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La recherche de l'Absolu dans la pensée de Plotin: dépassement du premier moteur d'Aristote

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par Jean Claude NGENZIRABONA NIYITEGEKA
Université catholique d'Afrique Centrale/ institut catholique de Yaoundé - Licence en philosophie 2008
  

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II.1.2. Le rôle de l'Un dans la connaissance

Après avoir situé le principe premier dans son contexte conceptuel, il convient maintenant de préciser son importance dans le processus de la connaissance. Un processus qui nous est souvent donné dans les Ennéades sous forme d'une vie mystique, puisque pour Plotin, cette vie consiste en une connaissance aussi mystique qui, au regard d'E. Bréhier, est une « expérience claire et vivante qui satisfait l'aspiration à l'unité, c'est-à-dire l'aspiration fondamentale de la raison »70(*). Mais, si le principe dans sa simplicité et sa supériorité n'a rien besoin pour son existence, comment participe-t-il à cette connaissance ?

Dans ses écrits, les Ennéades (ou Traités), Plotin s'efforce de retrouver pour toutes choses ce qui constitue leur principe premier ainsi que leur fin première. A ce juste titre, il prétend abolir, mieux encore dépasser tous ses prédécesseurs entre autres Platon, Aristote et les Stoïciens. A lui seul, il est convaincu que la découverte du principe de toutes choses est le but propre de toute recherche philosophique, et en même temps l'accomplissement de la destinée de chaque être. C'est pourquoi il pense que la connaissance de ce principe - qu'il a appelé le Bien, l'Un ou le Premier - consiste à s'élever graduellement vers ce principe.

En interprétant la pensée de Plotin, E. Bréhier définit le néoplatonisme comme « une méthode pour accéder à une réalité intelligible et une construction ou description de cette réalité »71(*). Il ne s'agit pas pour autant de pouvoir expliquer le sensible comme certains pourraient l'imaginer, mais de « passer d'une région où la connaissance et le bonheur sont impossibles à une région où ils sont possibles »72(*). Cependant, ce qui semble étonnant dans cette entreprise néoplatonicienne, c'est que le principe recherché ne connaît pas le sensible et tout ce qu'il renferme alors qu'il en est le principe. Il faut au contraire que ce monde connaisse pour sa part la réalité intelligible qui est son Bien suprême.

Pour y accéder, Plotin précise qu'il faut nécessairement passer par l'Intellect qui est la toute première réalité qui vient tout juste après le Bien et c'est de là que procède également l'Âme. En effet, bien que le problème de l'absolu semble moins important dans sa pensée, la doctrine de Plotin est restée la description d'un dynamisme de l'Âme dont la constitution dérive de sa conversion vers l'unité de laquelle elle procède. C'est cette unité que nous avons voulu de rendre compte puisque nous avons aperçu l'importance d'un être un et simple qui garantit et fonde l'unité de tout être. A cet effet, comme le commente J. Trouillard, la relation qui unit chaque être au principe plotinien est le point central de la préoccupation de Plotin, d'où sa tendance de rebâtir toute son oeuvre à la relation dieu - homme73(*). Mais également, Plotin conçoit l'Intellect comme étant la vraie image du Bien parce qu'il le pense et en même temps il meut vers lui tout en le désirant. Ainsi, parce que « penser c'est mouvoir vers le Bien et le désirer »74(*), le désir engendre la pensée et, puisque tout être désire le Bien, il se pense lui-même. Voilà pourquoi Plotin avait réfuté la théorie aristotélicienne du principe selon laquelle le Premier moteur est considéré comme la "Pensée qui se pense" comme nous l'avons si bien souligné auparavant (Cf. II.1.1).

Toutefois, pour exprimer le rôle du principe qui ne pense point chez Plotin, nous ne pouvons que reproduire ce commentaire de S. Roux à propos :

Plotin renverse donc complètement la perspective aristotélicienne. Ce n'est pas le Principe qui pense, qui tient sa dignité et son excellence du fait de penser, mais c'est la pensée qui a besoin d'un principe, parce qu'elle est, dans sa nature, recherche du Principe. Il serait donc absurde de prétendre que le Bien (le Principe) pense, car il faudrait qu'il y ait, au-dessus de lui, un principe, qui justifierait qu'il pense, et l'on tomberait dans une régression à l'infini. [...]. Le Principe ne peut pas penser, non par manque ou privation, mais parce que cette absence est plutôt un signe de sa supériorité : il n'y a pas de manque (ni de "plein") dans le Principe. La plénitude de la pensée serait encore pour lui synonyme de finitude. [...] le néant et l'absence d'activité sont un signe de supériorité. L'Un est au-delà de la pensée, il est plus et mieux qu'une pensée. Seuls les êtres "inférieurs" ont quelque chose à accomplir, comme une tâche à laquelle ils ne peuvent échapper et dont ils sont prisonniers. Le Principe est libre de toute tâche et de toute nature : il n'est même pas prisonnier d'une nature qui serait de penser, il n'a pas à faire ce qu'il doit faire75(*).

Par conséquent, contrairement à Platon et Aristote, le principe que Plotin découvre reste au-delà de toute réalité et de toute connaissance. Aux vues de J.- Fr. Pradeau, c'est « un principe ineffable, et absolument simple, cause de toutes choses mais distinct d'elles, supérieur à elles mais pourtant éternellement accessible à chacune d'elles »76(*). C'est pourquoi, chez Plotin, le monopole de la pensée est d'abord accordé à l'Intellect, puis à l'âme du monde par laquelle le monde sensible participe à la contemplation du monde intelligible. De ce fait, puisque l'Intellect ne peut pas être pour un seul individu, il comprend toutes choses à la fois, et certaines provenant de la contemplation ont pour fin la connaissance.

Pourtant, pour sa part, Plotin pense que la véritable connaissance c'est s'appliquer à la contemplation de l'univers et à la communion avec le Principe suprême. Aussi, dans cette contemplation, la connaissance du monde et la connaissance de soi demeurent-elles indissociables. C'est pour cela que Plotin affirme :

En ce qui nous concerne, que nous exerçons une certaine action dans l'univers ; non seulement nous subissons de la part des autres tout ce que notre corps peut subir, mais, en outre, nous introduisons dans l'univers l'autre partie de notre nature, qui est l'âme. Nous sommes en contact avec chaque être extérieur par l'élément qui, en nous, est du même genre que cet être ; ainsi par nos âmes et par leurs dispositions nous prenons contact ou plutôt nous avons contact avec la série des êtres qui nous suivent dans la région des démons, et, avec ceux qui sont au-delà d'eux. Il n'y a donc pas moyen qu'on ignore ce que nous sommes77(*).

De tout ce qui précède, force est de constater que pour accéder à la réalité intelligible, Plotin part du fait que les Hypostases procèdent les unes après les autres et que celles qui sont inférieures aspirent toujours à s'unir à celles qui leur sont supérieures jusqu'à l'unité plus parfaite. C'est ce que précise E. Bréhier en ces termes : « Chez Plotin, chaque hypostase n'est qu'une contraction, une unification toujours plus haute que le monde, jusqu'à l'unité absolue »78(*). C'est cette unité qui, bien que n'ayant aucune forme en elle-même, produit et donne sens à toutes les formes qui existent, car toute autre chose n'a de forme qu'en la contemplant. Plotin lui-même le dit très bien : « C'est par l'Un que tous les êtres ont l'existence, [...]. Quel être existerait, s'il n'était un ? Séparés de l'unité, les êtres n'existent pas »79(*). C'est à ce juste titre qu'il faut que chaque chose, en vue de se retrouver elle-même tout en recouvrant sa propre réalité, retrouve d'abord en soi la trace du premier principe, absolu et ineffable, principe de l'unité parfaite.

* 70 E. BREHIER, La philosophie de Plotin, Paris, Boivin, 1928, p. 167.

* 71 E. BREHIER, Histoire de la philosophie, T. 1 : Antiquité et Moyen Age, Paris, PUF, 1996, p. 397.

* 72 Idem.

* 73 J. TROUILLARD, La purification plotinienne, Paris, PUF, 1955, p. 58.

* 74 E. BREHIER, La philosophie de Plotin, Op. cit., p. 44.

* 75 S. ROUX, Op. cit., pp. 238 - 239.

* 76 J.- Fr., PRADEAU, L'imitation du principe. Plotin et la participation, Paris, Vrin, 2003, p. 13.

* 77Enn. IV 4 [28]), 45, 11 - 18.

* 78 E. BREHIER, Histoire de la philosophie, Op. cit., p. 407.

* 79 Enn. VI 9 [9], 1, 1 - 3.

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"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille