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Morale et politique chez Kant: le républicanisme comme fondement de la responsabilité morale en politique

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par Moussa Sahirou Tchida
Université de Ouagadougou - Maà®trise ès lettres et philosophie 1998
  

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PREMIERE PARTIE :

RAPPEL DES POINTS DES DEBATS PHILOSOPHIQUES SUR LA
PROBLEMATIQUE DU RAPPORT ENTRE MORALE ET
POLITIQUE

CHAPITRE I : RAPPORTS DE DISJONCTION

Il fut un moment dans l'histoire de l'humanite ou l'exercice du pouvoir politique reposait sur l'idee que l'homme, dans son essence, n'etait que peche et la societe des hommes devenait ainsi une societe qu'il s'agissait de contraindre pour faire regner l'ordre, la paix et la securite. Le XVI5me siècle fut particulierement une epoque ou cette conviction etait largement partagee. En effet, soulignons que c'est au cours de ce siècle que s'elabore la doctrine de l'absolutisme qui se definit par l'affirmation d'une souverainete monarchique sans limite et sans controle, ne reconnaissant aux sujets que le droit d'obeir.

A cette periode lA, la politique restait ideologiquement sous la dependance de la religion chretienne ou "le roi est en ce monde sans loi et peut a son gre faire bien ou mal et ne rendra de compte qu'a Dieu seul"7. Les theoriciens et les defenseurs de ce systeme, parmi les quels on peut citer Machiavel et Luther, estimaient que c'est dans l'Etat le plus autoritaire que l'individu connaissait son plus fort developpement, car il y trouvait a la fois son interêt et son bonheur, son plaisir et son bien-être.

Cependant, dans les faits, la realisation de ces fins nobles pêche par l'usage des moyens, qui, au contraire, supposent la negation pure et simple des droits fondamentaux de la personne humaine et de ce qu'il y a d'essentiel en elle, la liberte. Elle est, pouvons nous dire, la fin de l'Etat et est inseparable du bonheur de l'homme. L'homme ne peut en effet, realiser son bonheur s'il n'a pas pleinement conscience de sa liberte et n'en jouit pas pleinement dans son existence. Or l'absolutisme qu'il soit theorique ou laic, en cultivant la crainte et la peur dans l'esprit des citoyens, ne se pose pas comme le garant de leurs libertes politiques et civiques.

A cet effet, en considerant que "la liberte politique dans un citoyen est cette transparence d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa siirete ; et pour qu'on ait cette liberte, il faut que le gouvernement soit tel qu'un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen" 8, il y a lieu de dire, au regard de la violence qui caracterise l'absolutisme et de l'interêt secondaire qu'il affiche pour la dignite de la personne humaine, que celui-ci depouille la politique de toute dimension morale.

Il s'agit d'une conviction que nous allons essayer de defendre en nous appuyant d'une part sur le totalitarisme en general et l'absolutisme de Hobbes en particulier, et d'autre part, sur la logique de l'Etat chez Machiavel. Enfin,

7 Extrait de Obedience of christian man de William Tryndale traducteur en anglais du nouveau testament

8 Montesquieu, Euvres completes, Seuil 1964, p 5 86.

comme consequence de tout cela, nous parlerons de l'assujettissement total du citoyen, auquel est deniee la qualite de personne, au sens noble du terme.

1. DU TOTALITARISME : L'A BSOLUTISME DE HOBBES

Nous entendons par totalitarisme, cette conception politique selon laquelle les hommes doivent etre soumis a la toute puissance des instances sociales et politiques qui exercent un controle total sur les personnes et leurs activites. En d'autres termes, il se base notamment sur l'existence d'un parti unique ou sur la fusion des pouvoirs executif, legislatif et judiciaire en vue de la constitution d'un pouvoir dit fort. Le totalitarisme se traduit pertinemment dans une serie de pratiques politiques que l'on qualifie couramment par differents termes : dictature, despotisme, cesarisme, theocratie, absolutisme, autocratie etc.

D'aucuns considerent le regime totalitaire comme le seul, a meme de garantir au citoyen le bien-etre et de le proteger contre l'insecurite et les abus de toutes sortes. L'argument qui milite en faveur d'un tel systeme politique est que l'homme laisse a lui-meme, c'est-à-dire en liberte, n'est pas apte a assurer l'ordre et la paix dans la societe. Il va falloir alors placer un gouvernement auquel tous les pouvoirs seront delegues et qui aura un droit de contrainte absolu sur l'ensemble des citoyens. C'est effectivement ce que pense Hobbes en proposant un absolutisme monarchique. Pour lui, en dehors d'un pouvoir fort, les hommes vivent en rivalite, defiants les uns vis-à-vis des autres dans un etat de suspicion, sinon de guerre.

La conviction de Hobbes vient du fait que, contemporain de la revolution anglaise du XVII5me siècle et des consequences desastreuses de la vacance des pouvoirs qui s'en sont suivis, il apparait a ses yeux qu'"aussi longtemps que les hommes vivent sous un pouvoir commun, qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qu'on nomme guerre et que cette guerre est guerre de chacun contre tous"9.

Pour Hobbes, comme pour d'autres penseurs ayant theorise sur l'origine de l'Etat, la premiere cause de l'existence d'une societe politique est le besoin naturel de securite. En effet, selon lui, "le motif et le but de celui qui renonce a son droit ou le transfere ne sont que la securite de sa propre personne dans sa vie et dans les moyens de la preserver"10. Cependant, au regard de l'etat de guerre permanente oil vivent les hommes, la solution pour Hobbes reside dans la creation d'un pouvoir fort, capable d'inspirer l'effroi et d'unifier les volontes dans leur soumission au souverain. Celui-ci donc, se substituant aux droits et pouvoirs individuels, sera le pouvoir absolu.

9 Hobbes, Le Leviathan, Flammarion, 19 80, Chap. XII p.152

10 Hobbes, Le Citoyen, Flammarion, Paris 19 82, p 173

Hobbes estime a cet effet que "les actions des hommes en vue de leur paix et de leur concorde repose sur le bon gouvernement de leurs opinions"11. Il developpe a ce niveau un certain pessimisme sur la nature humaine dont il pense que l'egoisme et les instincts irresistibles sont source de passion individuelle donnant lieu a des luttes incessantes et cruelles.

La pensee politique de Hobbes est un requisitoire contre l'idee aristotelicienne de la destination de l'homme a etre et a demeurer un etre social et politique. Elle constitue dans un certain sens une demystification de l'homme, car elle lui denie toute faculte de faire bon usage de sa liberte, en tombant presque dans l'animalite par l'usage incontrole de la violence a chaque fois que ses interets sont mis en cause. En considerant l'homme a l'Etat de nature comme un "loup pour homme", Hobbes annonce le primat des instincts gregaires sur la raison qui devait en principe constituer le signe distinct de l'humanite.

Le passage de l'etat de nature a l'etat social que propose Hobbes, devrait traduire d'une certaine facon, le processus d'humanisation du citoyen, en ce sens que le pacte social par lequel il aliene ses droits, ses pouvoirs et sa liberte au souverain, constitue pour lui une voie de socialisation et de rationalisation de ses desirs. Alors, s'instaure un systeme de gouvernement ou le souverain gouverne selon sa volonte, le citoyen n'ayant pas de voix deliberative, n'est reduit qu'a la simple soumission.

Pourtant, la liberte pour un citoyen est ce qui lui donne la possibilite de choix et d'initiative ; elle est ce par quoi sa responsabilite peut etre pleinement engagee. En deniant la liberte au citoyen, Hobbes fait de lui un etre degage de toute responsabilite car, tout ce qu'il fera, releve de la volonte du souverain. C'est dire ici qu'un homme sans liberte est un homme sans devoir, car le devoir suppose avant tout un engagement librement consenti et qu'on est tenu de respecter quelles que soient les circonstances.

Il va sans dire alors que les citoyens soumis a l'autorite du souverain, n'ayant pas l'initiative de l'action -- ce droit etant devolu au souverain uniquement -- sont exempts de toute obligation, comme le soulignait Hobbes luimeme en affirmant que "la personne etant otee de la nature des choses, il ne peut point naitre d'obligation qui la regarde"12.

En s'appuyant sur l'omnipotence de l'Etat incarne par le seul souverain, l'absolutisme monarchique de Hobbes et le totalitarisme de maniere generale, eloigne la politique de sa mission principale, celle de realiser les ideaux de

11 Hobbes, Le citoyen, Flammarion, Paris 19 82, p 94.

12 Hobbes, Le citoyen, Flammarion 1962, p 173.

justice, de liberte, d'egalite, d'equite parmi les hommes. Le cours de l'histoire a montre q'aucun regime totalitaire, tant au niveau des democraties populaires des pays communistes, que des dictatures africaines et asiatiques n'a eleve ces ideaux au rang des valeurs a appliquer et a respecter effectivement.

Dans les regimes totalitaires, la societe ne fonctionnant pas sur les principes du droit, le souverain est le maitre absolu regnant selon le droit de la force et non selon la force du droit. Le juste et l'injuste sont ainsi subordonnes au seul jugement du souverain. Celui-ci, suivant sa volonte et son temperament, peut ainsi decreter une chose permise ou defendue parce qu'il considere comme celui qui sait mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux.

La majorite d'hommes d'Etat, parvenue au pouvoir par la revolution ou les coups de force, ont la conviction que la force du pouvoir central est le seul moyen efficace de niveler les conflits d'interêts et d'instaurer par consequent la paix civile, la justice sociale, de realiser l'unite nationale et de maintenir l'ordre et la securite. Dans cette perspective, le citoyen apparait comme irresponsable et inconscient, a qui on doit imposer du dehors des mesures qui feront son bonheur et sa fierte. Cela constitue un pretexte essentiel pour violer les libertes fondamentales et les droits de l'homme.

En somme, au regard de ce qui precede et en considerant la morale comme l'ensemble des regles pratiques en vue du bien et la politique comme une science de l'organisation de la cite en vue du bon gouvernement des hommes sur la base des ideaux de paix, de justice, de liberte, d'egalite et du respect des droits fondamentaux de la personne humaine, l'on est tente de dire que le totalitarisme en general et l'absolutisme monarchique de Hobbes en particulier constituent des exemples de la disjonction entre morale et politique. Cela apparait beaucoup plus clairement, lorsqu'on sait que beaucoup de dirigeants dans ces types de regime ont tres souvent cherche a appliquer Machiavel sans parfois l'avoir jamais lu. Ils se sont notamment inspires des methodes, des techniques qu'il conseillait au prince pour que celui-ci preserve, conserve et consolide son pouvoir exclusif, en maintenant le peuple principalement dans la peur et la crainte permanentes.

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon