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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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CHAPITRE PREMIER 

LE CREDO MACHIAVÉLIEN

I.0. Introduction

« Combien il est louable à un prince de respecter ses promesses et de vivre avec intégrité, non dans la fourberie, chacun le conçoit clairement. Cependant, l'histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens ; en fin de compte ils ont triomphé des honnêtes et des loyaux. Sachez donc qu'il existe deux manières de combattre : l'une par les lois et l'autre par la force »8(*). A notre avis, c'est en ces termes que se résume tout l'enseignement de Machiavel, que nous avons nommé le credo machiavélien. Machiavel, ce nom propre universellement connu, évoque une époque, la Renaissance ; une nation, l'Italie, une ville, Florence et enfin, l'homme lui-même, le bon fonctionnaire florentin qui, en toute ignorance, et toute ignorance de l'étrange avenir, portait ce nom, voué à la réputation la plus éclatante et la plus équivoque.

Il est important de remarquer que dans son credo, Machiavel commence par « combien il est louable à un prince de respecter ses promesses et de vivre avec intégrité ». Dans la plupart de ses oeuvres, il ne manque pas d'évoquer cet aspect qu'on dirait éthique, le bon côté des choses : « Il est nécessaire de faire la paix »9(*) ; « combien il est nécessaire à un prince que son pouvoir soit établi sur de bonnes bases, sans lesquelles il ne peut manquer de s'écrouler »10(*) ; « il serait très beau, sans doute, et chacun en conviendra, que toutes les bonnes qualités que je viens d'énoncer (générosité, bienfaisance, compatissance, fidélité à sa parole, franchise, religiosité...) se trouvassent réunies dans un prince »11(*), etc. Cependant, devant ce titan qu'est l'Histoire, Machiavel n'a pas le choix. S'écartant de la route commune, il traite de la politique qui est d'ailleurs, d'après Brion, sa passion, en s'arrêtant à la réalité des choses qu'en se livrant à des vaines spéculations : l'histoire de notre temps enseigne que... . La politique selon Machiavel, pourrait-on dire, c'est « faire de l'Histoire ».

Contrairement à la plupart des traités traditionnellement destinés à l'édification morale d'un chef d'État, supposés l'encourager à l'usage vertueux et juste du pouvoir, l'histoire conduit Machiavel à affirmer qu'il n'y a pas de pouvoir vertueux s'il n'y a pas de pouvoir effectif. Aussi, la question fondamentale posée par Le Prince n'est pas « comment bien user du pouvoir selon les vertus morales et chrétiennes ? » mais « comment obtenir le pouvoir et le conserver ? »  Il ne s'agit pas de se référer à des valeurs morales transcendantes comme le faisait Platon dans La République, ni de poursuivre une utopie. La politique, selon Machiavel, doit s'exercer en tenant compte des réalités concrètes, ce qui fait nécessairement passer la morale au second plan, et d'une marge de liberté entre la contingence de l'histoire, qu'il appella la fortuna, et le caractère cyclique et éternel de celle-ci. Bien que convaincu des ses croyances religieuses, Machiavel est forcé à mettre momentanément de côté la morale chrétienne. « La faim chasse le loup hors du bois », dit-on. Autrement dit, la nécessité contraint les hommes à faire les choses qui ne sont pas de leur goût. C'est, semble-t-il, ce qui obligea ce grand stratège à trouver son chemin de Damas. Avant d'aborder pleinement ce chapitre, il ne serait guère charitable d'abandonner notre lecteur sans lui fournir un petit vade mecum sur certains concepts du temps de Machiavel.

* 8 N. MACHIAVEL, Le Prince, traduit de l'italien et présenté par Marie GAILLE-NIKODIMOV, Paris, PUF, 2000. p. 56.

* 9 MACHIAVEL, op. cit., cité par M. BRION, Machiavel, Paris, Complexe, 1983, p. 419.

* 10 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 41.

* 11 Ibid.

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