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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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III.2.3. Nietzsche (1844-1900)

« Nietzsche présente Machiavel comme le penseur de la force et de la violence ; mais pour y découvrir l'expression d'une volonté de puissance créatrice, indemne du platonisme, du christianisme et de toute dépréciation morale de la vie »127(*). Las de ceux qui, selon lui, « ont sur la conscience l'espèce la plus malpropre et la plus incurable du christianisme qui soit » - c'est à dire Luther et les allemands - Nietzsche exalte Machiavelli qui, avec Le Prince, « nous fait respirer l'air sec et subtil de Florence et ne peut se retenir d'exposer les questions les plus graves au rythme d'un indomptable `allegressimo', non sans prendre peut-être un malin plaisir d'artiste à oser ce contraste : une pensée soutenue, difficile, dure, dangereuse et un rythme galopant, d'une bonne humeur endiablée »128(*).

Pour Nietzsche, ce qui fait la force de Machiavel est son appartenance à « cette dernière grande moisson que l'Europe aurait engrangée, la Renaissance », qu'il présente comme le triomphe des valeurs aristocratiques. Nietzsche semble considérer Le Prince comme l'une des rares exceptions au nihilisme qui caractérise, selon lui, l'ensemble de la modernité. Ainsi dans son Tractatus Politicus (un fragment posthume), il déclare que le machiavélisme est indéniablement le type de la perfection en politique, et que « le machiavélisme pur, sans mélange, cru, vert, dans toute sa force, dans toute son âpreté, est surhumain, divin, transcendent ; il n'est jamais atteint par l'homme, tout juste affleuré »129(*).

III.2.4. Hannah Arendt (1906-1975)

Pour Hannah Arendt, nul peut-être n'a plus vivement senti le danger de faire le bien - qui est pour elle non pas seulement impossible dans les bornes du domaine public, mais aussi l'ennemi mortel de ce domaine - que Machiavel qui, « dans une page célèbre, osa enseigner `à ne pas être bon' ». Pourtant, poursuit Hannah Arendt, Machiavel ne dit ni ne voulut dire qu'il faut apprendre aux hommes à être mauvais. Selon elle, le critère de l'action politique de Machiavel était la gloire, comme pour l'antiquité classique, et le mal échappe à la gloire autant que le bien. Par conséquent, tous les moyens sont mauvais par lesquels « on peut conquérir quelques seigneuries mais non pas honneur »130(*).

De ce fait, Arendt loue la dissimulation machiavélienne, dans la mesure où cette dernière mène à des bonnes fins, notamment, ce que le géant Aristote nomme « l'intérêt commun ». Ainsi, d'après Hannah Arendt, si Machiavel a sapé la morale de l'Église catholique c'est parce que celle-ci participait dans les affaires du siècle et corrompait la politique italienne131(*). C'est bien ce que Machiavel lui-même déclare : «L'Italie fut tranquille jusqu'à l'avènement d'Adrien V au pontificat. Charles d'Anjou continuait de résider à Rome, et la gouvernait en vertu de son titre de sénateur. Le pape, ne pouvant supporter son autorité, alla se fixer à Viterbe, et pressa l'empereur Rodolphe de venir en Italie attaquer Charles. C'est ainsi que les papes, tantôt par zèle pour la religion, tantôt pour satisfaire leur propre ambition, ne cessaient d'appeler les étrangers en Italie, et d'y susciter de nouvelles guerres »132(*).

Machiavel, pour Hannah Arendt, fut, grâce à son courage et son zèle de la vérité, « le seul théoricien postclassique qui, dans un effort extraordinaire pour rendre à la politique sa dignité, entrevit l'abîme qui sépare la calme existence familiale des dangers de la polis. Il montra comment ` le condottiere s'élève d'une basse condition jusqu'au premier rang', de la vie privée au principat, donc des conditions communes à la gloire des grands exploits »133(*) .

* 127 P. CARTA, Machiavel aux XIXe et XXe siècles, Milan, Cedam, 2007, p.64.

* 128 F. NIETZSCHE, Par delà bien et mal, Paris, Flammarion, 1971, p.46.

* 129 NIETZSCHE, Worke, Nachgelassene Fragmente, traduit en français comme Fragments Posthumes, Automne 1887 - Mars 1888, p. 268.

* 130 H. ARENDT, op. cit., p. 121.

* 131 Cf. H. ARENDT, op. cit., p. 120.

* 132 N. MACHIAVEL, Histoire de Florence, in op., cit., p. 106.

* 133 Ibid.

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