme une femme en état de grossesse, l'univers enfante au prix de la douleur et de la patience ; il est en perpétuelle gestation. Comme un architecte, l'univers pose d'abord des briques, les brise, essaye avec de nouvelles briques, encore et encore jusqu'à réaliser un édifice complet. Hubert Reeves le montre bien lorsqu'il dit : « À chaque seconde, quelque chose mûrit quelque part. La nature sourdement fait son oeuvre et s'épanouit en son temps. »46. « La nature ne fait pas de saut » disait Leibniz, tout arrive à son heure. L'histoire et l'évolution de l'univers, sont des phénomènes qui arrivent dans le temps et par le temps : le temps est donc le grand sélecteur.

Comme nous l'avons noté dans le premier chapitre de cette deuxième partie, l'univers, dans ses débuts, était très chaud et extrêmement dense. Ce moment qui correspond aux premières années après le big bang, n'a vu l'existence que d'une soupe homogène de matière fluide. Cette boule de feu chaude et dense, contenait toute la matière dont sera formé tout ce qui existe. L'univers dans ses débuts n'était formé que de quarks. En effet, le quark est défini comme étant la plus petite particule élémentaire qui compose le noyau d'atome. C'est par le jeu de leurs liaisons en nombres très variables, que ces particules subatomiques ont formé les différents noyaux atomiques. Cependant, ces particules essentielles dans la structuration de l'univers, ne peuvent pas exister indépendamment. Selon les physiciens, les quarks existent avec leurs contraires nommés anti-quarks. Ces mêmes physiciens affirment que lorsqu'on associe un quark et un anti-quark de même nature et de charge opposée, ces derniers s'annihilent dans une forte radiation. Or l'univers, parce qu'il était très dense et très chaud au big bang et pendant les premières décennies qui ont suivi cet événement, accélérait grâce à ses conditions le mouvement des particules lesquels s'annihilent perpétuellement.

45 A. Delsemme, Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, pp 16-17

46 H. Reeves, Patience dans l'azur, Seuil, 1988, p 220

Quelques milliers d'années après le big bang, l'univers va par son expansion, baisser se température. Devenu moins chaud qu'auparavant, l'univers, en permettant un ralentissement du mouvement des particules, va favoriser la réalisation des liaisons entre quarks qui vont donner naissance aux protons et aux neutrons. Au fur et à mesure que l'univers s'étend, sa température devient de moins en moins chaude, ce qui permet la formation des premiers noyaux d'atomes et des électrons. Toutes ces phases d'évolution, parce qu'elles se produisent à très hautes température et forte densité, ne mettent en jeu que les forces nucléaires, qui en fait, sont maître dans l'échelle subatomique.

Lorsque la température de l'univers va descendre jusqu'à atteindre les quatre mille degrés Kelvin, les noyaux d'atomes vont se lier aux électrons pour former ensemble les premiers atomes, parmi lesquels ont d'abord existé l'atome d'hydrogène et celui de l'hélium. Ce stade d'évolution est très important et très instructif, si l'on veut comprendre l'histoire de l'univers.

Comme on le sait, à très haute température, la matière et la lumière se lient dans un couple matière-radiation. Pendant longtemps, ce thème a été l'un des débats qui animaient les discussions scientifiques sur la nature de la lumière. Certains affirmaient à l'instar du physicien Maxwell, que la lumière est une onde, tandis que pour les autres, guidés par la figure de Newton, la lumière est une particule. Ce vieux débat a survécu jusqu'à l'époque de Einstein. Reconnu comme le génie des grandes découvertes, Einstein et Louis de Broglie ont été les tous premiers à reconnaître que la lumière est à la fois onde et particule. En effet, Einstein montre que, lorsqu'on chauffe un corps à une température assez élevée pour désintégrer les atomes dont celui-ci est composé, on peut, si on continue le chauffage, voir toute la matière du corps se transformer en une énergie qui se manifeste par une lumière vive. Einstein montre que cette énergie est égale au produit de la masse par le carré de la vitesse de la lumière, d'où la fameuse équation d'Einstein : E = mc2.

Pour revenir à notre évolution, il faut dire que, avant que les noyaux d'atomes se lient aux électrons pour former ensemble les premiers atomes, les électrons, parce qu'ils étaient encore libres dans l'espace, absorbaient la totalité des photons libérés par les radiations. C'est ce phénomène d'absorption des rayons lumineux, qui justifie l'opacité des premiers milliers d'années qui suivirent le big bang.

On voit ainsi que c'est avec la formation des premiers atomes, que l'univers est devenu transparent. De nos jours, astronomes et astrophysiciens s'accordent à dire, que cet événement

date de trois cents mille ans après la grande explosion. A cette époque disent-ils, les électrons emprisonnés dans les structures atomiques, ne pouvaient plus entraver le mouvement des photons, qui depuis lors ne cessent de poursuivre leur voyage vers une sorte d'éternité, donnant ainsi à l'univers la voie de son expansion. La matière, jadis annihilée par le rayonnement, peut maintenant s'épanouir librement. La force de la gravité, la plus faible de toutes les forces, reprend ses droits d'actions et attire la matière vers les excès ou fluctuation de densité pour les amplifier. Ainsi viennent d'être jetées les premières semences de notre univers. La nature se met à révéler le plan de sa structure ultérieure.

Avec le découplage du contenu matière-radition, l'univers entame une nouvelle phase dans sa montée vers la complexité. C'est en effet grâce à l'action de la gravité sur la matière, que l'univers va commencer à se structurer. « La gravité arrive à la rescousse. Elle va donner à l'univers une deuxième chance pour reprendre son ascension vers la complexité, et sauver la situation en créant dans le désert cosmique des oasis qui échapperont au refroidissement continuel et qui permettront à la vie et à la conscience d'émerger. Ces oasis auront pour nom planètes, étoiles et galaxies. »47

Tout juste après le découplage de l'unité matière-radiation, la température de l'univers va baisser considérablement avec la libération des photons de lumière. Devenue de moins en moins chaude, la matière de l'univers va par son mouvement ralentir les collisions des particules, ce qui favorisera la formation d'une pléiade d'atomes variés et de plus en plus complexes. Comme nous l'avons vu, la force de gravité va, avec le refroidissement de l'univers, jouer un rôle fondamental dans la complexité de l'univers. Les fluctuations de densité qui existaient déjà à l'époque de la soupe initiale, vont avec l'expansion de l'univers, se transformer en des lieux de convergence de la matière grâce à la force de l'attraction gravitationnelle. Ces lieux d'attraction vont donner naissance, aux toutes premières mottes de matières que les astronomes appellent les grumeaux. Ces grumeaux constituent les graines de semence, de ce qui sera à l'origine des futures galaxies ou amas de galaxies. Nées du nuage de gaz initial, les galaxies habitent à perte de vue l'espace cosmique. En effet, la distribution actuelle des galaxies, se justifie par le fait qu'au moment du big bang, l'explosion a propulsé un nuage de gaz, qui par son mouvement s'est réparti dans toutes les directions de l'univers. Ce qui fait que nous rencontrons de nos jours, dans n'importe laquelle des directions considérées, une distribution quasi semblable des galaxies et amas de galaxies.

47 Thinh Xuan Thuan, La mélodie secrète, Gallimard, 1991, p 178

Toutefois comment est-il possible d'expliquer la variété de forme observée dans l'univers galactique, s'il est vrai que toutes les galaxies sont issues du même nuage de gaz primordial ? La réponse à cette question dépend en effet selon les astronomes de deux paramètres régulateurs : d'une part, il y a la vitesse d'expansion du nuage, de l'autre, la force de gravitation de la matière composante.

Les astronomes classent les galaxies sous trois catégories différentes, les galaxies elliptiques, les galaxies spirales et les galaxies irrégulières. Ces formes de galaxies varient suivant la densité, la composition chimique du nuage et la masse du nuage de gaz initial. En effet, lorsque le nuage a une répartition gazeuse très hétérogène, les endroits à forte concentration de gaz vont s'agglomérer très rapidement, et donner naissance à des étoiles. L'attraction que ces étoiles exerceront les unes sur les autres, va lentement les rapprocher et former ainsi, un ensemble plus ou moins sphérique allongé, d'où le nom de galaxie sphérique, aussi appelée galaxie elliptique. Par contre, lorsque le nuage de gaz est plus uniforme et homogène, son évolution sera très différente.

Propulsés à très grande vitesse, les multiples frottements des matières vont donner au nuage un mouvement plus ou moins giratoire, à l'image des tourbillons observés dans les eaux d'une rivière. Ces tourbillons vont s'organiser petit à petit et, progressivement, gagner en équilibre un mouvement commun, qui va engendrer un gigantesque mouvement de rotation autour du centre nébulaire. Le nuage de gaz prendra dès lors, la forme de gigantesques spirales enroulées autour du centre, lequel a un mouvement plus rapide que celui des bords. C'est donc par ce phénomène, que sont nées les galaxies dites spirales.

Les galaxies spirales semblent constituer la majorité des galaxies. L'hétérogénéité de leur mouvement de rotation, crée des variations de densité qui, sont à l'origine de l'existence des bras observés chez les galaxies spirales. Dans le cas des galaxies spirales, la formation des étoiles advient après que la galaxie aura pris sa forme. Nous constatons par là, que l'antériorité entre la formation des étoiles et celles des galaxies varie suivant la forme considérée. « Dans le premier cas, celui des galaxies elliptiques, l'étoile préexiste à la finalisation de la galaxie. Dans le second, l'étoile est le produit de la formation de la galaxie spirale, ce n'en est que le sous-ensemble ; l'organe. Tous les intermédiaires sont évidemment possibles entre ces deux cas, d'où la variété des formes réelles des galaxies. »48

48 Claude Allègre, Introduction à une histoire naturelle, Fayard, 2004, p 51

A côté de ces deux catégories, existe une troisième qui en fait, regroupe toutes les autres formes qui ne sont ni elliptiques ni spirales : c'est la catégorie des galaxies dites irrégulières. Comme leur nom l'indique, ces galaxies n'ont pas une forme déterminée. Ce phénomène rend très difficile l'étude de ces galaxies, ce qui justifie la raison pour laquelle l'existence de ces galaxies est seulement soulignée par les astronomes qui jusqu'à nos jours n'ont pas encore maîtrisé le mécanisme de formation de ces dernières.

Les galaxies elliptiques sont plus massives que les galaxies spirales. Cette différence de masse a permis aux astronomes d'expliquer, pourquoi on rencontre beaucoup plus d'étoiles jeunes dans les galaxies spirales, que l'on n'en rencontre dans les galaxies elliptiques. En effet, parce qu'initialement composées par le regroupement d'étoiles massives, les galaxies elliptiques ont fini par absorber la quasi-totalité des gaz propices à la formation des nouvelles étoiles. Car plus les étoiles se rapprochent les unes des autres, plus elles attirent vers elles les matières comprises dans les espaces qui les séparent. Par contre les galaxies spirales, parce qu'elles ont des mouvements variant en fonction des lieux, conservent dans leurs bras, des quantités énormes de gaz nébuleuses capables de former de nouvelles étoiles. De nos jours, il est encore observé dans les bras des galaxies spirales, le phénomène de formation de nouvelles étoiles : les galaxies spirales contiennent beaucoup de gaz, dont beaucoup de futures étoiles potentielles.

Après avoir montré de façon très sommaire, comment à partir de la soupe initiale les galaxies se sont formées, essayons maintenant de voir, comment les étoiles, observées dans le ciel à travers une nuit sans lune, se sont formées et ont vu le jour au sein des galaxies.

Appelé par ailleurs astration, le processus de formation des étoiles qui, illuminent le ciel de myriades de lueurs vives, joue un rôle fondamental dans la construction évolutive de l'univers. Les étoiles fabriquent les espèces chimiques, et de cette fabrication, elles tirent leurs énergies. Hormis les atomes d'hydrogène et d'hélium, qui ont été créés quelques années après le big bang, tous les autres atomes qui existent dans l'univers, ont été fabriqués dans les étoiles. Ces atomes, par leurs assemblages, forment la matière : celle qui nous entoure et celle dont nous sommes constitués. En effet, « Les atomes s'assemblent entre eux pour donner naissance aux molécules et aux cristaux, donc aux matériaux qui nous entourent. Leurs combinaisons sont pratiquement infinies. La combinatoire atomique, c'est la chimie [...]. C'est dans l'infiniment petit que résident toutes les explications du monde sensible et, audelà, de l'infiniment grand. Pourtant, il faut aussitôt préciser que le monde ne serait pas si

varié, si complexe, si multiforme, s'il était composé par un seul type d'atomes, une seule entité répétée et combinée à l'infini. »49

Le destin de l'univers à venir dépend de l'activité qui se passe dans le coeur des étoiles. Cependant, comment les étoiles naissent-elles à partir d'un nuage gazeux ? Comme il en est de la formation des galaxies, la formation des étoiles se fait suivant une logique bien déterminée.

Il faut noter que c'est dans les nuages de gaz suffisamment massifs, que les étoiles se forment. En effet, la formation des étoiles dépend de l'interaction de deux forces à effets strictement opposés. D'une part, il y a la force gravitationnelle, par laquelle le nuage se contracte et rassemble dans une petite surface un volume considérable de gaz, tandis que d'autre part, joue l'agitation thermique par laquelle, le nuage se dilate et occupe par son gaz tout l'espace disponible aux alentours. En fait, dans les nuages stellaires, il existe des lieux de variations de températures et de densité. C'est dans ces milieux à très forte densité que vont se regrouper, par l'effet de la gravitation, des volumes de plus en plus important de gaz. Devenant de plus en plus volumineux, ces régions à forte densité, vont parallèlement se réchauffer de plus en plus, élargissant ainsi leur espace. Il se produit, du fait de la forte densité de ces milieux, une lutte entre la force nucléaire et la force gravitationnelle.

De ce fait, la pression qui règne dans ces milieux augmente les vitesses et les collisions des particules qui, dés lors entraînent l'échauffement de la localité considérée. L'agitation thermique opposée à la force gravitationnelle, produit au coeur de la dite zone, un équilibre entre la température et la gravité.

C'est de cet équilibre que va se déclencher la fusion nucléaire, qui va donner naissance à une nouvelle étoile. Cette réaction thermique se produit lorsque la température du coeur de l'étoile, atteint le cap décisif des dix mille degrés absolus. Comme nous l'avons noté dans les pages précédentes, les étoiles connaissent à l'instar des êtres vivants, une évolution qui les mène irréductiblement de la naissance à la mort qui, dans le cas des étoiles, advient soit par suite de désintégration, soit par perte d'énergie suivant les catégories. Les étoiles, celles qui sont nommées de première génération, c'est-à-dire celles qui sont nées à partir du nuage de gaz initial, sont composées de près de 76% d'hydrogène et de 24% d'hélium. C'est à partir de ces deux gaz, qui, initialement étaient les seuls existants, que va démarrer toute l'alchimie

49 C. Allègre, Introduction à une histoire naturelle, Fayard, 2004, pp 60-61

stellaire des métaux. Cette production d'atomes dans le four ambiant des étoiles, va de la création de l'atome d'hélium à l'apparition de l'atome de fer, et de tous les éléments chimiques qui composent la table de Mendeleïev.

Lorsqu'une étoile apparaît au sein d'un nuage de gaz, celle-ci se sépare du nuage pour entreprendre en solitaire sa vie stellaire, qui se déroule suivant différentes séquences. En effet initialement composées d'hydrogène et d'hélium, les étoiles regroupent leur gaz suivant des couches séparées en fonction de leur composition. Les atomes d'hydrogène, parce qu'étant plus légers que les atomes d'hélium, se concentrent vers le centre de l'étoile et chassent les atomes d'hélium, qui se contentent d'occuper les couches périphériques de l'étoile. De ce fait, l'étoile commencera par brûler sa réserve d'hydrogène en liant les atomes d'hydrogène en atomes d'hélium. Une fois que les atomes d'hydrogène seront tous transformés en atomes d'hélium, l'étoile se rétrécit en condensant sa masse d'hélium vers le centre. Elle entame ainsi une nouvelle phase de fusion nucléaire. Cette nouvelle phase consiste chez les étoiles à lier les atomes d'hélium en une nouvelle catégorie d'atomes, nommée Carbonne. L'univers vient donc, avec la production du carbone, d'accoucher d'un nouvel enfant. Par ce nouvel élément, la nature vient de grimper une nouvelle marche de l'échelle qui mène vers la complexité.

Dés lors, l'étoile achève ainsi la séquence principale de son évolution. Ce stade atteint, l'étoile verra sa température baisser pour pouvoir maintenir en équilibre, sa partie interne extrêmement chaude et sa périphérie qui reste moins chaude. Pour mieux comprendre ce changement de séquences, notons ces lignes de Armand Delsemme lorsqu'il écrit : « Les couches extérieures compriment le coeur qui s'effondre sur lui-même jusqu'à atteindre 60 millions de degrés. Cette température est celle de l'ignition de l'hélium : 3 noyaux d'hélium s'assemblent en un seul noyau de carbone, avec dégagement d'une grande énergie. L'étoile quitte alors la séquence principale : elle réajuste son équilibre intérieur en enflant son extérieur et en diminuant sa température superficielle : elle est passée sur la branche des géantes rouges. »50

Toutefois, il faut souligner que l'évolution des étoiles, varie en fonction de la masse de leur contenu. Plus une étoile est massive, plus elle a de la matière à brûler, et plus vite elle brûlera cette dernière. Les étoiles massives ont une durée de vie très courte, parce qu'elles évoluent vers la complexité à un rythme plus rapide que celui des autres étoiles. Quant aux étoiles les

50 Armand Delsemme. Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, p 75

moins massives, elles mènent une vie de parcimonie. Elles dépensent lentement leur énergie, ce qui fait qu'elles vivent plus longtemps que les étoiles massives.

Essayons de voir de manière abrégée, comment les différentes sortes d'étoiles mènent leur évolution. L'évolution et le destin des étoiles, sont strictement liés à leurs masses de départ. C'est suivant leurs masses, que les astronomes et astrophysiciens étudient l'évolution des étoiles ainsi que le destin qui leur est réservé. Nous allons essayer de faire une petite étude comparative des différentes sortes d'étoiles. Pour ce, nous allons considérer cinq catégories d'étoiles, dont la mesure des masses sera définie en fonction de la masse de notre Soleil. A cet effet nous étudierons les catégories, de trente masses solaires, dix masses solaires, trois masses solaires, une masse solaire, c'est-à-dire égale à notre soleil, et enfin les étoiles dont, la masse constitue le tiers de notre soleil.

Pour la première catégorie, concernant les étoiles à trente masses solaires, il faut noter que leur luminosité correspond à peu près à dix mille fois la luminosité du Soleil. Ces étoiles comme nous l'avons dit tantôt, brûlent en un temps record leur réservoir d'hydrogène et d'hélium. Elles traversent la séquence principale de leur évolution en six mille années, ce qui ne représente presque rien dans la vie d'une étoile. Après avoir vécu leur séquence principale, ces étoiles devenues géantes rouges, prennent seulement mille ans pour brûler tout leur réservoir de carbone, transformant celui-ci en oxygène. De l'oxygène, la matière de ces étoiles passera en peu de temps au silicium, matière qu'elles finiront par brûler en la transformant en atomes de fer. Arrivées au stade du fer, ces étoiles n'auront plus d'énergie suffisante pour assurer la fusion du fer. Ne pouvant plus évoluer vers d'autres atomes, ces étoiles explosent leur matière en supernovae, et éjectent en forme de nuage près de 24 masses solaires, dans l'espace. Le noyau de ces étoiles, marqué par une zone à très grande densité, se transformera en un trou noir dont la masse peut atteindre six masses solaires.

Quant à la deuxième catégorie qui comporte les étoiles de près de dix masses solaires, elle détermine les étoiles dont la luminosité environne mille fois la luminosité du Soleil. Ces étoiles moins massives que celles de la première catégorie, vivent pendant un million d'années la première séquence de leur existence. Une fois géantes rouges, elles y resteront pendant trois mille ans, période pendant laquelle elles brûlent patiemment leur réserve de carbone en oxygène. Puis de l'oxygène, elles produiront progressivement du silicium. Arrivées à ce stade qu'elles ne peuvent plus franchir, ces étoiles, ne pouvant plus entretenir la fusion nucléaire de leur coeur, renoncent à l'existence et explosent en supernovae. De ce fait,

de telles étoiles propulsent dans l'espace interstellaire un volume de gaz de 8,5 fois la masse de notre Soleil. Du résidu de leur noyau, découle une étoile à neutrons très dense qui peut atteindre 1,5 fois la masse du soleil. Avant de continuer, signalons qu'on définit par supernova, l'explosion finale d'une étoile massive, par laquelle l'étoile accroît sa brillance des centaines de millions de fois. La lumière produite par une supernova reste visible de jour ou de nuit pendant plusieurs semaines. On dit même qu'elle est quasi égale à la brillance de toute une galaxie.

L'observation des supernovae est un phénomène rare dans l'univers. L'histoire de l'astronomie retient en général trois supernovae, qui sont en fait les plus célèbres parmi celles qui sont connues. La première a été observée par un astronome de la cour impériale de chine en 1054. Celui-ci après l'avoir observé, a annoncé, d'abord à l'empereur puis à tout l'empire, la venue au monde d'une nouvelle étoile. Cette prétendue nouvelle étoile, sera baptisée par les chinois, « étoile hôte » parce qu'elle était sensé apporter l'abondance dans les récoltes et la stabilité dans l'empire. Quant à la seconde supernova généralement retenue, elle a été découverte par Tycho Brahe en 1573. Comme l'astronome chinois, Tycho Brahe croyait lui aussi avoir assisté à la naissance d'une étoile nouvelle, d'où le nom qu'il lui a donné : « Stella nova » qui signifie en latin étoile nouvelle. L'observation de la Stella nova a permis à Tycho Brahe et à tous les scientifiques de cette époque, de remettre en cause l'immuabilité des cieux, telle que celle-ci a été pensée par Aristote. Enfin, la troisième supernova qui va être considérée, est celle qui a été observée en 1987 plus précisément le 28 mai. Observée par le satellite COBE de la NASA, elle a été baptisée Supernova 1987 A Rings. De nos jours le télescope géant Hubble nous montre, par les très belles images qu'il nous offre, que ce phénomène d'explosion stellaire est une des caractéristiques de notre univers.

Pour revenir à nos étoiles, nous allons continuer et étudier ici le cas des étoiles dont la masse fait trois masses solaires. En effet, ces étoiles brillent cent fois plus que notre Soleil. Elles terminent leur séquence principale, trois millions d'années après leur formation, d'où elles deviennent des géantes rouges. Ces étoiles, moins massives que celles des deux premières catégories, trouvent de moins en moins de l'énergie pour brûler leurs réserves de carbone en oxygène. Cette impuissance physique, fait qu'une fois que ces étoiles terminent après dix millions d'années, de transformer leurs atomes de carbone en oxygène, elles éclatent leurs gaz et forment des nébuleuses planétaires dont les masses peuvent atteindre le seuil des 2,2 masses solaires. Leurs noyaux, très petits à cause de la faiblesse de l'activité nucléaire qui a précédé l'explosion, se transforment en des naines blanches. Une naine blanche est par

définition, une petite étoile très brillante née de l'explosion d'une géante rouge. Initialement brillante, la naine blanche, perd petit à petit son énergie et finit par devenir une naine noire non observable, parce qu'elle n'émet pas de lumière.

La quatrième catégorie d'étoiles, représente celles dont les masses égalent la masse de notre soleil. Ces étoiles ont évidemment la même brillance que le Soleil. Elles peuvent vivre dix milliards d'années avant d'atteindre la séquence principale, stade à partir duquel elles deviennent des géantes rouges. En effet, comme il en sera pour notre soleil, ces étoiles vivent dans leur phase de géante rouge trois millions d'années. N'ayant pas la capacité de lier leurs atomes d'oxygène en atomes de silicium, ces étoiles vont, à leur stade de géantes rouges, éclater en des vents stellaires dont les masses ne représenteront que le tiers de leurs masses initiales. De leurs noyaux vont naître des étoiles naines blanches très petites.

Pour finir avec cette classification, nous allons prendre le cas des étoiles faibles, dont la masse fait le tiers de notre masse solaire. Ces étoiles comme on le sait, ont une très faible brillance, à peine visible à l'oeil nu. Comme c'est déjà affirmé, ces étoiles ont une très longue longévité, qui suivant les cas, peut atteindre 800 milliards d'années avant d'atteindre la séquence principale. En effet, parce qu'elles ont une très faible masse, ces étoiles libèrent leur gaz sous forme de vents stellaires après avoir vécu 80 millions d'années comme géantes rouges. Leurs résidus finiront comme celui de notre soleil en naines blanches.

Après avoir montré le processus par lequel les étoiles et les galaxies se sont formées à partir du nuage de gaz primitif, nous allons à présent nous intéresser à la formation des planètes, plus précisément à celle de notre système solaire. La formation des planètes est une phase importante dans la complexité de l'univers. L'alchimie stellaire, par laquelle les étoiles produisent les atomes lourds, va enrichir l'univers de plusieurs éléments lui permettant de monter avec sûreté vers les plus hautes marches de la complexité. En effet, ce sont les éléments chimiques et les atomes lourds, qui vont servir d'ensemencement à la formation des planètes et à l'émergence de la vie. Cependant, ce ne sont pas toutes les étoiles qui participent à la complexification de l'univers.

Comme nous l'avons noté, les étoiles de faibles masses ne jouent pas un grand rôle dans ce processus. Ces dernières, parce qu'elles ont une longue durée de vie, dépensent très lentement leur matière, d'où elles atteignent rarement les stades où se forment les atomes lourds comme le carbone, l'oxygène etc. Ne pouvant compter sur le travail des étoiles faibles, l'univers mise

tous ses espoirs sur les étoiles massives. Ces dernières sauront, grâce à leur prodigalitéexcessive, relever le défi de la complexité. En effet « Ce sont les étoiles de masse importante
qui jouent le rôle essentiel dans l'ensemencement en atomes lourds du milieu interstellaire.
C'est notamment parce que toutes ces étoiles sont de grande luminosité. De ce fait, elles
développent des vents stellaires considérables, grâce à la pression engendrée par leur intense
radiation sur les couches extérieures de l'étoile. Mais c'est aussi parce qu'elles atteignent
extraordinairement vite le stade explosif qui termine leur existence. »51

Les planètes, à l'image des étoiles, se forment à partir des résidus de nuage issus des supernovae. En effet, lorsque les étoiles massives se transforment en supernovae, il se forme au sein du nuage de gaz éjecté, différentes zones dont les températures sont très hétérogènes. Ces fluctuations de densités vont par l'effet de la gravité, attirer la matière située aux alentours, et augmenter ainsi leurs masses qui deviennent de plus en plus grandes. C'est ce phénomène identique qui a entraîné, dans les milieux à très hautes températures, le déclenchement des réactions nucléaires, responsables en fait de la naissance des étoiles. Dans le cas des planètes, le processus devient plus compliqué. Car pour les planètes, il faut d'abord que le gaz issu des supernovae se condense en particules solides et c'est à partir maintenant de ces particules solides, que va se faire la formation des planètes.

Dans la vie courante, le passage de l'état gazeux à l'état solide s'opère toujours par l'intermédiaire de l'état liquide. Dans l'espace interstellaire, il n'en n'est pas de même. Dans cet espace, lorsque avec l'expansion de l'univers, le nuage de gaz se refroidit, sa pression devient très faible. Avec le mouvement d'extension, ce même nuage se disperse et se dilue dans l'espace. Dès lors, ses particules de gaz refroidies se transforment par leur condensation en particules solides. Nous voyons que dans l'espace interstellaire, le gaz cosmique donne naissance par sa condensation, à des poussières solides. Ce sont ces poussières solides qui, par leurs agglomérations permettront la formation des planètes. Ceci dit, il se pose la question de savoir, comment à partir d'un nuage de gaz interstellaire, notre système solaire, a t-il pu voir le jour ?

Comme cela apparaît d'évidence, le soleil constitue avec les autres planètes un seul et unique système. L'existence du soleil n'est pas séparée de la formation des autres planètes qui l'entourent. Le soleil partage avec tout l'ensemble du système solaire, la même histoire qui les a vu naître. Le soleil ainsi que les dix planètes qui tournent autour de lui, forment une seule et

51 A. Delsemme, Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, p 93

même famille dont l'ancêtre est sans aucun doute, une grosse étoile massive qui a explosé, il y de cela cinq milliards d'années, en supernova. Déjà au XVIII ème siècle, Kant et, après lui, Pierre Simon Laplace avaient pensé que le soleil, pour pouvoir attirer tout le cortège de planètes lié à lui, doit avoir existé au même moment que ces planètes ; d'où ils devaient avoir la même histoire. Cette idée, qui n'est resté pendant longtemps qu'une simple hypothèse scientifiques, a été pour la première fois démontrée comme fait réel par Clair Patterson en 1950.

C'est Patterson qui en effet, a montré que, les météorites, les sédiments marins et terrestres, les basaltes issues des profondeurs de la Terre, avaient tous la même ancienneté. A partir de ses études faite, par le biais de la radioactivité, Patterson affirme que tous ces objets ont existé il y a de cela 4 milliard 550 millions d'années, date qui correspond en fait à la période de formation de notre système solaire.

Le Soleil est donc une étoile de la seconde génération. Il est différent des étoiles de la première génération qui sont initialement composée, d'hydrogène et d'hélium. Le soleil comporte en son sein la quasi totalité des atomes lourds qui composent le tableau de Mendeleïev. La présence de tous ces atomes lourds dans la matière du soleil, ne peut s'expliquer que par son origine résiduelle des supernovae. En effet, la famille des astronomes et astrophysiciens affirme, que c'est à la suite des explosions en grand nombre des premières étoiles massives de l'univers, que s'est formé dans l'espace un immense nuage interstellaire. Ce nuage, appelé aussi nuage protosolaire constitue en fait le lieu où va d'abord émerger le soleil, et après lui les planètes du système solaire, conformément à l'ordre que nous connaissons aujourd'hui

Composé initialement de particules gazeuses, le nuage interstellaire va, sous l'effet de la gravité, concentrer une quantité énorme de matière vers son centre. Cette concentration de volume de gaz au centre du nuage, va accélérer le mouvement des atomes compris à l'intérieur de celui-ci. Ces derniers vont par leurs multiples collisions, se mettre à réchauffer le centre du nuage. Ce réchauffement augmentera au fur et à mesure que les particules se mettront à s'entrechoquer entre elles. De ce mouvement de bouillonnement interne, il va naître au coeur du nuage, une fusion nucléaire à la suite de laquelle le centre du nuage protosolaire s'allumera en donnant naissance à une étoile appelée Soleil.

Dans les premiers millions d'années qui suivirent la formation du Soleil, le nuage interstellaire, composé d'un mélange de gaz et de grains de poussière, continuera à se contracter en direction du centre où la naissance du jeune soleil a engendré de très hautes températures. Ces hautes températures, entraîneront la sédimentation des grains de poussières en particules appelés planètésimales. Ces planètésimales vont par leur nature solide, se séparer par la suite du reste du gaz interstellaire. Les matières gazeuses se mettront à converger vers le centre, en permettant ainsi au nouveau Soleil d'agrandir sa masse. Ce mouvement de convergence, durera pendant tout le temps que le soleil prendra pour atteindre son seuil de stabilité. Lorsque la nouvelle étoile a atteint sa stabilité, elle a propulsé sous forme de vent la matière située autour d'elle. Ce phénomène de propulsion de matière en forme de vent, est défini par les astronomes sous le concept de Vent T Tauri. Le choix de ce concept relève du fait, que ce phénomène a été découvert pour la première fois, à travers l'observation de l'étoile T située dans la constellation du Taureau.

En effet, ce vent T Tauri, propulsera le reste du nuage nébulaire hors du Soleil nouvellement formé. Ce nuage composé essentiellement d'hydrogène et d'hélium, se refroidit lentement, en favorisant l'accumulation des planètésimales qui s'amplifient de plus en plus. L'accumulation des planètésimales, qui gravitent autour des orbites circulaires autour du soleil, se fait par suite des collisions. Ces collisions vont durer pendant quelques centaines de milliers d'années, en formant progressivement des corps de plus en plus massifs, dont certains pouvaient atteindre la taille de la lune.

Il est important de noter au passage, que la formation des planètes est beaucoup plus lente que celle des étoiles. Dans la formation des planètes, les planètésimales, qui se trouvent être des objets solides et rocheux, prennent du temps non seulement pour s'unir en gravillons ; mais encore lorsqu'ils s'agglomèrent en de gros gravillons, ces planètésimales deviennent de plus en plus rares, séparés entre eux par de vastes espaces. Du fait de cet espacement entre gravillons, les unions arrivaient rarement, pire encore, les rencontres pouvaient entraîner dans certains cas, des fragmentations.

Les rencontres, ainsi que l'amplification des planètésimales, n'étaient pas forcément fructueuses. Chaque rencontre comporte une incertitude, dont la probabilité était l'union ou la fragmentation. Mais au fur et à mesure que les planètésimales devenaient massifs et denses, ils attiraient par leur gravité une matière de plus en plus grande ; ce qui fait que leur taille devenait de plus en plus énormes. Les planètes se sont donc formées plusieurs milliers

d'années après la formation de l'étoile Soleil. En effet, nous dit Claude Allègre, « Les planètes ne sont pas nées par effondrement gravitationnel d'un nuage de poussières. Elles se sont construites doucement, lentement, pendant des dizaines de millions d'années, par adjonctions successives d'objets cosmiques un peu particuliers que l'on appelle planètésimales. »52. C'est par ce lent phénomène de construction, que tout notre système solaire s'est formé et s'est étendu, allant de l'astre soleil à ce qui est nommé aujourd'hui la ceinture de Kuiper. La ceinture de Kuiper est située à la quasi extrémité de notre système solaire. Elle se trouve en fait à l'extérieure de l'orbite occupée par la planète Pluton. Cette ceinture, du nom de celui qui la découverte Gérald Pieter Kuiper, astronome américain d'origine néerlandaise, est le lieu de résidence de près de cent trente astéroïdes et comètes neigeuses.

Par ailleurs, les tailles et masses des planètes varient pour chacune suivant la distance qui sépare la planète du Soleil. Plus la planète est proche du soleil, plus chaude sera sa matière, d'où il en résulte que ses particules contiendront moins de matières volatiles. Car avec l'effet de la chaleur, les particules de matières libèrent les gaz qu'elles avaient absorbés, ce qui fait que la planète s'appauvrit et perd ainsi une grande partie de sa masse. Par contre, si la distance qui sépare la planète du Soleil devient considérable, sa matière devient très froide. Par ce fait, la planète devient capable de conserver au sein d'elle même, la quasi totalité des gaz absorbés par ses particules. L'emprisonnement des gaz à l'intérieur de la matière givrée ou glacée, augmente parallèlement la masse de la planète ce qui par conséquent, permet à la planète d'avoir une densité de plus en plus élevée. C'est ce phénomène qui explique, la distribution inégale des masses observées entre les différentes planètes de notre système solaire.

En regardant notre système solaire, nous remarquons qu'il est composé de deux catégories de planètes, que les astronomes nomment habituellement par les concepts de planètes internes et planètes externes. Les planètes internes et les planètes externes sont en fait séparées par une large étendue composée d'astéroïdes, communément nommée la ceinture des astéroïdes.

En regardant à travers les photos astronomiques prises sur notre système solaire, nous pouvons distinguer deux types de planètes. D'un côté, celui qui est plus proche du soleil, nous avons les planètes Mercure, Vénus, Terre, et Mars. Formées de matières rocheuses, ces planètes sont les moins massives de notre système solaire. Situées entre la position du soleil et

52 C. Allègre, Introduction à une histoire naturelle, Fayard, 2004, p 160

l'espace de la ceinture des astéroïdes, ces planètes sont celles qui sont nommées planètes internes.

Dans la seconde catégorie de planètes, nous rencontrons les planètes Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton et Sedna la dixième planète dont on a observé l'existence en 2001. Située, si l'on s'éloigne du soleil, après la ceinture des astéroïdes, cette catégorie est dans l'ensemble constituée de planètes géantes, et gazeuses pour l'essentiel. L'explication de la forme spécifique de ces planètes est due au fait que, l'environnement glacé de ces planètes alourdit leur matière. Ces conditions climatiques leur permettent d'avoir une grande force d'attraction sur les particules solides qui les entourent. Ces planètes, parce qu'elles captivent dans leur matière presque tous les gaz volatiles rejetés par les planètes internes, ont des masses énormes comparées aux masses de planètes internes.

Arrêtons-nous un instant et essayons d'expliquer le phénomène apparemment étrange, qui est observé dans notre système solaire. Comme nous pouvons le constater, la planète Jupiter est la planète la plus grosse de notre système solaire. Ce phénomène étrange a été pendant très longtemps un constat que les astronomes eux-mêmes n'arrivaient à expliquer. De nos jours, ce phénomène étonnant trouve une explication satisfaisante.

La grande agglomération de matière à travers la planète Jupiter, est en fait due à deux choses. La première explication c'est que, le nuage nébulaire, en s'éloignant du disque d'accrétion du soleil devient de plus en plus froid. Cette baisse de température va en fait favoriser l'attraction des planètésimales, qui en se condensant, formeront en très peu de temps une grande masse, dont le noyau peut faire environ dix fois la masse de la Terre. Cette grande masse, va permettre à la planète d'avoir une très forte densité, qui favorisera l'attraction de beaucoup de corps environnants tels que les astéroïdes, les comètes et les planètésimales.

La seconde cause d'explication de la très grande masse de Jupiter, c'est que la matière volatile, qui s'est échappée des planètes internes où par l'effet de chaleur elle a été libérée, va, en s'éloignant de l'intérieur du système solaire avec le mouvement d'expansion du nuage, s'accrocher sur les objets givrés situés à la surface de Jupiter. La masse et la densité de Jupiter devenant de plus en plus croissantes, vont dès lors permettre à cette planète de pouvoir attirer l'essentiel des objets situés autour d'elle. Il en résulte l'explication de la forte couche de gaz observée dans l'atmosphère de Jupiter.

En attirant sur sa surface l'essentiel de la matière située dans l'actuelle ceinture des astéroïdes, la planète Jupiter a fini par déstabiliser la formation de ce qui aurait pu être la « onzième planète » de notre système solaire. L'essentiel de la matière qui aurait dû participer à la formation d'une onzième planète, étant absorbé par l'effet de gravité de la planète Jupiter, il en résulte que le restant des débris tournera, dans le sens de l'orbite de la ceinture des astéroïdes, autour du soleil à l'image de toutes les autres planètes. Par sa masse et sa densité énormes, la planète Jupiter perturbe, lors de son mouvement de révolution autour du soleil, tous les objets situés dans la ceinture des astéroïdes. C'est ce mouvement perturbateur qui, en fait, justifie les mouvements désordonnés suivant lesquels se comportent les comètes situées dans cette zone. Au delà de la ceinture des astéroïdes, le mouvement de la planète Jupiter, influence toutes les trajectoires des autres planètes.

En effet avec sa vitesse de mouvement de 61 Km/s, la planète Jupiter infléchit le mouvement des comètes et astéroïdes qui se trouvent à son alentour. Ces comètes et astéroïdes, lorsqu'il arrive qu'ils se détachent de la ceinture des astéroïdes, se projettent dans tous les sens de l'univers ; ce qui parfois même, les mène à se perdre hors de notre système solaire. Il faut noter q'une grande partie de ces corps célestes, lorsqu'ils finissent de traverser notre système solaire, ne se perd pas néanmoins dans l'espace interstellaire. Car plusieurs d'entre eux, seront capturés dans une sphère énorme située à l'extrémité du système solaire. Cette sphère, située à plus de 50.000 Unités astronomiques (UA) de la position du soleil, va former dans ces lieux froids de l'espace, ce qui est reconnu être le « nuage de Oort », du nom de l'astronome néerlandais Jan Oort qui en a établi l'existence.

Une autre conséquence causée par le mouvement de la planète Jupiter, c'est qu'en infléchissant l'orbite de la ceinture des astéroïdes, plusieurs comètes vont se détacher de leur résidence, se bombarder lors de leur mouvement d'évasion tous les corps qu'ils rencontrent sur leur trajectoire (planètes et satellites planétaires...). Les traces de ces bombardements cométaires sont encore visibles sur les surfaces de la lune, Mercure, Vénus, Mars et ses satellites. Même les satellites de Jupiter ainsi que celles de Saturne, montrent encore des signes de ces bombardements cométaires. Ce sont ces bombardements, qui ont en fait créé les formes de cratères observées sur la surface de la Lune et sur les satellites de Mars. Même notre planète, la Terre, a elle aussi été victime de ces bombardements, seulement sur la surface de la Terre, le mouvement géologique de notre sol a fini par effacer toutes les traces de ces bombardements.

La dernière conséquence à noter, est celle que le mouvement de Jupiter a occasionnée sur notre planète. En effet d'après les astronomes, la planète Jupiter a aussi perturbé l'excentricité des orbites de planètes internes, entraînant sur celles-ci des collisions orbitales. Certains sont allés jusqu'à dire même, que se sont ces collisions qui ont entraîné des tamponnements entre la Terre et Mercure. Ils affirment que, c'est la fracture causée sur la Terre par ce choc violent, qui a finalement donné naissance à l'actuelle lune, satellite de la Terre. Après avoir longuement discuté sur la formation des planètes, nous revenons sur notre planète, pour essayer de voir comment la vie y est apparue. L'apparition de la vie a été l'un des mystères qui ont, pendant des siècles, habité les esprits des scientifiques. En effet, à cause du fait qu'il n'existait aucune trace fossile relative au premier milliard de l'évolution de la Terre, l'origine de la biosphère est restée un événement sur lequel on n'avait aucune connaissance certaine. La biosphère est en fait, l'ensemble des régions du globe terrestre abritant la vie. La biosphère est constituée des océans, de l'atmosphère et de la mince pellicule de terre qui recouvre et contient les matières organiques, appelée le terreau. Comme nous l'avons noté, l'intervalle géologique qui correspond au premier milliard d'années de la Terre, a été perdu pour les géologues.

Il en résulte que toute évidence, à propos des mécanismes qui ont conduit à l'existence de l'eau des océans, de l'atmosphère et des différents composés de la matière organique, a été complètement oblitérée.

Dans les années 1894, un géologue suédois du nom de Hogbom avait développé l'hypothèse selon laquelle l'eau, l'air ainsi que les composés organiques, étaient originairement dégagés des profondeurs de la Terre par l'effet du volcanisme. Cette hypothèse, même s'il est vrai qu'elle est cohérente et vraisemblable, elle ne semble pas pour autant très plausible. Car, sachant que les gaz dégagés lors des explosions volcaniques ne comportent aucune trace d'oxygène, d'où vient donc le volume d'oxygène qui de nos jours compose notre air ?

Après Hogbom, d'autres scientifiques vont tenter de répondre à cette question de l'origine de l'atmosphère. Selon ces derniers, l'atmosphère date de l'ère primaire, c'est-à-dire de la période géologique qui suivit la formation de la Terre. Ces derniers affirment en effet, qu'à l'image des planètes géantes, la Terre a, au cours de sa formation, capturé une partie des matières volatiles contenus dans le nuage protosolaire. Cette hypothèse, elle non plus ne semble pas très plausible car, comme nous l'avons noté sur les pages précédentes, la masse de notre planète est très faible pour pouvoir retenir cette supposée atmosphère primaire. La seule

hypothèse qui semble être la plus fiable, est celle qui consiste à dire que notre atmosphère serait apparue plusieurs années après la formation de la Terre. Tout au début de son histoire, la Terre était à l'image des planètes Mercure et Vénus dépourvue d'atmosphère.

De nos jours, l'hypothèse acceptée et qui semble être vérifiée, par l'analyse chimique des traces d'eaux, recueillies lors du passage de la comète d'Halley, est celle qui consiste à dire que l'eau des océans, l'atmosphère et l'essentiel des matières organiques, proviennent des comètes. En effet, des études faites en laboratoire, des pluies produites par le passage de la comète d'Halley, montrent des mesures qui, même si elles ne sont pas précises, restent néanmoins analogues à celles qui sont observés dans l'eau des océans. Cette origine cométaire des eaux océaniques, de l'atmosphère etc. est d'autant plus probable, qu'elle seule, est en mesure de justifier les bombardements des comètes survenus sur notre Terre, et dont les reliques expliquent les multiples cratères observés sur la surface lunaire. Mieux encore, cette hypothèse du bombardement cométaire peut aussi expliquer, l'effet de destruction de la quasitotalité des indices fossiles, qui auraient permis aux géologues de pouvoir se renseigner sur ce qui s'est passé lors du tout premier milliard d'année de notre évolution terrestre. C'est le bombardement des comètes, qui, en fait, a labouré en profondeur toute la surface de notre planète. « Ainsi, nous avons maintenant compris que c'est un bombardement de comètes, c'est-à-dire de planètésimales glacées de 5 à 500 kilomètres de diamètre provenant des zones des planètes géantes et dont les orbites ont été perturbées par la croissance de ces dernières, qui pendant un milliard d'années nous a apporté l'eau des océans, les gaz de l'atmosphère et les composés du carbone qui étaient nécessaires à l'éclosion de la vie. »53. Mais si cette hypothèse est avérée, pourquoi la lune n'a pas au même titre que la Terre une atmosphère, s'il est vrai que toutes les deux ont subi au même titre cet effet des bombardements ?

En fait, c'est à cause de sa gravité trop faible, que la lune n'a pas pu retenir l'eau des comètes qui se sont écrasées sur elle, et moins encore les gaz volatiles portés et dégagés par ces dites comètes. En effet, ce phénomène du bombardement cométaire, plus fréquent sur la surface terrestre du fait de sa gravité supérieure à celle de la Lune, connaîtra une suite différente de celle advenue sur la Lune. Sur Terre, la gravité plus dense à l'échelle terrestre qu'à l'échelle lunaire, va réussir à retenir une partie de l'eau libérée, de même qu'une faible quantité des matières volatiles dégagées par les comètes. En plus de l'eau et du gaz éjecté sur la Terre, les bombardements cométaires ont aussi apporté à la surface de la Terre, d'infimes

53 A.Delsemme Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, p 169

poussières microscopiques. Observables à l'oeil nu, ces poussières voyagent sous la forme d'un nuage en traversant tout notre espace atmosphérique.

Lors du passage de la comète d'Halley, ce phénomène a été observé. Ce nuage de poussière est généralement représenté sur les photos de la comète d'Halley, sous la forme d'une queue qui suit la trajectoire de la comète. Ces poussières forment un nuage opaque qui traverse l'atmosphère en finissant sa course à la surface de la Terre. En effet, ce nuage de poussières transporte, sans pour autant la détruire, toute la chimie composée dans l'espace interstellaire. Composées de matières organiques pré biotiques, ces poussières vont s'enfoncer en parties dans l'eau des océans primitifs. Avec l'interaction de l'eau encore très chaude dans les océans nouvellement formées, ces molécules organiques vont permettre l'apparition et la multiplication des microbes et des bactéries : c'est l'apparition de la vie sur Terre.

