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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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II. 4. Les conditions de l'action du prince

Machiavel ne détermine pas en général les conditions de l'action, mais plonge le prince dans de multiples analyses de cas particuliers : les exemples. D'un usage massif dans l'humanisme naissant, ils acquièrent avec Machiavel un statut original. Ceci nous amène à quelques surprises. Première surprise : les exemples ne viennent guère illustrer ou introduire un raisonnement ; c'est dans leur exposition que Machiavel raisonne, juge, estime, soupèse le pour et le contre, contredit, s'interroge et discourt. Seconde surprise : l'histoire dont ils sont censés, à première vue, rendre compte, est relatée en fonction des fins argumentatives de Machiavel. On peut le constater en revenant à l'histoire des empereurs romains de Marc-Aurèle à Gordien III, au chapitre 19. Machiavel ne reprend pas l'opposition entre empereurs amollis par l'Orient et empereurs barbares et tyranniques, mais insiste plutôt sur les problèmes auxquels tous ont dû faire face : le rôle essentiel des soldats pour leur pouvoir et la nécessité de se les concilier. Afin d'étayer l'idée qu'un prince doit avant tout se préoccuper de n'être pas haï du peuple, Machiavel analyse les actions des différents empereurs afin d'évaluer les causes de leur succès ou de leur échec. Troisième et dernière surprise : loin de mettre systématiquement en lumière des actions à imiter, les exemples de Machiavel révèlent souvent, au contraire, les failles et les déroutes. Dans ce cas, ils constituent des contre-exemples à des règles, des coutumes, des conseils dont Machiavel veut récuser ou la pertinence ou l'universelle efficacité. Ainsi, c'est contre le proverbe « qui fonde sur le peuple fonde sur la boue » que Machiavel cite, dans le chapitre 9, les exemples des Gracques à Rome et de Giorgio Soderini à Florence.

Machiavel s'attache à souligner, au chapitre 3, le contraste entre les décisions des Romains, qui les ont conduits au succès dans leurs colonies et les mauvais choix de Louis, roi de France, lors de son invasion du territoire italien. Les deux séries d'exemples sont inscrites dans une comparaison rendue possible par l'identification d'un même but - la conquête d'un pays nouveau - et de conditions semblables, les désirs et passions des hommes, sujets ou alliés, et les raisons de leur attachement à un prince nouveau.

Aux yeux de Machiavel, un prince s'inscrit par sa virtù dans la lignée glorieuse des hommes « très excellents » et, en même temps, innove : il s'inspire de l'excellence de leurs gestes mais invente le sien, dans un contexte qui lui est propre et peut apparaître inédit. Dans cette perspective, la comparaison engagée au chapitre 6 entre l'imitateur et l'archer visant sa cible plus haut que l'endroit où elle est fixée, est importante. A travers elle, Machiavel insiste sur deux causes de l'impossibilité de la reproduction : on ne peut emprunter le même chemin que celui qu'on imite et on ne peut l'égaler. En elles, la distance de l'imité à l'imitateur est clairement indiquée et la voix est ouverte à l'innovation.

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