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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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III. 3. Les limites de la pensée de Machiavel

Le diplomate zélé de Florence, Machiavel, a donné, aux dires de Spinoza, des propos salutaires. Mais il est aussi salutaire d'avouer qu'il n'a pas laissé une philosophie immaculée. Pour certains grands penseurs, comme Voltaire et Merleau-Ponty, Nicolas Machiavel est l'histoire d'une grande déception, d'une profonde diabolisation des hommes. Pour ces penseurs, Machiavel est indéniablement lié au machiavélisme machiavélique. « Comment le comprendrait-on ? », se demandait Merleau-Ponty, « On s'accommoderait d'un cynique qui nie les valeurs ou d'un naïf qui sacrifie l'action. On n'aime pas ce penseur difficile et sans idole »134(*). Selon lui, le machiavélisme reste le monde de la politique « en tant qu'elle est le mal ».

En préfaçant l'Anti-Machiavel de Frédéric II, Voltaire se dit venir à la rescousse des hommes qui ploient sous le joug de la pensée de Machiavel. « Je crois rendre service aux hommes en publiant l'Essai de critique sur Machiavel ». D'après lui, Machiavel s'est écarté du chemin de l'honnête à force de suivre l'utile. Sur ce, il ne peut être tenu pour vertueux. « Un homme donne au monde des leçons d'assassinat et d'empoisonnement et son traducteur ose nous parler de sa dévotion ! »135(*). Contrairement à ce qu'a enseigné Machiavel, pour Voltaire les hommes ne sont pas intrinsèquement méchants. En sus, oser tenir de pareils propos tout en prétendant avoir des choses utiles à donner aux mêmes hommes n'est rien d'autre que se contredire soi-même. « Mon ami, toi qui ne prêches que tout le monde est né pervers, tu m'avertis donc que tu es né tel, qu'il faut que je me méfie de toi comme d'un renard ou d'un crocodile »136(*). Pourtant, il reconnaît que Machiavel n'a pas entièrement tort : « J'avertis que tous les chapitres de ce livre (Anti-Machiavel) ne sont pas des réfections de Machiavel, parce que cet italien ne prêche pas le crime dans tout son livre »137(*).

Pour Frédéric II, l'objectif de son ouvrage est d'opposer la raison et la justice à l'iniquité et au crime. « J'ai hasardé mes réflexions sur le Prince de Machiavel à la suite de chaque chapitre, afin que l'antidote se trouvât auprès du poison »138(*). Gentillet, l'auteur d'un autre Anti-Machiavel, réfute l'idée selon laquelle le christianisme est responsable d'un affaiblissement des moeurs civiques et militaires. Il critique sévèrement Machiavel et l'accuse de détourner les hommes de la religion : « voilà la maxime et les raisons que ce malheureux athéiste a vomies en ses beaux discours pour blâmer et mettre en mépris la religion chrétienne, nous mener à son athéisme et nous dépouiller de notre religion, crainte de Dieu, et de toute conscience, foi et loyauté, qui nous sont enseignés par notre religion chrétienne »139(*). Seulement, dans la praxis du pouvoir, Frédéric II se montra plus machiavélien qu'anti-machiavélien : la critique est aisée, l'art est difficile.

* 134 M. MERLEAU-PONTY, Notes sur Machiavel : Communication au congrès `Umanesime e scienza politica', Rome-Florence, septembre 1949, repris dans Signes, coll. Folio essais, Paris, Gallimard, 2001, p. 343-364.

* 135 FREDERIC II, Anti-Machiavel, préfacé et publié par VOLTAIRE, s. l., s. e., 1740, p. III.

* 136 VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique, chronologie et préface par Réné POMEAU, Paris, Garmier-Flammarion, 1964, p. 278.

* 137 FREDERIC II, op. cit., p. III

* 138 Ibid., p. 169.

* 139 GENTILET, Anti-Machiavel, Genève, C. Eduard Rathé, 1968, p. 215-216.

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