Au début de son apparition, il n'existait que les formes de vie unicellulaires. Petit à petit, et cela en se diversifiant, la vie va grimper les échelles de la complexité en faisant naître petit à petit, de nouvelles formes de vie qui en fait correspondent à la vie pluricellulaire. Cette nouvelle forme de vie va connaître une explosion démographique extraordinaire, d'où avec la diversité, apparaissent les toutes premières espèces. En effet, c'est après que les microbes et les bactéries sont apparus vers trois milliards et demi d'années, que les premières formes d'espèces pluricellulaires vont apparaître. Armand Delsemme écrit à ce propos, « C'est il y a 700 millions d'années que les organismes pluricellulaires allaient apparaître, conduisant à une accélération de la diversification des espèces et de leur adaptation à des conditions nouvelles. Ainsi les trilobites et les algues vertes allaient apparaître il y a environ 600 millions d'années, suivis de près par les premiers poissons. Il y a 300 millions d'années, les premières plantes et les premiers arthropodes allaient bientôt sortir de la mer, annonçant les fougères arborescentes et les amphibiens, puis les conifères et les reptiles. » 54

Cette citation de Delsemme traduit en fait, de manière très condensée, comment avec l'apparition des premiers organismes pluricellulaires, la vie va progressivement se complexifier et donner naissance à des formes de vie de plus en plus variées. En effet, une fois que la vie commence à se diversifier en développant des formes qui deviennent de plus en plus nombreuses, il va advenir au sein de la biosphère l'apparition des premiers organismes vivants favorisant à la fois la reproduction, qui elle-même va conditionner l'évolution. La reproduction est en fait un processus de copie, qui permet à un être vivant de fabriquer un

54 A. Delsemme, Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, p 174

autre qui lui est identique. Ce processus est basé sur la transmission d'information. Quant à l'évolution, elle s'effectue par une modification extraordinairement lente, de l'information transmise pour la reproduction. Toutefois, il faut dire que l'évolution des formes vivantes se fait suivant deux principes que sont : l'erreur dans la reproduction, qui est à la base de l'apparition des mutations, et la survivance de l'individu le plus apte.

L'erreur dans la reproduction se fait souvent lors de la transmission du code génétique. En effet, il arrive pendant la transmission du code génétique, qu'un message soit reproduit deux fois, ce qui au fait constitue une erreur dans l'écriture du code. Si cette erreur n'est pas éliminée avant que le message ne soit transmis, elle peut créer par cumulations successives, une modification génétique qui se manifestera par une différence accusée dans les formes physiques. C'est cette différence de formes qui, si elle est transmise de génération en génération, va entraîner à long terme l'apparition d'une nouvelle espèce, qui devient de ce fait autonome et totalement spécifique par rapport à son ancêtre généalogique.

Le second élément qui participe à l'évolution, est celui de la survivance de l'individu le plus apte. La notion de survivance de l'individu le plus apte, est un phénomène qui se fait par la possession de certaines caractéristiques qui peuvent, dans le cadre de la compétition, donner un avantage à l'individu qui les développe. Pour se faire, il suffit que, dans une population donnée d'espèce vivante, la caractéristique avantageuse aussi insignifiante qu'elle puisse être, soit multipliée par le processus de la reproduction. Au fur et à mesure que cette population donnée se multiplie et continue de consolider cet avantage physique, il en résultera après quelques générations, que cette dite population va petit à petit dominer sa niche écologique, entraînant par ce fait la disparition progressive, ou mieux encore la réduction en nombre, de toutes les autres espèces qui dès lors deviennent inaptes aux conditions naturelles.

Initialement apparue dans les océans, la vie va progressivement s'étendre hors des eaux et commencer à occuper les espaces continentaux. Ce changement de niche apparemment simple, n'est pas dans la réalité aussi facile qu'on serait amené à le croire. La question qui se pose est de se demander, comment à partir de leurs milieux marins, les premiers êtres vivants vont-ils peupler les continents encore inhabités ?

Comme nous l'avons noté, les premières formes de vie étaient constituées essentiellement de microbes, bactéries et par la suite d'algues. En effet, ce sont ces dernières et plus particulièrement les algues bleues, qui vont frayer une nouvelle voie à l'évolution de la vie.

Concentrées aux bords des rochers sur la plage, les algues vont, par leur activité de photosynthèse, libérer une très forte quantité d'oxygène en absorbant le gaz carbonique encore dominant dans l'atmosphère. De ce fait, les algues se mettent à augmenter la teneur en oxygène de l'atmosphère en diminuant parallèlement celle du gaz carbonique.

Par ce travail intense des algues marines, notre atmosphère va progressivement se transformer passant de l'état réducteur, qui correspond à celui dominé essentiellement par le dioxyde de carbone, à l'état oxydant caractérisé par la prédominance de l'oxygène. Devenus de plus en plus nombreux dans l'atmosphère, les atomes d'oxygène vont eux aussi entrer dans le jeu. Ces derniers vont par la liaison atomique, se regrouper trois par trois pour donner naissance à des atomes d'ozone noté O3. Ces atomes d'ozone vont par leur nature, se séparer du reste de l'atmosphère, s'élever au-dessus de celle-ci et forme la fameuse couche d'ozone dont la destruction, fait aujourd'hui l'objet des débats politiques et écologiques. L'importance de cette couche d'ozone, est qu'elle va permettre de réduire l'énorme chute des rayons cosmiques, dont on sait que la pénétration dans les organismes vivants est une des causes pouvant entraîner des modifications génétiques. Il est visible que la couche d'ozone participe elle aussi, à l'évolution de la vie sur Terre.

D'autres scientifiques évoquent aussi l'hypothèse des pluies torrentielles, dans l'explication de l'oxydation de notre atmosphère. Selon ces derniers, notre planète a connu une période, où des pluies acides se sont déversées sur elle. Ils affirment en effet, que c'est avec l'interaction de ces pluies acides que les molécules de dioxydes de carbone, se sont liées aux molécules d'acide, pour former les premiers rochers sédimentaires de carbonates, plus connus sous le nom de calcaire.

Qu'importe l'origine de ce phénomène, il faut dire que c'est avec l'amélioration des conditions atmosphériques, que la vie commença à se développer et à s'épanouir sous des formes variées. Cet épanouissement va conduire certaines bactéries à produire et à développer, la reproduction sexuée. Cette nouvelle forme de reproduction, aura un intérêt et une importance capitale dans la stimulation de la diversité des espèces. Dans ses débuts, la reproduction sexuée n'était pas ce qu'elle est de nos jours. Jadis dans la reproduction sexuée, les cellules somatiques, c'est-à-dire les cellules ordinaires non sexuelles, contenaient un nombre pair de chromosomes qui sont presque identiques deux à deux. Pour se reproduire sexuellement, une cellule partageait sa double série de chromosomes en deux séries simples, processus appelé en biologie la méiose. Par ce processus, on aboutissait à la production de

deux cellules sexuelles contenant chacune la moitié des chromosomes initiaux. Ces cellules hybrides doivent pour se reproduire, se combiner à d'autres cellules sexuelles. Même si ce phénomène semble à première vue inutile et compliqué, il faut toutefois reconnaître ceci : « La méiose atteint pourtant un double but : d'abord, les enfants héritent de toutes les propriétés communes à l'espèce, qui ont assuré sa survie jusqu'à présent ; ensuite, ils héritent du mélange des variations qui proviennent des différences entre les deux parents, conduisant à une plus grande diversité des enfants et une lus grande variabilité de l'espèce. Cette dernière propriété est favorable à la lutte pour la vie, surtout dans un environnement qui change, par exemple à cause de la première glaciation, puis de l'apparition de l'oxygène dans l'atmosphère. »55

Avec ce phénomène de reproduction sexuée, on assiste parallèlement à une croissance en masse de la variété. Les nouvelles espèces, de plus en plus nombreuses, commencent à se complexifier et vont améliorer ainsi leur taille. Cet accroissement des tailles et poids les mènera, à développer de nouvelles caractéristiques, capables de les maintenir sous l'eau tout en préparant leur probable sortie hors des océans. C'est à cette période, que les mollusques commencent à se couvrir d'une coquille en calcaire, que l'ancêtre de l'espèce des poissons va développer des branchies lui permettant de respirer l'air, mais c'est aussi à cette époque que cette espèce va aussi développer une prémisse d'ossification. Une fois que l'oxygène est devenue assez consistant dans l'atmosphère, on assiste à une remontée en masse de certaines espèces, qui pendant longtemps animaient la vie dans les océans.

Les premières espèces capables de s'adapter hors de l'eau, quittèrent les océans et commencèrent à peupler les continents jusque-là vierges. Cette phase ne va pas durer longtemps. La raison de cette extinction s'explique par le fait qu'en ce moment, les plaques continentales, qui étaient à cette époque très proches les unes des autres, avaient subi de violentes collisions. Ces dernières, par leurs chocs, entraînèrent le réchauffement de la matière, emprisonnée dans les profondeurs de la Terre, c'est cette matière qui s'est projetée sur la Terre sous forme de gigantesques volcans. Les gaz dégagés par l'effet de ces volcans, vont recharger l'atmosphère d'une quantité énorme de dioxyde de carbone. Ces nouvelles conditions fatales pour la vie, vont entraîner la disparition extinctive de plusieurs espèces que nous retracent les reliques fossiles.

55 A.Delsemme, Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, p 235

Le phénomène des extinctions, a été un fait très récurrent dans l'évolution des espèces. En effet, l'histoire de la vie a été rythmée par une succession d'extinctions, dont nous allons ici noter les plus importantes. À la fin de la période géologique dite du Cambrien, il y a 515 millions d'années, est advenue la première grande extinction. Cette extinction d'origine volcanique, a vu disparaître l'espèce des trilobites et des premiers poissons sans mâchoires. Après cette extinction, suivra celle de la période de l'Ordovicien. Cette extinction, aussi d'origine volcanique, a elle aussi diminué plusieurs espèces de crustacés et de mollusques. Elle est advenue il y a de cela 439 millions d'années.

Soixante millions d'années plus tard, une autre extinction va bouleverser l'histoire et l'évolution de la vie : il s'agit de l'extinction du Dévonien. Survenue il y a 367 millions d'année, elle a détruit la faune, jadis dominée par les insectes, les amphibiens, les poissons à mâchoires etc. Cette époque a aussi été celle du développement des premières plantes terrestres. Cette extinction a été suivie de celle du Carbonifère qui, elle même a duré jusqu'à la période du Permien laquelle remonte à 245 millions d'années. Puis il y a celle du Crétacé, qui a éliminé plusieurs espèces de dinosaures et mammifères. Cette extinction date de 65 millions d'années dans le passé. La dernière des extinctions est celle qui est advenue à la fin du quaternaire il y a 50 millions d'années. Cette dernière extinction est restée celle qui a mis fin au règne des dinosaures lesquels, depuis lors ont disparus de la surface de la Terre. Parmi toutes ces extinctions, deux seulement n'ont pas été d'origine volcanique. Celle advenue dans la période du Permien et celle du quaternaire. Ces deux extinctions ont été causées par glaciation. Ceci montre que l'histoire de la vie s'est faite par des va et vient rythmés par des évolutions et destructions. L'un des multiples phénomènes qui ont favorisé l'évolution et l'épanouissement de la vie sur Terre, a été la variation des glaciations.

En effet, avec la variation des périodes de glaciation, le niveau de la mer connaîtra alternativement des périodes de montée et de baisse des eaux. Avec les périodes de baisse du niveau de la mer, les algues situées aux bords des plages commencèrent à se complexifier et former les premières plantes qui, en ce moment n'avaient développé ni racine ni tige. Ces plantes vont se mettre à évoluer et former petit à petit la flore qui, en se développant de son côté, va permettre, progressivement par le jeu des variations, l'apparition des conifères et des premières fougères géantes. L'expansion fleurissante de la flore, va entraîner l'oxydation de l'atmosphère terrestre qui devient de plus en plus favorable à l'épanouissement de la vie

animale. Les êtres vivants commencent à sortir des eaux pour habiter la Terre continentale, les conditions de vie sont de plus en plus améliorées ; c'est le cas des scorpions, des insectes

etc. L'accroissement des forêts va très vite entraîner un épanouissement étonnant de la faune qui, par le processus de la reproduction, va commencer à conquérir les continents par la production d'une multitude de populations variées.

Parmi toute cette multitude d'espèces animales, il y aura tout de même une, qui restera la plus remarquable : il s'agit de l'espèce des dinosaures. Cette espèce va très rapidement s'imposer dans la compétition, et dominer tout le règne animal. Cependant, on distingue dans cette espèce, deux catégories de dinosaures. La première catégorie est composée de grands quadrupèdes herbivores. Ces derniers, très peu variés dans leur genre, peuvent atteindre l'étonnante mesure des trente mètres de long. Quant à la seconde catégorie, elle comprend un très grand nombre de sous-espèces bipèdes, dont la plus part ont entre cinq et six mètres de long. Dans cette catégorie très variée, il y en a de toutes les tailles, y compris de petites espèces dont certaines d'entre elles peuvent atteindre à l'âge adulte la taille d'un poulet. C'est en fait de cette famille de dinosaures très petits, qu'est apparu l'espèce des oiseaux. Ces espèces très petites, ne pouvant s'imposer sur la surface des continents, face à des prédateurs très voraces et très puissants, vont développer une de leurs caractéristiques par modification. C'est ainsi que ces espèces vont développer sur leurs corps, des plumes au lieu des poils comme il en était des autres espèces de dinosaures. L'explication de la possibilité de cette modification, est essentiellement due à la configuration de la nature de l'ossification des dinosaures. En effet souligne Armand Delsemme, « Contrairement aux os des mammifères qui sont denses, les os des dinosaures sont minces et poreux. Ces os légers leur ont d'une part permis d'atteindre de très grandes tailles, puis ont conduit à plusieurs familles de dinosaures volants, de transformer leurs écailles en plumes pour créer les premiers oiseaux, notamment l'archéoptéryx. »56

Par ailleurs, parallèlement à l'existence des dinosaures, on peut aussi noter celle de leurs cousins proches que constitue l'espèce des mammifères. En effet « Il y a 250 millions d'années, le Thécodonte, ancêtre des dinosaures, avait un cousin, reptile à quatre pattes qui allait devenir l'ancêtre des mammifères. Ses descendants étaient devenus, il y a 200 millions d'années de petits animaux fouineurs qui commençaient à ressembler très fort aux petits mammifères rongeurs d'aujourd'hui. Ils devaient sans doute se protéger dans des terriers et ne s'aventurer au dehors que la nuit tombée, car ils constituaient des proies de choix pour les redoutables dinosaures carnassiers. Leur reproduction commençait d'abord par une

56 A. Delsemme, Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, p 244

incubation dans une poche ventrale à la manière des marsupiaux, puis très vite ils devenaient de vrais vivipares. »57. Cependant, l'espèce des dinosaures, va dominer et occuper la quasitotalité de la niche écologique située à la surface des continents. Ce fulgurant développement des dinosaures va, vers la fin de la période du Crétacé, subir une extinction en masse laquelle entraînera fatalement la disparition de tous les animaux dont le poids environne le minimum des vingt kilogrammes ou plus. Cette précision est même révélée par l'étude des résidus fossiles, étude selon laquelle toutes les espèces victimes de cette extinction la plus meurtrière, avaient des tailles et des poids considérables. A cette époque, disparaîtront les grandes familles de dinosaures telles que : les Tyrannosaures, les Diplodocus, les Tricératops, les Stégosaures et les Camptosaures.

La disparition de ces espèces et autres animaux moyens, va libérer l'espace de la niche écologique continentale. Il en résultera un profit pour les autres petits mammifères. Ces derniers, n'étant plus sous la menace de prédateurs dangereux, vont à leur tour connaître un épanouissement et une explosion démographique très rapide. Les mammifères vont remplacer les dinosaures et dominer le règne animal, composé d'oiseaux, de reptiles etc. A cette même période, les poissons, les crustacés et les mollusques animaient la vie dans les océans, où les algues, plus répandues que toutes les autres espèces, dominaient la niche écologique marine.

Toutefois, même s'il est avéré que c'est par une très grande extinction, que la majeure partie de la faune continentale et une partie de la faune des eaux peu profondes, ont été détruites, la cause de cette extinction est restée pendant longtemps un sujet de doute pour les scientifiques. Parmi les différentes thèses soulevées, nous allons considérer deux des plus vraisemblables.

D'abord, il y a l'hypothèse soutenue par le physicien Luis Alvarez et son fils géologue, Walter Alvarez. En effet, c'est Walter Alvarez qui, en étudiant les couches géologiques séparant l'ère secondaire de l'ère tertiaire, découvrit dans ces couches une teneur anormale en iridium. L'iridium est en fait un métal de la même famille que le platine. Comme les autres métaux de sa famille, l'iridium est très rare dans notre planète. Par contre, ce métal est très abondant dans les météorites. A partir de ce constat, Walter Alvarez et Luis Alvarez vont rapprocher les données de leur résultat à la grande extinction survenue à la fin du secondaire. Ils affirment à cet effet, qu'un bolide cosmique a dû percuter la Terre il y a 65 millions d'années, projetant dans le ciel un énorme nuage de poussières. Ce nuage, disent-ils, a constitué un écran pour les rayons de Soleil, plongeant ainsi notre planète dans une nuit

57 A. Delsemme, Les origines cosmiques de la vie, Flammarion, 1994, pp 244-245.

glacée. Ce fait selon eux aurait duré quelques dizaines d'années, ce qui a conduit à la disparition de toutes les espèces n'ayant pas su s'adapter à ces conditions climatiques.

Quant à la seconde hypothèse soutenue par le tectonicien Jason Morgan et son collaborateur paléomagnéticien Vincent Courtillot, elle explique l'extinction en faisant référence aux éruptions volcaniques de la péninsules indienne. Pour eux, ce sont les éruptions des grands volcans situés dans la trappe du Dekkan, qui seraient responsables de la modification climatique survenue à cette époque. De ces deux hypothèses, on ne peut déterminer celle qui est vraie et celle qui l'est le moins ; car toutes les deux s'appuient sur des données dont on peut vérifier la réalité scientifique. Sans chercher à être absolu, on ne peut qu'accepter ces deux propositions comme manifestant une réalité scientifique. C'est ainsi que Claude Allègre, cherchant à faire la synthèse de ces deux hypothèses scientifiquement vraies écrit : « La disparition brutale de milliers d'espèces à la fin du Crétacé, il y a soixante-cinq millions d'années, est un fait désormais établi ; cette extinction résulte d'une modification des conditions climatiques et a éliminé les espèces les moins adaptées à ces conditions extrêmes ; celles qui ont survécu étaient au contraire celles qui étaient « anormales » , peu adaptées aux conditions normales, comme ces espèces de plancton boréal égarées dans la zone équatoriale : alors que l'étude évolutive montre qu'elles étaient en train de disparaître lentement, elles s'emparent du milieu dès la crise du Crétacé. »58. Passer en revue l'idée darwinienne selon laquelle, l'adaptation aux conditions créés par une catastrophe, assure la survie en donnant ainsi un indice d'évolution de l'espèce considérée, est une entreprise légitime.

Pour revenir à notre chronologie de départ, il faut dire qu'avec la disparition des dinosaures, les mammifères vont conquérir l'espace terrestre et se multiplier en très grand nombre. On assiste par cette multiplication des espèces à l'apparition de plusieurs nouvelles espèces. En effet, issue de la famille du Thécodonte, la lignée des mammifères a pris son autonomie avec la famille des Thérapsides, une espèce de reptiles apparue il 230 millions d'années. Les thérapsides étaient de petits carnivores très actifs. Ces derniers dit-on, contrairement à la famille des lézards et des crocodiles, ont amélioré la technique de leur démarche en resserrant leurs membres sous leurs corps. Cette modification semble-t-il, leur a donné un avantage considérable dans la compétition avec les autres carnivores. Car non seulement avec leur vitesse supérieure à celle des autres, ils parvenaient facilement à attraper leur prébende, mais

58 Claude Allègre, Introduction à une histoire naturelle, Fayard 2004, p 309

aussi il était plus facile pour eux d'échapper aux reptiles géants susceptibles de menacer leur vie. Comme il a été de l'évolution des dinosaures, l'évolution des mammifères a aussi donné naissance à une variété étonnante de tailles et de comportement. Ces tailles varient des êtres très minuscules comme les musaraignes, petits mammifères insectivores au museau pointu, aux énormes mammifères tels que les éléphants d'Afrique, les mammouths ou même les baleines.

Parmi la grande famille de mammifères, les rongeurs ont été les plus nombreux. C'est dans ce très vaste zoo de diversification et de compétition, que l'ordre des primates est apparu environ 75 millions d'années, en pleine période du Crétacé. Cette espèce originairement très petite de taille, était composée selon les biologistes de trois grandes familles. Selon ces derniers, ce sont ces trois familles qui ont vraisemblablement donné naissance aux espèces des Tarsiers, des lémuriens et des singes.

Le Tarsier est un insectivore nocturne vivant dans les arbres. Ce petit animal ressemble au regard, à un petit singe de 10 à 15 cm de long. Caractérisé par sa très longue queue, le tarsier a, à l'image des autres familles de primates, des yeux énormes. La deuxième famille de primates, est celle qui a vu naître le lémurien. Cet animal qui existe encore à Madagascar de même que dans les îles Comores, possède une figure qui ressemble à celle du renard et un corps de singe. Il mesure entre 15 et 60 cm. Comme le tarsier, le lémurien a lui aussi de gros yeux. Toutefois cet animal des forêts, contrairement au tarsier, mange un peu de tout : fruits, bourgeons, feuilles, insectes, oeufs d'oiseaux ou même des petits d'oiseaux. Quant à la troisième famille de primates, elle est caractérisée par la catégorie des singes. Cette famille s'est diversifiée en plusieurs espèces qui semblent avoir toutes pour ancêtre commun, une vieille espèce de mammifère appelée «l'ancêtre du proconsul africain ».

Ce singe semble embrasser l'origine commune de tous les singes primitifs tels que, les petits singes à longue queue d'Amérique centrale, le macaque et le babouin d'Afrique. Il est aussi l'ancêtre des singes sans queue desquels on peut compter le chimpanzé, le gorille et l'orangoutang qui est le plus proche cousin de l'homme. C'est en fait, à cette lignée de singes sans queue, qu'appartient l'ancêtre de l'actuelle espèce humaine que les paléontologues appellent Australopithèque.

Apparu il y a environ quatre millions d'années, l'australopithèque avait un crâne d'environ 500 cm3 de volume. Il était essentiellement végétarien et se nourrissait de fruits.

L'australopithèque va, après quelques milliers d'années, donner naissance à l'homo habilis. Son apparition date d'environ deux millions d'années. Plus grand que son ancêtre, homo habilis avait une boîte crânienne d'à peu près 700 cm3 de volume. En plus du fait qu'il était carnivore, homo habilis avait appris à marcher debout sur ses deux pieds, ce qui lui a permis de libérer ses membres supérieurs. Une fois libérées, ses mains vont lui servir à développer la cueillette et à pratiquer la chasse. Cet animal de plus en plus conquérant, vivait en groupe, sans pour autant développer la méthode du langage parlé, qui semble être apparue avec son descendant direct qu'est l'Homo érectus.

En effet, c'est l'homo érectus qui va succéder à l'homo habilis. Cet être va perfectionner sa démarche, et devenir par amélioration un homme de conquête. Homo érectus représentera une étape importante dans l'évolution de l'homme. C'est avec lui que plusieurs découvertes seront faites à savoir, la production et le développement du langage, la découverte du feu, l'organisation en sociétés primitives etc. Apparu il y a environ 1,5 million d'années, l'homo érectus va, par les faits de la compétition, se lancer dans une vaste conquête de l'espace à la recherche de fruits et de gibier. C'est dans le cadre de ce vaste mouvement de lutte pour l'existence que, « Homo érectus découvre le feu et conquiert l'Afrique, l'Europe, l'Indonésie, la Chine. Ces migrations sont attestées par les crânes désormais nombreux que l'on a pu trouver sur tous ces continents et qui traduisent déjà une certaine variabilité dans le type homo. » 59

Enfin, le type homo érectus va donner naissance à l'homo sapiens. C'est avec ce type d'homo, que va advenir véritablement l'éveil de l'intelligence. L'homo sapiens n'a pas connu, de modifications morphologiques majeures. Généralement défini à partir de l'homme du Neandertal apparu il y a 600 milles ans, l'homo sapiens a, depuis lors jusqu'à nos jours, conservé presque les mêmes caractéristiques. Avec son crâne d'environ 2000 cm3, on peut affirmer que « C'est cet homo sapiens qui est l'ancêtre de tous les hommes, quelques soient leur race, leur couleur de peau, leur variété. La biologie moléculaire à établi sans ambiguïté cette généalogie unique en faisant justice de toutes les théories fantaisistes (et dangereuses) sur l'origine multiple des hommes modernes suivant leur race. »60. En définitive, on peut donc dire que l'homme est historiquement situé dans l'évolution animale, même si ce serait commettre une très grave erreur, de ne le considérer que comme un simple animal. Ce qui caractérise l'homme, c'est la faculté de penser, critère de différenciation par rapport aux

59 Claude Allègre, Introduction à une histoire naturelle, Fayard, 2004, p 336

60 Idem Pp 336-337

autres êtres vivants. L'univers a, grâce à sa complexité, monté les marches de l'évolution qui, l'ont conduit par la traversée de différents passages à l'émergence de l'homme. Ainsi retracée, l'évolution de l'univers peut-elle être considérée comme un phénomène né du hasard et de la pure coïncidence ? L'apparition de l'homme ne serait-elle pas une conséquence nécessaire de l'évolution de l'univers ? Ces questions aux attraits plutôt religieux ont pourtant été débattues en des termes scientifiques.

La communauté scientifique a été partagée face à cette question. Pour certains, l'apparition de la vie, et au delà de celle-ci, l'émergence de l'intelligence et de la conscience, sont liées à un simple fait du hasard, un accident de parcours dans la longue marche de l'univers. A côté de ce camp, s'érige un autre qui lui, tente de briser le joug écrasant du hasard, et essaye de rendre l'homme à sa place privilégiée dans le cosmos. Pour ces derniers, l'homme n'a pas émergé par hasard dans un univers indifférent. Ils affirment au contraire, que tous les deux sont en étroite symbiose : si l'univers disent-ils, est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions. « L'existence de l'être humain est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile et galaxie de l'univers et dans chaque loi physique qui régit le cosmos. Que des propriétés et des lois de l'univers se modifient un tant soit peu et nous ne serons plus là pour en parler. Le visage de l'univers et notre existence sont donc inextricablement liés. L'univers se trouve avoir, très exactement, les propriétés requises pour engendrer un être capable de conscience et d'intelligence. »61. Cette manière de penser est une façon pour ces scientifiques, de faire ressurgir la question du déterminisme dans la problématique de l'apparition de l'homme.

L'homme est apparu dans l'univers, parce que tout y a été fait tel qu'il ne pouvait pas ne pas exister. Cette hypothèse est ce que l'on appelle en terme scientifique le « principe anthropique ». Défendu dans les années 1974 par l'astrophysicien Brandon Carter, ce principe cherche à redonner à l'homme la place privilégiée où Copernic l'avait chassé.

Il ne s'agit pas selon Brandon Carter de revenir sur la position géographique de l'homme dans l'univers, mais plutôt de voir comment cet être spécifique occupe une place centrale dans le dessein de l'univers. Ce principe aussi appelé par Hubert Reeves « principe de complexité », prétend que l'univers possède, depuis les temps les plus reculés accessibles à notre exploration, les propriétés requises pour amener la matière à gravir les échelons de la gravité.

61 Trinh Xuan Thuan, La mélodie secrète, Gallimard, 1991, pp 277-278

Une telle argumentation est toutefois plus réductionniste que scientifique. Prise dans on ensemble, elle voudrait insinuer que l'évolution a, avec l'home, atteint son summum : d'oüaucune autre espèce ne peut succéder à celle de l'espèce humaine. Néanmoins, il nous est

permis de nous demander si une autre espèce pourrait un jour advenir après l'homme ? Vers quelle autre forme de vie l'espèce humaine peut-elle nous ouvrir ? Toutes ces questions ne semblent pas très scientifiques, mais elles ne restent pas tout de même insensées.

Aujourd'hui on voit qu'avec les travaux entrepris dans le domaine de la génétique, il est possible de stimuler des modifications, et conditionner ainsi de nouvelles brèches à l'évolution. Par ailleurs avec la dégradation de notre environnement, l'homme ne s'expose-til pas à sa propre destruction ? Car s'il est avéré que la couche d'ozone est cet écran qui nous protège des rayons cosmiques, et sachant que ces rayons cosmiques peuvent engendrer dans l'accélération des modifications génétiques, ne serait-il pas plus noble pour toute l'humanité de se donner corps et âme dans le combat pour l'écologie et protéger ce joyau que l'univers nous a offert et qui se trouve être la Terre ? Ces implications sont de nos jours les véritables questions, que la science doit désormais se poser, et qui dans la mesure des débats doivent consolider les discussions sur les enjeux de la bioéthique.

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"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo